English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES > La grève nationale des chemins de fer trahie par les syndicats (...)

La grève nationale des chemins de fer trahie par les syndicats américains

jeudi 22 septembre 2022, par Robert Paris

Biden et les dirigeants syndicaux américains

La grève nationale des chemins de fer trahie par les syndicats américains

La panique de la bourgeoisie américaine face à la montée de la grève :

https://www.lemonde.fr/economie/art...

La grève des chemins de fer aux États-Unis est évitée par un accord entre Biden et les syndicats, mais la contestation ouvrière gronde :

https://www-reuters-com.translate.g...

Une grève nationale des chemins de fer a été annulée… pour l’instant… par les appareils syndicaux…

Le jeudi 14 septembre, deux syndicats représentant environ 60 000 cheminots ont annoncé qu’ils étaient parvenus à un accord de principe et ont annulé ce qui aurait été la première grève nationale des chemins de fer en 30 ans.

Depuis des mois, l’administration Biden soutient les compagnies ferroviaires pour tenter d’empêcher une grève de se produire. En juillet, lorsque le délai de grève initial approchait, Biden a nommé un Conseil présidentiel d’urgence (PEB) afin de reporter le délai de 60 jours et de proposer un accord qui aurait été favorable aux compagnies ferroviaires. Il était déjà clair que le pouvoir des travailleurs de perturber l’économie et le flux de profits vers les capitalistes était d’une importance primordiale pour le gouvernement.

Les principaux problèmes pour les cheminots ont été les congés de maladie, les horaires et la dotation en personnel. Au cours des six dernières années, les compagnies ferroviaires ont réduit leurs effectifs de 30% (environ 45 000 travailleurs), faisant fonctionner les trains avec un sous-effectif extrêmement dangereux tout en imposant des restrictions accrues sur les congés des travailleurs. En conséquence, les travailleurs n’ont actuellement aucun jour de congé officiel pour les congés de maladie et sont obligés d’être de garde 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et n’ont pas d’horaire fixe. Les travailleurs peuvent travailler plus de 80 heures par semaine et être absents de leur domicile plus de 100 heures par semaine.

En raison de ces énormes réductions d’effectifs, les compagnies ferroviaires ont réalisé des bénéfices records au fil des ans, versant 196 milliards de dollars aux actionnaires depuis 2010.

Après un mois de négociations, le conseil d’urgence de Biden a tenté d’amener les travailleurs à accepter un contrat qui prévoyait une augmentation de salaire de 24% sur cinq ans sans rien faire pour répondre aux demandes de congés de maladie payés, de plus de temps libre et de pénurie de personnel.

Sans hésitation, les compagnies ferroviaires ont soutenu les recommandations du conseil d’urgence et depuis lors, la plupart des syndicats nationaux des chemins de fer ont conclu des accords de principe avec les compagnies. Mais deux syndicats (la Brotherhood of Locomotive Engineers and Trainmen (BLET) et la SMART Transportation Division), qui représentent 60 000 travailleurs (environ la moitié de la main-d’œuvre), n’ont pas accepté les recommandations et étaient prêts à faire grève à partir du vendredi 16 septembre.

Alors que l’échéance de la grève approchait et que les compagnies ferroviaires faisaient face à des pertes estimées à deux milliards de dollars par jour, les compagnies ferroviaires ont accru leur pression sur les travailleurs et ont tenté d’attiser la colère de la population contre les travailleurs. Amtrak a commencé à annuler tous les trains de voyageurs longue distance pour le jeudi 15 septembre. Et les compagnies de fret ont interrompu toutes les expéditions d’engrais et d’autres produits chimiques nécessaires à l’agriculture tout en essayant de blâmer les cheminots.

Mercredi, deux jours avant la date limite de la grève, de grandes entreprises représentant l’industrie de la distribution en gros de 7,4 billions de dollars ont appelé le Congrès à empêcher une grève des chemins de fer de "perturber davantage la chaîne d’approvisionnement". En réponse, les sénateurs républicains ont tenté de faire adopter une résolution du Congrès qui aurait imposé les recommandations du conseil d’urgence de Biden aux syndicats. Mais le sénateur Bernie Sanders a pu l’empêcher de passer car lui et d’autres démocrates pensaient qu’un accord pouvait être conclu pour éviter la grève.

Alors que la date limite de la grève approche et qu’aucun accord n’a encore été conclu, l’administration Biden s’est frayé un chemin dans les négociations, dirigée par le secrétaire au Travail de Biden, Marty Walsh, et rejoint plus tard par Biden lui-même. C’est à partir de cette réunion à huis clos que les dirigeants syndicaux ont annoncé qu’une entente de principe avait été conclue. Et Biden, jusqu’à présent, a pu jouer le rôle du héros et apparaître comme s’il avait empêché la grève de se produire, juste à temps pour les élections de mi-mandat.

Mais jusqu’à présent, les travailleurs n’ont pas pu voir grand-chose des détails du nouvel accord de principe. Selon In These Time s , le président du syndicat BLET, Dennis Pierce, a déclaré qu’il "va probablement falloir trois à quatre semaines" pour que l’accord de principe soit remis aux travailleurs de base pour examen et vote.

Mais si un accord de principe a été conclu qui répond aux préoccupations de la base, qui étaient auparavant ignorées par le conseil d’urgence de Biden, pourquoi les détails complets de l’accord ne seraient-ils pas rendus publics tout de suite ?!

Le communiqué de presse officiel des syndicats indique que les cheminots ne bénéficieront que d’un seul jour de congé payé supplémentaire et pourront « s’absenter du travail pour assister à des soins médicaux de routine et préventifs, ainsi que des exemptions des politiques de présence pour les hospitalisations et interventions chirurgicales." Mais aucun autre détail n’a encore été mis à la disposition des travailleurs.

Et, selon un article de Railway Age , l’accord de principe ne mentionne rien sur les "politiques d’assiduité" sévères ou les "horaires de travail plus prévisibles" car ceux-ci seront laissés à la "négociation locale". Et le communiqué de presse du Comité de la Conférence nationale des transporteurs , qui représente les grandes compagnies ferroviaires, ne mentionne que les augmentations de salaire initiales proposées par le conseil d’urgence et ne fait aucune mention des politiques d’assiduité sévères que les travailleurs ont exigé de changer. Et il semble qu’il n’y ait rien sur les changements apportés aux dangereuses politiques de sous-effectif.

Il n’est donc pas surprenant que les travailleurs de base aient exprimé sur les réseaux sociaux et lors d’ entretiens leur frustration et leurs doutes quant à l’accord de principe annoncé. Certains ont dit , comme l’a dit un travailleur, que « c’est une mauvaise affaire. Tout le monde le déteste jusqu’à présent. Cela ne me fait rien. Je voterai non. Cela a été une perte de temps totale.

Compte tenu des profits des compagnies de chemin de fer, il ne fait aucun doute que les cheminots méritent un bien meilleur contrat que ce qui est prévu dans l’entente de principe. Il semble que l’accord de principe ne fasse rien pour régler le problème de la dotation, et peu pour répondre à certaines des autres préoccupations majeures des travailleurs. Cela semble être un peu mieux que les recommandations précédentes du conseil d’urgence, mais pas beaucoup.

La question est maintenant de savoir si la pression de l’administration Biden et des compagnies ferroviaires, ainsi que le sceau d’approbation de la direction syndicale, ont été suffisants pour amener les cheminots à accepter l’accord. Ou les cheminots le rejetteront-ils, voteront-ils non, exigeront-ils davantage, se mettront-ils en grève et utiliseront-ils encore plus leur pouvoir ? Nous verrons bien.

https://translate.google.fr/transla...

Syndicats ferroviaires de mèche avec Biden pour éviter la grève – réunion de 500 cheminots pour organiser l’opposition de la base

Tom Hall – WSWS

Alors que le spectre d’une grève nationale des chemins de fer aux États-Unis se profile, deux réunions ont eu lieu mercredi soir. La première, qui s’est tenue en secret, à huis clos, dans une salle de conférence de Washington, a réuni des responsables des syndicats de cheminots, des compagnies ferroviaires et le président Biden. L’objectif de cette discussion marathon, qui a duré 20 heures et s’est terminée tôt jeudi matin, était d’élaborer un contrat de concessions et d’éviter une grève.

L’accord conclu avant-hier n’est qu’une légère reformulation de celui proposé le mois dernier par le Conseil présidentiel d’urgence (PEB) de Biden, auquel les travailleurs s’opposent massivement et contre lequel ils étaient prêts à faire grève. Il n’ajoute qu’un seul jour de maladie payé et trois jours de maladie non payés. Plus important encore, du point de vue des conspirateurs de Washington, il a prolongé la période de « trêve » afin d’empêcher une grève.

La Maison-Blanche était déterminée à conclure un accord avant la date limite pour éviter aux démocrates du Congrès de devoir adopter une loi pour tenter d’écraser une grève quelques semaines seulement avant des élections cruciales de mi-mandat. Depuis le Sénat, Bernie Sanders, qui se présente comme un « socialiste démocrate », a joué le rôle qu’on lui avait assigné dans la conspiration, en bloquant la loi parrainée par les républicains afin de faire appliquer le PEB de Biden. Sanders, qui a voté en 1991 avec une énorme majorité bipartisane pour briser la dernière grève ferroviaire nationale, a manœuvré pour gagner du temps, tout en renforçant la crédibilité de Biden et des démocrates et en dissimulant l’unité des deux partis contre les cheminots.

Sanders s’est immédiatement précipité pour déclarer les « progrès réels » contenus dans l’accord de capitulation. Pendant ce temps, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a admis jeudi que les démocrates avaient déjà préparé une loi qui vise à rendre la grève illégale si elle commençait.

Le nouvel accord de principe représente, en réalité, une injonction qui est appliquée par le truchement des syndicats.

Washington ne se lasse pas de prétendre que toutes ses guerres à l’étranger sont menées au nom des droits de l’homme et de la démocratie. Pourtant, aux États-Unis, le droit de grève, le droit le plus fondamental dont disposent les travailleurs, n’existe pas. C’est une chose que les États-Unis ont en commun avec toutes les dictatures. En effet, Biden s’est vanté jeudi sur Twitter que les « trains roulaient à l’heure », une expression communément associée à l’Italie fasciste de Mussolini et à sa répression brutale et sanglante de l’opposition de la classe ouvrière, notamment des cheminots.

Outre le Congrès, l’utilisation de la police et des tribunaux, l’un des principaux moyens par lesquels le droit de grève est annulé est la bureaucratie syndicale. Les syndicats, complètement intégrés à la direction des entreprises et à l’État, s’emploient depuis des décennies à bloquer ou à isoler les grèves et à imposer une capitulation après l’autre. Biden, qui se décrit comme le président le plus « pro-ouvrier de l’histoire américaine », cherche à s’appuyer sur ces relations corrompues qui existent déjà et à les étendre considérablement. La dernière entente de trahison supervisée par la Maison-Blanche dans les chemins de fer fait suite à des manœuvres similaires avec les syndicats contre les dockers et les travailleurs des raffineries plus tôt cette année.

Mais la période pendant laquelle tout cela aurait pu être incontesté est terminée. La classe ouvrière commence à entrer en lutte partout dans le monde. Chacune de ces luttes a eu tendance à se transformer en rébellion contre l’appareil syndical et l’État capitaliste. L’expression organisationnelle et stratégique la plus élevée de ce phénomène est la croissance rapide des comités de la base dans le monde entier.

La deuxième réunion qui a eu lieu a été une étape majeure dans cette opposition croissante de la base. Il s’agissait d’une réunion en ligne de plus de 500 cheminots de la base et de leurs partisans, parrainée par le Comité de base des cheminots (RWRFC), le World Socialist Web Site et l’Alliance ouvrière internationale des comités de base. Il s’agissait d’une discussion démocratique et ouverte, impliquant une large représentation régionale des travailleurs de tous les principaux métiers et de toutes les compagnies ferroviaires nationales.

Les propos tenus lors de la réunion ont exprimé la haine viscérale que les travailleurs éprouvent à l’égard de leurs conditions d’exploitation et de la bureaucratie syndicale. Mark, machiniste et membre fondateur du RWRFC, a déclaré : « Contrat après contrat, nous avons fait des concessions sur les salaires et les avantages. Nous risquons notre santé et nos vies chaque jour. Nos familles doivent faire des sacrifices que la plupart des familles n’endurent pas : reprogrammer les vacances, les anniversaires, les réunions de famille, les funérailles, etc ».

« Ce sont ces raisons qui m’ont poussé à rejoindre le comité de base. Pour s’organiser, pour garantir notre droit démocratique de voter – et faire respecter ce vote, au lieu de subir les actes de 60 personnes au Sénat déterminées à supprimer ce droit – et pour abolir la loi sur le travail dans les chemins de fer qui brime notre droit de grève. Il faut se débarrasser de la bureaucratie et de l’appareil syndical, et rendre le pouvoir à la base ».

Il a terminé en appelant les travailleurs à se joindre au comité pour former un « front uni » contre « la relation corrompue entre le gouvernement, les transporteurs ferroviaires et les hauts responsables des syndicats ». Il a conclu en disant : « Nous vivons une époque sans précédent qui appelle à l’action ».

Raoul, un ingénieur de Chicago, a déclaré : « J’en ai assez de me faire traiter comme un paysan ». Alors que les chemins de fer ont cyniquement mis en garde contre l’impact économique d’une grève, Raoul a répondu que les chemins de fer « se sont mis eux-mêmes dans ce pétrin » en supprimant des dizaines de milliers d’emplois. Le réseau ferroviaire américain, dit-il, a été construit avec le travail des ouvriers, y compris celui des « immigrants, des esclaves et des Chinois…Les travailleurs ont contribué à la réussite et à la prospérité de ce pays, mais nous n’en avons pas le mérite ».

L’épouse d’un cheminot a évoqué le rôle d’Internet pour saper le contrôle de la bureaucratie et donner du pouvoir à la base. « Nous vivons à une époque où l’information est instantanée... Je crois que c’est la différence essentielle dans ce qui se passe actuellement », a-t-elle expliqué. « Lorsque le PEB a publié ses recommandations, tout le monde l’a eu instantanément et l’a lu avant même que les syndicats puissent prendre de l’avance et faire une déclaration…cela nous donne plus de pouvoir que nous n’en avons jamais eu. L’Internet est une bête qu’ils ne peuvent pas contrôler. Ils n’auront plus le contrôle qu’ils avaient auparavant ».

Will Lehman, un ouvrier de Mack Trucks qui se présente à la présidence des Travailleurs unis de l’automobile (UAW) sur un programme d’abolition de la bureaucratie syndicale et de lutte pour le contrôle de la base, a également pris la parole lors de l’assemblée. Lehman, un socialiste, a encouragé les travailleurs à comprendre le lien entre leur lutte et la lutte pour le socialisme, qu’il a défini comme suit : « Le pouvoir entre les mains des travailleurs, le pouvoir de décider comment nous distribuons la richesse que nous générons, avec un sens de l’égalité, et non pas qu’une poignée de personnes se gavent de cette richesse ». Il a également fait part de sa propre expérience en créant un comité de la base chez Mack Trucks afin de soutenir la grève de Volvo Trucks en 2021.

À la fin de la réunion, les participants ont voté massivement pour adopter une résolution exprimant le sentiment des cheminots, qui se lit comme suit :

Cette assemblée démocratique des cheminots de la base prend la résolution suivante :

1. Nous n’accepterons aucun acte du Congrès qui viole notre droit démocratique de grève et nous impose un contrat que nous n’acceptons pas et qui n’a pas été ratifié par la base.

2. Nous exigeons un contrat qui réponde à nos besoins, y compris : une augmentation salariale importante pour compenser des années de baisse des salaires ; des ajustements du coût de la vie pour faire face à l’inflation galopante ; la fin des politiques brutales d’assiduité ; des congés garantis et des jours de maladie ; et la fin des équipes d’un seul homme.

3. Nous informons les syndicats que toute tentative d’imposer des contrats qu’on n’accepte pas et qu’on n’a pas votés, ou de nous faire travailler sans contrat, sera en violation des instructions claires données par la base.

David North, président du Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party) et du comité de rédaction international du World Socialist Web Site, a parlé aux travailleurs de la signification de leur réunion.

« Tous ceux qui se sont exprimés ont souligné d’une manière ou d’une autre le fait que ces organisations ne vous représentent pas. Vous n’avez aucun contrôle sur ce qu’elles font », a-t-il déclaré. « Donc, lorsqu’on parle de comités de la base, il s’agit en fait de créer un moyen par lequel les travailleurs eux-mêmes peuvent affirmer leur pouvoir ».

Il a comparé les comités de la base aux comités de correspondance fondés par les colons lors de la Révolution américaine. « C’est ce qui a donné naissance au Congrès continental, qui était une nouvelle forme d’organisation, pour rassembler des gens vivant sur un vaste territoire afin d’organiser leur résistance au pouvoir de la couronne, pour qu’ils puissent s’informer et formuler leur propre politique ».

« Vous avez un pouvoir énorme si vous savez l’utiliser », a-t-il expliqué en conclusion. « Mais ce que vous devez d’abord faire, c’est de mettre en place une nouvelle structure à chaque lieu de travail, de sorte que, lorsque vous recevez la nouvelle qu’on vous a trahis, ça ne s’arrête pas là ». Vous devez créer les moyens de « renverser, contrecarrer, annuler la décision des apparatchiks qui servent vos ennemis ».

North a averti qu’au moment où la réunion se tenait, les syndicats, les entreprises et l’État conspiraient pour bloquer une grève et imposer un accord favorable aux entreprises. Ces avertissements ont été confirmés quelques heures plus tard, lorsque Biden a annoncé son accord négocié.

La réunion, et la résolution qu’elle a adoptée, fournissent une base puissante pour le développement de cette lutte visant à bâtir une nouvelle direction. Les cheminots doivent maintenant aller de l’avant en créant des comités dans chaque gare de triage et chaque terminal, en organisant des réunions pour rejeter la capitulation négociée par Biden, en partageant des informations et en élisant des dirigeants de la base pour assumer la responsabilité du processus décisionnel.

Plus de 500 cheminots se sont réunis pour discuter de la grève, alors que les entreprises, les syndicats et le Congrès tentent d’imposer un accord

WSWS Railroad Workers Newsletter

19 septembre 2022

Ce qui se passe

• Des centaines de cheminots se réunissent pour préparer la grève

• Les compagnies ferroviaires demandent au Congrès d’intervenir alors que les cheminots font pression pour la grève

• Les machinistes des chemins de fer rejettent l’accord de principe alors qu’une grève nationale est imminente

• Des représentants syndicaux et des entreprises rencontrent le secrétaire d’État, Marty Walsh, pour tenter de bloquer la grève des chemins de fer

• Les syndicats ferroviaires rampent devant le Congrès, alors que Washington élabore des plans d’urgence avant la date limite de grève de vendredi

Des centaines de cheminots se réunissent pour préparer la grève

Les travailleurs du rail peuvent se joindre au comité de base des travailleurs du rail ou le contacter en envoyant un courriel à railwrfc@gmail.com.

Mercredi soir, plus de 500 travailleurs du rail ont participé à une réunion convoquée par le Comité de la base des travailleurs du rail pour préparer la grève alors que la « période de réflexion » doit expirer dans moins de 24 heures, à 0h01 vendredi. La réunion était coparrainée par le World Socialist Web Site et l’Alliance internationale des travailleurs des comités de base.

La réunion a été convoquée sous le titre « Organisez-vous pour préparer une grève nationale ! ». Les participants comprenaient des travailleurs de tous les États-Unis qui travaillent pour BNSF, CSX, Union Pacific, Canadian National, Norfolk Southern et d’autres chemins de fer. Ils comprenaient des ingénieurs et des chefs de train, des machinistes, des mécaniciens, des wagonniers, des aiguilleurs, des signaleurs et d’autres travailleurs.

La réunion s’est tenue alors que le Congrès et le gouvernement Biden, avec le soutien des entreprises et des syndicats de cheminots, s’efforcent de trouver un moyen de bloquer une grève de 100.000 cheminots vendredi.

Les travailleurs présents à la réunion se sont exprimés avec force contre les efforts qui visent à faire passer des accords. Ces derniers sont basés sur le « Conseil présidentiel d’urgence » (Presidential Emergency Board – PEB) de Biden. Ils acceptent toutes les demandes des compagnies. Les travailleurs ont dénoncé l’appareil syndical qui ne les représente pas.

À la fin de la réunion, les travailleurs ont adopté une résolution, avec 98 pour cent de votes favorables, qui stipule ce qui suit :

Cette assemblée démocratique des cheminots de base décide de ce qui suit :

1. Nous n’accepterons aucun acte du Congrès qui viole notre droit démocratique de grève et nous impose un accord que nous n’acceptons pas et qui n’a pas été ratifié par la base.

2. Nous exigeons un accord qui réponde à nos besoins, y compris une importante augmentation de salaire pour compenser des années de baisse des salaires ; des augmentations indexées sur le coût de la vie pour faire face à une inflation galopante ; la fin des politiques brutales d’assiduité ; des congés garantis et des congés maladie ; et la fin de la campagne pour imposer des équipages d’un seul homme.

3. Nous informons les syndicats que toute tentative d’imposer des accords que nous n’acceptons pas et qui n’ont pas été votés, ou de nous faire travailler sans accord, sera en violation des instructions claires données par la base.

Un ingénieur de Chicago a déclaré lors de la réunion : « J’en ai assez de me faire traiter comme un paysan. Ils parlent de l’argent que nous gagnons, comme si nous étions en train de devenir millionnaires ou quelque chose comme ça. Mais, ils ne parlent jamais de ce que gagnent les PDG et les cadres supérieurs, de leurs notes de frais et de tout ce qu’ils ont, et de la façon dont ils vivent dans le luxe. Et ici, nous nous battons à propos de journées de 12 heures et des politiques de présence très strictes qui nous sont imposées ».

« Ils disent que la grève va semer le chaos dans tout le pays et dans la chaîne d’approvisionnement. Mais le fait est qu’il y a déjà du chaos. Et il est causé par le PSR [Le chemin de fer à horaires fixes de précision (Precision Scheduled Railroading)]. Ils se sont débarrassés de plus de 40.000 personnes. Ils se sont débarrassés d’équipements dont nous avons besoin, de moteurs. Ils ont eux-mêmes provoqué ce désordre ».

Un autre cheminot de la région de Chicago a déclaré : « Le pouvoir est avec nous, d’autant plus que nos membres sont solidaires et réalisent que nous avons le contrôle. Elles [les compagnies] sont là grâce à nous. Elles n’ont rien sans nous. Elles ne possèdent pas d’entreprise. Elles ne possèdent pas les bénéfices. Elles ne possèdent pas tous les millions de dollars qu’elles gagnent ».

« Je rate 80 pour cent des événements familiaux, des événements prévus, des fêtes d’anniversaire, des vacances. On rate toujours des trucs. Et nous voulons juste récupérer une partie de notre vie. C’est fou que nos demandes pour un contrat solide soient balayées du revers de la main non seulement par le PEB, mais aussi par notre syndicat et par les transporteurs eux-mêmes ».

Les compagnies ferroviaires demandent au Congrès d’intervenir alors que les cheminots font pression pour la grève

La BNSF, l’une des principales compagnies ferroviaires des États-Unis, a publié aujourd’hui une déclaration, dans laquelle elle demande au Congrès d’intervenir et de faire appliquer des accords inspirés par le Presidential Emergency Board (PEB) du gouvernement Biden, si jamais de tels accords ne sont pas conclus avant la fin de la période de « refroidissement » vendredi à 0h01.

Dans sa lettre au Congrès, la BNSF a déclaré que la « bonne nouvelle » était que « les chemins de fer ont maintenant conclu des accords de principe (AT) avec une grande majorité des syndicats ferroviaires impliqués dans les négociations nationales ». Ces accords, a-t-elle précisé, étaient fondés sur les recommandations du PEB du gouvernement Biden.

L’entreprise n’a pas précisé que les travailleurs de l’un de ces syndicats, l’« Association internationale des machinistes » (AIM), avaient déjà rejeté un accord à une majorité écrasante, tandis qu’un autre syndicat, la « Fraternité des aiguilleurs du rail », a annulé les plans qui visaient à soumettre le contrat à un vote, au motif que cela n’avait aucune chance de passer.

Les deux syndicats qui n’ont pas encore accepté d’accords fondés sur le PEB, la Fraternité des ingénieurs de locomotives et des agents de train et le SMART-TD, supervisent la majorité des cheminots, soit environ 90.000 personnes. Ils n’ont pas encore tenté d’imposer des accords parce qu’ils savent qu’ils seront massivement rejetés par les cheminots.

Loin d’être un organe « neutre », comme l’a prétendu BNSF, le PEB a accepté toutes les demandes des compagnies ferroviaires. Cela comprend des augmentations de salaire inférieures à l’inflation ; une augmentation des coûts des soins de santé, et aucun changement aux politiques d’assiduité détestées, qui oblige les équipes de train à être de garde 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Si les travailleurs refusent d’accepter ces conditions, et si l’appareil syndical est incapable de les y contraindre, BNSF a demandé au Congrès d’intervenir. La lettre fait référence à la législation introduite par les sénateurs républicains Richard Burr et Roger Wicker qui, selon elle, « permettrait de résoudre les problèmes dans les négociations actuelles entre les syndicats et la direction ».

« En l’absence de l’issue préférée des accords volontaires », concluait la lettre, « ce serait le résultat le plus certain, le plus direct et le plus équitable pour toutes les parties concernées ».

Une telle « résolution des problèmes » tournerait en fait en dérision les droits démocratiques des travailleurs qui sont massivement opposés aux recommandations du PEB. Cela signifierait la mise en œuvre par décret gouvernemental de contrats rédigés par les compagnies ferroviaires, approuvés par la Maison-Blanche contrôlée par les entreprises, et soutenus par des responsables syndicaux dans la poche des compagnies.

Un réparateur de CSX à Albany, dans l’État de New York, a déclaré à la WSWS Railroad Workers Newsletter : « Je ne sais pas pourquoi nous avons un syndicat, si nous ne pouvons pas faire grève et que le Congrès va simplement imposer les recommandations du PEB. Pourquoi, ne pas simplement supprimer l’intermédiaire et laisser le gouvernement dicter les conditions ? ».

« De nombreux travailleurs disent que nous devrions rejeter l’AT et nous mettre en grève. Mes heures ne sont pas aussi mauvaises que celles de certains ingénieurs et chefs de train, mais, si un déraillement a lieu ou un autre type d’urgence, ils disent que tout le monde doit rester et que personne ne peut partir. Vous pouvez travailler 24 heures d’affilée. Nous avons également travaillé tout au long de la pandémie et n’avons reçu aucune compensation supplémentaire. Je vais participer à la réunion publique des cheminots ce soir pour voir ce qu’on peut faire pour lutter ».

Un ingénieur de la BNSF avec 15 ans d’expérience dans l’ouest du Tennessee a déclaré : « Les gars ici pensent que le syndicat est mou et cédera au peu de pression qu’il y a et acceptera cette merde de PEB avec les politiques de présence et pas de jours de maladie. Et qu’est-ce qu’une augmentation de salaire de 22 pour cent sur cinq ans ? C’est totalement inacceptable. Et cela vient d’un “président pro-syndicat” ».

« Les recommandations du PEB sont totalement en faveur de la BNSF et des autres compagnies. Elles ont l’impression qu’il n’y a rien à négocier parce qu’elles savent que le syndicat cédera ou que le gouvernement nous enfoncera cela dans la gorge. Du point de vue du syndicat, si le Congrès agit, il pourra dire : “Nous avons fait de notre mieux pour nous battre, mais nous n’avons rien pu faire” ».

« Beaucoup de gens disent que nous devrions faire grève quoiqu’en dise le Congrès. Il faut que l’ensemble des cheminots le fasse. Ils ne pourraient pas remplacer 60.000 travailleurs si nous faisions grève. Ils ne peuvent même pas trouver des travailleurs pour remplacer les 1.000 qui ont pris leur retraite ».

« Quand j’ai commencé à travailler, il y avait 300 à 350 candidats pour 20 postes. Maintenant, il n’y a pas 20 candidats pour 30 postes vacants. À l’heure actuelle, la direction ne peut pas appliquer la politique d’assiduité et mettre des gens au chômage parce qu’elle ne peut embaucher personne ».

Les machinistes des chemins de fer rejettent l’accord de principe alors qu’une grève nationale se profile à l’horizon

La loge 19 du district de l’Association internationale des machinistes (AIM) a annoncé mercredi matin que les machinistes des chemins de fer avaient rejeté un accord de principe. L’AIM est l’un des douze syndicats qui supervisent les travailleurs des chemins de fer.

Dans une courte déclaration, l’AIM a écrit : « Le vote est terminé et les résultats sont là. L’accord de principe a été rejeté et le vote d’autorisation de grève a été approuvé ».

L’IAM n’a pas communiqué de chiffres, mais les travailleurs affirment que l’opposition à l’accord était écrasante.

L’accord rejeté par les travailleurs était basé sur les recommandations du Presidential Emergency Board (PEB) du gouvernement Biden.

Les recommandations du PEB acceptaient toutes les demandes des compagnies ferroviaires, y compris des augmentations salariales inférieures à l’inflation, une augmentation des coûts des soins de santé et aucun changement aux politiques d’assiduité détestées qui laissent les équipes de train de garde 24/7.

De manière provocante, la déclaration de l’AIM a déclaré que « par respect pour les autres syndicats dans le processus de ratification, il est convenu d’une prolongation jusqu’au 29 septembre 2022 ».

En fait, les syndicats poursuivent une stratégie de division et de conquête, en tentant de faire passer des accords basés sur le PEB dans un certain nombre de syndicats. Les cheminots ont toutefois déclaré qu’ils ne franchiront pas les lignes de piquetage si les travailleurs de l’un ou l’autre des syndicats entament une action de grève.

« La base des machinistes rejette massivement la prolongation de la période de réflexion », a déclaré un machiniste de l’IAM travaillant à Saint-Louis, dans le Missouri, au Bulletin des cheminots de la WSWS.

« Lorsque nous avons voté pour la grève, on nous a dit que ce serait à 0h01 le 16 septembre. Nous avons attendu assez longtemps pour obtenir un contrat décent, et nous exigeons de faire grève le 16. La décision non autorisée de l’AIM de quitter la coalition nous a rendus vulnérables et a provoqué la division et la colère parmi les membres ».

Un mécanicien de locomotive de BNSF membre de l’AIM a ajouté : « Sur mon site, la majorité est heureuse que la convention ait été rejetée. Mais ils sont fous de rage à cause de la prolongation. Les gars sont prêts à faire grève. Ils en ont assez. Ils réclament du sang du district. Ils estiment que nous aurions dû voter sur une extension si elle était sur la table ».

Des représentants syndicaux et des entreprises rencontrent le secrétaire d’État, Marty Walsh, dans le but de bloquer la grève des chemins de fer

Des responsables syndicaux rencontrent aujourd’hui le secrétaire d’État au travail de l’administration Biden, Marty Walsh, et des représentants des compagnies ferroviaires dans le but de bloquer une grève avant que la « période de réflexion » ne prenne fin vendredi à 0h01.

Les syndicats impliqués dans les discussions sont la Fraternité des ingénieurs de locomotives et des agents de train (Brotherhood of Locomotive Engineers and Trainmen – BLET) et le SMART-TD, qui ensemble regroupent la majorité des cheminots. Dix autres syndicats ont déjà accepté des contrats basés sur les recommandations du Presidential Emergency Board (PEB) de Biden.

Conscients de l’énorme opposition des travailleurs aux propositions du PEB, qui acceptent toutes les demandes des entreprises, le BLET et le SMART-TD n’ont pas encore accepté de contrats. Les responsables syndicaux sont à la recherche de quelque chose qu’ils pourraient utiliser pour le vendre aux membres.

Mais ce quelque chose n’est rien. Le BLET, par exemple, a déclaré qu’il demandait un congé de maladie non rémunéré, ce que les entreprises ont rejeté.

« Notre proposition de congé de maladie non rémunéré ne leur coûte rien », a plaidé le président du BLET, Dennis Pierce, dans des commentaires à CNBC mercredi. « C’est quelque chose qu’ils peuvent gérer. Cela ne nuit pas à leur modèle économique ».

Les syndicats ferroviaires rampent devant le Congrès, tandis que Washington élabore des plans d’urgence avant la date limite de grève de vendredi

À moins de trois jours de la date limite de déclenchement d’une grève nationale des chemins de fer, les syndicats ferroviaires s’efforcent désespérément de trouver un accord avec les sept chemins de fer de marchandises de classe 1. Cependant, les syndicats sont confrontés à une opposition écrasante de la part des travailleurs, ce qui perturbe sérieusement leurs tentatives d’imposer bureaucratiquement un accord de capitulation.

Les travailleurs du rail se battent contre une proposition de contrat de concession émise le mois dernier par un conseil présidentiel d’urgence, nommé par Biden. Les contrats comprennent des réductions des salaires réels et des augmentations des coûts des soins de santé. Elle laisse également intactes les politiques d’assiduité détestées qui ont poussé des dizaines de milliers de personnes à quitter le secteur.

Malgré l’atmosphère de guerre civile qui règne à Washington, les deux partis ont indiqué qu’ils étaient prêts à s’unir pour adopter une législation qui vise à bloquer une grève. Steny Hoyer, le numéro deux démocrate de la Chambre, a déclaré à Bloomberg News que le Congrès interviendrait. Lundi soir, les sénateurs républicains Richard Burr et Roger Wicker ont proposé une législation qui vise à imposer le PEB dès la date limite de vendredi.

Dans une lettre servile adressée mardi aux chefs des deux partis du Congrès, le syndicat Division des transports de l’Association internationale des travailleurs du métal en feuille, de l’air, du rail et des transports a déclaré : « Nous vous demandons humblement de laisser les deux parties trouver une solution ».

En d’autres termes, les syndicats ne demandent pas au Congrès de ne pas se mêler de la grève qui aura lieu vendredi. Au contraire, ils supplient le Congrès de donner aux syndicats l’espace et le temps nécessaire pour faire respecter un accord et éviter une grève. La lettre ajoute : « Ce n’est pas le moment de faire preuve de myopie, car la fragilité de l’économie est bien réelle ».

Les entreprises refusent toutefois de faire la moindre concession sur le régime de travail brutal des chemins de fer, où les travailleurs sont constamment sur appel. Ainsi, ils ne peuvent pas prévoir ni temps avec leur famille ni même de rendez-vous chez le médecin. La Fraternité des ingénieurs de locomotives et des agents de train, qui, avec le SMART-TD, compte parmi ses membres la majorité des cheminots a déclaré qu’elle était prête à assouplir sa position de négociation en demandant un congé de maladie non rémunéré, mais en vain.

1 Message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0