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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > LE BOLCHEVISME EST-IL RESPONSABLE DU STALINISME ?

LE BOLCHEVISME EST-IL RESPONSABLE DU STALINISME ?

dimanche 11 octobre 2009

L’erreur de ce raisonnement commence avec l’identification tacite du bolchevisme, de la Révolution d’Octobre et de l’Union Soviétique. Le processus historique, qui consiste dans la lutte des forces hostiles, est remplacé par l’évolution du bolchevisme dans le vide. Cependant le bolchevisme est seulement un courant politique, certes étroitement lié à la classe ouvrière, mais non identique à elle. Et, outre la classe ouvrière, il existe en U.R.S.S. plus de cent millions de paysans, de nationalités diverses, un héritage d’oppression, de misère et d’ignorance.

L’Etat créé par les bolcheviks reflète, non seulement la pensée et la volonté des bolcheviks, mais aussi le niveau culturel du pays, la composition sociale de la population, la pression du passé barbare et de l’impérialisme mondial, non moins barbare. Représenter le processus de dégénérescence de l’Etat Soviétique comme l’évolution du bolchevisme pur, c’est ignorer la réalité sociale au nom d’un seul de ses éléments isolé d’une manière purement logique. Il suffit au fond de nommer cette erreur élémentaire par son nom pour qu’il n’en reste pas trace.

Le bolchevisme lui-même, en tout cas, ne s’est jamais identifié ni à la Révolution d’Octobre, ni à l’Etat Soviétique qui en est sorti. Le bolchevisme se considérait comme un des facteurs de l’histoire, son facteur "conscient", facteur très important mais nullement décisif. Nous voyons le facteur décisif —sur la base donnée des forces productives - dans la lutte des classes, et non seulement à l’échelle national, mais aussi internationale.

Quand les bolcheviks faisaient des concessions aux tendances petites-bourgeoises des paysans, qu’ils établissaient des règles strictes pour l’entrée dans le parti, qu’ils épuraient le parti des éléments qui lui étaient étrangers, qu’ils interdisaient les autres partis, qu’ils introduisaient la N.E.P., qu’ils en venaient à céder des entreprises sous forme de concessions ou qu’ils concluaient des accords diplomatiques avec des gouvernements impérialistes, eux, bolcheviks, tiraient des conclusions particulières de ce fait fondamental qui leur était clair théoriquement depuis le début même ; à savoir que la conquête du pouvoir, quelque importante qu’elle soit en elle-même, ne fait nullement du parti le maître tout-puissant du processus historique. Certes, après s’être emparé de l’Etat, le parti reçoit la possibilité d’agir avec une force sans précédent sur le développement de la société ; mais en revanche lui-même est soumis à une action décuplée de la part de tous les autres membres de cette société. Il peut être rejeté du pouvoir par les coups directs des forces hostiles. Avec des rythmes plus lents de l’évolution, il peut, tout en se maintenant au pouvoir, dégénérer intérieurement. C’est précisément cette dialectique du processus historique que ne comprennent pas les raisonneurs sectaires qui tentent de trouver dans la putréfaction de la bureaucratie staliniste un argument définitif contre le bolchevisme. Au fond, ces Messieurs disent ceci : mauvais est le parti révolutionnaire qui ne renferme pas en lui-même de garanties contre sa dégénérescence.

En face d’un pareil critère, le bolchevisme est évidemment condamné ; il ne possède aucun talisman. Mais ce critère lui-même est faux. La pensée scientifique exige une analyse concrète : comment et pourquoi le parti s’est-il décomposé ? Jusqu’à maintenant personne n’a donné cette analyse, sinon les bolcheviks eux-mêmes. Ils n’ont nullement eu besoin pour cela de rompre avec le bolchevisme. Au contraire, c’est dans l’arsenal de celui-ci qu’ils ont trouvé tout le nécessaire pour expliquer son sort. La conclusion à laquelle nous arrivons est celle-ci : évidemment le stalinisme est sorti du bolchevisme ; mais il en est sorti d’une façon non pas logique, mais dialectique ; non pas comme son affirmation révolutionnaire, mais comme sa négation thermidorienne. Ce n’est nullement une seule et même chose.

Extrait de "Bolchevisme contre stalinisme" de Léon Trotsky

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  • face d’un pareil critère, le bolchevisme est évidemment condamné ; il ne possède aucun talisman. Mais ce critère lui-même est faux. La pensée scientifique exige une analyse concrète : comment et pourquoi le parti s’est-il décomposé ? Jusqu’à maintenant personne n’a donné cette analyse, sinon les bolcheviks eux-mêmes. Ils n’ont nullement eu besoin pour cela de rompre avec le bolchevisme. Au contraire, c’est dans l’arsenal de celui-ci qu’ils ont trouvé tout le nécessaire pour expliquer son sort. La conclusion à laquelle nous arrivons est celle-ci : évidemment le stalinisme est sorti du bolchevisme ; mais il en est sorti d’une façon non pas logique, mais dialectique ; non pas comme son affirmation révolutionnaire, mais comme sa négation thermidorienne. Ce n’est nullement une seule et même chose.

    Extrait de "Bolchevisme contre stalinisme" de Léon Trotsky

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