English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 04 - Livre Quatre : HISTOIRE CONTEMPORAINE > 06- Révolution bolivienne et luttes de classe en Amérique latine dans les (...) > Qui était Che Guevara ?

Qui était Che Guevara ?

samedi 27 février 2010, par Robert Paris

« Le guérillero exercera son action en milieu rural et peu peuplé, là où se situe de préférence la lutte du peuple pour ses revendications, et ceci presque exclusivement dans la perspective du changement des structures sociales de la propriété des terres, le guérillero est avant tout un révolutionnaire agraire. »

Che Guevara dans « La guerre de guérilla » en 1960

« Dans ces zones rurales, commence la structuration du futur appareil d’Etat. Déjà la guérilla possède une organisation, une structure nouvelle (…) toutes les caractéristiques d’un gouvernement miniature. » Ernesto Che Guevara.

« Quels peuvent être aujourd’hui comme demain face à ce peuple victorieux les ennemis de la révolution ? Les pires ennemis que peut avoir à partir d’aujourd’hui la révolution cubaine sont les révolutionnaires eux-mêmes. (….) Il faut que les armes rentrent dans les casernes, d’où elles sortiront le jour où les ennemis du peuple se présentent, mais, pour le moment, personne n’a le droit de posséder une armée privée. (…) A partir d’aujourd’hui, les festivités de la révolution sont terminées ; demain sera un jour de travail comme n’importe quel jour. » Fidel Castro à la télévision le 8 janvier 1959, au lendemain de la mise en place du nouveau pouvoir.

« Nous voulons établir à Cuba une véritable démocratie, sans aucune trace de fascisme, péronisme et communisme. » Discours de Fidel Castro à la conférence de presse le 23 avril 1959

« Celui qui est médiocre dans son travail, ou pire que médiocre, ne peut pas être un bon communiste. (…) Comment se fait-il que vous qui portez déjà ce nom vous dédaigniez le travail ? (…) Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que nous n’avons pas encore donné au travail sa véritable signification. Nous n’avons pas été capables d’unir le travailleur à l’objet de son travail et de donner en même temps au travailleur la conscience de l’importance de l’acte créateur qu’il réalise chaque jour. (…) Il faut travailler à former peu à peu des générations qui s’intéresseront le mieux possible au travail et qui saurons y trouver une source permanente et constamment changeante de nouvelles émotions. Nous devons faire du travail quelque chose de créateur, quelque chose de nouveau. (…) Aujourd’hui, j’ai assisté au ministère à une assemblée où l’on discutait de l’émulation. Beaucoup d’entre vous ont probablement déjà discuté de l’émulation et ont déjà lu un très long texte là-dessus. Mais, quel est le problème de l’émulation, camarades ? (…) Quand deux camarades commencent l’émulation, chacun avec sa machine peut produire davantage, ils sentent au bout d’un certain temps la nécessité d’un règlement qui détermine lequel des deux produit le plus avec sa machine (….) Il nous arrive simplement ce qui est arrivé à beaucoup d’entre vous : cette émulation est froide, un peu inventée, et nous n’avons pas su entrer en contact direct avec la masse des travailleurs de l’industrie. Demain nous aurons une assemblée pour en parler et pour essayer de résoudre tous ces problèmes, de chercher les points de contact, d’instaurer le langage commun d’une identité absolue entre les travailleurs de cette industrie et nous, les travailleurs du ministère. Quand nous y serons arrivés, je suis sûr que notre rendement augmentera beaucoup et que nous pourrons au moins lutter honorablement pour les premières places. » Ernesto Che Guevara Dans « Qu’est-ce qu’un jeune communiste ? »

« Vint l’étape de la guérilla. Celle-ci se développa dans deux milieux distincts, le peuple, masse encore endormie qu’il fallait mobiliser, et son avant-garde, les guérilleros, qui suscitaient la conscience révolutionnaire et l’enthousiasme combatif. Cette avant-garde fut l’agent catalyseur qui créa les conditions subjectives nécessaires pour la victoire. (…) En janvier 1959, le gouvernement révolutionnaire se constitua, avec la participation de divers membres de la bourgeoisie réactionnaire. (…) A première vue, on pourrait croire que ceux qui parlent de l’assujettissement de l’individu à l’Etat ont raison ; les masses réalisent avec un enthousiasme et une discipline inégalée, les tâches que le gouvernement a fixées, qu’elles soient d’ordre économique et culturel, défensif, sportif, etc. L’initiative vient en général de Fidel et du Haut Commandement de la Révolution et est expliquée au peuple qui la fait sienne. (…) Il est évident que ce mécanisme ne suffit pas pour assurer des décisions efficaces et qu’il manque une connexion plus structurée avec la masse. Nous devons l’améliorer au cours des années à venir. (…) La nouvelle société en formation doit combattre très durement le passé, qui se répercute non seulement dans la conscience individuelle où pèsent les résidus d’une éducation systématiquement orientée vers l’isolement de l’individu, mais aussi dans le caractère même de cette période de transition où persistent des rapports marchands. (…) Dans le schéma de Marx, la période de transition était conçue comme le résultat de la transformation explosive du système capitaliste déchiré par ses contradictions ; plus tard, dans la réalité, on a vu comment se détachent de l’arbre capitaliste quelques pays qui constituent ses branches faibles (…) Dans ces pays, il n’y a pas encore eu une éducation complète orientée vers e travail social et le phénomène d’appropriation ne permet pas de mettre les richesses à la portée de tous. (…) Nous avons encore beaucoup à parcourir avant d’arriver à un niveau de développement économique suffisant, et la tentation de marcher sur des sentiers battus, de recourir à l’intérêt matériel comme levier d’un développement économique accéléré est très grande. (…) Pour construire le communisme, il y a besoin de changer l’homme en même temps que la base économique. (…) Il ne s’agit pas du nombre de kilos de viande que l’on mange ni du nombre de fois où l’on peut aller à la plage, ni du nombre d’articles de luxe importés que l’on peut s’acheter avec les salaires actuels. Il s’agit précisément que l’individu se sente plus riche intérieurement et beaucoup plus responsable. L’homme de notre pays sait que la glorieuse époque qui lui est échue est une époque de sacrifices. » Ernesto Che Guevara Dans « Le socialisme et l’homme à Cuba »

« Le mécanisme des rapports de production et leur conséquence, la lutte des classes, cache dans une certaine mesure le fait objectif que ce sont des hommes qui se meuvent dans l’atmosphère historique. (…) C’est-à-dire que le communisme ne peut être considéré simplement comme le résultat des contradictions de classe dans une société hautement développée qui se seraient résolues au cours d’une étape de transition pour atteindre le sommet (…) Quant à la présence, sous forme individualisée, de l’intérêt matériel, nous l’admettons (tout en luttant contre elle et en essayant d’accélérer sa disparition par l’éducation) et nous utilisons l’intérêt matériel dans les normes de travail en temps avec prime, et dans les sanctions financières lorsque les normes ne sont pas réalisées. (…) Ne pas réaliser les normes, c’est ne pas remplir son devoir social ; la société punit le défaillant par la déduction d’une partie de ses gains. (…) Le grand rôle du parti dans l’unité de production est d’être son moteur interne et d’utiliser toutes les formes d’exemple de ses militants pour que le travail productif, l’aptitude professionnelle, la participation dans les affaires économiques de l’unité soient partie intégrante de la vie des ouvriers et deviennent peu à peu une habitude irremplaçable. »Ernesto Che Guevara Dans « A propos du système budgétaire de financement »

« Notre mouvement est très marqué par la petite bourgeoisie tant physiquement qu’idéologiquement. »
Ernesto Che Guevara
Discours de mai 1964 à son ministère de l’industrie

« Notre communisme ne peut être considéré simplement comme le résultat des contradictions de classe. » Ernesto Che Guevara
Article pour la revue « Nueva industria »
de février 1964

Ernesto Guevara est né dans la bonne société d’Argentine en juin 1928. Il a obtenu des diplômes de maître d’œuvre, d’architecte puis de médecin. Il a été rapidement révolté par la misère de l’Amérique latine et ses voyages lui ont montré qu’elle touchait tout le continent latino-américain. Les nombreux fans du Che lui attribuent une idéologie politique libératrice claire : communiste et internationaliste En fait, s’il a baigné dans une ambiance politique (oncle stalinien, opposition aux côtés du PC et de la bourgeoisie à la montée du péronisme en Argentine), il ne s’est jamais démarqué clairement ni du stalinisme, ni du péronisme. Nombre de partis staliniens participent en cette fin de guerre aux gouvernements les plus réactionnaires comme celui de Batista à Cuba. Michael Lowy écrit dans "le marxisme en Amérique latine" expose : "A Cuba, par exemple, après avoir siégé de 1943 à 1944 au gouvernement du général Batista, le Parti socialiste populaire (nouveau nom du PC cubain) publie en 1945 une brochure intitulée « La collaboration entre les patrons et les ouvriers », pour commémorer un important déjeuner réunissant à La Havane l’Association patronale des industriels, le gouvernement et les dirigeants (communistes) de la Confédération des Travailleurs Cubains (centrale syndicale). En 1944, quand Batista démissionna, le PC cubain lui envoie une lettre qui déclare : « Dès 1940, notre parti a été le soutien le plus loyal et le plus constant de vos mesures gouvernementales, le promoteur le plus énergique de votre plateforme inspirée par la démocratie, la justice sociale et la défense de la prospérité nationale. » « La période 1944-45 voit se développer en Amérique latine un phénomène désigné par le terme de « browdérisme ». Dans l’euphorie des accords de Téhéran, Earl Browder, secrétaire du PC nord-américain, proclame le début d’une ère d’amitié et de collaboration totale entre le camp socialiste et les USA, destinée à durer même après la guerre. (…) Les partis communistes latino-américains vont être aussi emportés par le browdérisme. Par exemple, dans un livre publié en 1944, « En marcha por un mundo mejor » (En marche pour un monde meilleur), Vittorio Codovilla écrivait ceci : « Les conditions internationales de la coopération entre les grandes puissances capitalistes et entre celles-ci et l’URSS pour la création d’un monde meilleur montrent que les Etats-Unis et l’Angleterre arriveront à un accord sur la politique économique à suivre en Amérique latine, avec le but de contribuer au développement économique, politique et social dans un sens progressiste. (…) Cet accord devra se fonder sur la coopération de ces deux grandes puissances, avec des gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine, pour l’accomplissement d’un programme commun qui, en même temps qu’il offre un marché dix ou vingt fois supérieur à l’actuel pour leurs capitaux, leurs machines et leurs produits industriels, contribue au développement indépendant de l’économie de ces pays, et leur permet en peu d’années de liquider le retard dans lequel elles vivent depuis des dizaines d’années. » Ernesto vit en Argentine dans un milieu bourgeois de gauche qui dénonce le péronisme, ce bonapartisme populaire. Il n’a que huit ans quand Péron est l’étoile montante des pauvres d’Argentine, les « descamisados ». A cette époque, pour s’opposer à Péron, il y a l’Union démocratique qui comprend le Parti communiste, la gauche libérale et les partis les plus conservateurs. L’Union démocratique a le soutien de l’ambassadeur des USA Braden. Péron est un colonel de l’armée d’Argentine, un admirateur de Mussolini. Il affirme : « Nous créerons un fascisme mais en évitant soigneusement les erreurs de Mussolini. » A la fin de la guerre, il construit sa popularité comme ministre du travail par un lien avec le mouvement syndical et quelques mesures populaires favorisées par une nouvelle prospérité. Son arrestation en fait un martyr. Le 17 octobre 1945, la foule des descamisados manifeste en sa faveur. On doit le relâcher. Le 24 février, après une grève générale largement suivie, Péron est élu triomphalement contre son concurrent de l’Union démocratique. Le vote apparaît comme un vote de classe et un vote anti-impérialiste. Le slogan de Péron : « Votez contre Braden, le jockey club, la Société rurale, l’Union des industriels, la Bourse de commerce, les grands propriétaires, le grand capital, la presse subventionnée et pour la nouvelle Argentine qui naît avec Péron, sans pauvreté ni corruption ». Le parti communiste est du côté de Braden et des industriels et grands propriétaires. C’est dire combien, à cette époque de l’après-guerre, les partis staliniens sont de mèche avec l’impérialisme US ! C’est dans les années 50 que Péron obtient le soutien plus ou moins clair du Parti communiste. Pourtant, à cette époque, les illusions sur le péronisme ont commencé à tomber dans les classes populaires du fait notamment de la dégradation de la situation économique. Il n’empêche, c’est de là que Guevara tirera son inspiration politique. Le jeune Ernesto connaît les difficultés de ses parents, exploitants du maté et doit travailler comme fonctionnaire municipal à la voirie de Villa Maria, près de Cordoba. Etudiant ingénieur puis médecin, il parcourt le continent à l’aventure plus qu’avec un projet. En 1953, le Che passe par la Bolivie. Elle vient de connaître une insurrection révolutionnaire dirigée par la classe ouvrière mais où la politique de l’organisation révolutionnaire, le POR, a mené le dirigeant bourgeois Paz Estenssoro et son parti le MNR au pouvoir. Cependant, la classe ouvrière a montré sa force et sa capacité révolutionnaire. Tel n’est nullement la leçon politique que tire le futur « Che » qui voit défiler devant lui les milices ouvrières. Le Che va discuter avec les nouveaux dirigeants dont le ministre des affaires paysannes, Nuno Chaves. Il est accompagné d’un politicien bourgeois argentin, l’avocat Ricardo Rojo. Il est déçu du mépris du nouveau gouvernement « révolutionnaire » pour les paysans indiens. Cependant, il n’en tire nullement l’idée qu’il faudrait une autre politique révolutionnaire au prolétariat bolivien. Le Che fait pourtant connaissance avec les mineurs révolutionnaires boliviens de Siglo XX et Catavi, les deux principales mines de la région d’Oruro. Il est défavorable aux mesures du gouvernement Estenssoro qui indemnise les anciens propriétaires des mines nationalisées. Le Che est du côté des opprimés mais il ne leur attribue pas la capacité de transformer par eux-mêmes la société. Il se contente de constater que la classe ouvrière bolivienne a été trompée et que le changement attendu n’a pas eu lieu. Il quitte la Bolivie sans garder de liens avec ce mouvement ouvrier révolutionnaire qui mènera encore de nombreux combats, bien après qu’Estenssoro, lâché par les travailleurs, soit renversé en novembre 1964 par l’armée : les mineurs de l’Oruro que le Che avait connu mèneront un nouveau combat contre une politique de rentabilisation des mines, en 1965, et plus de trois cent mineurs de cette région seront massacrés par l’armée. Cependant, le Che ne pensera pas que le « pôle » de la lutte en Bolivie devait être dans ces mines et dans le prolétariat des villes mais dans les mines et dans les champs, et même pas dans la paysannerie mais dans des soldats de la révolution, des combattants : les guérilleros.
A cette époque en Amérique latine, et contrairement à une image complaisamment entretenue, le guérillerisme n’est pas le fait de militants communistes mais de libéraux. En 1948, ce sont les libéraux du Costa Rica qui avaient réussi, après une guerre civile de cinq semaines, à renverser le dictateur Calderon. Le nouveau président, Figueres, entretient dans son pays des libéraux guérilleristes qui fondent des armées pour « libérer » de la dictature les Caraïbes. C’est ce qui se produit lorsque les amis de Figueres tentent une expédition en République dominicaine contre le dictateur Trujillo. C’est un échec. Ils n’ont pas plus de succès contre la dictature de Somoza au Nicaragua. Fidel Castro fait partie de ces « libéraux les armes à la main » comme les appelle Guevara, ce qui ne l’empêche nullement de se joindre à eux. Pour apprécier les participants, rappelons que Betancourt qui fait partie de ces émigrés politiques en mal de renversement du pouvoir deviendra président du Venezuela. C’est en 1954, lorsqu’il est au Guatemala, que Guevara choisit de se dire « révolutionnaire ». Ce n’est pas en soutien à une lutte ouvrière ni à une lutte paysanne qu’il s’engage, mais en révolte contre le renversement d’un pouvoir bourgeois démocratiquement élu, celui du président guatémaltèque, l’ancien colonel Arbenz. La mesure qui va lui valoir la haine des USA et son renversement est l’expropriation de 160.000 hectares appartenant au trust US United Fruit. En fait, Arbenz, accusé par les USA d’être un communiste, est un libéral lié à la caste militaire, à la bourgeoisie et à l’église. C’est au Guatemala que Guevara adhère au Parti communiste guatémaltèque, le PGT qui était l’un des principaux soutiens de Arbenz. Si Guevara devient alors « marxiste », c’est seulement au sens donné à ce mot par le stalinisme. Et redisons le, le stalinisme est alors, un peu partout et depuis la guerre mondiale, le soutien à des régimes bourgeois, comme celui d’Arbenz au Guatemala. Le 18 juin 1954, des pilotes payés par le CIA bombardent San Jose, le principal port du pays. Guevara est étonné que l’armée d’Arbenz refuse de se défendre contre l’attaque militaire américaine. Le 27 juin 1954, sans se battre, Arbenz donne sa démission. Guevara en tirera comme leçon que les démocrates doivent se donner les moyens militaires de mener leur propre guerre. Il comprend que l’on ne peut pas compter sur la bourgeoisie ni sur son armée. Il n’en déduit pas que ce sont les masses populaires qui doivent changer la société et prendre le pouvoir. Non, comme les « libéraux les armes à la main », il veut constituer sa propre armée pour imposer la démocratie. Au Guatemala, le Parti communiste a eu comme politique de soutenir Arbenz. Ce dernier n’a pas aidé la population travailleuse à se battre. Cependant, la dictature qui prend le pouvoir écrase le Parti communiste et le mouvement populaire du Guatemala. Cela n’amène pas Guevara à se démarquer du courant stalinien, organisateur de cette défaite. Il quitte le Guatemala en septembre 1954 où il est pourchassé comme communiste. Lorsqu’il gagne Mexico, il se dit communiste mais c’est au sens de Staline. Il rencontre alors l’équipe de Fidel Castro et, tout en étant parfaitement conscient que ce ne sont que des libéraux bourgeois, il rejoint leur bande armée qui s’entraîne au Mexique et va mettre sur pied une guérilla à Cuba. Fidel Castro, lui-même, rapporte que sa guérilla n’avait nullement les idées « marxistes », staliniennes, de Guevara. (lire l’interview de « Castro à Cuba » du journaliste Lee Lockwood) : « Ce fut le tempérament combatif du Che, homme d’action, qui le poussa à s’unir avec moi. ».
Quels sont l’objectif et le projet politique et social de ces soldats qui prennent les armes en vue de prendre le pouvoir au moyen d’une guerre de guérilla ? C’est Guevara lui-même qui le rapporte dans son ouvrage « Le rôle social de l’armée rebelle » : « C’est très simple ; nous devons faire un coup d’état. Batista a fait un coup d’état et a pris le pouvoir en une journée ; il en faut une autre pour le faire partir … Batista a fait cent concessions aux Américains, nous leur en ferons cent une. » Il faut se départir de l’image d’un Fidel Castro proche de l’Union soviétique. C’est la politique des USA qui amèneront le libéral bourgeois Castro à accepter une alliance avec l’URSS et non un apriori idéologique qui aurait été favorable au Parti communiste. Castro voyait dans le Parti communiste une organisation qui avait accepté de participer au gouvernement de Batista et non une organisation de combat contre la dictature. Il a accepté Guevara dans les rangs de sa guérilla, non à cause de ses idées staliniennes, mais malgré celles-ci et à cause de son tempérament d’homme de combat, Guevara lui-même aurait dit d’aventurier et de guerrier. Che Guevara écrit à un ami, Fernando Barral : « J’ai deux enfants mais je reste un aventurier. »
Guevara écrit : « à l’heure de mon engagement aux côtés du commandant rebelle, je lui fus lié dès le premier instant par un lien romantique, de sympathie et d’aventure. » En débarquant dans l’île de Cuba, Guevara déclarait, soulagé, « C’est avec un grand plaisir que j’ai abandonné mon havresac plein de médicaments et que j’ai pris la caisse de balles. J’adore tirer. »
Les guérilleros débarquent à Cuba en décembre 1956. Ils seront au pouvoir en décembre 1958. Mais c’est loin de se passer comme l’imaginaient les guérilleros. Le débarquement de quelques guérilleros, passé complètement inaperçu, loin de déclencher une éruption en leur faveur, est un fiasco qui faillit se terminer très vite. Guevara écrit : « La réalité nous assène un grand coup ; les conditions subjectives n’étaient pas toutes réunies. » Le premier affrontement n’a rien de glorieux et manque de supprimer du premier coup tous les combattants. Quelques uns survivent par chance.
Ce petit groupe de combattants va-t-il s’allier à la classe ouvrière, à la jeunesse des villes qui se bat depuis longtemps contre Batista ou aux autres groupes de combattants qui tiennent eux aussi le maquis. Pas du tout ! Voici comment est décrite dans « Che Guevara » de Philippe Gavi la manière de voir du groupe de Fidel Castro exposées par lui-même : « Pendant toute la nuit, le leader du Mouvement du 26 juillet expose ses intentions. D’autres organisations militent contre Batista : des militaires évincés aux sociaux-démocrates. Mais le mouvement n’a rien à voir avec ces gens qui ne songent qu’à leurs propres privilèges. (…) Les communistes du Partis socialiste populaire, le Parti communiste cubain, théorisent à longueur de journée, mais, en fin de compte, s’opposent à la lutte armée. Seul le directoire estudiantin peut fournir une force d’appoint. (…) Quelques autres groupuscules peuvent aussi se joindre à la lutte. Les conditions objectives n’ont jamais été aussi favorables. Les masses comme la bourgeoisie supportent de plus en plus difficilement le régime dictatorial de Batista. » Le « mouvement du 26 juillet » était issu d’une autre tentative de renversement de la dictature le 26 juillet 1953 par un groupe, essentiellement étudiant, en armes.
Cependant, contre la dictature de Batista, il n’y avait pas que des militaires évincés ou des politiciens véreux. Il y avait un mouvement ouvrier, des luttes sociales. Guevara y fait allusion sous le terme de « mouvement de la plaine », la guérilla étant le mouvement de la montagne. Philippe Gavi le rapporte ainsi : « Les historiens de la révolution cubaine ont trop souvent négligé le rôle fondamental qu’a joué le mouvement dans la « plaine ». Cet oubli, encore entretenu aujourd’hui par des publications cubaines qui mettent principalement l’accent sur la guérilla de la Sierra Maestra, a des raisons historiques. A l’époque en effet, Fidel Castro ne néglige pas du tout l’importance du mouvement d’agitation, de propagande et de sabotage dans le reste de l’île, mais il exige que ce dernier se plie aux directives de l’Etat-major de la Sierra Maestra, moteur principal de la rébellion. En août 1967, le journaliste uruguayen Carlos Maria Guttierez a une longue entrevue avec Fidel Castro (…) : « J’étais né à la campagne, et je m’étais toujours senti plus à l’aise en dehors des villes, mais nous n’avions aucune notion de la guerre de guérilla rurale. Une simple intuition seulement, puisque notre plan prévoyait, en cas d’échec, le retrait dans les montagnes. Mais, moi-même, je n’étais jamais allé dans la Sierra Maestra. Nous pensions créer des situations qui mobiliseraient les masses. » A la ville, l’insurrection organisée selon les conseils de Fidel Castro est un échec encore plus cuisant que dans la sierra. Les étudiants qui ont cru soulever La Havane en attaquant le palais présidentiel ont été tués. Ce sont les paysans révoltés qui sauvent la guérilla de l’isolement. On pourrait croire que la guérilla devient donc une révolution paysanne. Mais ce n’est pas le cas. La guérilla reste une armée séparée des opprimés. Cependant, ces paysans pauvres n’étaient pas vus d’un très bon œil par Guevara, des soldats « de la révolution » qui sont des déracinés, ni liés à la classe ouvrière ni à la paysannerie : « Leur horizon ne dépassait pas la possession d’un titre de propriété. Les soldats qui constituèrent notre première armée de guérilla venaient de la portion de cette classe sociale qui montre presque agressivement son désir de possession de la terre, qui exprime le mieux l’esprit a catalogué comme « petit-bourgeois » ; le paysan se bat parce qu’il veut la terre, pour lui-même, pour ses enfants ; il veut la diriger, la vendre et devenir riche par son travail. » Si les guérilleros se revendiquent de « la terre à ceux qui la travaillent », ils se gardent bien de parler de socialisme. Le 12 juillet 1957, Fidel Castro lance le « Manifeste de la Sierra » qui appelle à la formation d’ »un front civique révolutionnaire groupant tous les partis politiques de l’opposition, toutes les institutions civiques et toutes les forces révolutionnaires. » Son programme convient à la bourgeoisie cubaine : pas de junte militaire, élections dans le cadre bourgeois, libertés politiques, libertés économiques, liberté d’information, timide réforme agraire « avec indemnisation des anciens propriétaires ». Pas de gouvernement des guérilleros mais la désignation d’une personnalité civile pour diriger le pays. Pas un mot de lutte des classes, de socialisme ni de communisme. Le texte reçoit le soutien de tous les politiciens bourgeois installés alors qu’il n’avait pas de mot assez durs pour les hommes politiques et militaires en lutte contre Batista quand il s’agissait de faire en sorte que sa guérilla soit la seule reconnue. Raoul Chibas du parti orthodoxe, parti libéral bourgeois et Felipe Pazos, ancien président de la banque nationale, se chargent de populariser le programme de Fidel auprès de la bourgeoisie et de ses représentants politiques. Fidel n’a pas fait autant d’efforts en direction des travailleurs ! Dans une lettre du 12 avril 1960, Ernesto Che Guevara affirme « Nous fûmes bien vus de la presse américaine ». Et il explique que le programme de Fidel y est pour beaucoup car il n’avait rien d’inquiétant. Fidel n’avait aucune connotation marxiste ni communiste ni socialiste. L’armée de la guérilla est organisée comme une armée ordinaire, une armée professionnelle, comme il l’explique dans « Guerre de guérilla, une méthode ». L’armée « révolutionnaire » impose son ordre dans la région qu’elle contrôle. Les petits brigands y sont chassés et abattus impitoyablement, comme les autres petites guérillas indépendantes et les rebelles solitaires. Pour Che Guevara, « le guérillero est le gardien de la moralité » écrit-il dans « Guerre, guérilla, une méthode ». Essentiellement, la guérilla tient à imposer sa suprématie politique et organisationnelle sur toute autre forme de lutte, en particulier sur les autres guérillas et sur le mouvement des villes où les travailleurs mènent des luttes et des grèves de façon indépendante. Jusqu’au printemps 1958, le parti stalinien refusera toute collaboration avec la guérilla de FideL Les politiciens bourgeois anti-Batista et exilés à Miami soutiennent Fidel Castro et signent un pacte qui prévoit, en cas de victoire de la guérilla, de donner la présidence à Félipe Pazos. Fidel Castro laisse dire, donne des gages à la bourgeoisie : il accepte la constitution de 1940, le code électoral de 1943, la désignation comme président de la république provisoire de Manuel Urrutia, juge bourgeois et anticommuniste.
Dans « Cuba, cas exceptionnel ou avant-garde de la lutte contre l’impérialisme » Guevara écrit : « la bourgeoisie, ou du moins une bonne partie de celle-ci s’est montrée favorable à la guerre révolutionnaire contre la tyrannie et a en même temps appuyé et lancé des mouvements tendant à chercher des solutions négociées qui permettraient un remplacement de Batista par des éléments disposés à contrôler la Révolution. (…) Il n’est pas étonnant que quelques éléments parmi les latifundistes aient adopté une attitude de neutralité ou du moins de non-belligérance à l’égard des forces insurrectionnelles. Il est compréhensible que la bourgeoisie nationale, ruinée par l’impérialisme et la tyrannie, ait vu avec une certaine sympathie ces jeunes gens des montagnes punir l’armée mercenaire, instrument au service de l’impérialisme. Cette force, non révolutionnaire pourtant, aida en fait la Révolution, à s’emparer du pouvoir. »

La bourgeoisie peut être une alliée, dit donc Guevara. Il est par contre défiant vis-à-vis du prolétariat. Dans le même texte, il écrit : « Il est plus difficile de former des groupes de guérillas dans les pays de forte concentration urbaine et d’industrie légère et moyenne plus développée (…) L’influence idéologique des villes freine la guerre de guérillas en donnant des espoirs de luttes de masses paisiblement organisées. (…) Nous insisterons sur deux facteurs subjectifs qui sont parmi les conséquences les plus importantes de la Révolution cubaine : d’abord la possibilité d’un mouvement révolutionnaire qui opère à partir de la campagne, attire les masses paysannes, passera de la faiblesse à la force, détruira l’armée dans un combat de front, s’emparera des villes et renforcera par son combat les conditions subjectives nécessaires pour s’emparer du pouvoir. » Ce modèle guévariste est très clair : il n’y a absolument pas besoin de la conscience des travailleurs, de leur organisation indépendante, de leur expérience et de la maturation de leur état d’esprit pour faire la révolution. Il n’y a pas besoin, pour Guevara, du prolétariat des villes pour prendre le pouvoir. Une alliance tactique avec la bourgeoisie, des fractions de l’armée, oui. L’indépendance de la lutte du prolétariat, non.

La bourgeoisie peut être une alliée, dit donc Guevara. Il est par contre hostile au prolétariat ? Dans le même texte, il écrit : « Il est plus difficile de former des groupes de guérillas dans les pays de forte concentration urbaine et d’industrie légère et moyenne plus développée (…) L’influence idéologique des villes freine la guerre de guérillas en donnant des espoirs de luttes de masses paisiblement organisées. (…) Nous insisterons sur deux facteurs subjectifs qui sont parmi les conséquences les plus importantes de la Révolution cubaine : d’abord la possibilité d’un mouvement révolutionnaire qui opère à partir de la campagne, attire les masses paysannes, passera de la faiblesse à la force, détruira l’armée dans un combat de front, s’emparera des villes et renforcera par son combat les conditions subjectives nécessaires pour s’emparer du pouvoir. » Ce modèle guévariste est très clair : il n’y a absolument pas besoin de la conscience des travailleurs, de leur organisation indépendante, de leur expérience et de la maturation de leur état d’esprit pour faire la révolution. Il n’y a pas besoin, pour Guevara, du prolétariat des villes pour prendre le pouvoir. Une alliance tactique avec la bourgeoisie, des fractions de l’armée, oui. L’indépendance de la lutte du prolétariat, non. La « grève générale » du 9 avril 1958 montre bien le rôle secondaire que la guérilla attribue au mouvement de la ville et à quel point la guérilla se moque de gagner les travailleurs. Cette grève générale a été programmée avec la bourgeoisie beaucoup plus qu’avec les organisations et les militants ouvriers. Le comité de grève de la grève générale du 9 avril ne s’appuyait pas du tout sur la classe ouvrière. Hormis des membres de la guérilla castriste, il comprenait un ingénieur, un chef de l’église évangélique eu journaliste et un médecin. Guevara déclarait lui-même : « Notre mouvement est très marqué par la petite bourgeoisie tant physiquement qu’idéologiquement. » dans son discours de mai 1964 en tant que ministre de l’industrie. Le parti stalinien ne s’est même pas senti tenu de la soutenir. La guérilla a donné aux faibles forces de La Havane l’objectif irréaliste de s’attaquer directement au pouvoir pour le renverser. Bilan de la défaite du mouvement et de la répression qui le suit : de nombreux militants ont été supprimés et il n’y a plus de fort mouvement ouvrier organisé dans les villes. Dans « Le parti marxiste-léniniste », Guevara reconnaît que, pour les guérilleros, le mouvement dans les villes s’opposait à la conception de l’armée révolutionnaire : « Pourquoi la grève d’avril s’est-elle déclarée ? Parce qu’il y avait au sein du mouvement un ensemble de contradictions que nous avons appelées « de la montagne et de la plaine ». et qu’une analyse des éléments considérés comme essentiels pour décider de la lutte armée rendaient manifestes, car ces éléments étaient diamétralement opposés dans chacune des deux catégories. La montagne était prête à mettre l’armée en déroute aussi souvent qu’il serait nécessaire, à gagner bataille sur bataille, à s’emparer de l’armement et à arriver un jour à la prise totale du pouvoir en se fondant sur son armée rebelle. La plaine était en faveur de la lutte armée généralisée dans tout le pays, culminant dans une grève révolutionnaire qui expulserait la dictature de Batista et établirait au gouvernement l’autorité des « civils », la nouvelle armée devenant « apolitique ». (…) La grève d’avril est préparée et décrétée par la plaine, avec le consentement de la direction de la montagne qui ne sent pas capable de l’empêcher, tout en doutant sérieusement de son résultat. » Voilà comment Guevara rapporte cet épisode dans « Notes pour l’étude de l’idéologie de la révolution cubaine » : « Les nouvelles des succès croissants de nos forces rebelles parvenaient au peuple malgré la censure, et l’activité révolutionnaire de celui-ci allait rapidement aboutir. C’est à ce moment-là que s’est déclenchée la lutte sur tout le territoire national, à partir de La Havane, sous la forme d’une grève générale révolutionnaire qui devait détruire l’ennemi en l’attaquant simultanément sur tous les fronts. Le rôle de l’Armée Rebelle, dans ce cas, serait celui d’un catalyseur ou peut-être d’un « aiguillon » pour déclencher le mouvement. (…) Mais la grève révolutionnaire n’était pas convenablement organisée : on ne tenait pas suffisamment compte de l’unité ouvrière et on n’a pas cherché à ce que les travailleurs, dans l’exercice même de leur activité révolutionnaire, choisissent le moment adéquat. On voulut faire un coup de main clandestin, en appelant à la grève par radio, sans savoir que le secret du jour et de l’heure choisis était connu des sbires et non du peuple. Le mouvement de grève a échoué, et beaucoup de patriotes révolutionnaires parmi les meilleurs ont été assassinés sans pitié. C’est à ce moment-là que se produit l’un des changements qualitatifs les plus importants dans le déroulement de la guerre, lorsque s’impose la certitude que le triomphe de viendra que de l’accroissement des forces de guérilla qui permettra de vaincre l’armée ennemie en batailles rangées. (…) La supériorité de l’Armée Rebelle s’affirme donc de jour en jour, tandis que l’arrivée de nos colonnes à Las Villas montre que le Mouvement du 26 juillet (de Fidel Castro et Che Guevara) est bien plus populaire que les autres : Directoire Révolutionnaire, Second Front de Las Villas, Parti Socialiste Populaire et petites guérillas de l’OrganisationAuthentique. »
Quant aux mouvements de guérilla concurrents, c’est Che Guevara qui est chargé de les unifier, et de les soumettre bon gré mal gré. La guérilla des campagnes a désormais les mains libres, sans concurrence, pour prendre le pouvoir. Mais les guérilleros disposent plutôt comme soutien dans les villes de la jeunesse estudiantine plutôt que de la classe ouvrière et des milieux populaires, comme le montre la prise de Santa Clara. Le 29 décembre. Le 1er janvier, Batista et ses principaux collaborateurs ont fui Cuba. C’est sans insurrection et même sans intervention militaire de la guérilla que le régime de dictature a chuté par son propre pourrissement. L’intervention militaire ne va avoir lieu que pour combattre les autres oppositions au sein des villes. C’est une lutte pour le pouvoir. Ce sont les guérilleros qui vont la gagner. Mais cela ne signifie pas que la bourgeoisie soit balayée. Le 4 janvier 1959, c’est l’anticommuniste et réactionnaire juge Manuel Urrutia qui prête serment comme président provisoire de la république. Il représente la bourgeoisie nationaliste. Le premier ministre, Miro Cardona, était l’avocat d’affaire cubain le plus connu pour ses positions pro-US. Le ministre des finances, Rufo Lopez Fresquet, avait participé à plusieurs gouvernements de Batista. Fidel Castro devient premier ministre. Fidel Castro se rend aux USA sur l’invitation de la Société des éditeurs de journaux. Et il n’y va pas pour déclarer la guerre à l’impérialisme US. Il rencontre le vice-président Richard Nixon qui pense l’amadouer. Mais Fidel Castro garde son franc-parler : il réclame aux USA trente milliards de dollars pour aider l’Amérique latine. Fidel Castro estime que l’affrontement avec la bourgeoisie et avec les USA est inévitable. Le 18 juillet, Fidel Castro dénonce le président Urrutia et démissionne de son poste de premier ministre le 18 juillet. C’est Urrutia qui doit partir et Fidel Castro reprend son poste. Che Guevara est nommé président de la banque centrale de Cuba. Il est très fier du travail gratuit du dimanche. Pour lui, les travailleurs n’ont pas le sens de la solidarité et c’est le travail gratuit qui va leur donner ce sens de la collectivité. Le 15 octobre 1960, il déclare : « Vous ne pouvez exiger un meilleur travail, une plus grande responsabilité, si vous n’êtes pas vous-mêmes les premiers au travail. » Au congrès de la jeunesse, le 28 juillet 1960, Guevara se défend d’affirmer « si cette révolution que vous avez sous les yeux est une révolution communiste ». Il affirme en tout cas que la révolution n’a été dictée par aucune théorie, fut-elle marxiste mais par une pratique empiriste répondant aux besoins de la situation sociale et politique de Cuba. Même lorsqu’il se dit marxiste, Guevara a sa propre conception de la référence du marxisme : « La révolution cubaine prend Marx là où il laisse la science pour empoigner le fusil révolutionnaire. » écrit-il dans « Notes pour l’étude de l’idéologie de la Révolution cubaine ».
Ce qui radicalise le régime cubain, au-delà de l’hostilité ouverte des USA, c’est la guerre contre le régime castriste menée par les classes dirigeantes cubaines et une bonne partie de la petite bourgeoisie provient de la croyance de celles-ci que les USA ne vont pas manquer de renverser le régime. A l’inverse, s’il ne veut pas connaître le sort d’Arbenz au Guatemala qui a été renversé par l’intervention américaine car il a refusé de se radicaliser et de s’appuyer sur les masses populaires pour se défendre, Castro est contraint de s’appuyer davantage sur les plus pauvres et de ne pas hésiter à déposséder les riches. Il est également obligé de constituer des milices de défense de Cuba et des comités populaires.
En 1960, c’est la politique d’affrontement avec Cuba qui est choisie par le président américain Eisenhower. Les USA ne se sont pas brutalement avisés que le régime de Fidel Castro était dangereux pour l’impérialisme. Et il ne l’est pas.
Jusqu’en avril 1961, le régime refuse de se dire socialiste. « Souveraineté politique et indépendance économique » sont leurs seuls objectifs, mais cela suffit à les rendre irrémédiablement adversaires de l’impérialisme US. Si les USA acceptent des relations commerciales et, en particulier, l’achat du sucre, ces relations seront normales et Cuba ne vendra pas son sucre à l’URSS. Si le régime cubain n’est pas spécialement un danger, c’est tout le reste de l’Amérique latine qui en est un à cette époque et le risque est grand que Cuba apparaisse comme un encouragement révolutionnaire pour tout le continent, même si le régime cubain n’est pas aussi révolutionnaire. Or, l’impérialisme US a décidé la politique du gros bâton pour l’Amérique latine. Du coup, le gouvernement US choisit de diaboliser Fidel Castro et Cuba, au risque de radicaliser la politique cubaine et de pousser Fidel Castro dans les bras de l’URSS. Le « containment » est alors la politique américaine. Elle consiste à pousser les peuples en lutte d’une prison dans une autre, sachant parfaitement que l’URSS n’est nullement dans le camp des peuples et de la révolution prolétarienne. Et Cuba tombe effectivement dans un piège : le stalinisme.
C’est Che Guevara qui va vendre au peuple cubain et aux militants cubains, sceptiques, l’alliance avec l’URSS. Il a fait d’octobre à décembre 1969 un voyage de deux mois et demi au pays du stalinisme triomphant et en revient emballé. Aux travailleurs, aux militants, au peuple cubain, il annonce qu’il n’y a rien que de bon à attendre d’une alliance politique et économique avec la Russie, pourtant une véritable prison pour les travailleurs et les peuples. Une seule chose compte aux yeux de Che Guevara : l’industrialisation de Cuba. Et sur ce plan la bureaucratie stalinienne est capable de tenir ses promesses : en cinq ans, le doublement de la production industrielle et 60% d’augmentation de la production d’électricité. Quant à la vente du sucre cubain, elle est acquise : 3 millions de tonnes vendus à l’URSS, un million à la Chine, 20.000 tonnes à la Corée du nord, 3.000 au Vietnam du nord. La quasi-totalité de la production cubaine est vendue. La pression économique des USA est supprimée. Passant à la télévision cubaine, Guevara se fait le défenseur inconditionnel des régimes de l’Est : « Les réalisations des pays socialistes (…) sont extraordinaires. Il n’y a pas de comparaison possible entre leurs systèmes de vie, leur système de développement et ceux des pays capitalistes. Les accords et l’esprit d’humanité de ces peuples nous ont convaincu que décidément, ce sont ces pays que nous devons en tout premier lieu considérer comme nos amis. » Le soutien de Guevara aux régimes staliniens est sans réserve : «  Tout le monde est plein d’enthousiasme, fait des heures supplémentaires, s’intéresse à la production, à l’accroissement de la production. » (dans « Un voyage dans les pays socialistes ») A propos de l’URSS, Guevara affirme naïvement : « Ce pays est prêt à tout risquer dans une guerre atomique d’une destruction inimaginable simplement pour défendre un principe et pour protéger Cuba. » La Chine, elle aussi, prête soixante millions de dollars à Cuba, prêt qui équivaut à un don.
Les USA réagissent immédiatement par l’invasion de la baie des cochons. J.F. Kennedy a donné son accord pour une intervention de la CIA aidant des immigrés cubains anti-castristes à envahir l’île. C’est un échec cinglant. La population cubaine, que la CIA croyait hostile au régime, se mobilise massivement en sa faveur et contre l’intervention militaire. La démonstration américaine va en sens inverse de ce qui était prévu. Cuba devient un exemple pour toute l’Amérique latine. Les directions bourgeoises qui souhaitent se libérer un temps soi peu de l’emprise américaine sont attirées. Guevara est invité par les présidents latino-américains qui ne sont pourtant nullement des radicaux : l’argentin Frondizi et le brésilien Quadros. Les USA réagissent immédiatement. En liaison avec le haut Etat-major des armées de ces deux pays, ces deux présidents doivent quitter le pouvoir.
A Cuba, l’industrialisation démarre, organisée par le bouillant Guevara, nouveau ministre de l’industrie. Son plan de quatre ans est tellement ambitieux que les travailleurs devraient travailler nuit et jour pour le réaliser. Son premier geste public est la mise en place du stakhanovisme à la cubaine : des récompenses aux premiers « héros de travail ». Dans « A propos du système budgétaire de financement », Guevara écrit : « Ne pas réaliser les normes, c’est ne pas remplir son devoir social : la société punit le défaillant par la déduction d’une partie de ses gains ». Guevara prétend que tout cela se fait en faisant participer les travailleurs aux décisions. Mais la réalité est très différente. Les travailleurs sont loin du pouvoir qui, malgré les bonnes intentions du camarade ministre, reste bureaucratique. Guevara propose la formation d’un organisme centralisateur de la planification et, comme les luttes de classes sont à ses yeux terminées, il propose la dissolution des syndicats. Selon lui, l’ « homme nouveau » du socialisme cubain travaille pour lui-même et ne connaît plus les affres de la société de classe. Par conséquent, il doit travailler jusqu’à ses limites physiques. Pour l’homme nouveau socialiste, travailler est un plaisir. Celui qui s’y refuse ne peut être qu’un ennemi du régime socialiste. Le régime de Castro allait faire appel à l’ »émulation », au « travail volontaire gratuit », aux heures supplémentaires non payées et aux baisses de salaire par solidarité avec la construction du socialisme dans « une campagne grandiose pour déraciner le vieux vice d’un économisme étroit chez les travailleurs ». Sa conception du rôle de la classe ouvrière est claire. Voic comme elle est exposée dans « Avec la Confédération des Travailleurs Cubains » : « Mais la classe ouvrière, que ce soit au niveau des fabriques, des entreprises, ou au niveau des unités administratives, a aussi l’obligation, le devoir et le droit, de veiller à ce que soient suivis tous les ordres du gouvernement, toutes les grandes lignes de développement établies par le gouvernement, toutes les idées directrices formulées dans chque unité administrative. » Le rôle principal attribué au parti dans la classe ouvrière consiste à la faire produire plus : le militant « doit faire des heures supplémentaires, donner l’exemple, utiliser son temps à améliorer sa préparation culturelle, aller le dimanche au travail volontaire, travailler volontairement tous les jours, oublier toute vanité et consacrer tout son temps au travail »
Le parti unique et le syndicat unique sont des organes de l’Etat et non des moyens pour la population de s’exprimer. Les opposants sont en prison et il ne s’agit pas seulement d’opposants favorables aux USA, à la bourgeoisie cubaine et défavorables aux nationalisations ou aux réquisitions de terres. Des militants de gauche, des syndicalistes et des militants d’extrême gauche sont emprisonnés parce qu’ils refusent de s’aligner sur le régime ou qu’ils contestent une de ses décisions. Malgré les bonnes intentions des Fidel Castro et Che Guevara, la réalité est la dictature étatique qui n’a rien de socialiste même si des mesures sociales sont prises. Au plan international, si Che Guevara multiplie les voyages et se préoccupe de la « révolution tricontinentale », il conçoit le combat mondial contre l’impérialisme en liaison avec les régimes russe et chinois. Il s’appuie sur les chefs d’Etats des nouveaux pays indépendant du Tiers monde comme Ben Bella ou Nehru et autres chefs d’état africains. Son ennemi n’est pas la bourgeoisie mais les Etats-Unis. La guérilla l’attire à nouveau. D’abord celle de Kabila, futur dictateur du Congo-Zaïre. Puis celle de Bolivie. Et surtout, jamais aucune critique des régimes ou des positions politiques de la Chine ou de l’URSS ne franchit ses lèvres quelles que soient les circonstances, y compris quand ces deux pays commencent à se séparer, à se critiquer puis à se combattre. Il affirme au contraire toujours que l’URSS est le chef de file de la lutte de libération internationale. S’il parle toujours au nom du socialisme et de l’internationalisme prolétarien, il n’éclaire nullement leur signification. Lorsque Castro décide que le parti castriste devient le « parti communiste cubain », fusionnant avec ce dernier, Che Guevara part en Bolivie mener une nouvelle guérilla. Guevara a laissé à Castro une lettre de départ qui évite toute interprétation d’un départ sur la base de critiques, quoiqu’on puisse en penser. Il n’explique pas son geste de départ par une critique quelconque de la politique ou du régime cubain, mais par la nécessité urgente d’une nouvelle guérilla en Bolivie. Le général de parachutistes pro-américain René Barrientos vient de renverser Paz Estenssoro, le dirigeant bourgeois nationaliste de la révolution ouvrière de 1952. Les mineurs boliviens sont particulièrement frappés par le régime de Barrientos. En 1965, les mineurs qui protestaient contre une réduction de moitié de leurs salaires sont massacrés dans les mines. Guevara pense qu’il va pouvoir les convaincre de s’embaucher dans la guérilla. Il ne songe nullement à les gagner pour mener le combat dans les mines. En fait, les mineurs sont très peu nombreux à le suivre.
Guevara a bien connu le mouvement révolutionnaire bolivien. Il a pu discuter avec les mineurs révolutionnaires boliviens, ayant visité ce pays juste après la révolution de 1952. Son choix de démarrer sa lutte en Bolivie de la sierra et pas des usines n’est pas un choix dû à un traditionalisme ou à une théorisation. C’est un choix social.
Guevara n’a jamais compté sur la conscience de classe des travailleurs. Selon lui, ils ne sont pas révolutionnaires. Ils visent des objectifs matériels alors que le révolutionnaire socialiste vise, selon lui, des objectifs moraux, comme il l’expose en 1964 dans « A propos du système budgétaire de financement ». Ils ne visent qu’à améliorer leur sort et sont fatalement victimes d’un « économisme », d’un syndicalisme réformiste qui les empêche de prendre en charge la tâche révolutionnaire qui lui semble exclusivement le fait d’une armée professionnelle de révolutionnaires : « Je crois en la lutte armée comme unique solution pour les peuples qui luttent pour se libérer et je suis cohérent avec mes croyances. (…) Nous pourrons regarder l’avenir proche et lumineux si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissent sur la surface du globe… » Il ne compte pas sur le développement indépendant de la conscience et de l’organisation prolétarienne au travers des luttes de classe qu’il appelait « cette mentalité de classe ouvrière exploitée et spoliée qui lutte seulement pour des revendictions économiques. » Dans sa conception, c’est la guérilla qui va contraindre la population des villes à devenir radicale. Pour lui, la lutte des villes consiste seulement en un sabotage permettant de bloquer le pouvoir pendant que la guérilla le renverse et prend le pouvoir. Dans « La guerre de guérilla », il a écrit : « L’importance de la lutte en zone urbaine a été très mésestimé mais elle est extrême. Un bon travail, sur une grande échelle, paralyse presque complètement la vie commerciale et industrielle du secteur et place la population entière dans une insécurité, une angoisse, une anxiété telle qu’elle souhaite des événements violents pour sortir de cette attente. (…) sa fonction ne sera pourtant pas d’œuvrer indépendamment, mais au contraire dans le cadre des plans stratégiques fixés à l’avance. Une guérilla en zone urbaine fera exactement ce qu’on lui dira. »
Alors que la guérilla de Guevara n’obtient de soutien d’aucun secteur social important, les mineurs boliviens mènent une nouvelle lutte sociale. Pour Guevara, cela ne concerne pas directement son combat.
L’armée bolivienne réprime violemment le mouvement des mineurs le 24 juin 1967. Il considère que cette défaite va éclairer les mineurs sur le caractère sans perspective de leur lutte dans le cadre de la mine et les pousser à rejoindre les maquis de la guérilla. Il écrit dans son adresse aux mineurs : « Le massacre dans les mines éclaicit considérablement le panorama pour nous. (…) Il ne faut pas persévérer dans des tactiques fausses, héroïques sans doute, mais stériles. » Il affirme que c’est dans le maquis que « la plainte des veuves prolétariennes se transformera en hymne de victoire. » Son appel à rejoindre le maquis n’a que très peu d’écho dans la classe ouvrière qui a pourtant montré ses capacités à se battre, y compris les armes à la main.
La guérilla de Guevara n’a pas de soutien important dans la classe ouvrière et elle n’a pas non plus de soutien d’autres couches sociales ni d’autres partis politiques. Paz Estenssoro déclare qu’il ne soutient pas les guérillas communistes. Le parti communiste bolivien n’a pas vraiment soutenu Guevara. La paysannerie bolivienne se méfie et n’est nullement prête à s’embarquer dans l’aventure, d’autant moins que Barrientos a fait le calcul d’offrir une réforme agraire et d’armer des paysans de Cochabamba « contre les bandoleros ». Guevara écrit : « Les paysans se transforment en délateurs. » La guérilla est isolée. L’armée de libération de Guevara lance une adresse aux mineurs : « Camarade mineur, n’écoute plus les faux apôtres de la lutte des masses qui l’interprètent comme une avancée en rangs serrés et de front vers les armes de l’oppresseur. (…) La lutte des masses dans les pays sous-développés à forte prédominance rurale et au territoire étendu doit être réalisée par une petite avant-garde mobile : la guérilla. Elle ira en se renforçant au détriment de l’armée ennemie et elle capitalisera la ferveur révolutionnaire des masses jusqu’à créer la situation révolutionnaire dans laquelle le pouvoir d’état se renversera d’un seul coup bien assené au moment opportun. (…) Nous t’attendons. » La guérilla est finalement écrasée par l’armée et Guevara est tué le 8 octobre 1967.

Bilan du castrisme et du guévarisme

Le stalinisme et le nationalisme et ses diverses variantes de l’après deuxième guerre mondiale (maoïsme, castrisme, djouchéisme coréen, titisme et autres « socialismes » à l’algérienne ou à la cambodgienne) sont des produits des défaites et des trahisons des luttes du prolétariat. Le guévarisme et le guérillérisme ne changent pas la donne et ne déparent pas dans le lot, même si bien des courants révolutionnaires tiennent à se raconter une autre histoire. Ils mettent en avant un prétendu humanisme de la « version du marxisme » de Guevara. Ils rappellent son « internationalisme ». Ils soulignent son courage combattant les armes à la main contre l’impérialisme au moment où la « version » russe parlait plutôt de coexistence pacifique. Cependant, si on examine la pratique de Guevara, elle est hostile au prolétariat révolutionnaire. Si on examine l’idéologie de Guevara, elle n’est nullement différente de celle du « socialisme dans un seul pays » qui caractérise aussi bien le stalinisme russe, ses diverses versions et celle des nationalismes du tiers-monde. Guevara était particulièrement partisan de l’industrie autocentrée fondée sur une économie nationale dépassée depuis belle lurette par l’Histoire du capitalisme lui-même. D’ailleurs l’industrie cubaine, si elle a mobilisé durement les forces des masses cubaines et nécessité des énergies extraordinaires et détourné l’enthousiasme de tout un peuple, s’est traduite par un échec marquant. Le développement industriel autocentré n’a pas obtenu de meilleurs résultats à Cuba qu’en Algérie ou en Corée du nord. N’est-ce pas une accusation exagérée de comparer Cuba à la Corée du nord ? Pour y répondre, écoutons Guevara lui-même : « Des pays comme Cuba en ce moment, des pays révolutionnaires et nullement modérés, peuvent se demander si l’Union soviétique et la Chine populaire sont leurs amies ; nous ne devons pas répondre à cette question avec tiédeur mais affirmer de toute notre force que l’Union soviétique, la Chine et tous les pays socialistes ainsi que les pays coloniaux et semi-coloniaux qui se sont libérés sont nos amis. C’est sur cette amitié que peuvent se fonder les réalisations d’une Révolution américaine. En effet, si l’Union szoviétique n’avait pas été là pour nous donner du pétrole et pour nous acheter notre sucre, il nous aurait fallu toute la force, toute la foie et tout le dévouement immenses de notre peuple pour supporter le coup. (….) (Ernesto Cge Guevara dans « A la jeunesse d’Amérique latine ».) Voilà ce qu’il expose dans « Un voyage dans les pays socialistes » à son retour d’un voyage dans les pays du stalinisme triomphant : « La Chine vit actuellement la même partie de son histoire révolutionnaire que Cuba : tout le monde est plein d’enthousiasme, tout le monde fait des heures supplémentaires, tout le monde s’intéresse à la production, à l’accroissement de la productivité. (…) Moi qui ai visité tout le continent socialiste, on peut m’appeler : « Alice au Continent des Merveilles ». Mais il dire vraiment ce qu’on voit et être honnête ; et les réalisations des pays socialistes, de ceux qui ont déjà atteint un niveau élevé de développement, ou de ceux qui sont encore à des étapes très semblables à celles de Cuba, sont extraodinaires. (….) Partout là-bs l’enthousiasme est extraordinaire. C’est probablement en Union soviétique que c’est le plus sensible. (…) Parmi les pays socialistes que j’ai visité personnellement, la Corée est l’un des plus extraordinaiires. C’est probablement celui qui nous a le plus impressionné. (…) Le problème de l’industrie coréenne – que nous voudrions bien avoir aujourd’hui et qui se posera pour nous dans deux ou trois ans – c’est celui du manque de main d’œuvre. La Corée procède à une mécanisation accélérée de l’agriculture pour garder de la main d’œuvre et pouvoir réaliser ses plans. (…) La Corée est l’exemple d’un pays qui grâce à un système et à des dirigeants admirables tel le Maréchal Kim Il Sung a pu survivre aux plus grands malheurs et devenir aujourd’hui un pays industrialisé. Ici, à Cuba, on pourrait penser que la Corée du nord est un pays arriéré de l’Asie parmi tant d’autres. Et pourtant nous lui vendons du sucre semi-élaboré et d’autres produits absolument bruts, comme le hennequen ; tandis qu’elle nous vend des fraiseuses, des machines pour les mines, tous produits dont la production exige déjà une technique avancée. C’est pour cette raison que c’est un des pays que nous admirons le plus. » Aucune critique n’a jamais émaillé les textes de Guevara concernant la politique de ces régimes vis-à-vis des travailleurs ni leur politique extérieure qui n’a rien à voir avec une quelconque version de l’internationalisme prolétarien. L’alignement de Guevara sur Castro est encore plus grand. On ne peut citer tous les passages dithyrambiques sur son leader maximo comme ici, dans « Cuba, cas exceptionnel ou avant-garde de la lutte contre l’impérialisme » : « Des facteurs exceptionnels devaient donner à la révolution cubaine des caractéristiques particulières. (…) Le premier, et peut-être le plus important, est cette force de la nature qui se nomme Fidel Castro Ruz, qui a atteint en un an des dimensions historiques. Ses mérites peuvent être rangés auprès de ceux des plus grandes figures de l’histoire de l’Amérique latine. (…) Fidel a une personnalité tellement extraordianire qu’il serait le chef de n’importe quel mouvement dont il ferait partie (…) Fidel Castro a fait plus que n’importe qui à Cuba pour construire à partir de rien le formaidable appareil actuel de la révolution cubaine. » . etc, etc …

Le bilan du guérillérisme en Amérique latine n’est pas plus brillant. Dans tous les pays d’Amérique latine où des militants ont lancé des guérillas de type castriste, ils sont impitoyablement écrasés par la répression (guérillas de Jefferson Cardin au Rio grande du sud du Brésil, de l’ELN de Pablo Vasquez et Victor Medina en Colombie, du MIR de Luis de la Puente et Guillermo Lobaton au Pérou ainsi que les maquis de Hector Béjar, de la guérilla de Ajeda et Bravo au Venezuela, de la guérilla de la Sierra de Caparao dans l’Etat de Minas Gerais au Brésil, des groupes de guérilla en Argentine et des foyers révolutionnaires du Pérou. La guérilla latino-américaine est défaite. Le réformisme, même les armes à la main, ne mène pas au renversement du capitalisme ni à son dépassement. Dans tous les pays d’Amérique latine où des militants ont lancé des guérilla de type castriste, ils sont impitoyablement écrasés par la répression (guérillas de Jefferson Cardin au Rio grande du sud du Brésil, de l’ELN de Pablo Vasquez et Victor Medina en Colombie, du MIR de Luis de la Puente et Guillermo Lobaton au Pérou ainsi que les maquis de Hector Béjar, de la guérilla de Ajeda et Bravo au Venezuela, de la guérilla de la Sierra de Caparao dans l’Etat de Minas Gerais au Brésil, des groupes de guérilla en Argentine et des foyers révolutionnaires du Pérou. La guérilla latino-américaine est défaite. La guérilla du Nicaragua a certes triomphé mais c’est pour laisser ensuite place sans combat à ses adversaires puis pour pactiser avec elle. Guevara lui-même n’a jamais critiqué le réformisme de Castro, son nationalisme qui le portait à ne s’intéresser qu’à Cuba. Il ne s’est pas ouvertement démarqué de la « coexistence pacifique », thèse de la bureaucratie russe qui a précédé le retour au capitalisme. Lorsque stalisnisme de Chine et de Russie se sont affrontés, il s’est bien gardé d’expliquer la racine de ces dissenssions. L’écrasement des prolétaires hongrois en 1956 n’a pas davantage suscité sa colère que l’intervention de 1953 contre les prolétaires d’Allemagne de l’Est et bien d’autres interventions contre les peuples. Son prétendu « internationalisme » n’avait rien de commun avec celui de Marx, Lénine ou Trotsky, contrairement à ce que voudraient faire croire les révolutionnaires opportunistes qui voudriaent bien accrocher leur char à la popularité d’un Guevara. Ce n’est pas le guérillérisme qui fait peur à l’impérialisme, ni le nationalisme autocentré, ni la « version » prétendue du socialisme consistant à mobiliser les forces du prolétariat pour construire une économie nationale soi disant indépendante. Mais, dans le monde capitaliste, l’indépendance économique est un leurre. Quant à l’internationalisme conçu par Marx, ce n’est pas la prétendue « solidarité » entre nationalismes que les staliniens et les nationalistes défendent tous par opposition à la lutte révolutionnaire d’une seule et même classe mondiale prolétarienne. Le stalinisme et le nationalisme radical ne sont pas des « versions » du socialisme, du communisme ou du marxisme. Elles en sont diamétralement opposées.

suite à venir...

4 Messages de forum

  • Qui était Che Guevara ? 2 mars 2010 18:47, par Roche JL

    Une d’une Huma-dimanche : « Viva Guevara » ! Le cadavre stalinien, lui, bouge encore. A l’unisson de leurs enfants prodigues trotskiens, les vieilles raclures staliniennes encensent « chef Guevara ». Le 16 septembre, dans une émission télévisuelle – Guévara saint ou tortionnaire ? - où staliniens et trotskiens ont rivalisé de louanges, grimant la fin des années 1960, et donc 1968, par une « guévarisation » des bouleversements sociaux troublant à l’époque. Le directeur de l’Huma, un certain Le Hyarrick, se répandit en qualificatifs aussi hyperboliques que ridicules : « humanisme » du docte « Che », « fraîcheur », « éthique », etc. Avant d’être un gêneur « non-aligné » ou « désaligné », sous-chef Guevara n’a-t-il pas été un bon agent stalinien ? El commandante Guevara ne fut longtemps que le bras gauche de Fidel Castro, son Vichinsky et son commissaire aux finances cubaines (piètre postérité, sa tronche figure sur les billets de banque). Dans ses hautes fonctions il fut à tu et à toi avec les Khrouchtchev, Kossyguine et Brejnev, qu’il embrassait sur la bouche, mais, avant l’érection triomphale de l’homophilie, le
    « baiser communiste » entre hommes était la mode « communiste » en ce temps-là, ne riez pas. Son internationalisme n’était que son credo au service du camp stalinien.
    « Un, deux, trois Vietnam » n’était que le slogan nationaliste répété dans chaque enclave nationale, où tout un chacun, comme au temps des brigades internationales, était convié à venir se faire tuer au profit du bloc de l’Est (cf. p22 de mon livre « Les trotskiens »).
    La théorie des focos (foyers), la lutte armée partant de la campagne vers la ville, donc d’une révolution imaginaire apportant des champs et des bois la conscience aux ouvriers de la ville, était une théorie d’un autre âge, fort en vogue chez les intellectuels d’extrême gauche des années 1960, issus pour la plupart du tronc stalinien. Pour la plupart « fils à papa », maoïstes et trotskystes se masturbaient sous les portraits géants des dictateurs du tiers-monde. Quant aux anarchistes ploum-ploum, ils se contentaient en queue de défilé d’être porteurs volontaires du béret à étoile.
    La théorie de la « propagande armée » fondée sur la haine rétroactive et rétrospective du colonisé tout azimuts contre le « colonisateur occidental » (« tuer un européen » indifférencié était un acte révolutionnaire pour Guevara et Sartre !) fondait « l’humanisme » de Guevara. Elle était dans l’air du temps cette théorie, non comme subversive mais comme expression de la décomposition du stalinisme, avec ses pasteurs hystériques, les Malcom X et le psychiatre antillais Frantz Fanon, passé au service du nationaliste FLN. Elle justifia auprès d’une jeunesse petite bourgeoise flouée par l’université de masse, la mise sur pied de mouvements terroristes et insurrectionnels dans les anciennes colonies européennes que se disputaient les deux blocs rivaux. Cette sous-théorie reprise par el commandante préconisait la création de foyers (focos) de guérilla qui s’étendant auraient eu pour but l’embrigadement de l’ensemble de la population. Appliquée par le sous-chef Guevara en Bolivie, la théorie du foco s’est avérée être un échec total. Le développement exponentiel des centres urbains en Amérique latine durant les années 70 a vidé les campagnes, laissant les « foyers de paysans armés » dépourvus du soutien populaire envisagé. Cette théorie du foco a encouragé le développement d’un grand nombre de gangs terroristes plus ou moins autonomes et peu coordonnés, comme la Colombie en est encore le triste exemple. Cette fragmentation des groupes terroristes a facilité le travail des forces de contre-subversion de la CIA qui, forte de cette expérience, a pu téléguider le sanglant coup d’Etat au Chili. Bien qu’elle ne le revendique pas, la mouvance Islamique opaque et louche utilise un principe analogue partout où elle planifie ses attentats. Et, en plus - Pauvre Guevara ! – toutes les libérations nationales se sont conclues par des massacres civils et la mise en place de nouvelles bourgeoisies féroces contre leur classe ouvrière.
    Ils espèrent quoi, ces tartuffes staliniens et trotskiens, en embaumant une nouvelle fois Guevara ? Se relooker ? Se ressourcer avec une ignominie de plus ?

    Plus de pouvoir au bout du fusil pour que le Comité central de la LCR s’empare de l’Elysée avec le programme de transition 1938 made in Trotsky : Lamentation du site LCR : « Nous n’avons pas de modèle achevé de société à opposer à la barbarie capitaliste, simplement quelques convictions…(…) qu’il est possible d’en finir avec le capitalisme ». Et comment ? : « nous voulons une société réellement démocratique, où l’ensemble de la population décide collectivement des choix ».
    Plus de gouvernement PC+PS+radicaux de pharmacie, mais un « gouvernement des travailleuses et des travailleurs appuyé sur des mobilisations populaires ».
    Coucou à Olivier l’asticot à jeunes électeurs : « comme le disait Olivier lors de la campagne présidentielle : la Ligue est à vous. Alors n’hésitez pas à prendre contact ».
    A la Ligue ils ont toujours le mot pour rire pour conclure leur prêchi-prêcha, mais en pastichant mot pour mot les paroles du ministre d’Etat prolétarien, Léon Davidovitch : « avec la 4e Internationale, nous apprenons à voir et comprendre le monde avec les yeux du mineur polonais, de l’étudiante chinoise, de l’indigène du Mexique, des femmes algériennes ou sénégalaises… » Mais pas avec les mains ni les pieds…

    Répondre à ce message

  • Qui était Che Guevara ? 28 octobre 2010 16:24, par extraits CCI

    Cette guérilla n’est pas du tout l’expression d’une quelconque révolte paysanne, encore moins de la classe ouvrière. Elle est l’expression militaire d’une fraction de la bourgeoisie cubaine qui veut renverser une autre fraction pour prendre sa place. Il n’y a aucun "soulèvement populaire" dans la prise de pouvoir de la guérilla castriste. Elle se présente, comme souvent en Amérique latine, sous la forme de la substitution d’une clique militaire par une autre formation armée dans laquelle les couches exploitées et miséreuses de la population de l’île, enrôlées ou non par les combattants putschistes de la guérilla, ne jouent pas un rôle important, sinon d’acclamer les nouveaux maîtres du pouvoir. Face à la résistance plutôt faible de la soldatesque de Batista, Guevara apparaît comme un intrépide guérillero, dont la détermination et le charisme grandissant apparaissent rapidement susceptibles de faire de l’ombre à son maître Fidel. Après la victoire sur Batista, Fidel Castro va charger le Che de mettre en place les "tribunaux révolutionnaires", une mascarade sanglante dans la meilleure tradition du règlement des comptes entre fractions des différentes bourgeoisies nationales, en particulier en Amérique latine. Che Guevara prend son rôle vraiment à cœur, par conviction et avec zèle, en mettant en place une justice "populaire" où, en guise de défoulement collectif, on juge les anciens tortionnaires de Batista, mais aussi on prend du "tout venant" sur simple dénonciation. D’ailleurs, Guevara s’en revendiquera plus tard à l’ONU, en réponse à des représentants latino-américains, bonnes âmes "démocratiques" qui s’offusquent de ces méthodes, en disant : "Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que ce sera nécessaire". Ces pratiques n’ont rien à voir avec la défense maladroite d’une quelconque justice révolutionnaire. Ce sont là, répétons-le, les méthodes typiques d’une fraction de la bourgeoisie qui a pris le dessus sur une autre par la force des armes.

    Alors, on peut toujours s’identifier en rêve au "héros" austère de la Sierra Maestra, au "guérillero héroïque" qui mourra quelques années plus tard dans la montagne bolivienne mais, dans le monde réel, il n’a en fait tenu qu’un rôle d’exécuteur de basses oeuvres dans la mise en place d’un régime qui n’a de communiste que le nom.
    Che Guevara : internationaliste ?

    Tu nous dis : "l’internationalisme du Che est hors de doute" et "Lors du second séminaire de solidarité afro-asiatique, le Che critique sans ambages les positions conservatrices et exploiteuses de l‘URSS" pour affirmer enfin "le Che sera amené fort logiquement à se départir du modèle social-impérialiste de l‘URSS".

    Le régime nationaliste de Castro s’est vite enrobé du qualificatif "communiste", autrement dit, ce régime s’est rallié… au camp impérialiste régenté par l’URSS. Cuba étant située à quelques encablures des côtes américaines, ceci ne pouvait évidemment qu’inquiéter la tête du bloc de l’Ouest. Le processus de stalinisation de l’île, avec une présence importante de personnel civil, militaire et des services secrets des pays du bloc de l’Est, trouvera son point d’orgue en 1962 au moment de "la crise des missiles".

    Dans ce processus, Che Guevara, maintenant ministre de l’Industrie (1960-61), pour souder la nouvelle alliance avec le "camp socialiste", est envoyé par Castro dans les pays de ce camp, où il se répand en discours dithyrambiques sur l’URSS : "ce pays qui aime si profondément la paix", "où règne la liberté de pensée", "la mère de la liberté"… Il célèbre tout autant "l’extraordinaire" Corée du Nord ou la Chine de Mao où "tout le monde est plein d’enthousiasme, tout le monde fait des heures supplémentaires" et ainsi de suite pour l’ensemble des pays de l’Est : "les réalisations des pays socialistes sont extraordinaires. Il n’y a pas de comparaison possible entre leurs systèmes de vie, leurs systèmes de développement et ceux des pays capitalistes". Un véritable VRP du modèle stalinien ! Nous reviendrons plus loin sur le "désamour" de Guevara avec l’URSS. Mais, contrairement à ce que tu affirmes, le Che n’a jamais émis le moindre doute de principe sur le système stalinien. Pour lui, l’URSS et son bloc étaient le camp "socialiste, progressiste" et sa propre lutte s’intégrait pleinement dans celle du bloc russe contre le bloc occidental. Le mot d’ordre lancé par Guevara "Créer un, deux, plusieurs Vietnams", n’est pas un mot d’ordre "internationaliste" mais bel et bien nationaliste et favorable au bloc russe ! Son critère réel n’est pas le changement social, mais la haine de l’autre tête de bloc, les États-Unis.

    En effet, après la Seconde Guerre mondiale, le monde s’est trouvé divisé en deux blocs antagonistes, l’un régenté par la puissance américaine, l’autre par l’URSS. La "libération nationale" s’avéra alors une mystification idéologique parfaite pour justifier régulièrement l’embrigadement militaire des populations. Dans ces guerres, ni la classe ouvrière ni les autres classes exploitées n’avaient rien à gagner, servant de masse de manœuvre pour les différentes fractions de la classe dominante et de leurs parrains impérialistes. Le partage du monde en deux blocs impérialistes après les accords de Yalta a signifié que toute sortie d’un bloc ne pouvait signifier que la chute dans le bloc adverse. Et, justement, il n’y a pas de meilleur exemple que celui de Cuba : ce pays est passé de la dictature corrompue de Batista, sous la coupe directe de Washington, de ses services secrets et de toutes sortes des mafia, à la mainmise du bloc stalinien. L’histoire de Cuba est un concentré de l’histoire tragique des "luttes de libération nationale" pendant près d’un demi-siècle !

    Alors, à la base, avant de dire quand et comment Guevara s’est prétendument plus ou moins "écarté" de l’URSS, il faut bien être clair sur la nature de l’URSS et de son bloc. Derrière la défense d’un Che Guevara révolutionnaire, il y a l’idée que l’URSS, peu ou prou, qu’on le veuille ou non, malgré ses défauts… était le "bloc socialiste, progressiste". C‘est là le plus grand mensonge du 20e siècle. Il y a bien eu une révolution prolétarienne en Russie, mais elle a été défaite. La forme stalinienne de la contre-révolution s’est donnée un mot d’ordre : la "construction du socialisme en un seul pays", mot d’ordre se situant à l’exact opposé du socle naturel et fondamental du marxisme. Pour le marxisme, "les prolétaires n’ont pas de patrie"3 ! C’est cet internationalisme, bien réel celui-là, qui a servi de boussole à la vague révolutionnaire mondiale qui a débuté en 1917 et à tous les révolutionnaires de l’époque, de Lénine et des bolcheviks à Rosa Luxemburg et aux Spartakistes4. L’adoption aberrante de cette "théorie" d’une "patrie socialiste" à défendre a eu pour corollaire le recours systématique à une méthode bourgeoise : la terreur et le capitalisme d’Etat, ce talon de fer, expression la plus totalitaire et la plus féroce de l’exploitation capitaliste ! CCI

    Répondre à ce message

  • Qui était Che Guevara ? 28 janvier 2014 20:18

    Ernesto « Che » Guevara, propagandiste et praticien le plus proéminent de la perspective de lutte de guérilla à laquelle on identifie le castrisme, a reçu une publicité d’un genre auquel le guérillero, né en Argentine, ne se serait jamais attendu, même dans ses pires cauchemars.

    Le Che a fait l’objet d’une commercialisation qui jure avec sa réputation de radical. On a fait de son image même une marchandise. Le fabricant de montres suisse, Swatch, a créé un modèle « révolution » arborant le visage du guérillero. Son visage a même servi pour des publicités de ski, pour décorer des CDs de musique rock, et même pour vendre de la bière.

    En Argentine, le gouvernement de Carlos Menem, favori de Washington pour son adhésion aux règles du Fonds monétaire international (FMI) et pour son soutien enthousiaste à la guerre de 1991 contre l’Irak, a même fait sortir un timbre commémoratif célébrant le Che comme un « grand Argentin »

    Le régime castriste s’y est mis, aussi. Il a récemment rapatrié la dépouille de Guevara depuis la Bolivie pour l’enterrer en grande pompe à Cuba. Le gouvernement cubain organise des circuits touristiques sur le thème du Che pour des gauchistes nostalgiques étrangers et vend des T-shirts et des bibelots « Che », offrant ainsi une nouvelle source de devises étrangères pour l’économie cubaine en détresse.

    Pourquoi le Che est-il si facilement converti en icône inoffensive, et néanmoins profitable ? Les qualités citées par ses admirateurs sont bien connues — bravoure physique, abnégation, ascétisme, le fait qu’il soit mort pour une cause. Tous ces traits peuvent être dignes d’admiration. Il ne fait pas de doute que ces qualités présentent un contraste frappant avec l’éthique sociale dominante de notre temps, où la valeur d’une personne se détermine par la quantité de ses avoirs en bourse. Mais ces qualités, en elles-mêmes, n’indiquent en rien le caractère politique ou de classe de ceux qui les possèdent. Des sectes religieuses et même des mouvements fascistes peuvent prétendre avoir produit des martyrs ayant des qualités semblables, dans des luttes poursuivant des objectifs complètement réactionnaires.

    Un examen critique de la carrière de Guevara montre que ses conceptions politiques n’avaient rien à voir avec le marxisme et que les panacées de la lutte armée et de la guerre de guérilla, auxquelles il était identifié, étaient fondamentalement hostiles à la lutte révolutionnaire socialiste de la classe ouvrière.

    Au milieu du récent regain d’intérêt à l’égard de Guevara, plusieurs biographies du leader de guérilla ont été publiées. Celles de l’auteur mexicain Jorge Castaneda et de l’Américain John Lee Anderson, bien qu’elles proposent en aucune façon une analyse politique marxiste, fournissent néanmoins des précisions utiles sur la trajectoire de Guevara et de la révolution cubaine.

    Ce qui ressort très clairement du récit détaillé de la carrière de Guevara dans ces livres est la superficialité sans bornes et les résultats tragiques de sa perspective politique.

    Pendant qu’étaient publiés ces récits factuels, il y a eu une nouvelle tentative, de la part de diverses tendances petites-bourgeoises de gauche, de décrire Guevara comme un leader révolutionnaire et un théoricien dont l’exemple et les conceptions continuent à donner une perspective significative à la lutte contre le capitalisme. A la différence des biographes, ces groupes ne donnent pas de nouveaux aperçus ou de nouveaux détails. Ils mélangent une nostalgie malsaine pour l’âge d’or du gauchisme petit-bourgeois avec ce qui est indubitablement une falsification des véritables opinions de Guevara et de leurs conséquences politiques.

    Che Guevara écrivait :

    « Nous avons démontré qu’un petit groupe d’hommes déterminés, qui ont le soutien du peuple, et qui ne craignent pas la mort [...] peuvent venir à bout d’une armée régulière. [...] Il y a une autre leçon pour nos frères en Amérique [latine], qui sont économiquement dans la même catégorie agraire que nous, qui est que nous devons faire des révolutions agraires, lutter dans les champs, et de là conduire la révolution aux villes, et non pas la faire dans ces dernières. »

    Cette conception, qui devint l’explication officielle de la révolution cubaine, était une déformation radicale des faits. Au cours des six années pendant lesquelles Batista était au pouvoir, 20,000 Cubains furent tués par le régime. Parmi ceux-là, 19,000 furent tués dans les villes. Des actes de sabotage, des grèves politiques, et d’autres formes de résistance, la plupart hors du contrôle du mouvement castriste du 26 juillet, étaient largement répandus et donnèrent l’impulsion principale à la chute du régime.

    Les guérilleros castristes étaient, au plus, de quelques milliers d’hommes. Il n’y eut aucune bataille militaire concluante et la bataille la plus grande ne vit combattre, au plus, que 200 guérilleros. Batista perdit le soutien à la fois de la bourgeoisie cubaine—dont une bonne partie soutenait Castro—et de Washington, qui imposa un embargo d’armes sur son régime. Privé de ce soutien, le régime se désintégra rapidement.

    Répondre à ce message

  • Qui était Che Guevara ? 13 novembre 2014 10:16, par R.P.

    « Les trotskistes ? Nous avons pris des mesures contre ces gens qui ne représentent rien (...) et continuent sur des positions d’extrême gauche à gêner le développement de notre Révolution » - Che Guevara

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0