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Accueil du site > 05 - Livre Cinq : ECONOMIE POLITIQUE > 3- L’économie capitaliste, des structures issues du non-équilibre > Marx et Engels disaient-il que le capitalisme ne pouvait pas se détruire (...)

Marx et Engels disaient-il que le capitalisme ne pouvait pas se détruire lui-même ?

mercredi 24 septembre 2014, par Robert Paris

Karl Marx : « Le capitalisme ne sera jamais aussi vulnérable que quand il atteindra son apogée. »

« La production du capitalisme engendre, tel une loi de la nature inexorable, sa propre négation. »

Marx et Engels disaient-il que le capitalisme ne pouvait pas se détruire lui-même ?

Alors que les opposants au marxisme n’ont cessé de prétendre que Marx avait fait des prédictions sur la fin du système s’effondrant tout seul, la plupart des groupes révolutionnaires, de toutes obédiences, affirment exactement l’inverse et soutiennent que seule la révolution peut renverser le système d’exploitation. Bien sûr, nul ne peut prédire l’avenir, même s’il le fait en s’appuyant sur Marx ! La science, elle-même, ne peut prédire l’avenir. Elle essaie, difficilement, de comprendre ce qui s’est déjà passé dans l’univers et c’est trop de lui demander de dire d’avance ce qui se passera à l’avenir… Le marxisme, science aussi, ne peut mieux dire. Quant au présent et au passé, nous pouvons au moins les étudier et examiner ce qu’ils nous disent de cette question. L’histoire nous apprend qu’un très grand nombre de systèmes sociaux sont morts parce qu’ils avaient atteint leurs limites, qu’ils soient morts au cours de révolutions, des guerres ou autrement, ne change pas le fait qu’ils ont été abattus quand ils avaient atteint leurs limites, quand leur dynamisme était incapable de perdurer.

Bien des révolutionnaires ont tiré argument du fait que les crises entraînent des événements révolutionnaires l’idée fausse selon nous que le capitalisme ne peut s’effondrer que sous l’action révolutionnaire des masses prolétariennes et pas de lui-même sous le poids de ses propres contradictions. Mais ce qui caractérise toujours l’analyse de Marx, c’est qu’il ne sépare jamais ainsi, diamétralement, mais de manière dialectique, la révolution des conditions objectives dans lesquelles elle se développe.

Ainsi, Marx expose la nécessité d’une crise du système pour produire une véritable révolution sociale mais ne dit pas que les contradictions économiques produisent fatalement des crises sociales :

« Lors d’une prospérité générale, au cours de laquelle les forces productives de la société bourgeoise se développent avec toute la luxuriance possible dans les rapports sociaux bourgeois, il ne peut être question de véritable révolution. Celle-ci n’est possible qu’aux périodes où deux facteurs, les forces productives modernes et les formes bourgeoises de production, entrent en conflit les unes avec les autres… Une nouvelle révolution ne sera possible qu’à la suite d’une nouvelle crise : l’une est aussi certaine que l’autre. »

Il remarquait ainsi dans « L’Idéologie allemande » :

« Voici les résultats qui découlent, entre autres, de la conception de l’histoire, telle que nous l’avons développée : 1- A un certain degré de développement des forces productives, surgissent des forces de production et des moyens de communication tels que, dans les conditions existantes, ils ne font que provoquer des catastrophe. Ce ne sont plus alors des forces de production mais des forces de destruction (la machine et l’argent)… »

Dans le Manifeste du parti communiste, Marx et Engels écrivaient :

« Les crises commerciales, par leur retour périodique, mettent de plus en plus en danger l’existence de la société bourgeoise. Chacune de ces crises détruit, non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives existantes… Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives, dont elle dispose ne servent plus à faire avancer les rapports de la propriété bourgeoise ; elles sont, au contraire, devenues trop puissantes pour ces rapports qui ne font que les entraver. Or, chaque fois qu’elles surmontent ces entraves, les forces productives sociales jettent dans le désordre toute la société bourgeoise et menacent l’existence de la société capitaliste. Les rapports bourgeois sont devenus trop étroits pour contenir les richesses qu’elles ont créées. »

Dans l’ « Anti-Dühring », Engels rajoutait :

« La force d’expansion de la grande industrie, à côté de laquelle celle des fluides n’est qu’un jeu d’enfant, correspond de nos jours à un besoin énorme d’expansion quantitative et qualitative, qui se rit de toute pression contraire. En effet, celle-ci ne repose que sur la consommation, les débouchés, bref le marché pour les produits de la grande industrie. Or, il se trouve que l’expansibilité quantitative et qualitative des marchés est régie par des lois tout différentes, dont l’action est beaucoup moins énergique que celles de l’industrie. Le marché ne peut s’étendre au même rythme que la production. Le heurt est inévitable, et comme il ne peut être trouvé de solution à la crise, tant qu’elle ne fait pas éclater le mode de production capitaliste lui-même, elle devient périodique. »

Le capitalisme cherche sa propre pérennité mais ses objectifs se contredisent entre eux. L’antagonisme qui menace de mort le système est une contradiction interne entre le mode d’expansion d’échelle des investissements et des profits, d’un côté, et la limite à laquelle la propriété privée par une infime minorité contraint cette expansion. Le capitalisme se détruit donc lui-même.

Marx écrit dans « Théories sur la plus-value » :

« Le fait que les apologistes (du système capitaliste) nient la crise avec des mots nous intéresse pour autant qu’ils nous démontrent le contraire de ce qu’ils veulent prouver. Pour nier la crise, ils parlent d’unité là où il y a antagonisme et contradiction. Ce qui nous importe, c’est qu’ils prétendent que si les contradictions – éliminées par leurs ratiocinations – n’existaient pas effectivement, il n’y aurait pas non plus de crise. Mais, en fait, il y a des crises, parce que ces contradictions existent. Chaque argument qu’ils opposent à la crise n’est qu’une contradiction résolue par leurs élucubrations, donc une contradiction réelle qui produit une crise non moins réelle. Le désir de se convaincre soi-même de l’inexistence de contradictions est du même coup le vœu pieux qu’elles ne devraient pas exister, c’est dire que ces contradictions existent réellement. »

Est-ce à dire que Marx avait décrit la crise actuelle ? Nullement. Il n’envisageait de surproduction de capitaux que comme une phase momentanée, transitoire, au sein des cycles de la crise :

« Même dans l’hypothèse extrême que nous avons émise de surproduction absolue du capital, il n’y a pas en fait de surproduction absolue tout court, surproduction absolue des moyens de production. Il n’y a surproduction de moyens de production que dans la mesure où ceux-ci doivent fonctionner en tant que capital, c’est-à-dire impliquant – par rapport à leur valeur qui s’est gonflée en même temps que leur masse – qu’ils doivent reproduire cette valeur, en créant une valeur nouvelle plus grande. »

Karl Marx, Le Capital tome II

Cependant, bien des remarques de Marx restent éclairantes pour la situation actuelle, comme celle-ci :

Marx dans Le Capital Tome III, chapitre XV :

« Le crédit public et le crédit privé sont le thermomètre économique permettant de mesurer l’intensité d’une révolution. Dans la mesure où ils diminuent, l’ardeur embrasante et la force créatrice de la Révolution montent. »

Karl Marx, Le Capital, livre Trois :

« La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même : le capital et sa mise en valeur par lui-même apparaissent comme point de départ et point final, moteur et fin de la production ; la production n’est qu’une production pour le capital et non l’inverse : les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l’élargissant sans cesse, au processus de la vie au bénéfice de la société des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable à la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l’expropriation et l’appauvrissement de la grande masse des producteurs ; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les méthodes de production que le capital doit employer nécessairement pour sa propre fin, et qui tendent à promouvoir un accroissement illimité de la production, un développement inconditionné des forces productives sociales du travail, à faire de la production une fin en soi. Le moyen développement inconditionné de la productivité sociale entre perpétuellement en conflit avec la fin limitée : mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de développer la force productive matérielle et de créer le marché mondial correspondant, il représente en même temps une contradiction permanente entre cette tâche historique et les rapports de production sociaux qui lui correspondent. »

Karl Marx, Manifeste du Parti Communiste :

« Il suffit de citer les crises commerciales qui, revenant périodiquement, remettent en question et menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise tous entière. Chaque crise anéantit régulièrement une grande partie non seulement des produits existants, mais même des forces productives déjà créées. Avec les crises éclatent une épidémie sociale qui serait apparue à toutes les époques antérieures comme une absurdité : l’épidémie de la surproduction. La société se trouve brusquement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre générale d’anéantissement lui ont coupé tous les moyens de subsistance : l’industrie, le commerce semblent anéantis, et pourquoi ? Parce qu’elle possède trop de civilisation, trop d’industrie et trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne servent plus à faire progresser la civilisation bourgeoise et les rapports de propriété bourgeois ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ces rapports, elles sont entravées par eux ; et dès qu’elles surmontent cet obstacles, elles désorganisent toute la société bourgeoise, elles mettent l’existence de la propriété bourgeoise en péril. Les conditions bourgeoises sont trop étroites pour contenir les richesses qu’elles ont produites. – Par quel moyen la bourgeoisie surmonte-t-elle les crises ? D’une part en imposant la destruction d’une masse de force productive, d’autre part en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus les fonds anciens. Par quel moyen donc ? En ouvrant la voie à des crises plus étendues et plus violentes et en diminuant les moyens de les prévenir. »

« Pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d’existence qui, au moins, lui permettent de vivre dans la servitude. (...) Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d’imposer, à la société, comme loi régulatrice, les conditions d’existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l’existence de la bourgeoisie n’est plus compatible avec celle de la société. »

Karl Marx dans "Principes d’une critique de l’économie politique" :

« La force productive déjà existante et acquise sous la forme de capital fixe, les conquêtes de la science, le sort des populations etc., bref les immenses richesses et les conditions de leur reproduction dont dépend le plus haut développement de l’individu social et que le capital a créées dans le cours de son évolution historique - cela étant on voit qu’à partir d’un certain point de son expansion, le capital lui même supprime ses propres possibilités. Au delà d’un certain point, le développement des forces productives devient une barrière pour le capital ; en d’autres termes, le système capitaliste devient un obstacle pour l’expansion des forces productives du travail. Arrivé à ce point, le capital ou plus exactement le travail salarié, entre dans le même rapport avec le développement de la richesse sociale et des forces productives que le système des corporations, le servage, l’esclavage et il est nécessairement rejeté comme une entrave. »

Karl Marx, "Le Capital", Livre III, Les rapports de distribution et les rapports de production :

« Cependant l’analyse scientifique démontre que la production capitaliste est d’une nature spéciale, qu’elle est déterminée historiquement et que, de même que tout autre système de production, elle a comme condition un stade déterminé du développement et de la morphologie des forces productives, condition qui est le résultat historique et le produit d’un processus antérieur, base déterminée du processus nouveau. Cette analyse établit encore que les rapports de production adéquats à ce système déterminé historiquement - rapports que les hommes observent dans leur vie sociale - ont un caractère spécifique, historique et transitoire, et que les rapports de la répartition sont essentiellement identiques à ceux de la production, dont elles représentent la seconde face, si bien qu’elles ont tous les deux le même caractère historique et transitoire. Dans l’observation des conditions de la répartition, on part de ce prétendu fait que le produit annuel se subdivise en salaire, profit et rente, fait inexact lorsqu’il est présenté sous cette forme. Le produit se divise en capital et en revenus. L’un de ceux-ci, le salaire, ne prend la forme de revenu des ouvriers, qu’après avoir été opposé à ces mêmes ouvriers sous forme de capital. L’opposition comme capital des moyens de production et des produits du travail en général aux producteurs immédiats implique d’avance que les conditions matérielles du travail se présentent à l’égard des ouvriers avec un caractère social déterminé, et que dans la production même il existe un rapport donné entre eux et les propriétaires des moyens de travail. De son côté la conversion de ceux-ci en capital implique que les producteurs immédiats sont expropriés du sol et du sous-sol, et que la propriété foncière prend une forme déterminée.

Si l’une des parties du produit ne se convertissait pas en capital, l’autre ne se transformerait pas en salaire, profit et rente. D’autre part, la production capitaliste, par ce fait qu’elle suppose que les conditions de la production ont tel caractère social déterminé, les reproduit continuellement avec la même caractéristique. Elle engendre non seulement les produits matériels, mais reproduit continuellement les conditions de production dans lesquelles ceux-ci sont obtenus ; elle reproduit en même temps les conditions de répartition qui y correspondent. »

Marx et Engels dans les Principes d’une critique de l’économie politique :

« Au delà d’un certain point, le développement des forces productives devient une barrière pour le capital ; en d’autres termes, le système capitaliste devient un obstacle pour l’expansion des forces productives du travail. Arrivé à ce point, le capital, ou plus exactement le travail salarié, entre dans le même rapport avec le développement de la richesse sociale et des forces productives que le système des corporations, le servage, l’esclavage, et il est nécessairement rejeté comme une entrave. La dernière forme de la servitude que prend l’activité humaine - travail salarié d’un côté et capital de l’autre - est alors dépouillée, et ce dépouillement lui-même est le résultat du mode de production qui correspond au capital. Eux-mêmes négation des formes antérieures de la production sociale asservie, le travail salarié et le capital sont à leur tour niés par les conditions matérielles et spirituelles issues de leur propre processus de production. C’est par des conflits aigus, des crises, des convulsions que se traduit l’incompatibilité croissante entre le développement créateur de la société et les rapports de production établis. »

Karl Marx, Le Capital - Livre premier - Le développement de la production capitaliste :

« Tendance historique de l’accumulation capitaliste

« Ainsi donc ce qui gît au fond de l’accumulation primitive du capital, au fond de sa genèse historique, c’est l’expropriation du producteur immédiat, c’est la dissolution de la propriété fondée sur le travail personnel de son possesseur.

La propriété privée, comme antithèse de la propriété collective, n’existe que là où les instruments et les autres conditions extérieures du travail appartiennent à des particuliers. Mais selon que ceux-ci sont les travailleurs ou les non-travailleurs, la propriété privée change de face. Les formes infiniment nuancées qu’elle affecte à première vue ne font que réfléchir les états intermédiaires entre ces deux extrêmes.

La propriété privée du travailleur sur les moyens de son activité productive est le corollaire de la petite industrie, agricole ou manufacturière, et celle-ci constitue la pépinière de la production sociale, l’école où s’élaborent l’habileté manuelle, l’adresse ingénieuse et la libre individualité du travailleur. Certes, ce mode de production se rencontre au milieu de l’esclavage, du servage et d’autres états de dépendance. Mais il ne prospère, il ne déploie toute son énergie, il ne revêt sa forme intégrale et classique que là où le travailleur est le propriétaire libre des conditions de travail qu’il met lui-même en œuvre, le paysan, du sol qu’il cultive, l’artisan, de l’outillage qu’il manie, comme le virtuose, de son instrument.

Ce régime industriel de petits producteurs indépendants, travaillant à leur compte, présuppose le morcellement du sol et l’éparpillement des autres moyens de production. Comme il en exclut la concentration, il exclut aussi la coopération sur une grande échelle, la subdivision de la besogne dans l’atelier et aux champs, le machinisme, la domination savante de l’homme sur la nature, le libre développement des puissances sociales du travail, le concert et l’unité dans les fins, les moyens et les efforts de l’activité collective. Il n’est compatible qu’avec un état de la production et de la société étroitement borné. L’éterniser, ce serait, comme le dit pertinemment Pecqueur, « décréter la médiocrité en tout ». Mais, arrivé à un certain degré, il engendre de lui-même les agents matériels de sa dissolution. A partir de ce moment, des forces et des passions qu’il comprime, commencent à s’agiter au sein de la société. Il doit être, il est anéanti. Son mouvement d’élimination transformant les moyens de production individuels et épars en moyens de production socialement concentrés, faisant de la propriété naine du grand nombre la propriété colossale de quelques-uns, cette douloureuse, cette épouvantable expropriation du peuple travailleur, voilà les origines, voilà la genèse du capital. Elle embrasse toute une série de procédés violents, dont nous n’avons passé en revue que les plus marquants sous le titre de méthodes d’accumulation primitive.

L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse. La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat [1].

Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme. Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.

Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.

L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de, l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.

Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif. Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs ; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques, usurpateurs par la masse. »

Notes

[1] « Nous sommes... dans une condition tout à fait nouvelle de la société... nous tendons à séparer complètement toute espèce de propriété d’avec toute espèce de travail. » (Sismondi : Nouveaux principes de l’Econ. polit., t. Il, p. 434.)

Rosa Luxemburg écrit dans « Introduction à l’économie politique » :

« Le mode de production capitaliste lui-même n’est pas immuable et éternel si on le considère dans la gigantesque perspective du progrès historique ; il est aussi une simple phase transitoire, un échelon dans la colossale échelle de l’évolution humaine, comme toutes les formes de société qui l’ont précédé. Examinée de plus près, l’évolution du capitalisme le mène à son propre déclin, mène au-delà du capitalisme. Nous avons jusqu’ici recherché ce qui rend possible le capitalisme, il est temps maintenant de voir ce qui le rend impossible. Il suffit pour cela de suivre les lois internes de la domination du capital dans leurs effets ultérieurs. Ce sont ces lois qui, parvenues à un certain niveau de développement, se tournent contre les conditions fondamentales sans lesquelles la société humaine ne peut pas exister. Ce qui distingue le mode de production capitaliste des modes de production antérieurs, c’est sa tendance interne à s’étendre à toute la terre et à chasser toute autre forme de société plus ancienne. Au temps du communisme primitif, le monde accessible à la recherche historique était également couvert d’économies communistes. Entre les différentes communautés communistes il n’y avait pas de relation du tout ou bien seulement des relations très lâches. Chaque communauté ou tribu vivait refermée sur elle-même et si nous trouvons des faits aussi étonnants que la communauté de nom entre l’ancienne communauté péruvienne en Amérique du Sud, la “ marca ”, et la communauté germanique médiévale, la “ marche ”, c’est là une énigme encore inexpliquée, ou un simple hasard. Même au temps de l’extension de l’esclavage antique, nous trouvons des ressemblances plus ou moins grandes dans l’organisation et la situation des diverses économies esclavagistes et des États esclavagistes de l’antiquité, mais non une communauté de vie économique. De même, l’histoire des corporations artisanales s’est répétée plus ou moins dans la plupart des villes de l’Italie, de l’Allemagne, de la Hollande, de l’Angleterre, etc., au Moyen Âge. Toutefois c’était le plus souvent l’histoire de chaque ville séparément. La production capitaliste s’étend à tous les pays, en leur donnant la même forme économique et en les reliant en une seule grande économie capitaliste mondiale.

A l’intérieur de chaque pays industriel européen, la production capitaliste refoule sans arrêt la petite production paysanne et artisanale. En même temps, elle intègre tous les pays arriérés d’Europe, tous les pays d’Amérique, d’Asie, d’Afrique, d’Australie, à l’économie mondiale. Cela se passe de deux façons : par le commerce mondial et par les conquêtes coloniales. L’un et l’autre ont commencé ensemble, dès la découverte de l’Amérique à la fin du XV° siècle, puis se sont étendus au cours des siècles suivants ; ils ont pris leur plus grand essor surtout au XIX° siècle et ils continuent de s’étendre. Tous deux - le commerce mondial et les conquêtes coloniales - agissent la main dans la main. Ils mettent les pays industriels capitalistes d’Europe en contact avec toutes sortes de formes de société dans d’autres parties du monde, avec des formes d’économie et de civilisation plus anciennes, économies esclavagistes rurales, économies féodales et surtout économies communistes primitives. Le commerce auquel ces économies sont entraînées les décompose et les désagrège rapidement. La fondation de compagnies commerciales coloniales en terre étrangère fait passer le sol, base la plus importante de la production, ainsi que les troupeaux de bétail quand il en existe, dans les mains des États européens ou des compagnies commerciales. Cela détruit partout les rapports sociaux naturels et le mode d’économie indigène, des peuples entiers mont pour une part exterminés, et pour le reste prolétarisés et placés, sous une forme ou sous l’autre, comme esclaves ou comme travailleurs salariés, sous les ordres du capital industriel et commercial. L’histoire des décennies de guerres coloniales pendant tout le XIX° siècle, les soulèvements contre la France, l’Italie, l’Angleterre et l’Allemagne en Afrique, contre la France, l’Angleterre, la Hollande et les États-Unis en Asie, contre l’Espagne et la France en Afrique, c’est l’histoire de la longue et tenace résistance apportée par les vieilles sociétés indigènes à leur élimination et à leur prolétarisation par le capital moderne, lutte d’où partout le capital est sorti vainqueur. Cela signifie une énorme extension de la domination du capital, la formation du marché mondial et de l’économie mondiale où tous les pays habités de la terre sont les uns pour les autres producteurs et preneurs de produits, travaillant la main dans la main, partenaires d’une seule et même économie englobant toute la terre.

L’autre aspect, c’est la paupérisation croissante de couches de plus en plus vastes de l’humanité, et l’insécurité croissante de leur existence. Avec le recul des anciens rapports communistes, paysans ou féodaux aux forces productives limitées et à l’aisance réduite, et aux conditions d’existence solides et assurées pour tous, devant les relations coloniales capitalistes, devant la prolétarisation et devant l’esclavage salarial, la misère brutale, un travail insupportable et inhabituel et de surcroît l’insécurité totale de l’existence s’instaurent pour tous les peuples en Amérique, en Asie, en Australie, en Afrique. Après que le Brésil, pays riche et fertile, ait été, pour les besoins du capitalisme européen et nord-américain, transformé en un gigantesque désert et en une vaste plantation de café, après que les indigènes aient été transformés en esclaves salariés prolétarisés dans les plantations, ces esclaves salariés sont soudain livrés pour de longues périodes au chômage et à la faim, par un phénomène purement capitaliste, la “ crise du café ”. Après une résistance désespérée de plusieurs décennies, l’Inde riche et immense a été soumise à la domination du capital par la politique coloniale anglaise, et depuis lors la famine et le typhus, qui fauchent d’un seul coup des millions d’hommes, sont les hôtes périodiques de la région du Gange. A l’intérieur de l’Afrique, la politique coloniale anglais et allemande a, en vingt ans, transformé des peuplades entières en esclaves salariés ou bien les a fait mourir de faim ; leurs os sont dispersés dans toutes les régions. Les soulèvements désespérés et les épidémies dues à la faim dans l’immense Empire chinois sont les conséquences de l’introduction du capital européen, qui a broyé l’ancienne économie paysanne et artisanale. L’entrée du capitalisme européen aux États-Unis s’est accompagnée d’abord de l’extermination des Indiens d’Amérique et du vol de leurs terres par les immigrants anglais, puis de l’introduction au début du XIX° siècle d’une production brute capitaliste pour l’industrie anglaise, puis de la réduction en esclavage de quatre millions de nègres africains, vendus en Amérique par des marchands d’esclaves européens, pour être placés sous les ordres du capital dans les plantations de coton, de sucre et de tabac.

Ainsi un continent après l’autre, et dans chaque continent, un pays après l’autre, une race après l’autre passent inéluctablement sous la domination du capital. D’innombrables millions d’hommes sont voués à la prolétarisation, à l’esclavage, à une existence incertaine, bref à la paupérisation. L’instauration de l’économie capitaliste mondiale entraîne l’extension d’une misère toujours plus grande, d’une charge de travail insupportable et d’une insécurité croissante de l’existence sur la surface du globe, à laquelle correspond la concentration du capital. L’économie capitaliste mondiale implique que l’humanité entière s’attèle toujours plus à un dur travail et souffre de privation et de maux innombrables, qu’elle soit livrée à la dégénérescence physique et morale, pour servir l’accumulation du capital. Le mode de production capitaliste a cette particularité que la consommation humaine qui, dans toutes les économies antérieures, était le but, n’est plus qu’un moyen au service du but proprement dit : l’accumulation capitaliste. La croissance du capital apparaît comme le commencement et la fin, la fin en soi et le sens de toute la production. L’absurdité de tels rapports n’apparaît que dans la mesure où la production capitaliste devient mondiale. Ici, à l’échelle mondiale, l’absurdité de l’économie capitaliste atteint son expression dans le tableau d’une humanité entière gémissant sous le joug terrible d’une puissance sociale aveugle quelle a elle-même créée inconsciemment : le capital. Le but fondamental de toute forme sociale de production : l’entretien de la société par le travail, la satisfaction des besoins, apparaît ici complètement renversé et mis la tête en bas, puisque la production pour le profit et non plus pour l’homme devient la loi sur toute la terre et que la sous-consommation, l’insécurité permanente de la consommation et par moments la non-consommation de l’énorme majorité de l’humanité deviennent la règle.

En même temps, l’évolution de l’économie mondiale entraîne d’autres phénomènes importants, pour la production capitaliste elle-même. L’instauration de la domination du capital européen dans les pays extra-européens passe par deux étapes : d’abord la pénétration du commerce et l’intégration des indigènes à l’échange de marchandises, en partie la transformation des formes préexistantes de production indigène en production marchande ; puis l’expropriation des indigènes de leurs terres, et par suite de leurs moyens de production, sous telle ou telle forme. Ces moyens de production se transforment en capital entre les mains des Européens, tandis que les indigènes se transforment en prolétaires. Une troisième étape succède en règle générale aux deux premières : la création d’une production capitaliste propre dans le pays colonial, soit par des Européens immigrés, soit par des indigènes enrichis. Les États-Unis d’Amérique, qui ont d’abord été peuplés par les Anglais et autres immigrants européens après l’extermination des peaux-rouges indigènes, constituèrent d’abord un arrière-pays agricole pour l’Europe capitaliste, fournissant à l’Angleterre les matières premières, telles que le coton et le grain, et absorbant toutes sortes de produits industriels. Dans la seconde moitié du XIX° siècle, il se forme aux États-Unis une industrie qui, non seulement refoule les importations d’Europe, mais livre une dure concurrence au capitalisme européen en Europe et dans les autres continents. Aux Indes, le capitalisme anglais se voit confronté à un dangereux concurrent dans l’industrie indigène, textile et autre. L’Australie a suivi le même chemin, se transformant de pays colonial en pays capitaliste industriel. Au Japon, dès la première étape, le heurt avec le commerce mondial a fait surgir une industrie propre, ce qui a préservé le Japon du partage colonial. En Chine, le processus de démembrement et de pillage du pays par le capitalisme européen se complique du fait des efforts du pays pour créer sa propre production capitaliste avec l’aide du Japon, afin de se défendre de la production capitaliste européenne, ce qui redouble les souffrances de la population. La domination et le commandement du capital se répandent sur toute la terre par la création d’un marché mondial, le mode de production capitaliste se répand aussi peu à peu sur tout le globe. Or, les besoins d’expansion de la production et le territoire où elle peut s’étendre, c’est-à-dire ses débouchés, sont dans un rapport de plus en plus tendu. C’est un besoin inhérent et une loi vitale de la production capitaliste de ne pas rester stable, de s’étendre toujours plus et plus vite, c’est-à-dire de produire toujours plus vite d’énormes quantités de marchandises, dans des entreprises toujours plus grandes, avec des moyens techniques toujours plus perfectionnés.

Cette capacité d’extension de la production capitaliste ne connaît pas de limites, parce que le progrès technique, et par suite les forces productives de la terre, n’ont pas de limites. Cependant, ce besoin d’extension se heurte à des limites tout à fait déterminées, à savoir le profit du capital. La production et son extension n’ont de sens que tant qu’il en sort au moins le profit moyen “ normal ”. Il dépend du marché que ce soit le cas, c’est-à-dire du rapport entre la demande solvable du côté du consommateur et la quantité de marchandises produites ainsi que de leurs prix. L’intérêt du capital qui exige une production toujours plus rapide et plus grande, crée à chaque pas les limites de son marché, qui font obstacle à l’impétueuse tendance de la production à s’étendre. Il en résulte que les crises industrielles et commerciales sont inévitables ; elles rétablissent périodiquement l’équilibre entre la tendance capitaliste à la production, en soi illimitée, et les limites de la consommation, et permettent au capital de se perpétuer et de se développer.

Plus les pays qui développent leur propre industrie capitaliste sont nombreux, et plus le besoin d’extension et les capacités d’extension de la production augmentent d’un côté, et moins les capacités d’extension du marché augmentent en rapport avec les premières. Si l’on compare les bonds par lesquels l’industrie anglaise a progressé dans les années 1860 et 1870, alors que l’Angleterre dominait encore le marché mondial, avec sa croissance dans les deux dernières décennies, depuis que l’Allemagne et les États-Unis d’Amérique ont fait considérablement reculer l’Angleterre sur le marché mondial, il en ressort que la croissance a été beaucoup plus lente qu’avant. Le sort de l’industrie anglaise attend aussi l’industrie allemande, l’industrie nord-américaine et finalement toute l’industrie du monde. A chaque pas de son propre développement, la production capitaliste s’approche irrésistiblement de l’époque où elle ne pourra se développer que de plus en plus lentement et difficilement. Le développement capitaliste en soi a devant lui un long chemin, car la production capitaliste en tant que telle ne représente qu’une infime fraction de la production mondiale. Même dans les plus vieux pays industriels d’Europe, il y a encore, à côté des grandes entreprises industrielles, beaucoup de petites entreprises artisanales arriérées, la plus grande partie de la production agricole, la production paysanne, n’est pas capitaliste. A côté de cela, il y a en Europe des pays entiers où la grande industrie est à peine développée, où la production locale a un caractère paysan et artisanal. Dans les autres continents, à l’exception de l’Amérique du Nord, les entreprises capitalistes ne constituent que de petits îlots dispersés tandis que d’immenses régions ne sont pas passées à la production marchande simple. La vie économique de ces couches sociales et de ces pays d’Europe et hors d’Europe qui ne produisent pas selon le mode capitaliste est dominée par le capitalisme. Le paysan européen peut bien pratiquer l’exploitation parcellaire la plus primitive, il dépend de l’économie capitaliste, du marché mondial avec lequel le commerce et la politique fiscale des États capitalistes l’ont mis en contact. De même, les pays extra-européens les plus primitifs se trouvent soumis à la domination du capitalisme européen ou nord-américain par le commerce mondial et la politique coloniale. Le mode de production capitaliste pourrait avoir une puissante extension s’il devait refouler partout les formes arriérées de production. L’évolution va dans ce sens. Cependant, cette évolution enferme le capitalisme dans la contradiction fondamentale : plus la production capitaliste remplace les modes de production plus arriérés, plus deviennent étroites les limites du marché créé par la recherche du profit, par rapport au besoin d’expansion des entreprises capitalistes existantes. La chose devient tout à fait claire si nous nous imaginons pour un instant que le développement du capitalisme est si avancé que sur toute la surface du globe tout est produit de façon capitaliste, c’est-à-dire uniquement par des entrepreneurs capitalistes privés, dans des grandes entreprises, avec des ouvriers salariés modernes. L’impossibilité du capitalisme apparaît alors clairement. »

« Vraiment, il n’est pas facile d’admettre avec Sombart que le capitalisme devient, avec le temps, de plus en plus « calme, posé, raisonnable » ! Il serait plus juste de dire qu’il est en train de perdre ses derniers vestiges de raison. En tout cas, il n’y a pas de doute que la "théorie de l’effondrement" a triomphé de la théorie du développement pacifique. »

Léon Trotski dans Le marxisme et notre époque.

Rosa Luxemburg, L’accumulation du capital

Frölich écrit :

« En écrivant L’Accumulation du Capital, Rosa Luxemburg avait réussi un coup de maître. Elle avait résolu un problème sur lequel peinaient en vain depuis un siècle, depuis la grande crise économique de 1815, un problème qui avait résisté à la puissance intellectuelle de Marx. La conception de l’histoire qui inspirait Rosa Luxemburg et donnait à ses jugements théoriques et politiques leur sûreté se trouvait confirmée : le socialisme doit arriver, non seulement parce qu’il devient l’idéal de masses d’hommes toujours plus grandes, mais parce que le capitalisme lui-même évolue vers sa propre abolition. En même temps, l’impérialisme était reconnu comme un phénomène historiquement nécessaire, ce qui barrait la voie aux illusions et aux échappatoires que justement recherchaient à cette époque des marxistes renommés. Elle permettait ainsi de comprendre les immenses bouleversements qui s’annonçaient. La performance de Rosa Luxemburg était d’autant plus grande qu’elle l’avait accomplie sans se laisser abuser par la prospérité dont jouissait l’économie capitaliste dans ces années, prospérité due précisément à la pénétration dans les espaces non-capitalistes, et sans se laisser non plus abuser par l’illusion qu’une solution pacifique des conflits impérialistes les plus dangereux entre grandes puissances était imminente. Cinq ans plus tard, dans une lettre écrite de la prison de Wronke à son ami Diefenbach, le 12 mai 1917, Rosa Luxemburg a décrit l’enthousiasme créateur qui présida à la conception et à la rédaction de son œuvre principale : « L’époque pendant laquelle j’ai écrit L’Accumulation est une des plus heureuses de ma vie. Je vivais vraiment dans un état de griserie, ne voyant et n’entendant jour et nuit que ce problème qui se déployait si magnifiquement devant moi, et je ne saurais dire ce qui me procurait le plus de joie, du processus de la pensée, lorsque je me battais avec une question embrouillée en marchant lentement de long en large dans ma chambre,… ou de la mise en forme stylistique, la plume à la main. Savez-vous que j’ai rédigé les trente cahiers d’un seul trait, en quatre mois — chose inouïe ! — et les ai donnés à l’impression sans même relire une seule fois le brouillon ? »

Malgré le style brillant de l’ensemble, les chapitres purement théoriques exigent du lecteur un haut niveau intellectuel, une connaissance approfondie de l’économie politique en général et de celle de Marx en particulier. Rosa Luxemburg le savait : elle n’avait écrit que pour une petite élite et l’ouvrage « est, de ce point de vue, un article de luxe qui pourrait être imprimé sur du papier à la cuve ». Mais elle ne s’était pas attendu à l’écho que le livre rencontra dans les rangs des marxistes. Parmi les théoriciens marxistes éminents, seuls Franz Mehring et Julian Marchlevski reconnurent la valeur du livre et en furent tous deux enthousiasmés. Toute une série de gens, compétents et incompétents, soumirent par contre L’Accumulation à une critique qui dégénéra chez quelques-uns en un grossier éreintement. Le niveau de ces critiques, en tout cas, laissait plutôt à désirer. La plupart déclaraient froidement que le problème qui préoccupait tant Rosa Luxemburg n’existait pas. Ils affirmaient que la possibilité d’une progression sereine de l’accumulation, dans une économie purement capitaliste, avait été démontrée par des schémas de Marx totalement irréprochables du point de vue mathématique. Ces critiques ne se souciaient absolument pas de ce que Rosa Luxemburg avait montré l’insuffisance de ces schémas par rapport aux hypothèses économiques de Marx lui-même dans le Capital. Ils se contredisaient en outre violemment les uns les autres sur des points décisifs, ce qui prouvait au moins que le problème n’était pas aussi parfaitement résolu qu’ils le prétendaient.

Ceux qui se mirent sérieusement à exposer à leur manière la dynamique du processus de l’accumulation furent victimes d’erreurs grossières. Le plus sérieux, Otto Bauer, expliqua que l’accroissement naturel de la population permettrait à l’accumulation de s’opérer sans accroc ; or il s’agit là d’une idée que Marx, dans le Capital, a déjà réfutée et tournée en dérision. Mais lorsqu’il voulut développer les schémas de Marx et les adapter aux conditions réelles d’existence de l’économie capitaliste concurrentielle, il découvrit qu’effectivement la plus-value ne pouvait pas être réalisée entièrement dans une société purement capitaliste. Il venait ainsi confirmer la solution que Rosa Luxemburg apportait au problème. Mais il s’en tirait en accumulant simplement dans le secteur des moyens de production le reste de marchandises non réalisable dans le secteur des biens de consommation. La réponse de Rosa Luxemburg fut laconique : « On ne peut pas acquérir des actions dans les mines de cuivre avec un lot invendable de bougies de stéarine ou créer une nouvelle usine de machines avec un stock inécoulable de chaussures en caoutchouc. » Bauer avait oublié au moment décisif que l’accumulation ne concerne pas seulement des valeurs, mais des choses tangibles, ayant une forme concrète et déterminée qu’il faut préciser.

Lorsqu’en 1915 Rosa Luxemburg se vit octroyer des loisirs involontaires à la prison de femmes de la Barnimstrasse à Berlin, elle analysa les arguments de ses critiques dans une ample étude, empreinte d’une grande pénétration, de beaucoup d’humour et parfois aussi d’amertume. De l’autel sur lequel sa théorie devait être sacrifiée, il ne resta pas pierre sur pierre. Cette Anticritique fut en même temps pour Rosa Luxemburg une occasion de réexposer l’ensemble de sa conception du problème sous une forme populaire et de la rendre ainsi accessible à un cercle plus large de lecteurs. L’ouvrage est un chef-d’œuvre de méthode scientifique et d’exposition d’un problème, et le jugement qu’elle porta elle-même sur son compte est juste : « La forme en est ramenée à la plus grande simplicité, sans hors-d’œuvre, sans coquetterie ni fantaisie, sans apprêt, réduite aux seules grandes lignes, elle est, pourrait-on dire, « nue » comme un bloc de marbre. »

Après la mort de Rosa Luxemburg, Boukharine a publié une critique de sa théorie de l’accumulation. Comme nous l’avons déjà dit, il a pu effectivement découvrir certaines faiblesses dans l’argumentation de Rosa Luxemburg. Celle-ci a répété en divers endroits de son ouvrage l’affirmation manifestement fausse selon laquelle l’accumulation du capital serait accumulation de capital monétaire, seule intéressante pour les capitalistes. En réalité la formation de capital monétaire n’est qu’un chaînon intermédiaire dans le processus de l’accumulation. La conclusion de chaque période d’accumulation, c’est l’investissement de capital dans la production et de salaires pour de la force de travail supplémentaire. Cette erreur — difficilement compréhensible chez Rosa — l’a sans doute conduite à surestimer le rôle médiateur de l’argent dans la réalisation de la plus-value et à tenir en outre pour impossible l’échange direct des valeurs à accumuler entre producteurs de moyens de production et producteurs de biens de consommation. Boukharine s’est élevé à juste raison là-contre. Mais il a rejeté trop précipitamment l’ensemble de la théorie de Rosa Luxemburg. Un examen plus minutieux des conditions de l’accumulation montre qu’une partie de la plus-value à accumuler dans le secteur des biens de consommation ne peut être réalisée dans le cadre du capitalisme pur. Et cette partie augmente avec l’amélioration des méthodes de production, avec l’emploi de moyens de production toujours plus disproportionnés par rapport à la nouvelle force de travail utilisée, ce qui fait partie de l’essence même de l’accumulation capitaliste. Boukharine croyait avoir réfuté l’idée fondamentale de la théorie de Rosa Luxemburg. Mais sa propre « solution » se transforma en une confirmation indirecte des thèses décisives de celle-ci. En essayant d’exposer le mécanisme de l’accumulation du capital dans une société « purement capitaliste », il supposa un « capitalisme d’État » produisant de façon planifiée, ce qui donnait les résultats suivants : « S’il y a eu erreur dans les calculs pour la production de biens de consommation destinés aux travailleurs, cet excédent sera réparti entre les ouvriers ou bien une partie correspondante du produit sera détruite. Même dans le cas d’une erreur de calcul dans la production des objets de luxe, la solution est simple. Ainsi aucune crise de surproduction ne peut surgir ici. » Cette solution est surprenante. Nous avons ici un « capitalisme » qui n’est plus l’anarchie économique, mais l’économie planifiée, où il n’y a plus de concurrence, mais un trust mondial et universel et où les capitalistes n’ont plus besoin de se préoccuper de la réalisation de leur plus-value parce que les produits invendables sont tout simplement consommés gratis. « La production fonctionne en général sans accroc. » Effectivement, il suffit d’éliminer par hypothèse toutes les données du problème — l’anarchie de la production, la concurrence, la nécessité de vendre les produits au consommateur éventuel —, et le problème n’existe plus. « Selon Rosa Luxemburg, les crises sont obligatoires dans notre hypothèse d’une société capitaliste étatique. Nous avons au contraire montré qu’il ne peut y avoir de crises dans cette société. » La position de Rosa Luxemburg n’était pas du tout celle que prétend Boukharine et elle aurait probablement été entièrement d’accord avec lui. Mais elle n’appelait pas « capitalisme pur » une forme de société où les capitalistes exerceraient le commandement et feraient bombance en paix les uns avec les autres, où il y aurait des esclaves d’État et — avec l’armée de réserve qui devait nécessairement y augmenter considérablement — une large couche de « hooligans » pour absorber voracement la production excédentaire. C’est là sans doute l’idéal des dictateurs fascistes, ce n’est pas un « capitalisme pur » au sens de Marx. La critique que Boukharine dirige contre la théorie de l’accumulation de Rosa Luxemburg aboutit ainsi à fournir l’argument le plus fort pour confirmer que l’accumulation capitaliste a besoin d’un espace non-capitaliste. Divers critiques, en particulier Boukharine, ont cru marquer un point important contre Rosa Luxemburg en attirant l’attention sur les immenses possibilités de l’expansion capitaliste dans les espaces non-capitalistes. Mais la fondatrice de la théorie de l’accumulation a déjà enlevé sa portée à cet argument en répétant avec insistance que le capitalisme entrerait nécessairement dans les soubresauts de l’agonie bien avant que sa tendance immanente à l’élargissement du marché se soit heurtée à sa limite objective. Et ce n’était absolument pas là pour Rosa Luxemburg un faux-fuyant pour sauver une théorie indéfendable. Lorsque dans son ouvrage Réforme ou Révolution ? elle avait traité des contradictions générales du capitalisme, quinze ans avant de ramener ces contradictions à un commun dénominateur dans son Accumulation, elle avait écrit : « Certes, la tactique social-démocrate courante ne consiste pas à attendre le développement des antagonismes capitalistes jusqu’à leurs plus extrêmes conséquences et à passer alors seulement à leur suppression. Au contraire, l’essence de toute tactique révolutionnaire consiste à s’appuyer seulement sur la direction, une fois reconnue, du développement, et à en tirer jusqu’au bout les conséquences pour la lutte politique. »

La possibilité d’expansion n’est pas un concept géographique — ce n’est pas le nombre de kilomètres carrés qui décide —, ni un concept démographique — ce n’est pas la proportion numérique entre population capitaliste et non-capitaliste qui indique le degré de maturité du processus. Il s’agit d’un problème économique et social, pour lequel il faut tenir compte d’un ensemble complexe d’intérêts, de forces et de phénomènes contradictoires : force offensive des forces productives et force politique des puissances capitalistes, frictions entre les différents modes de production, rôle d’excitant ou de frein à l’expansion joué par la concurrence entre les puissances impérialistes, lutte entre l’industrie lourde et l’industrie textile dans l’industrialisation des colonies (Inde), préservation de l’intérêt des métropoles dans la domination coloniale, révolutions coloniales, guerres impérialistes et révolutions dans les pays capitalistes avec leurs conséquences, bouleversements du marché des capitaux, insécurité politique sur de vastes territoires (Chine), et bien d’autres éléments. A l’époque présente, le gigantesque essor des forces productives s’accompagne de telles entraves à l’expansion qu’elles ont provoqué des perturbations économiques, sociales et politiques profondes et attestent nettement le déclin du capitalisme. Théoriquement, une nouvelle offensive capitaliste est certes concevable, qui pourrait donner un nouvel espace aux forces productives et ouvrir une nouvelle période d’essor général. Mais il n’est pas possible de discerner comment cela devrait se produire. Rosa Luxemburg était bien loin de succomber à un fatalisme aveugle quand elle dégageait les lois de l’histoire, comme le montrent les conclusions qu’elle en tirait pour la lutte de la classe ouvrière :

« Ici, comme ailleurs dans l’histoire, la théorie remplit complètement son rôle quand elle nous indique la tendance de l’évolution, le terme logique vers lequel celle-ci tend objectivement. Le capitalisme ne peut pas plus atteindre ce terme même qu’aucune des périodes antérieures de l’évolution historique n’a pu se dérouler jusqu’à ses ultimes conséquences. Il est d’autant moins nécessaire qu’il soit atteint que la conscience sociale, incarnée cette fois-ci dans le prolétariat socialiste, intervient davantage comme facteur actif dans le jeu aveugle des forces. Et la compréhension correcte de la théorie de Marx est, dans ce cas aussi, pour cette conscience, la source des impulsions les plus fécondes et des stimulations les plus efficaces. »

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La théorie de l’écroulement du capitalisme de Pannekoek

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5 Messages de forum

  • « Le Capital est contradiction en acte : il tend à réduire au minimum le temps de travail, tout en en faisant l’unique source et la mesure de la richesse. Aussi le diminue-t-il dans sa forme nécessaire pour l’augmenter dans sa forme inutile, faisant du temps de travail superflu la condition – question de vie ou de mort – du temps de travail nécessaire. D’un côté, le capital met en branle toutes les forces de la science et de la nature, il stimule la coopération et le commerce sociaux pour libérer (relativement) la création de la richesse du temps de travail ; d’un autre côté, il entend mesurer en temps de travail les immenses forces sociales ainsi créées, de sorte qu’il en contient, immobilise et limite les acquis. Forces productives et relations sociales – double principe du développement de l’individu – ne sont et ne signifient pour le capital que de simples moyens pour se maintenir sur sa propre base étroite. En réalité, ce sont là les conditions matérielles qui feront éclater les fondements du capital. »

    Karl Marx dans « Principes de la critique de l’économie politique »

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  • « Il y a un fait éclatant qui est caractéristique pour notre siècle, un fait qu’aucun parti politique n’oserait contester. D’un côté nous avons vu naître des forces industrielles et scientifiques qu’on n’aurait pu imaginer à aucune époque antérieure de l’histoire humaine. De l’autre, on aperçoit les symptômes d’une débâcle telle qu’elle éclipsera même les horreurs de la fin de l’Empire romain. De nos jours, chaque chose paraît grosse de son contraire. La machine qui possède le merveilleux pouvoir d’abréger le travail de l’homme et de le rendre plus productif entraîne la faim et l’excès de fatigue. Par un étrange caprice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de misère. On dirait que chaque victoire de la technique se paie par une déchéance de l’individu. A mesure que l’homme se rend maître de la nature, il semble se laisser dominer par ses semblables ou par sa propre infamie. La pure lumière de la science elle-même semble avoir besoin, pour resplendir, des ténèbres de l’ignorance. (…) Les forces nouvelles de la société réclament des hommes nouveaux, les ouvriers. Ils sont le produit des temps nouveaux, au même titre que les machines elles-mêmes. Aux signes qui déconcertent la bourgeoisie, l’aristocratie et les pauvres annonciateurs du déclin, nous reconnaissons la vieille taupe qui sait si vite travailler sous la terre, le digne pionnier – la révolution. »

    Marx dans une allocution d’avril 1856

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  • Rappelons que Karl Marx écrivait dans « Gundrisse » (Principes) :

    « La limite du capital apparaît dans le fait que tout ce développement se déroule de manière antagonique et que l’éclosion des forces productives, de la richesse générale, du savoir etc., se manifeste de telle façon que le travailleurs s’aliène lui-même… Mais cette forme antagonique est elle-même transitoire et produit les conditions de sa propre abolition… Parvenu à un certain niveau, le développement des forces productives matérielles – qui implique celui des forces de la classe laborieuse – entraîne l’abolition du capital lui-même. »

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  • Se détruire soi-même, le capitalisme le peut-il ? Et comment !

    Une surprenante découverte vient d’être effectuée au Japon : « il n’y a pas de plancher au rendement de la dette ! », se sont effarés les analystes, après avoir enregistré que la Banque du Japon venait d’acheter des titres au rendement négatif, acceptant en conséquence de perdre de l’argent... Car c’est à ce prix que la banque centrale poursuit sa politique de création monétaire destinée à sortir vaille que vaille le pays de la déflation.

    Les Européens se sont déjà habitués à ce que certains titres de la dette souveraine entrent en territoire négatif (expression soulignant qu’à partir de là, c’est l’inconnu), pas seulement pour l’Allemagne mais aussi dans le cas de la France, dont un éminent membre de la Fed, Richard Fischer, a récemment pourtant déclaré qu’elle est « extrêmement faible ». Il a été abondamment relevé que le paradoxe n’est qu’apparent, la BCE veillant au grain en cas de dérapage, en application d’une politique d’achat de titres de même nature que ses consœurs, à ceci près qu’elle n’a pas eu besoin de mettre sa menace à exécution.

    Pourvues de pouvoirs magiques auxquels il est fait appel en dernier ressort, les banques centrales sont appelées à la rescousse.

    Non seulement pour acheter à perte la dette publique, comme c’est le cas au Japon, mais aussi pour l’escamoter purement et simplement, à suivre les préconisation d’Adair Turner, installé dans son rôle d’iconoclaste, qui envisage que la banque du Japon en vienne faute de mieux à annuler une partie de la dette en sa possession, c’est à dire à la restructurer à ses dépens. Il est aussi proposé à ces institutions d’en garder indéfiniment les titres dans leurs livres, en s’accommodant de l’accroissement de la taille de leur bilan qui en résulte.

    Les péripéties de l’affaire de la dette argentine sont toutes aussi étranges. Les autorités les plus responsables cherchent à écarter par de nouvelles mesures réglementaires les fonds vautours, ces empêcheurs de tourner en rond dont l’action pourrait faire obstacle à des restructurations ordonnées de la dette publique, quand faire la part du feu devient l’expression de la sagesse, et surtout de l’intérêt bien compris des investisseurs. En moins charitable, ces mesures visent aussi à couper court aux velléités d’instauration d’un tribunal international de la dette dont la mission serait de prononcer des remises de peine.

    A ce propos, les conseillers d’Aléxis Tsipras, président du parti grec Syriza, ont élaboré une proposition qualifiée d’ingénieuse par le journal. Au lieu de continuer à appeler dans le vide à une conférence européenne sur la dette, leur idée serait de lier l’intérêt de la dette et le taux de croissance de l’économie du pays, partant de la constatation que 80% de la dette grecque est détenue par des institutions publiques, et que son taux est de 175% du PIB, ce qui rend de toute façon inévitable une restructuration.

    La dette japonaise, pour y revenir, à atteint le taux de 230% du PIB, si l’on s’en tient à ce critère par ailleurs absurde mais dont l’usage prévaut à tort !

    Qui dit mieux ? L’Italie prend le chemin du Japon, son ratio de dette continuant à croître inexorablement et allant atteindre cette année 137,5% (il était de 103,3% en 2007), faute d’une toujours aussi problématique croissance. Mais la BCE ne pratiquant pas la politique de la Banque du Japon, cette tendance va vite devenir insoutenable. Devant cette réalité, il ne sert à rien de se voiler la face.

    Le capitalisme ne fait que des opérations de Madoff pour tenir un tout petit peu plus longtemps mais ses opérations le mènent à couler toujours plus surement, même si c’est quelques années plus tard. En attendant, il ne se contente pas de faire de l’économie, il fait de la politique... guerrière et prépare les peuples à la boucherie internationale....

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  • « Ayant atteint un certain niveau de développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les conditions de production existantes, ou, ce qui en est l’expression juridique, avec le régime de propriété au sein duquel elles ont évolué jusqu’alors. De facteurs de développement des forces productives, ces conditions deviennent des entraves de ces forces. Alors s’ouvre une ère de révolution sociale. »

    Karl Marx dans « Préface de la critique de l’économie politique »

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