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A chaque époque sa philosophie. Quelle est la nôtre ?

samedi 22 septembre 2018, par Robert Paris

A chaque époque sa philosophie. Quelle est la nôtre ?

Les idéologies ont une histoire : c’est celle des classes dominantes.

Certaines époques ont choisi volontairement de s’accrocher à de vieilles idéologies, par conservatisme social et politique. Inversement, certaines périodes correspondent à un besoin de changement et produisent des idéologies nouvelles, révolutionnaires même. Ce n’est pas nécessairement l’idéologie dominante mais c’est un courant social qui porte cet idéal novateur. Dans l’antiquité, on se souvient des philosophies grecques. On se souvient ensuite de l’idéologie de la « paix de dieu » au Moyen-Age, de la Renaissance, de celle de la Réforme, de celle des Lumières, de celle des nations européennes de 1848, de celle de la naissance du développement industriel (le libéralisme), de celle des Grandes Puissances (idéologie de la paix armée). Il faut une conscience (ou une illusion) de marquer l’histoire pour produire de telles idéologies novatrices.

La bourgeoisie occidentale montante a produit l’idéologie du progrès, appelée « évolution », « adaptation », et qui s’est fondée sur l’idée que l’amélioration sociale et politique allait emporter tout le fatras féodal.

On est très loin de ce type d’idéologies optimistes. La société actuelle est plutôt productrice d’idéologies pessimistes du type « décroissance », « réchauffement de la planète », « club de Rome », un peu à la Nostradamus ou prête à redonner actualité aux prédictions sur la fin du monde des Mayas.

Les Indiens avaient connu effectivement lu chute successive de grandes civilisations florissantes et ils savaient que plusieurs de ces mondes ‘étaient succédé avec des ruptures de civilisation produites dans des effondrements impressionnants et difficiles à expliquer.

De nombreux mythes sont nés de cette notion de disparition d’une ancienne civilisation. Le mythe est là pour donner une interprétation à une destruction apparemment inexplicable d’une civilisation. Nous avons cité récemment le mythe « X-Files » sur la disparition des Anasazis du canyon de Chelly.

Les Grecs avaient la théorie des quatre mondes. Le Moyen-Orient avait la théorie de la grande inondation et du monde englouti dans un grand déluge par la volonté de dieu qui avait cependant sauvé quelques exemplaires fondateurs d’un monde nouveau… Les Indiens avaient la théorie des Soleils, chaque soleil représentant une civilisation, une époque.

A certaines époques, ces idéologies nouvelles se sont souvent appelées religions ou idéologies d’Etat comme l’idéologie de l’âme des Pharaons d’Egypte ou du roi de droit divin de l’Occident chrétien. Mais il y avait aussi l’idéologie dominante de la société civile : idéologie de la pensée dans la Grèce antique, idéologie de l’ordre dans l’empire romain, idéologie du serment du Moyen-Age, idéologie de l’homme à la Renaissance, idéologie du droit pour les Lumières, idéologie du progrès pour la bourgeoisie occidentale conquérante, idéologie des sciences ensuite, puis idéologie de la techno-finance sur la fin de la civilisation capitaliste que nous vivons…

Ensuite, elles ont pu s’appeler modes et opinion publique ou sciences ou encore techniques.

Dans l’idéologie dominante actuelle, le monde est fondé non sur des idées mais sur des succès techniques et sur une société fondée sur la réussite personnelle en dehors des cadres collectifs. C’est la philosophie de l’entretien individuel, de la carrière personnelle, des compétences, des investissements, tous ne concernant qu’un seul individu qui ne compte pas sur la collectivité pour développer ses capacités et sa réussite.

Parfois, les itinéraires en question se terminent dans le mur, sur une dalle d’un grand établissement comme le Technocentre Renault de Guyancourt, un individu en plein « parcours personnel innovant et performant » se jetant lui-même dans le vide du fait du stress destructif.

Cette idéologie affirme qu’il n’existe plus de collectivité, plus de perspective sociale de classe, plus d’idée de progrès à part ce culte des efforts personnels pour s’adapter plus vite que les autres au changement technique. Cela suppose de changer de logiciel autant de fois que nécessaire, d’occuper son esprit aux mails, aux programmes, raisonner en termes d’objectifs, d’amélioration des tâches, etc…

Selon cette idéologie, toute philosophie est perte de temps, perte de boussole, perte d’efficacité technique, perte de confiance en soi et de dynamisme pêrsonnel…

L’étude des philosophies n’est pas abandonnée mais elle est relativisée. Il ne faut pas y chercher des valeurs, des vérités, des raisonnements, seulement une série de visions du passé que l’on retarde pour s’en détacher.

L’époque actuelle considère les philosophies comme des opinions et le monde technologico- social comme objectif. Et, pour ce monde, l’opinion dit ce qui est. Si l’opinion affirme que le communisme est mort, dire le contraire serait « collector ».

En réalité, l’opinion publique n’a aucun pouvoir. On lui impose ses prises de position, ses manières de voir.

Comme nous l’avons déjà dit, l’opinion dominante est celle des classes dirigeantes et des classes moyennes.

Les exploités ne produisent pas, en général, des opinions, des idéologies, des philosophies, du moins temps qu’elles ne se sont pas mises massivement en mouvement….

Par contre, dans les époques où les prolétaires frappent à nouveau à la porte du vieux monde, l’idéologie révolutionnaire repart à l’assaut du vieux monde et se moque à nouveau de la prétendue opinion publique.

L’envie, le courage, le goût de comprendre à nouveau le monde redevient une force que l’on ne peut empêcher de se développer, de travailler, de conquérir des cœurs et des esprits.

A chacun de choisir sa place dans ce combat….

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