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Lula et l’immunité collective

vendredi 30 septembre 2022, par Robert Paris

À la veille des élections au Brésil, le Parti des travailleurs dissimule son appui à la politique d’« immunité collective » de Bolsonaro face à la pandémie

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https://www.wsws.org/fr/articles/20...

À un peu plus d’une semaine de l’élection présidentielle du 2 octobre au Brésil, le Parti des travailleurs (PT) et son candidat, Luiz Inácio Lula da Silva, tentent de cacher l’état de pourrissement de la démocratie bourgeoise brésilienne. Cela comprend les menaces du président fasciste Jair Bolsonaro de répéter le scénario du 6 janvier au Capitole américain et de réaliser un coup d’État électoral s’il n’est pas désigné vainqueur. Comme c’est le cas dans toutes les élections bourgeoises, la dissimulation totale de la situation politique, économique et sociale réelle, ainsi que de ses causes, produit de nombreuses fausses promesses des candidats.

Le thème central de la campagne électorale du PT et de Lula est qu’ils vont « reconstruire et transformer » le Brésil s’ils sont élus sur la base d’un programme nationaliste et pro-patronal. Ils espèrent ainsi rétablir leur rôle de parti préféré de la bourgeoisie nationale et, en même temps, leur apporter un soutien international.

Un élément clé de ses promesses aux travailleurs, qui ne cessent de diminuer, est que le parti adoptera une approche opposée et scientifiquement guidée sur la santé publique, en renforçant le système national de santé unifié (SUS), et en particulier la réponse aux pandémies. Le parti feint de se trouver horrifié par la politique meurtrière d’« immunité collective » de Bolsonaro, qui a entraîné près de 700.000 décès officiels dus au COVID-19 dans le pays. Qualifier de « génocidaire » la réponse de Bolsonaro à la pandémie de COVID-19 est devenu un élément incontournable des publicités télévisées et des rassemblements pendant la campagne électorale.

Cependant, toute prétention selon laquelle le PT a représenté au cours des trois dernières années ou représentera à l’avenir une alternative à la politique barbare de Bolsonaro en matière de pandémie est démentie par ses propres déclarations sur la question.

Dans sa propagande électorale sur la politique de pandémie du gouvernement Bolsonaro, le PT déclare : « Bolsonaro s’est moqué de la pandémie qui a tué 670.000 Brésiliens. 400.000 vies auraient pu être sauvées ». D’emblée, le PT considère que 270.000 décès sont acceptables et étaient inévitables. Il ne fait pas la moindre référence à la possibilité scientifiquement prouvée d’éliminer le COVID-19. Si le Brésil avait suivi une politique de Zéro COVID comme celle mise en œuvre en Chine, moins de 800 décès auraient été enregistrés tout au long de la pandémie.

Sur les 121 paragraphes de la plateforme de campagne de la liste électorale dirigée par le PT, un seul traite de la pandémie de COVID-19 : « Il est urgent… de s’occuper des personnes atteintes de COVID longue durée. On doit reprendre le programme national de vaccination reconnu ». Cette déclaration minimise totalement le danger que représente toujours la pandémie au Brésil. Elle écarte la possibilité que la situation s’aggrave avec de nouveaux variants, et avance la conception non scientifique que seule la vaccination peut contenir la pandémie. Cela exprime l’alignement de classe du PT et des autres partis de sa coalition – y compris Socialisme et Liberté (PSOL) de la pseudo-gauche – sur la politique de l’élite dirigeante mondiale, menée par l’administration Biden aux États-Unis, pour qualifier le COVID-19 d’ « endémique », sans aucun fondement scientifique, mais uniquement pour répondre aux besoins des entreprises. Les syndicats et les gouverneurs du PT mettent en avant une opposition frauduleuse à Bolsonaro

La principale préoccupation du PT pendant la pandémie de COVID-19 était de renforcer ses liens avec les secteurs de la classe dirigeante brésilienne qui craignent que l’offensive cruelle et non déguisée de Bolsonaro contre la santé et le niveau de vie des travailleurs ne menace le pays d’une explosion sociale, remettant en question la continuité même du capitalisme.

L’idée que la lutte contre la pandémie dans les États du Nord-Est contrôlés par le PT serait guidée par la science, y compris avec la fermeture des écoles et des entreprises en général, a été réfutée moins d’un an plus tard. Le coordinateur du comité scientifique de la région, partisan de longue date du PT et neuroscientifique renommé, Miguel Nicolelis, a été contraint de quitter son poste juste avant l’explosion de la deuxième vague au Brésil, début mars 2021.

Contrairement à la propagande de la presse selon laquelle les gens étaient « fatigués » des mesures d’isolement social et s’y opposaient, celles-ci étaient cruciales pour les gains électoraux du parti lors des élections locales de novembre 2020. Mais comme Nicolelis l’a expliqué dans une interview avec le WSWS en octobre 2021 : « Dans la première vague… nous avons réussi à aplatir la courbe avec l’isolement social et certains confinements régionaux, surtout dans le Nord-Est.... Mais après l’échéance électorale [de novembre 2020], et c’est ce qui apparemment les intéressait [les gouverneurs du Nord-Est], ils ont arrêté parce que, lors de la deuxième vague, ils n’ont rien fait. »

Au plus fort de la vague originale d’Omicron, Nicolelis a de nouveau mis à nu la politique du parti dans une autre interview avec le WSWS. Il a déclaré : « Les gouverneurs du PT eux-mêmes, que je connais très bien pour avoir travaillé avec eux, ont cessé de faire ce qui devait être fait il y a longtemps. Alors, qui est progressiste dans cette histoire ? J’ai vu des personnes prétendument progressistes se comporter comme Bolsonaro. Ils avaient juste le vernis et le cachet des progressistes ».

Un élément clé de l’opposition frauduleuse du PT à Bolsonaro était l’affirmation que les vaccins seuls pouvaient arrêter le virus. Au début de mars 2021, lorsque la deuxième vague a explosé au Brésil après de nombreux avertissements lancés par les experts depuis le début de l’année, les gouverneurs du PT dans le nord-est ont annoncé un prétendu « pacte national » contre la pandémie, qui se réduisait à l’accélération de l’achat de vaccins et à des mesures inefficaces comme la limitation de la vente d’alcool.

Le PT a pris la tête de la politique d’« immunité collective » lorsqu’en août 2021, alors que le nombre de décès était en légère baisse par rapport aux niveaux horribles de plus de 1.000 par jour enregistrés pendant des mois, les gouverneurs des États ont imposé la plus grande réouverture d’écoles au Brésil depuis le début de la pandémie sous le prétexte que les niveaux massifs précédents d’infection pouvaient empêcher de nouvelles émergences du virus. Dans l’État de Bahia, le gouverneur du PT, Rui Costa, a réduit les salaires des enseignants en grève contre la réouverture des écoles et a menacé de les licencier.

Dès octobre 2021, après avoir annulé la distanciation sociale dans les salles de classe, trois des quatre gouverneurs d’État du PT avaient rendu la présence des étudiants obligatoire dans les écoles qui restaient dangereuses. La présence des étudiants dans les écoles était une condition préalable à la réouverture générale de l’économie. En octobre, les États dirigés par le PT avaient également supprimé pratiquement toutes les restrictions imposées aux entreprises.

Le port obligatoire du masque dans les écoles a été abandonné dans tous les États brésiliens en avril de cette année, après la vague Omicron BA.1. La présence d’enfants non protégés dans des écoles précaires a créé l’environnement parfait pour la propagation d’une série de maladies infectieuses, telle que la bronchiolite aiguë, qui a rempli les unités de soins intensifs pédiatriques de plusieurs États et entraîné des dizaines de décès de nourrissons et d’enfants. Entre janvier et mai de cette année, près de 300 enfants de moins de quatre ans sont morts, infectés par la maladie dite « bénigne » Omicron BA.1, soit deux fois plus que durant la même période l’année précédente. En mai, au début de la vague provoquée par Omicron BA.4/5, plus de la moitié des cas de COVID dans l’État de Ceará, gouverné par le PT, sont survenus chez des enfants de moins de neuf ans.

Lorsque des manifestations de masse dirigées par des jeunes ont éclaté contre la politique d’immunité collective à partir du 29 mai 2021, le PT, le PSOL et tous les autres partis de la pseudogauche, horrifiés par la possibilité de se faire déborder, ont redoublé d’efforts pour canaliser l’opposition derrière une « super » pétition pour la destitution de Bolsonaro. Cette pétition a été soutenue par des représentants de la droite et de l’extrême droite brésiliennes, dont beaucoup étaient d’anciens alliés de Bolsonaro qui tentaient de prendre leurs distances avec le président fasciste.

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