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Le 28 juillet 1875, la grève ouvrière, lors du percement du tunnel du Saint Gothard (Suisse), était massacrée : l’armée suisse a tiré sur les ouvriers

jeudi 16 juin 2022, par Robert Paris

Le 28 juillet 1875, la grève ouvrière, lors du percement du tunnel du Saint Gothard (Suisse), était massacrée : l’armée suisse a tiré sur les ouvriers

« La pression due au délai contractuel très serré explique peut-être le peu d’attention qui fut accordée aux conditions de travail des ouvriers. » explique wikipedia, qui rajoute :

« Ces derniers, originaires pour la plupart de la région du Piémont et de Lombardie en Italie, durent vivre en effet dans des conditions particulièrement difficiles, entassés dans des baraquements exigus et privés de tout confort. Les habitants des vallées ont largement profité et exploité l’arrivée de ces ouvriers. Quant aux conditions de travail, elles étaient dramatiques en raison des accidents, de la chaleur régnant dans les galeries (près de 33 °C) ou de l’atmosphère polluée par les poussières : 307 ouvriers y trouvèrent la mort, sans compter les 900 victimes de maladies comme la silicose ou en raison de la chaleur et de l’humidité, de l’ankylostomose, une maladie parasitaire responsable d’anémie. Les ouvriers, dont l’effectif varia entre 2 000 et 4 000, étaient payés entre 4 et 5 francs par jour, mais il fallait retrancher à cette somme les frais de logement et de nourriture (2,50 francs) ainsi que l’achat du matériel et une retenue de 30 centimes par jour pour l’huile des lampes.

« Favre a augmenté le nombre de travailleurs en permanence. À Göschenen ont travaillé un maximum de 1 645 ouvriers et de 1 302 à Airolo. Le 27 juillet 1875, une grève éclata à Göschenen. Au nombre d’environ deux mille, les ouvriers demandaient un franc de plus par jour et que les 24 heures de la journée fussent réparties, non plus en trois, mais en quatre équipes. En outre, l’entrepreneur, lorsqu’il remettait, avant la fin du mois, des acomptes aux ouvriers sur leur paie, leur donnait non de l’argent, mais des bons en papier. Comme les aubergistes et les marchands n’acceptaient ce papier qu’en déduisant un escompte, les travailleurs se voyaient obligés, s’ils ne voulaient pas subir cette perte, d’acheter leurs vivres et autres objets de consommation dans les magasins de l’entreprise.

« À cause de ces mouvements protestataires, inquiets à l’idée de prendre du retard et de devoir verser des indemnités, Favre absent, ses adjoints firent appel au gouvernement uranais, qui envoya quelques policiers, bientôt renforcés par une vingtaine de miliciens civils armés et inexpérimentés (auxquels l’Entreprise Favre fut contrainte de verser une indemnité de 3 000 francs). Le 28 juillet, et après une charge à la baïonnette (accueillie à coups de pierre par les grévistes), la milice d’Uri ouvrit le feu qui fit quatre morts, une dizaine de blessés et treize prisonniers. Le 29 juillet, une partie des grévistes reprit le travail, les autres quittèrent la Suisse. Cet incident relança le débat sur les conditions de travail et la protection des travailleurs. »

On remarquera « cet incident » que note quand même wikipedia ! Deux mille travailleurs en grève et quatre morts et des dizaines de blessés : vraiment un incident ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tunne...

Incident aussi ? Les chutes de pierres, les éboulements et les accidents du travail causèrent la mort de 194 personnes. Cependant, ce chiffre est vraisemblablement encore en deçà de la réalité.

https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2...

François Hollande, visitant le tunnel du Saint Gothard, déclarait ainsi :

« Mesdames, Messieurs, Je suis venu, au nom de la France, pour vous dire que la Suisse peut être fière, très fière de ce qu’elle vient de réaliser. La Suisse a en effet creusé le plus long tunnel ferroviaire du monde. Elle a réussi à réaliser cet investissement, qui a mobilisé des hommes et des femmes en grand nombre pour extraire des tonnes, des millions de tonnes de roches et ouvrir 57 kilomètres de voies. »

https://www.vie-publique.fr/discour...

Ben voyons, celui qui prend les ouvriers pour des sans-dents, a oublié que les ouvriers avaient mordu ses pareils !!!

France Info aussi ne sait rien des grèves ouvrières et de leur répression :

https://www.francetvinfo.fr/replay-...

LA RTS suisse ne cache pas les conditions de travail des ouvriers :

« Sur le chantier du tunnel, les conditions de travail sont calamiteuses : il règne dans les galeries une chaleur suffocante, l’air est saturé de poussière et d’humidité. A la sécurité lacunaire s’ajoute la pression au rendement, les accidents se multiplient. Le salaire des ouvriers est de 4 à 5 franc par jour, somme d’où sont décomptés les frais de logement et de nourriture, mais également l’huile nécessaire aux lampes. En 1875, les ouvriers de Göschenen, qui réclament une augmentation de salaire, se mettent en grève. La milice uranaise intervient et réprime la révolte dans le sang. »

https://www.rts.ch/archives/7684319...

Par contre Swiss Info n’en dit rien :

https://www.swissinfo.ch/fre/pas-se...

Il n’y avait pas que la répression anti-ouvrière. En 1880, une épidémie d’anémie fait des ravages parmi les ouvriers du tunnel sous le Gothard.

https://www.letemps.ch/societe/tunn...

Le mouvement ouvrier de l’époque réagissait :

« Aux ouvriers suisses », article de journal

Voici la présentation de l’origine du conflit faite au congrès de la Fédération jurassienne de l’Association internationale des travailleurs, les 1er et 2 août 1875, à Vevey :

« Les ouvriers, presque tous italiens, occupés au percement du tunnel du Gothard, du côté de Göschenen, sur le territoire du canton d’Uri, s’étaient mis en grève le 27 juillet, au nombre d’environ 2000. Ils demandaient que les 24 heures de la journée fussent réparties, non plus en 3, mais en 4 équipes, dont chacune n’aurait par conséquent à travailler que 6 heures : car 8 heures consécutives de travail dans le gouffre noir et brûlant du tunnel, au milieu d’une fumée aveuglante, étaient une tâche au-dessus des forces humaines. En outre, l’entrepreneur, lorsqu’il remettait, avant la fin du mois, des acomptes aux ouvriers sur leur paie, leur donnait non de l’argent, mais des bons en papier ; et comme les aubergistes et marchands n’acceptaient ce papier qu’en déduisant un escompte, les travailleurs se voyaient obligés, s’ils ne voulaient pas subir cette perte, d’acheter leurs vivres et autres objets de consommation dans les magasins de l’entreprise ; cette obligation, source d’une nouvelle exploitation, leur pesait et ils désiraient s’en affranchir : ils demandaient en conséquence que la paie eût lieu tous les quinze jours et non tous les mois, et fût faite toujours en argent et non en bons ; ils réclamaient en outre une augmentation de salaire de 50 centimes par jour. » [2]

L’ingénieur Louis Favre demanda l’aide militaire du gouvernement d’Uri : « Comme celui-ci hésitait devant les frais qu’occasionnerait une levée de troupes, l’entrepreneur offre de l’argent : son offre est acceptée, et aussitôt l’huissier cantonal réunit une trentaine de volontaires, qu’on arme de fusils et qu’on expédie en voiture à Göschenen », le 28 juillet 1875.

Après une charge à la baïonnette (accueillie à coups de pierre par les grévistes), la milice d’Uri ouvrit le feu, faisant 4 morts, une dizaine de blessés et 13 prisonniers. Le 29 juillet, une partie des grévistes reprit le travail, les autres quittèrent la Suisse.

Citons ces commentaires emblématiques : « En général, on reconnaît la louable énergie déployée par le gouvernement d’Uri ; avec peu de monde, peu d’embarras et peu de frais, et très promptement, il a terminé cette affaire » (Le Nouvelliste vaudois) ; « Les trente miliciens n’ont fait qu’obéir à un ordre et remplir leur devoir » (Le Confédéré, Fribourg).

Hans-Peter Renk

Le compte-rendu de James Guillaume :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/L%...

« Aux ouvriers suisses » (extraits)

Amis,

La fusillade de Goeschenen ne s’est point perdue dans le tunnel du Gothard. Son bruit a passé monts et mers, et retentit partout où le pauvre lutte, souffre et meurt pour le riche. C’est pourquoi je vous envoie de Londres au Locle mon obole pour les nouvelles victimes du travail.

(...) Si la presse libérale ne les diffame point, si les braves miliciens d’Uri ont fait comme les soldats des gouvernements de combat, s’ils ont fusillé des ouvriers désarmés, troué des blouses de citoyens comme leurs pères les cuirasses de Gessler, s’ils ont mis sur le carreau vingt chefs de famille pour 20’000 fr., ils ont rétabli l’ordre non seulement à peu de frais, comme dit la presse morale, mais encore avec profit, 1000 fr. par tête. Mais ce n’est pas particulièrement de l’héroïsme... et ce n’est pas tout à fait le nom de miliciens qu’ils méritent. C’est rappeler non la plus noble, mais la plus basse époque de leur histoire, les plus mauvais jours de leur aristocratie et de leur mercenariat, le temps passé où l’on disait : « Pas d’argent, pas de Suisse ». C’est encore comme au 10 août [1792], comme au 28 juillet 1830, tuer pour le compte des tyrans [Allusion au rôle de la garde suisse des rois de France, lors des insurrections parisiennes de 1792 et 1830]. (...) Pourquoi la République d’Uri a-t-elle voulu le pire, le plus destructeur, celui de la République conservatrice et de l’Empire providentiel ? Pourquoi a-t-elle préféré l’autorité à la liberté ?

C’est que la République d’Uri est aussi une fille de l’Eglise, comme la République de Versailles et l’Empire de Décembre [allusion au Second Empire (1852-1870) et au régime d’Adolphe Thiers (1871-1873), responsable de l’écrasement de la Commune de Paris en mai 1871] ; c’est qu’elle est autoritaire, c’est-à-dire cléricale et militaire ; c’est qu’hier encore elle tenait au Sonderbund [Alliance séparatiste de 7 cantons catholiques (1844-1847), dissoute en 1847 par l’armée fédérale] ; c’est qu’aujourd’hui même elle repose non sur le principe démocratique du monde moderne, l’égalité, sur les droits de l’homme, justice, travail et paix, mais sur le vieux droit divin de guerre, de conquête et de butin, le droit du Dieu des Armées, du plus fort, du plus loup.

Félix Pyat*

* Membre de la Commune de Paris, 1871 ; Bulletin de la Fédération jurassienne de l’A.I.T., 4e année, n° 36, 5 septembre 1875.

RENK Hans-Peter, PYAT Félix

* Paru dans le périodique suisse « solidaritéS » n°110 (20/06/2007), p. 17.

Notes

[1] Voir Mais que diable vont-ils faire au Grütli ? , il existe un autre symbole suisse : le Gothard. En effet, en mars 2007, la revue des CFF « Via » [[Via n° spécial : 125 ans du chemin de fer du Gothard (mars 2007).

[2] James Guillaume, L’Internationale : documents et souvenirs. T. 2. Paris, G. Lebovici, 1985

Un film :

http://www.film-documentaire.fr/4DA...

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