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L’enfant n’est pas un vase vide à remplir, une existence sans signification auquel il faudrait encore donner un sens, un être sans personnalité auquel les parents devraient donner un caractère

lundi 3 août 2015, par Robert Paris

L’enfant n’est pas un vase vide à remplir, une existence sans signification auquel il faudrait encore donner un sens, un être sans personnalité auquel les parents devraient donner un caractère

Certes, l’enfant qui naît dépend physiquement de son géniteur et ne peut pas vivre sans un entourage humain. Certes, l’enfant a un besoin aussi moral, psychologique que physique que l’on s’occupe de lui dans ses premières années. Cela ne signifie nullement qu’il soit ce que font de lui ses parents.

Bien des gens qui viennent d’avoir un enfant, le considèrent comme leur et pensent qu’ils vont le modeler selon leurs espoirs et leurs goûts, lui donner leurs conceptions morales, l’orienter professionnellement et personnellement à leur idée parce qu’il n’aurait pas, par lui-même, des goûts, des tendances, des orientations, des projets, un caractère, des buts.

Pour eux, la naissance de leur enfant est la date zéro de son histoire, ce qui signifie qu’il ne serait rien au départ et ne devrait qu’à ses parents ce qu’il va devenir ensuite.

Ce n’est nullement exact. L’enfant qui nait n’est nullement un réceptacle vide. Il a déjà, en naissant, toute une histoire, tout un passé (qui dépasse largement son passé propre), un héritage, des drames, des joies, des peurs et des souffrances, des capacités, un caractère, des capacités et des goûts que ses parents ne lui ont nullement transmis et qu’ils ne pourront pas nécessairement modifier à leur guise et sans difficultés, sans nuire au développement de l’enfant. Son caractère, ses capacités et ses goûts ne sont nullement hérités de ceux de ses parents ou de ses grands-parents, même si tous les parents ont tendance, en voyant quelques caractères physiques qui peuvent être hérités, croient que les caractères moraux ou psychlogique le seraient également. Ils déclarent : « il a tout à fait le nez de son grand-père ou le sourire de sa grand-mère » et pensent : « il va ressembler moralement ou intellectuellement à notre famille ». Raisonnement entièrement faux car s’il peut y avoir des traits physique directement hérités, s’il y a même des problèmes psychologiques de la famille qui vont peser sur l’enfant, cela ne signifie qu’il y ait ressemblance entre l’enfant et sa famille. L’intelligence ne s’hérite pas. Le caractère non plus. Les goûts pas davantage. Les traits moraux idem. Les dons n’ont rien d’héréditaire.

Cependant, il est exact qu’avant de naître l’enfant a un passé qui va lui appartenir même s’il ne l’a pas vécu, même s’il ne le connaît pas, même si personne ne lui en a parlé, même s’il n’en veut pas, même s’il va le combattre, même s’il voudrait l’effacer. C’est un passé physique et psychologique de ces ancêtres, un passé fondé sur les souffrances, les joies, les réussites et les échecs de ses parents et grands-parents.

Si la psychologie de l’enfant n’est pas un produit direct de celle de ses parents, il hérite involontairement bien des problèmes familiaux, et tout particulièrement ceux qui sont enfouis, qui sont inhibés, qui sont pourchassés.

D’autre part, l’enfant a des goûts et un caractère qui lui sont personnels, qui n’ont rien à voir avec ceux de ses parents, de ses grands-parents ou du reste de la famille, et dont personne ne sait exactement comment ils apparaissent mais qui sont certainement marqués dans la liaison corps-cerveau à sa naissance. On ne peut pas dire que ce soit génétique ni héréditaire. On ne sait pas si cela a une relation avec les premières expériences des premières semaines du bébé mais on peut l’imaginer. Il est possible aussi que cela soit produit lors de la fabrication du cerveau en liaison avec le corps. En tout cas la toute petite enfance est déterminante, dans une phase où les parents ne parlent pas à un enfant qui semble conscient.

Les parents, qui croient être entièrement responsables de ce que va devenir cet enfant, se trompent et cela peut les mener, comme leur enfant, à des échecs cuisants. Ils ont une responsabilité mais ce n’est pas celle-là. Ils ont celle d’aider, de protéger, de favoriser, de guider mais pas de diriger, ni de dicter, ni d’imposer leurs choix, leurs goûts, leurs volontés.

Ils ne doivent pas aller contre le caractère, les goûts, les tendances, les dons, les souhaits de l’enfant mais, au contraire, les chercher, les susciter, les entendre, les soutenir, les guider.

Il existe des civilisations comme celles liées au bouddhisme qui prétendent trouver chez le très jeune enfant ces capacités et ces qualités personnelles. Elles affirment que l’enfant n’est rien d’autre qu’une réincarnation d’un ancien décédé. C’est contraindre de force chaque enfant à deve nir l’ombre d’un être mort. Que cela ait été l’idéologie de vieilles civilisations, c’est compréhensible mais au vingtéunième siècle que l’on érige encore de telles doctrines en idéologie dominante est révoltant. Et d’autant que certains milieux qui n’ont rien à voir avec les populations liées à ces traditions cultivent parfois ce passéisme révoltant…

L’impression qui trompe les parents est celle du bébé ou du tout petit enfant car celui-ci semble totalement dépendant de ses parents, leur obéit, qu’ils doivent dicter tout ce que fait matériellement le petit enfant. Mais ce serait tout à fait érronné d’en déduire que l’enfant n’est que ce que lui disent d’être ses parents. Déjà il leur est partiellement étranger. Déjà il a ses propres craintes, ses propres joies, ses désirs, et ses parents n’en savent pas grand-chose.

Il semble même que certaines capacités marquantes de l’enfant échappent entièrement aux parents. On a remarqué récemment que les bébés se parlaient alors que leurs parents ne parvenaient pas à comprendre ce qu’ils prenaient pour un babillage sans signification.

Ce n’est pas parce que le bébé ne peut exprimer tout ce qu’il pense que sa pensée serait toute petite. C’est un être humain à part entière et il a une pensée indépendante même si elle ne peut pas s’exprimer par des paroles que les adultes puissent comprendre.

A aucun stade de son développement, l’enfant n’est seulement une pâte à modeler entre les mains de ses parents. Il n’est pas et ne sera jamais, quoique fassent ses parents, une copie conforme de leurs conceptions, de leur psychologie, de leur caractère ou de celui qu’ils prétendent lui insuffler. L’enfant n’existe pas pour réaliser les rêves, les fantasmes, les souhaits, les goûts de ses parents. Il existe par lui-même et pour lui-même, tout en ayant grandement besoin de l’aide de tout son milieu, et il a besoin d’un milieu qui dépasse largement ses seuls parents. Un proverbe malien ne dit-il pas que « le village n’est pas de trop pour élever un seul enfant »…

Bien sûr, chacun sait que bien des enfants sont été conçus parce que leurs parents en ressentaient le besoin : pour eux-mêmes, soit pour des raisons psychologiques, soit pour des raisons matérielles (héritiers, main d’œuvre, opinion publique, pressions familiales). Pendant de longs siècles, la fabrication des enfants a été un point déterminant de l’existence car la vie agricole nécessitait une abondante main d’œuvre familiale. Ce n’est plus le cas mais nous avons hérité cependant des mentalités anciennes et il est très difficile de s’en débarrasser. Et d’autant que la société bourgeoise, elle aussi, a choisi de diffuser des préjugés qui ne sont pas si éloignés que ceux des anciennes traditions, que la société bourgeoise a choisi de ne pas se débarrasser des anciennes religions car elle a besoin de cet « opium du peuple ». L’un des adages de ces religions est le respect des anciens et la soumission aux parents, quoiqu’ils imposent à l’enfant.

Nous tenons donc à réaffirmer que l’enfant n’est nullement le prolongement de ses parents, que ce soit pour réaliser ce qu’ils ne sont pas parvenus à faire, que ce soit pour pouvoir parader aux yeux du public en montrant fièrement leurs rejetons, en se glorifiant de leurs succès scolaires ou sociaux, que ce soit pour l’exploiter, pour en faire leur ouvrier, leur domestique ou pour la tranquilité de leurs vieux jours.

Si l’enfant ne doit pas être physiquement ni moralement abandonné par les adultes, il ne doit pas non plus leur être soumis. Il n’est pas là pour réconcilier le couple, pour donner des dérivatifs à la vie des parents, pour assouvir des passions, pour permetre des violences et des viols contre des personnes sans grands moyens de défense.

Bien sûr, le tout petit ne serait rien sans son entourage humain adulte, mais cela ne doit pas servir de prétexte pour nier la personnalité, les goûts, les sentiments, les désirs du petit homme futur qu’est l’enfant qui n’est là ni pour faire vivre un ancien enfant décédé, ni pour faire réapparaître des ancêtres disparus, ni pour faire réussir ses parents… L’enfant n’est ni un domestique, ni un petit dieu ni un diable ni un dictateur ni un esclave et n’est pas là pour résoudre les problèmes que les adultes n’ont pas pu résoudre par eux-mêmes. Il est seulement un être humain à part entière, un être indépendant tout en étant plus dépendant que les autres par sa situation momentanée. Il ne doit être traité ni comme un adulte ni comme un être inexistant. Il ne doit pas être contraint de couper trop tôt le cordon ombilical moral qui le relie à sa famille ni être attachée toute sa vie à celle-ci.

Autrement dit, le petit homme doit être traité en homme et pas en sous-homme…

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