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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 3- L’objectif de la dictature du prolétariat > Lénine 1917

Lénine 1917

jeudi 29 septembre 2016, par Robert Paris

Lénine 1917

et

Trotsky 1917

On ne peut parler de Lénine en 1917, dans leur intervention au cours de la révolution russe, sans parler de Trotsky dans la même période et inversement bien entendu, tellement on a assisté à une révolution qui a eu deux têtes, l’une étant inséparable de l’autre, deux penseurs, deux organisateurs, des militants inlassables des mêmes idées et des mêmes perspectives. Ils ont réellement écrit, parlé, agi, milité, dirigé comme un seul homme et c’est seulement ensuite que ces actes ont semblé être ceux d’un parti, le parti bolchevique dans lequel ils militaient. Mais s’il y a une erreur à ne pas commettre, c’est de penser que cette politique, ces idées, ces conceptions, cette action, cette stratégie était purement et simplement l’émanation directe de ce parti. C’est un contre-sens pur et simple ou, plus eaxctement, c’est le point de vue qui sera diffusé plus tard par la réaction contre-révolutionnaire stalinienne afin de détruire ce parti et en faire une simple partie d’un appareil bureaucratique.

Loin de nous l’idée que les militants révolutionnaires et que les masses révolutionnaires ne seraient rien et que les leaders politiques seraient tout mais affirmer l’inverse serait tout aussi faux et ridicule. Aucun automatisme n’a produit les conceptions de Lénine et Trotsky en 1917. Il n’a nullement suffi qu’existe le parti bolchevik pour qu’il joue le rôle qui a été le sien et qu’il défende la politique qui a été la sienne. Ce n’était nullement inscrit dans une ligne droite issue du passé de ce parti et cela n’est pas venu aisément et « naturellement » pour ce parti, ni pour ses dirigeants, ni pour ses militants.

A l’égal de Lénine, on peut dire que Trotsky a été un élément déterminant de la révolution russe de 1917 et pourtant ni l’un ni l’autre n’étaient présents en Russie à son démarrage, ni ne disposaient de groupes politiques ayant pris la direction de la lutte à son démarrage et même pas la direction des masses ouvrières qui participaient à cette lutte. Par la suite, ces deux militants révolutionnaires que bien des prises de position séparaient ou même opposaient, ont convergé de manière étonnante vers une même politique, qu’ils étaient parmi les rares militants révolutionnaires à partager et dont il a fallu qu’ils convainquent d’autres militants, avant de devenir capables de se porter à la tête des masses. Il a suffi de quelques mois pour une telle œuvre titanesque qui continue d’apparaître comme surhumaine des décennies après. Cependant, ce n’est ni les capacités oratoires (Lénine n’en avait d’ailleurs pas particulièrement), ni le nombre des militants (Trotsky n’en avait que peu) qui ont été déterminantes mais l’orientation politique de ces deux dirigeants. Et si, après coup, bien des gens ont cru que cette orientation allait de soi, était inscrite dans toute leur activité passée, c’était en réalité loin d’être évident si on examine le passé des autres dirigeants politiques d’origine révolutionnaire et le chemin qu’ils ont suivi ensuite face à la révolution sociale. On peut quasiment dire que, pour la plupart, les dirigeants politiques d’origine révolutionnaire ont été d’autant plus à droite que les masses allaient plus à gauche, c’est dire !

Le premier point sur lequel Lénine et Trotsky ont convergé consistait à affirmer que l’on n’assistait qu’à la première étape de la révolution, que la chute du tsarisme ne serait pas la fin de la révolution, que la démocratie bourgeoise ne serait nullement l’aboutissement de la trajectoire révolutionnaire. Certes, cela semblait assez logique comme point de vue de la part d’un Trotsky, dont la conception de la révolution permanente supposait une telle logique mais cela ne l’était nullement de la part de Lénine qui envisageait plutôt un rôle révolutionnaire du prolétariat dans le cadre d’une révolution gardant un caractère démocratique, c’est-à-dire à perspective bourgeoise. La perspective socialiste supposait, à l’inverse, que la révolution n’était russe qu’en apparence, européenne et même internationale en réalité. Là aussi, après coup, les événements leur ont donné raison mais rares ont été ceux qui le pensaient.

L’idée que le tsarisme ne chutait en premier que comme chaînon le plus faible de la grande chaîne impérialiste secouée par la crise et la guerre mondiale puis la vague révolutionnaire, était loin de tomber sous le sens.

Même les plus révolutionnaires des militants et dirigeants russes semblaient prêts à se contenter d’être une force d’appui à un gouvernement bourgeois à visées démocratiques et nombre d’entre eux semblaient prêts à l’idée de la participation gouvernementale lorsque Lénine est rentrée de l’émigration et a commencé à défendre le point de vue qui allait rester dans l’Histoire sous le nom de « Thèses d’avril » et qui était très exactement le point de vue qu’il avait longtemps combattu sous le nom de « trotskysme » !

Mais Trotsky allait faire un mouvement tout aussi considérable en rejoingnant alors le parti bolchevique dont il avait combattu longtemps les méthodes et les conceptions organisationnelles autant que les orientations.

Et ces deux dirigeants allaient converger tout aussi étonnamment durant ces quelques mois sur un point tout aussi essentiel : le programme et les points d’appui de la construction de la deuxième vague révolutionnaire, son caractère et son rythme, à savoir la conquête patiente et méthodique de la majorité dans les soviets puis la prise de pouvoir de ces derniers par la mise en place d’une dictature du prolétariat dont les soviets seraient les briques élémentaires. Cette conquête devait se fonder sur la destruction méthodique des positions bourgeoises, quels que soient les partis qui les portaient, en se fondant sur les aspirations des masses elles-mêmes : aspirations à la terre, aspiration à la paix, aspiration aux liberté des nationalités et religions opprimées, aspiration de bien-être des masses ouvrières et paysannes. Les classes dirigeantes bourgeoises avaient certes profité de la révolution de février pour accéder au pouvoir mais étaient incapables de satisfaire ces aspirations et incapables aussi d’en finir avec les soviets, ces libres créations organisationnelles des masses ouvrières, soldates, paysannes et des nationalités opprimées.

Ce qui pouvait sembler des objectifs complètement irréalistes de deux dirigeants utopiques que la plupart des dirigeants et militants politiques « de gauche » ou d’ « extrême gauche » combattait comme une lubie, devenait, du coup, l’expression exacte des buts des masses, et une nécessité absolue devant la nécessité absolue pour les classes dirigeantes de continuer la guerre, de ne pas partager les terres, de frapper durement les masses travailleuses et même la nécessité de détruire dans le sang les soviets.

C’est ainsi que ces deux petits hommes, presque seuls à défendre ce qu’ils défendaient, à concevoir ce qu’ils concevaient, à rêver ce qu’ils rêvaient, devenaient les leaders « naturels » des masses, dont les militants y devenaient majoritaires et même avaient des partisans là où ils n’avaient même pas des militants ou des propagandistes de leurs idées, tant ces idées avançaient d’elles-mêmes, du moment qu’elles avaient été propagées en un point…

C’est la force des idées qui s’emparent des masses sur laquelle comptaient les Lénine et les Trotsky, et non pas la force du nombre de dirigeants, du nombre de militants, du nombre de sympathisants, point sur lequel le groupe de Lénine, sans même parler du petit groupe de Trotsky avant leur fusion, n’était, en février 1917, que le plus petit parti de Russie, ne disposant quasiment d’aucun appui d’intellectuels.

Certains ont voulu voir dans la victoire des idées de Lénine et de Trotsky la réussite de la « construction du parti révolutionnaire », mais ils isolent ainsi, comme un facteur à part, la construction organisationnelle, tâche à laquelle ils sont dédiés, la séparant de la construction intellectuelle de l’analyse et de la perspective politique, et séparant l’arbre de son tronc, de ses racines et empêchant ainsi la montée de la sève tout en affirmant vouloir multiplier branches et feuilles !!!

Ils ont voulu voir aussi dans la victoire des idées des Lénine et Trotsky parmi les masses, un succès du travail des militants bolcheviks, de leut tenacité, de leur courage, de leur confiance, de leur discipline et j’en passe, omettant la nécessité de concevoir d’abord le rôle respectif du parti et des soviet, le rôle repsectif de la révolution et des soviets, rôles qui n’allaient nullement de soi, vu déjà qu’au départ les bolcheviks étaient les plus minoritaires dans les soviets, que ceux-ci étaient du coup aux mains des réformistes, devenaient même des armes de ces réformistes bourgeois et petit-bourgeois et donc une arme contre l’avancée de la révolution sociale, contre la transformation de révolution bourgeoise en révolution socialiste, contre tout ce que défendaient justement Lénine et Trotsky. Conquérir la majorité dans les soviets devenait, du coup, non un objectif évident mais, apparemment, un but inatteignable. Le rôle que Lénine et Trotsky attribuait aux soviets pouvait sembler parfaitement irréaliste tant que ceux-ci étaient manœuvrés par les réformistes qui défendaient dur comme fer le caractère bourgeois démocratique de la révolution russe.

Cela supposait de se battre non seulement contre l’Etat, contre les classes dirigeantes, contre l’armée, contre l’impérialisme mais même contre les préjugés des masses elles-mêmes, contre leur idée, en particulier, selon laquelle la révolution était victorieuse et le pouvoir ne pouvait pas leur venir dans les mains.

Faire confiance en de telles perspectives, de la part de Lénine et de Trotsky, ce n’était pas avoir confiance dans les talents oratoires ou propagandistes des militants d’un parti mais dans les capacités des masses ouvrières de s’éduquer politiquement et socialement à la faveur de la situation elle-même et de ses contradictions explosives.

Tous les bureaucrates du monde savent avoir confiance dans leur appareil bureaucratique ou plutôt dans leur propre capacité à le manipuler, par contre avoir confiance dans des masses opprimées qui viennent de vivre la boucherie entre les peuples, qui ont subi la dictature politique et sociale et sont accoutumées à obéir et à subir, croire malgré tout cela qu’elles vont se révéler aptes à prendre la direction de toute la société, alors qu’elles-mêmes sont encore persuadées que les seules classes dirigeantes sont aptes à commander, voilà effectivement qui est le propre des têtes politiques du prolétariat révolutionnaire et d’elles seules.

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