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1991, la première guerre d’Irak, un tournant de la politique mondiale

mercredi 10 janvier 2007, par Robert Paris

La guerre du Golfe contre l’Irak - Pour la défense des trusts pétroliers et pour l’intérêt des classes dirigeantes

Le 17 janvier 1991, commençait l’opération « Tempête du Désert ». Au nom de l’ONU, dans une croisade pour « le droit et la liberté », une coalition de vingt-huit pays, à la tête de laquelle se trouvaient les Etats-Unis, entrait en guerre contre l’Irak. La guerre aérienne allait durer trente-huit jours pendant lesquels l’Irak et le Koweït seraient écrasés sous les bombes, larguées par des avions et des missiles les plus modernes du monde.

Il s’agissait soi-disant de « frappes chirurgicales » effectuées avec des « armes intelligentes » que l’état-major américain présentait comme étant capables de faire la part entre les objectifs stratégiques et les civils ! Dans la réalité, ces bombardements firent plus de 100 000 victimes irakiennes, au cours notamment des bombardements sur Bagdad et Bassorah. Quand commença l’offensive terrestre, le 24 février, l’armée de Saddam Hussein n’avait plus le pouvoir de se défendre ; c’était une armée en déroute, en train de quitter le Koweït, que les forces de la coalition finirent par massacrer.

La coalition engagea 700 000 hommes dans ce conflit, provenant en majorité, avec 450 000 soldats américains, de la première puissance mondiale, utilisant un armement perfectionné disproportionné avec la force réelle de l’Irak. Par ce déploiement militaire écrasant, les pays impérialistes, enrôlant d’autres Etats sous leur bannière, entendaient signifier à l’Irak qu’il n’était pas question de toucher au pétrole du Koweït ni de remettre en cause les frontières et l’ordre qu’elles avaient établi dans cette partie du globe.

Le contentieux irano-koweïtien

La crise remontait au 2 août 1990, quand l’Irak avait envahi le Koweït, reprenant une ancienne revendication territoriale, puisque cet Etat était une province irakienne au temps de la domination de l’Empire ottoman. Mais avec la chute de ce dernier, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les pays impérialistes (principalement la Grande-Bretagne et la France) avaient pris le relais et établi des protectorats au Moyen-Orient, dont les frontières, tracées au cordeau, reflétaient plus les rivalités entre les puissances que le respect du droit des peuples. Avec le forage des premiers puits de pétrole, dans les années trente, vinrent s’implanter les grandes compagnies pétrolières. La région du golfe Persique était peu peuplée, parcourue par des tribus de Bédouins. Les compagnies pétrolières créèrent alors des Etats (Koweït, Qatar, Emirats...) en propulsant à leur tête des chefs de tribus, qui restèrent en place, et sous leurs ordres, lorsque l’indépendance formelle fut acquise dans les années soixante. En 1990, au moment de la guerre du Golfe, ces monarchies héréditaires réactionnaires étaient toujours en place... et le sont toujours aujourd’hui.

Le Koweït, possédant 10 % des réserves mondiales connues de pétrole, est le pays possédant le plus fort produit national brut de la planète. L’indépendance de ce micro-Etat (comme les autres émirats) n’a d’ailleurs justement pour fonction que de réserver les énormes revenus du pétrole, sans avoir à les répartir en faisant profiter le reste de la population de la région de leurs retombées. Et derrière la richesse insolente de la famille Al Sabah et d’une couche de privilégiés, derrière la façade d’immeubles modernes luxueux, le Koweït n’en reste pas moins un Etat sous-développé, archaïque, dont la population, composée pour 60 % de travailleurs émigrés provenant majoritairement d’autres pays arabes ou de camps palestiniens, vit dans le dénuement. Quant aux féodaux à la tête de l’Etat, leur fortune, si elle trouve son origine dans le pétrole, s’est largement diversifiée et ils ont placé leurs capitaux dans des entreprises étrangères, détenant par exemple près d’un quart du capital de Hoechst, 17 % de Daimler-Benz, 22 % de la British Petroleum. La City de Londres est leur place forte.

Une lutte contre la dictature... à géometrie variable

Le coup de force de Saddam Hussein sur le Koweït représentait donc un danger pour les revenus des compagnies impérialistes. D’autre part, il n’était pas question de tolérer qu’un petit Etat du Tiers Monde - même s’agissant d’un des plus développés du Moyen-Orient - puisse intervenir sans l’aval des grandes puissances. Alors, l’ancien allié d’hier est devenu un « nouvel Hitler », un « dictateur » qu’il fallait écraser et, au nom de l’ONU, le gouvernement américain engagea donc vingt-sept pays derrière lui dans sa croisade pour faire « respecter le droit » et pour « la liberté ».

Les régimes de dictature, pourtant, les puissances impérialistes s’en accommodent d’autant mieux qu’ils maintiennent leurs peuples dans la pauvreté et, par la force, empêchent toute révolte qui pourrait menacer leurs intérêts économiques. Les dictateurs africains sont reçus à l’Elysée et, en Amérique latine ou en Asie, les Etats-Unis ont soutenu les régimes et les dictateurs les plus sanguinaires, n’hésitant pas, comme au Nicaragua, à intervenir quand la population les renversait. Et puis, la guerre contre l’Irak incluait des pays aussi réactionnaires et aussi peu démocratiques que l’Arabie Saoudite où prévaut la loi islamique, le Maroc, la Chine de Tien An Men, et bien sûr le Koweït, dont seulement 6 % de la population a le droit de vote !

D’autre part, que Saddam Hussein soit un dictateur, cela ne datait pas d’hier. En 1963, il avait participé à l’assassinat de milliers de militants communistes. Arrivé à la tête de l’Etat, sa dictature avait continué à s’exercer, notamment contre la minorité kurde du pays ; ainsi, en 1988, la répression menée contre eux avait fait des milliers de victimes. Mais cela n’empêchait pas les puissances impérialistes, dont la France et les Etats-Unis, d’entretenir de bonnes relations avec lui, la France notamment depuis la fin des années soixante, en cherchant à développer des relations commerciales avec les pays arabes, face à l’impérialisme américain pro-israélien. Elle est d’ailleurs un gros fournisseur d’armes auprès des pays du golfe Persique, qu’il s’agisse de l’Arabie Saoudite, des Emirats, du Qatar ou de l’Irak. En janvier 1990, un an avant que Saddam Hussein ne devienne l’homme à abattre, Chevènement, alors ministre de la Défense et représentant de commerce pour Thomson, Dassault et Matra, avait déclaré, à propos d’une vente de matériel militaire à l’Irak, vouloir « affirmer la pérennité des liens avec ce pays ». Quant aux Etats-Unis, après la chute du chah en Iran et l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, ils considéraient alors l’Irak comme une puissance capable de faire régner l’ordre dans cette partie du monde. Mais c’était alors l’ordre impérialiste, celui qui représente « la loi du droit », pour reprendre une expression de Mitterrand, alors que, lorsque les pays pauvres revendiquent leur part de revenus, on ne parle plus que de « la loi de la jungle ».

Les Etats-unis, gendarmes du monde

Durant ce conflit, les Etats-Unis ont aussi réaffirmé leur place de seule véritable grande puissance mondiale. De par les forces et l’argent investis déjà, mais surtout parce que les pays impérialistes de seconde zone, s’ils étaient d’accord sur le principe de l’intervention, n’ont eu cependant d’autre choix que de les suivre, afin de préserver leurs intérêts futurs au Moyen-Orient. Ainsi le gouvernement français, avec bien des contorsions dans le langage pour pouvoir présenter au monde arabe l’image du pays restant le plus favorable à l’Irak, a-t-il engagé 10 000 hommes pour « la libération du Koweït ». Et si Chevènement a démissionné, le 29 janvier 1991, c’est en fin de compte pour pouvoir, au moment de la reconstruction et des contrats à conclure, défendre d’une autre façon les intérêts de la bourgeoisie française. Car il lui a quand même fallu plus de six mois pour se découvrir des états d’âme !

La défense de l’ordre pétrolier

Par la guerre du Golfe, par cette démonstration de force démesurée et criminelle, les Etats-Unis ne cherchaient pas en fait à abattre un dictateur. D’ailleurs, dix ans plus tard, Saddam Hussein est toujours en poste, et pour cause. L’état-major américain a choisi consciemment d’arrêter la guerre avant d’avoir totalement anéanti son armée, afin de lui laisser les forces nécessaires pour faire régner l’ordre intérieur. Après avoir appelé la population irakienne à la révolte, les armées occidentales, avec le cynisme le plus total, ont laissé les mains libres à l’armée de Saddam Hussein pour réprimer sa population, qu’il s’agisse des Chiites qui s’étaient révoltés dans le sud ou des Kurdes dans nord du pays.

Le but de l’intervention n’était pas non plus de faire « respecter le droit » et appliquer les résolutions de l’ONU. Israël n’a jamais appliqué les résolutions de l’ONU lui enjoignant de quitter les territoires occupés, et les grandes puissances n’ont jamais ne serait-ce qu’envisagé des représailles pour l’obliger à le faire !

Non, pour les Etats-Unis, et dans une moindre mesure pour les impérialismes de seconde zone obligés de les suivre, militairement ou financièrement, il fallait faire la démonstration, à Saddam Hussein mais aussi à tous les régimes du Tiers Monde, que toutes les richesses de ce monde leur appartiennent, où qu’elles soient, et qu’il ne faut pas y toucher. Dans un monde mis en coupe réglée pour les profits exclusifs des grandes sociétés capitalistes, les Etats-Unis veulent faire régner l’ordre, l’ordre des multinationales, à l’échelle de la planète. Comme l’a dit à l’époque le secrétaire d’Etat à la Défense Dick Cheney : « Nous devons maintenir notre capacité à contrôler les océans du monde, à remplir nos engagements en Europe et dans le Pacifique, à être capables de déployer des forces, que ce soit en Asie du Sud-Ouest ou au Panama, pour faire face aux imprévus afin de défendre les vies et les intérêts américains ».

Dix ans après, la population irakienne continue de payer pour cette démonstration de force de l’impérialisme, qui continue envers et contre tout de lui imposer un embargo désastreux pour ses conditions de vie et des bombardements meurtriers. Ceux-ci contribuent en fait à renforcer la position de Saddam Hussein et de sa dictature, contre la population qui s’enfonce dans la misère la plus noire.

LO

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