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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > Acte d’accusation du roi Louis XIV

Acte d’accusation du roi Louis XIV

jeudi 20 juillet 2017, par Robert Paris

Qui a développé l’esclavage des Noirs, qui a inventé le Code Noir programmant la torture et les autres moyens d’écrasement des peuples noirs, qui a accru le colonialisme, qui a imposé le bagne à ses pauvres, qui a exclus et pourchassé les Protestants, qui a fait crever de froid, de faim et de maladie tout un peuple, qui a multiplié les guerres et les violences en Europe, qui a violé, massacré et torturé la population de Hollande, qui a accru la dictature politique et sociale dans des proportions jusqu’alors inconnues ? Louis XIV !!!

Tableaux de Romeyn de Hooghe représentant les scènes de massacre des soldats français assassins du peuple hollandais : « Qui détruit le plus fera le plus d’honneur au Roi » dit le commentaire du tableau.

Le Code Noir contre les esclaves des Antilles

Louis XIV, la révocation de l’Edit de Nantes, des droits des Protestants et les dragonnades

Quelques témoignages :

Déclarations connues de Louis XIV :

« J’étais né roi, et né pour l’être. »

« Mon intention n’est pas de partager mon autorité. »

« Tenant, pour ainsi dire, la place de Dieu, nous semblons être participants de sa connaissance, aussi bien que de son autorité, par exemple, en ce qui concerne le discernement des esprits, le partage des emplois et la distribution des grâces… »

« Je parus enfin à tous mes sujets comme un véritable père de famille qui fait la provision de sa maison, et partage avec équité les aliments à ses enfants et ses domestiques. »

Un pamphlet intitulé « Soupirs de la France esclave » :

« Le roi a pris la place de l’Etat. »

Massillon :

« Vous leur rappellerez un siècle entier d’horreur et de carnage… des villes désolées, des peuples épuisés… le commerce languissant… la guerre. »

Un témoignage de curé, cité par Joël Cornette dans « La mort de Louis XIV » :

« Le roi est passé par-dessus toutes les lois pour faire sa volonté ; »

Témoignage cité par Joël Cornette dans « La mort de Louis XIV » :

« On n’entend que les cris des pauvres habitants, on ne voit que villes brûlées, chemins couverts de morts. »

Vauban, dans son rapport au roi Louis XIV intitulé « Projet de la dime royale » :

« Après le paiement des impôts (taille, capitation, gabelle, aides, traites), et de la nourriture, qui absorbe les deux tiers du revenu, les travailleurs ne disposent en tout et pour tout que de 15 livres 5 sols pour les dépenses courantes. Avec cette somme, il faudrait payer le loyer et les réparations de la maison, l’achat des meubles, quand cela ne serait que quelques écuelles en terre, des habits et du linge et fournir à tous les besoins de la famille… D’où il est manifeste que pour peu que le travailleur soit surchargé, il faut qu’il succombe… »

Lettre d’un évêque au père Le Tellier, confesseur du roi Louis XIV en 1710 :

« Tout est renversé, la justice ne se rend plus ; l’iniquité domine, les lois sont presque abolies ; tout se fait par brigue ou pour de l’argent… Tyrannie plus dure que tout ce que nous voyons dans l’histoire… Et on alourdit les impôts pour enrichir une troupe de vautours qui ne sont jamais rassasiés… Tout souffre, tout murmure ; une populace au désespoir est à craindre ; on n’ose dire ce qu’on prévoit… »

Fénelon dans sa « lettre au roi Louis XIV », dénonçant la guerre de Hollande :

« Tant de troubles affreux qui ont désolé l’Europe depuis plus de vingt ans, tant de sang répandu, tant de scandales commis, tant de provinces saccagées, tant de villes et villages mis en cendres, sont les funestes suites de cette guerre de 1672, entreprise pour votre gloire et pour la confusion des faiseurs de gazettes et de médailles pour l’Europe…Vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre Etat pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors… La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provisions… La sédition s’allume peu à peu de toutes parts… »

Fénelon dans « Les aventures de Télémaque », publié en 1694 et massivement lu avant d’être saisi par l’Etat :

« N’oubliez pas que les rois ne règnent point pour leur propre gloire, mais pour le bien de leurs peuples. »

Le pamphlet « J’ai vu », attribué par le pouvoir à Voltaire :

« J’ai vu la liberté ravie… J’ai vu le peuple gémissant… crever de faim, de soif, de dépit, de rage… Un démon nous faire la loi. »

Pour ce pamphlet, Voltaire est exilé puis enfermé à la Bastille en 1717…

Voltaire dans le « Siècle de Louis XIV » :

« La guerre rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu. C’est un gouffre où tous les canaux de l’abondance s’engloutissent. L’argent comptant, ce principe de tous les biens et de tous les maux, levé avec tant de peine dans les provinces, se rend dans les coffres de cent entrepreneurs, dans ceux de cent partisans qui avancent les fonds, et qui achètent, par ces avances, le droit de dépouiller la nation au nom du souverain. Les particuliers alors, regardant le gouvernement comme leur ennemi, enfouissent leur argent ; et le défaut de circulation fait languir le royaume… On fit du pain de disette avec de l’orge et de l’avoine. On en fit avec des fougères, du chiendent, du chou-navet, etc. Enfin on mangea de l’herbe et des écorces. Les valets des châteaux royaux mendiaient dans Versailles… »

Mémoires de Monsieur de la Colonie :

« On ne parlait que de guerre ; toute la jeunesse du royaume étant dans une si grande émulation qu’elle ne respirait plus qu’à suivre le torrent des nouvelles levées qui se faisaient chaque jour. »

Un pamphlet intitulé « L’inquisition française ou l’Histoire de la Bastille » :

« J’ai vu les oppressions qui se font sous le Soleil… Et j’ai préféré l’état des morts à celui des vivants. »

Pierre-Ignace Chavatte, décrivant l’action des troupes françaises à Tongre, dans le pays de Liège :

« Ils ont violé femmes et filles et brûlé hommes et enfants et puis les ont abandonnés. »

Adresse de Louis XIV à la tête de ses troupes aux populations capagnardes des Flandres :

« Apportez-nous votre argent, sous peine d’être pillés et brûlés. »

Déclarations de Louis XIV peu avant sa mort :

« Je m’en vais, mais l’Etat demeurera toujours… »

A son fils, le futur Louis XV :

« Ne m’imitez pas dans les guerres. »

Joël Cornette dans « La mort de Louis XIV » :

« Plus que tout autre, Louis XIV fut un roi de guerre… Pendant ces deux seules années (1693 et 1694), il y a eu 2.836.800 victimes de la guerre et de la misère, soit autant de victimes que de la guerre mondiale de 1914-1918 mais en deux ans et dans une France moitié moins peuplée. Quand on mesure les pertes humaines, la France n’avait jamais connu, depuis trois siècles, de calamité démographique analogue à celle de cette sombre fin du XVIIe siècle. Et plus tard, ni les guerres de la Révolution et de l’Empire, ni la guerre de 1870, ni encore moins celles de 1939-1945 n’ont provoqué autant de morts en si peu de temps. Dans la seule année 1693, il y eut, peut-être, 20% de vies fauchées sur le total de la population adulte. »

« Le tour de France du roi Louis XIV en 1659-1660 fut une prise de possession de l’espace du royaume marquée par quelques coups d’éclat comme la punition spectaculaire de Marseille. L’épisode, mémorable, a valeur de symbole. Dans la ville phocéenne, des troubles complexes, mêlant intérêts locaux et opposition aux représentants du roi, avaient mis aux prises différentes factions concurrentes ; des barricades avaient été dressées, un ordre royal lacéré… Mazarin voulut une réplique royale exemplaire. Il incita Louis XIV à se charger lui-même du châtiment d’une ville qui se prenait pour une république : c’était là une manière de parfaire son apprentissage politique. La punition se déroula en quatre étapes, méthodiquement préparées et exécutées. D’abord en janvier 1660, vingt compagnies d’élite occupèrent la ville après avoir désarmé la population. Puis une chambre de justice fut mise en place pour juger des « séditieux », cependant que le conseil municipal était suspendu. Versant symbolique de la sanction royale, le jeune monarque, en personne, ordonna de faire abattre (à coups de canons) la porte Royale avec une partie des murailles, symboles des libertés urbaines et, le 2 mars, il entra solennellement dans la ville par la brèche. La construction d’une forteresse, la citadelle Saint-Nicolas, destinée à surveiller la cité, fut ordonnée. Enfin, le régime municipal subit un profond remaniement : la noblesse était déclarée exclue du conseil de ville au profit des marchands, et le pouvoir royal se réservait le droit de regard sur les nominations futures des magistrats municipaux, lesquels perdaient en même temps leur prestigieux titre de consuls pour celui, plus modeste, d’échevins ; il leur était ordonné de ne plus ajouter à leur titre, comme le faisaient leurs prédécesseurs, celui de « gouverneurs et défenseurs des libertés, franchises et privilèges de la ville ». Désormais, Marseille, pacifiée, sera administrée par des échevins soumis à la volonté du prince. La révolte de Marseille tout comme le châtiment spectaculaire qu’elle allait subir constituent une exception… »

Un pamphlet après la mort du roi :

« A peine de Louis la course est terminée, ses sujets déchainés vomissent mille horreurs. »

La condamnation du roi français Louis XIV, assassin de son peuple

L’acte d’accusation du « Roi-Soleil », malgré la prétention de celui-ci d’avoir construit l’unité nationale et l’intégrité territoriale, comprend les guerres de conquêtes violentes et inutiles (Hollande et Espagne), dans lesquelles les actes de barbarie de l’armée française ont été nombreux et impressionnants, et où le roi dirigeait en personne les généraux, des violences aussi contre les populations civiles, mais aussi les dépenses outrancières de luxe et de parure, au moment même où le peuple mourait en nombre sous les coups de la misère, du froid, de la faim, de la maladie, de l’absence de logement, du déclin économique, des guerres, du banditisme, etc.

Cet acte d’accusation comprend aussi les violences contre les minorités religieuses, notamment les protestants, mais aussi d’autres minorités catholiques, les violences contre tous les opposants, le simple acte de critique publique pouvant mener à la Bastille ou à la pendaison, les lettres de cachet devenant un mode de gouvernement.

La royauté est alors devenue monarchie absolue, cumulant tous les pouvoirs, ayant cassé le pouvoir des grands nobles, mais aussi le pouvoir des parlements, le pouvoir judiciaire, ayant mis à son service tous les pouvoirs administratifs, policier, militaire, financier, fiscal, politique…

L’acte d’accusation du roi-Soleil, malgré la prétention de celui-ci d’avoir construit l’unité nationale et l’intégrité territoriale, comprend les guerres de conquêtes violentes et inutiles (Hollande et Espagne) dans lesquelles les actes de barbarie de l’armée française ont été nombreux et impressionnants, et où le roi dirigeait en personne les généraux, les violences aussi contre les populations civiles, mais aussi les dépenses outrancières de luxe et de parure, au moment même où le peuple mourait en nombre sous les coups de la misère, du froid, de la faim, de la maladie, de l’absence de logement, du déclin économique, des guerres, du banditisme, etc.

Cet acte d’accusation comprend aussi les violences contre les minorités religieuses, notamment les protestants, mais aussi d’autres minorités catholiques, les violences contre tous les opposants, le simple acte de critique publique pouvant mener à la Bastille ou à la pendaison, les lettres de cachet devenant un mode de gouvernement.

La royauté est alors devenue monarchie absolue, cumulant tous les pouvoirs, ayant cassé le pouvoir des grands nobles, mais aussi le pouvoir des parlements, le pouvoir judiciaire, ayant mis à son service tous les pouvoirs administratifs, policier, militaire, financier, fiscal, politique…

Louis XIV est d’abord et avant tout le roi de la contre-révolution : son enfance est marquée par la lutte contre la révolution de la Fronde, puisqu’il lui faut quitter Paris avant de battre la capitale et de l’écraser, il combat la révolution de Hollande et d’Angleterre, il combat la révolte de Marseille, il combat la révolution des esclaves des Antilles. Il combat toute forme d’opposition sociale, idéologique, politique ou religieuse, écrase les jansénistes, les quiétistes, les protestants, les républicains, les démocrates, etc.

Autant Louis XIII étant réticent à employer l’esclavage, autant le règne de Louis XIV est un sommet de l’oppression des esclaves noirs des Antilles, exploités pour la production de sucre et de tabac. La traite est organisée officiellement par le pouvoir d’Etat au travers d’abord de la Compagnie des Indes Occidentales.

L’explosion du nombre d’esclaves correspond aux décisions prises à Versailles par Louis XIV entre 1671 et 1674 pour favoriser la culture du sucre au détriment de celle du tabac. Entre 1674 et 1680, le nombre d’esclaves en Martinique double. Entre 1673 et 1700, il a déjà sextuplé. Louis XIV abolit donc en 1671 le monopole de la Compagnie des Indes occidentales. La traite négrière est alors ouverte à tous les ports français, pour la doper par la concurrence. La Compagnie des Indes occidentales, en faillite, est dissoute en 1674. La Guadeloupe et la Martinique passent sous l’autorité directe du roi Louis XIV, qui pousse la culture de la canne à sucre, plus gourmande en capitaux mais beaucoup plus rentable, en donnant des terres à des officiers supérieurs en Martinique, où le sucre est alors moins développé qu’à la Guadeloupe.

Déjà dès le XVIIe siècle, les esclaves paraissent plus nombreux que les Blancs dans les colonies, mais peut-être pas encore assez pour leur faire peur, tant que la mise en valeur des terres l’exige. Ainsi en 1671 on comptait en Guadeloupe 7578 habitants repartis comme suit : 3203 Blancs dont 1499 hommes adultes, 603 femmes et environ une centaine de gens de couleur, puis 4267 Esclaves dont 1677 adultes et 1513 femmes En 1707, cette population prit du volume, atteignant jusqu’à 13213 individus parmi lesquels on comptait 4140 Blancs pour 8626 esclaves. Sept années plus tard, on y dénombrait 5541 Blancs pour 12512 Noirs. Les libres de couleur, eux, étant au nombre 741 individus. Mais à mesure que se développait en Europe le goût des produits “exotiques’’, notamment le sucre et le café, les importations d’esclaves elles, n’arrêtèrent pas de s’envoler. De 10000 à 20000 esclaves importés annuellement dans les colonies dans la première moitié du XVIIIe siècle, on passa quasiment entre 30000 à 40000 dans la seconde moitié du siècle. Ainsi, en 1726 sur une population totale de 130000 habitants, Saint-Domingue la dévoreuse de main-d’oeuvre servile, comptait à elle seule environ 100000 esclaves pour 30000 Blancs et hommes de couleur libres. Entre 1726 et 1763, la population esclave doubla. Le total des Noirs de la colonie y était de 206539. De 1763 au 1er janvier 1768, sur une rotation de 12O navires venus de Guinée, on y dénombrait 256776 esclaves, soit un apport de 5O247 Noirs en cinq années. En 1789, Benjamin Frossard rapportait le tableau suivant des habitants dans les colonies françaises pour l’année 1787.

Louis Sala-Molins :

« Le Code Noir est le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produits les Temps modernes. Le Code, promulgué par Louis XIV en 1685, se compose de soixante articles qui gèrent la vie, la mort, l´achat, la vente, l´affranchissement et la religion des esclaves. Si, d´un point de vue religieux, les Noirs sont considérés comme des êtres susceptibles de salut, ils sont définis juridiquement comme des biens meubles transmissibles et négociables. Pour faire simple : canoniquement, les esclaves ont une âme ; juridiquement, ils n´en ont pas. »

Louis XIV s’est chargé lui-même de construire son mythe de « Roi-Soleil », car celui-ci lui était indispensable à son projet politique : mettre au pas la haute noblesse qui contestait la royauté. N’oublions pas qu’enfant, il avait été contraint de fuir la révolte parisienne et des Grands avec sa mère et son premier ministre. Dès 1661, Louis XIV fait construire un palais grandiose. C’est le château de Versailles. Il veut un palais somptueux à la mesure de son orgueil, pour prouver qu’il est le plus grand roi du monde.

Il faut 31 ans de travail et jusqu’à 30000 ouvriers pour le réaliser. Les meilleurs artistes dirigent ce gigantesque chantier et travaillent à sa décoration très luxueuse. Au château de Versailles, Louis XIV s’entoure d’une cour très nombreuse : il rassemble autour de lui des milliers de courtisans qui vivent de ses faveurs. Ainsi, il peut mieux les contrôler.

Le roi dépense beaucoup pour garder cette cour autour de lui.

Toute la vie de la Cour est organisée autour de la personne du roi. Chaque acte de la vie du roi est une cérémonie. Sa vie est un spectacle : son lever, sa toilette, ses repas, son coucher se font en public. C’est un honneur d’y assister.

« Toute puissance, toute autorité réside dans la main du roi. Tout ce qui se trouve dans l’étendue de nos Etats nous appartient. Les rois sont seigneurs absolus. J’ai décidé de ne pas prendre de Premier ministre, rien n’étant plus indigne que de voir, d’un côté, toutes les fonctions et de l’autre, le seul titre de roi. Il fallait faire connaître que mon intention n’était pas de partager mon autorité. » Louis XIV, 1661

Pour lui, la France doit être le pays le plus fort d’Europe. Alors, il se lance dans de nombreuses guerres contre les rois européens : espagnols, anglais, hollandais.

Louis XIV cherche sans arrêt à étendre son royaume par la guerre. Celles-ci ne s’arrêtent jamais tout au long de son règne.

Mais ces guerres coûtent très cher au royaume.

Pour pouvoir payer les nombreuses dépenses de Louis XIV (le château de Versailles, la cour, les guerres), les paysans sont accablés d’impôts :

taille , gabelle sur le sel , dîme au curé et au clergé , droits à payer au seigneur .

Un grand sentiment d’injustice s’installe : les nobles (les seigneurs) et le clergé (les religieux), eux, ne paient pas d’impôts, alors qu’ils sont les plus riches.

Le règne de Louis XIV connut plusieurs graves famines : la famine de 1693-1694 fut la plus grave. En partie due à de très mauvaises conditions météorologiques, elle entraîna près de 2 millions de morts.

Puis, en 1709, un terrible hiver gèle tous les cours d’eau et le sol sur un mètre de profondeur. La totalité de la récolte de l’année est perdue : pas de blé, de vin , pas de fruits . Les animaux meurent.

En cette dernière partie de règne, la popularité de Louis XIV a beaucoup baissé. Les critiques et les injures deviennent courantes. Le peuple français perd confiance et même le respect envers son roi.

Fénélon, un écrivain, tente d’informer le roi sur l’état de son royaume :

« Votre peuple meurt de faim, la culture des terres est abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent. Au lieu de tirer de l’argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l’aumône et le nourrir. Il est plein de désespoir. La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provisions. La révolte s’allume peu à peu. »

Fénelon, Lettre à Louis XIV.

À partir des années 1660, une politique de conversion des protestants au catholicisme fut entreprise par Louis XIV à travers le royaume. Elle s’exerce par un travail missionnaire, mais aussi par diverses persécutions, comme les dragonnades. Les dragonnades consistent à obliger les familles protestantes à loger un dragon, membre d’un corps de militaires. Le dragon se loge au frais de la famille protestante, et exerce diverses pressions sur elle.

Pour achever cette politique importante, Louis XIV révoqua le versant religieux de l’édit de Nantes en signant l’édit de Fontainebleau, contresigné par le chancelier Michel Le Tellier, le 22 octobre 1685. Le protestantisme devenait dès lors interdit sur le territoire français (excepté l’Alsace, où l’édit de Nantes ne fut jamais appliqué, cette région n’étant intégrée au royaume qu’en 1648). Cette révocation entraîna l’exil de beaucoup de huguenots, affaiblissant l’économie française au bénéfice des pays protestants qui les ont accueillis : l’Angleterre et ses colonies de la Virginie et de la Caroline du Sud, la Prusse7, la Suisse, les Pays-Bas et ses colonies du Cap et de la Nouvelle-Amsterdam, cette dernière anciennement située sur le territoire du New York et du New Jersey d’aujourd’hui. On parle très approximativement de 300 000 exilés, dont beaucoup d’artisans ou de membres de la bourgeoisie. La révocation de l’édit de Nantes a aussi eu pour conséquences indirectes des soulèvements de protestants, comme la guerre des camisards des Cévennes, et une très forte érosion du nombre des protestants vivant en France, par l’exil ou la conversion progressive au catholicisme.

Cette politique de conversions plus ou moins forcées fut efficace, au moins officiellement, et on vit se développer une pratique clandestine du protestantisme, chez de nouveaux convertis au catholicisme. Le nombre de protestants « officiels » chuta fortement, et l’édit de Nantes, formellement toujours valide, fut vidé de son contenu.

Si le roi de France est le plus puissant d’Europe, c’est grâce aux ressources de son royaume. Son peuple est le plus nombreux avec environ 21 millions de sujets.

Quatre Français sur cinq vivent dans les campagnes, et deux sur trois sont des paysans, qui connaissent de rudes conditions d’existence.

Le climat est rigoureux. Les récoltes sont peu abondantes et les impôts nécessités par les nombreuses guerres du roi sont élevés.

Les révoltes de paysans, appelées Jacqueries, sont durement reprimées. La dernière importante eut lieu en 1675, mais il en éclate encore en 1707.

Le réseau des villes est déjà le nôtre. Là se pratiquent l’industrie et le grand commerce.

La bourgeoisie s’enrichit et achète des charges administratives, tandis que petits artisans et ouvriers subsistent plutôt difficilement.

Les rues, souvent sales et encombrées, n’ont pas de trottoirs et sont parfois envahies par des hordes de mendiants que l’on enferme régulièrement dans des « hôpitaux » créés à cet effet, ou que l’on condamne aux galères.

L’instruction, monopolisée par le clergé, n’est accessible qu’aux enfants de la noblesse et de la bourgeoisie.

Le Trésor royal doit faire face aux énormes frais des dernières guerres du règne.

Des impôts nouveaux sont créés ;

- la capitation : qui pèse sur les personnes

- le dixième : qui pèse sur le dixième des revenus.

Ils sont conçus pour toucher tous les sujets du roi, mais les privilégiés (clergé et nobles) trouvent rapidement le moyen de se faire exempter.

Le Trésor Royal recourt également à l’emprunt : en 1715, la dette équivaut à ce que rapportent les impôts pendant cinq ans.

Par l’intermédiaire de groupes financiers ou de grands banquiers, ce sont les classes aisées du royaume et de l’Europe qui avancent l’argent au Roi.

Par l’impôt et par l’emprunt, tous payent de plus en plus, alors même que les activités qui ne sont pas liées à la fourniture des armées, gênées par la guerre, marchent au ralenti.

En 1694, en plus des guerres, une terrible famine s’abat sur l’Europe et a de lourdes conséquences sur la population française. C’est la plus forte crise de mortalité du XVIIe siècle. Des printemps et étés pluvieux pourrissent les récoltes trois années de suite. Le blé manque, d’autant qu’il faut nourrir les armées, et le prix du pain est multiplié par quatre.

Des milliers de miséreux errent affamés le long des routes, déterrent les chevaux morts pour se nourrir. Ils sont à la merci de la moindre épidémie.

LE ROYAUME PERD A PEU PRES UN MILLION SIX CENT MILLE HABITANTS EN DEUX ANS.

Cependant, une vigoureuse reprise des naissances permet au pays de retrouver en 1707 ses vingt et un millions d’habitants de 1692.

Puis s’abat sur le royaume le « grand hiver » de 1709, accompagné d’une nouvelle famine. Le froid paralyse toute l’activité.

On allume de grands feux dans les villes pour les sans-logis. L’hiver 1710 est également glacial. Le royaume perd environ huit cent mille habitants et il faut attendre 1719 pour retrouver à nouveau le niveau de vingt et millions d’habitants.

L’observation de la misère conduit certains à critiquer l’action du roi et l’organisation de la société française. Les idées de paix et de réforme progressent à la fin du règne de Louis XIV, loin des rêves de gloire de sa jeunesse.

Quelques dates significatives :

1640 : prise par l’armée de Arras, Casal et Turin

1642 : prise par l’armée de Perpignan et Salas

1643 : victoire de Rocroi

1648-1651 : guerre civile (la Fronde) dans laquelle le roi quitte la capitale pour ensuite « châtier la capitale par ses bouches à cânons ». La Fronde est synonyme de dénuement, de malnutrition, d’épidémies, de meurtres, de violences de toutes sortes contre la population… A la fin, le peuple est à bout, les campagnes ne cultivent plus, les villes ne commercent plus, l’artisanat est arrêté. La capitale est aux mains de la révolte. Le roi n’oubliera jamais ceux qui l’ont contesté et toute sa politique sera dictée par la pensée de la nécessaire contre-révolution, de la guerre intérieure et extérieure. C’est un roi liberticide, dès son plus jeune âge. La guerre contre les peuples voisins et la guerre contre les minorités religieuses vont lui servir à éradiquer la révolution politique et sociale qui l’a menacé au début de son règne, à occuper sa noblesse, à se faire craindre de son peuple.

Février 1651, la bourgeoisie et le peuple, révoltés contre le roi, assiègent le palais royal (comme ils le feront aux meilleures heures de la révolution de 1789).

1654 : colonisation de l’Acadie et du Canada

1658 : Louis XIV dirige les armées à vingt ans, le 23 juin 1658 à Dunkerque, lors de bataille des Dunes

1658 : révolte des sabotiers de Sologne

1659 : colonisation du Sénégal

1659-1660 : tour de France royal de Louis XIV, victorieux de la Fronde

1661 : pouvoir absolu de Louis XIV

1662 : révolte du Boulonnais (ou « révolte des Lustucru »)

1664 : colonisation de la Guyane

1665 : colonisation de Madagascar, de la Guadeloupe et de la Martinique et formation de la Compagnie des Indes

1667 à 1668 : guerre de Dévolution

1668 : fin de la guerre de dévolution

1672 : l’armée française envahit la Hollande et prend ses villes (la république des Provinces-Unies qui a commis le crime de lèse-majesté de gouverner sans rois et de critiquer publiquement la royauté française, ainsi que de se fonder sur le culte protestant). Le peuple des Provinces-unies, révolté, casse les digues, le plat pays est envahi par les eaux, les troupes françaises ne passent plus. La révolte antifrançaise et protestante gagne l’Angleterre.

1673 : bataille de Maastricht

1674 : l’armée française est défaite en Hollande, et évacue le pays, en mettant à sac systématiquement villes et villages, en tuant, en brûlant, en violant, avec un sommet de l’horreur à Seneffe où l’armée française commet un véritable carnage général…

1674 : faillite de la Compagnie des Indes

1674 : conquête de la Franche-Comté

1675 : Louis XIV prend en personne la tête de ses troupes dans les Pays-Bas

1677 : bataille de Cassel

1678 : campagne militaire

1679 : fin de la guerre de Hollande

1679 : dragonnades des Protestants

1683-1684 : guerre des Réunions

1685 : révocation de l’Edit de Nantes et début de la chasse violente aux Protestants dans tout le pays

1685 : promulgation du Code Noir qui instituionnalise l’esclavage et les sévices contre les Noirs, pour répondre aux révoltes

1688 : guerre de la ligue d’Augsbourg (ou guerre de Neuf Ans)

1688 : la révolution anglaise est bourgeoise, protestante, favorable aux Provinces-Unies et antifrançaise

1691 : siège de Mons

1691 : crise économique dans les campagnes

1692 : sur les mers, début de la guerre de course

1692 : crise économique dans les campagnes ; la misère dans Paris est telle que la royauté doit, pour éviter l’émeute populaire, prendre l’initiative de construire une trentaine de fours à pain dans la cour du Louvre

1692-1694 : guerre de la ligue d’Augsbourg

1693-1694 : la pire période de l’Histoire de France pour le peuple : faim, maladies, épidémies (typhoïde, scorbut, ergotisme, etc.) La crise agricole se transforme en crise de l’artisanat et du commerce. Un peu moins de trois millions de morts en deux ans !!!

1693 : bataille des Flandres, Louis XIV commande en personne ses armées

1695 : impôt de capitation

1697 : colonisation d’Haïti

1698 : paix de Ryswick

1701-1713 : guerre de Succession d’Espagne

1704 : bataille de Höchstadt

1706 : bataille de Ramillies

1708 : prise de Lille et Douai, bataille d’Audenarde

1708-1709 : le froid est terrible (moins 20°C en Ile de France), la neige recouvre le royaume, les animaux meurent dans les étables, les hommes, les femmes et les enfants chutent raides morts dans les rues des villes et villages. Nombreuses séditions en province. Une manifestation de femmes se rend à Versailles au château royal pour exiger la fin de la guerre et le pain. Des émeutes particulièrement violentes ont lieu à Tours et à Coulonges-le-Royal. La répression est violente.

1709 : crise des subsistances. Le roi n’arrête pas ses guerres… Montée des émeutes : 10 mouvements en février, 19 mouvements en juillet, 11 mouvements en août, 8 mouvements en septembre.

1709 : bataille de Malplaquet, perte de Tournai

Hiver 1709-1710 à nouveau très dur. Et à nouveau les morts en masse…

1710 : perte de Douai, Aire-sur-Lys et Béthune

1712 : bataille de Denain

1713 : paix d’Utrecht

1709 : crise économique et sociale. Le ras-le-bol de la guerre atteint un sommet…

1710 : impôt du dixième

1715 : mort du roi Louis XIV

1720 : peste à Marseille

Révocation de l’édit de Nantes, un crime de Louis XIV

Louis XIV, roi négrier

Louis XIV et les Caraïbes

Louis XIV, roi guerrier

Les guerres de Louis XIV, racontées par ses adversaires

Louis XIV, roi de l’impôt

Louis XIV, dictateur

Les ombres au… roi Someil

La répression des Camisards

La répression de la révolte des Antilles

Les dragonnades contre les protestants

L’écrasement de la ville de Marseille, révoltée

La lettre de cachet et l’embastillement

Versailles, symbole de la dictature

Les Emeutes sous Louis XIV

Les mystères du peuple, Eugène Sue

Molière et Louis XIV

Louis XIV dans « Le Vicomte de Bragelonne » de Alexandre Dumas

Commentaire de « Le Vicomte de Bragelonne » de Alexandre Dumas

Voltaire dans « Le siècle de Louis XIV

L’affaire des poisons, scandale de la cour de Louis XIV

Un attentat terroriste contre le roi

Louis XIV, auteur du « code noir », édit de l’esclavage des Noirs

Louis XIV et ses historiens

Guerres de Louis XIV

La France sous Louis XIV

Une Conspiration républicaine sous Louis XIV

Mémoires de Saint-Simon

Biographie

14 Messages de forum

  • Acte d’accusation du roi Louis XIV 21 juillet 2017 09:04

    Parmi les mille violences de Louis XIV relevons l’Ordonnance criminelle dite de 1670 (faite à Saint-Germain-en-Laye en août 1670, enregistrée par le Parlement de Paris le 26 août 1670), est un Code de procédure pénale français entré en vigueur au 1er janvier 1671. Voulue par Louis XIV, cette Grande ordonnance est l’un des premiers textes français reprenant de nombreuses règles de procédure pénale. En disposant dans la Grande ordonnance, que l’emprisonnement ne constituait pas une peine (à la différence de la mort ou du pilori), mais une mesure préventive en attendant un jugement ou un châtiment, Louis XIV, affirmait son droit d’enfermer « jusqu’à nouvel ordre », gêneurs et opposants. Avec, pour arme absolue, la célèbre lettre de cachet, signée de sa main et renfermant la sentence d’exil ou d’emprisonnement. Adressée à un officier, qui la remettait en main propre à l’intéressé, elle manifestait la justice personnelle du souverain. Et, parfois motivée par la seule « raison d’État », elle demeurait un synonyme d’arbitraire. Pour autant, elle faisait en général l’objet d’une enquête préalable.

    Le titre XXII fixe comme priorité aux agents de maintien de l’ordre la découverte des causes de la mort d’une personne.

    Cette ordonnance instaure l’usage de la question « avec réserve des preuves » : même si l’accusé n’avouait pas son crime sous la torture, il pouvait être condamné à une peine inférieure à la peine de mort en cas de fortes présomptions

    La Grande ordonnance restera en vigueur jusqu’au moment de la Révolution française. Elle est abrogée par décret par l’Assemblée constituante le 9 octobre 1789.

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  • Acte d’accusation du roi Louis XIV 21 juillet 2017 09:10

    La Généralité de Rouen :


    « Le nombre de la population diminue tous les jours. Les années de cherté ont emporté beaucoup de monde ; la guerre, les milices et enfin la misère en font sortir incessamment de la Généralité, de sorte qu’on s’aperçoit que les hommes manquent pour le travail ordinaire, et plusieurs terres demeurent incultes pour cette raison... Partout le commerce semble se perdre, tant par la guerre que par l’abattement des peuples qui ne font aucune consommation, et par la non-valeur du blé, qui est telle que le laboureur n’est pas remboursé de ses frais... La capitation, l’ustensile, les milices, les eaux et fontaines, les eaux-de-vie, les diverses charges créées dans les paroisses et une infinité d’autres ont réduit le peuple à un état de misère qui fait compassion, puisque de 700 000 âmes dont la Généralité est composée, s’il en reste ce nombre, on peut assurer qu’il n’y en a pas cinquante mille qui mangent du pain à leur aise et qui couchent autrement que sur la paille. »

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  • Acte d’accusation du roi Louis XIV 21 juillet 2017 09:13

    Le "Grand Siècle", celui du "Roi Soleil", fut sans doute, entre tous, et dans toute l’histoire du royaume de France, le siècle des famines des épidémies de la grande misère du peuple des campagnes. Pour ajouter encore au poids des charges fiscales qui écrasaient la masse populaire, des saisons trop souvent rigoureuses vinrent gâter si ce n’est anéantir les récoltes. Que ce soit dans le Périgord ou le Limousin, ces périodes de famine furent évoquées par certains grands nobles, ecclésiastiques, grands commis de l’état ; les Intendants qui lançaient des cris d’alarme et tentaient de subvenir à des besoins dépassant de loin les moyens des entreprises charitables de quelques grands.

    Pour le Limousin, l’Intendant de la généralité de limoges, M. de Bernage ne se contenta pas de rédiger en 1698 son mémoire adressé au roi, mais il voulut voir et connaître cette misère qui accablait le peuple des campagnes. Ses appels au secours adressés à Louis XIV furent nombreux, et il éprouva les plus grandes difficultés à obtenir des allégements aux impositions fiscales des pauvres.

    De leur côté, de grands ecclésiastiques comme le bienheureux Alain de Solminhac, abbé de Chancelade, dénonça une misère aussi intolérable, et mobilisa toutes les ressources de son abbaye pour nourrir les pauvres. Saint Vincent-de-Paul se déploya en efforts désespérés et l’un de ses correspondants, à Saint-Mihiel, l’alertait d’une façon effrayante. Tant d’autres encore, tels Mademoiselle de Poix de Candale, seigneur de Montpon, Monseigneur de Francheville, dépensèrent sans compter, assistèrent, nourrirent, tentant d’acheter à prix d’or des vivres dans les provinces voisines moins éprouvées.

    Les lendemains de la Fronde furent marqués par la misère et la famine et dès le printemps 1661, la disette sévit car la soudure fut particulièrement difficile cette année-là, tant les récoltes furent mauvaises, Le Parlement rendit un arrêt "défendant aux marchands de contracter aucune société pour le commerce du blé et de faire aucun amas de grains".

    L’hiver 1661-62 fut si rigoureux pour les pauvres que Colbert écrivit, parlant du Périgord et du Limousin "Le peuple, dans certaines provinces, vécut d’herbes, et en quelques endroits la faim poussa les malheureux à déterrer les cadavres pour s’en nourrir". Colbert obtint du roi une diminution des tailles.

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  • Acte d’accusation du roi Louis XIV 21 juillet 2017 09:17

    C’est Louis XIV qui encouragea la mise en esclavage des Africains...

    Louis XIII, roi très croyant, était opposé à la mise en esclavage des Africains et, malgré l’intervention pressante de ses confesseurs, jusque sur son lit de mort, ne consentit jamais à une légalisation.

    Mais après l’avènement de Louis XIV, son fils, en 1643, et la prise en charge effective par ce dernier du pouvoir en 1661, qui correspond au développement de l’économie sucrière, les choses vont prendre une tout autre tournure.

    L’homme d’affaires Charles Houel est nommé gouverneur de la Guadeloupe et il y introduit la culture de la canne à sucre, déjà pratiquée en Martinique sous l’impulsion d’un Hollandais, Daniel Trezel.

    La canne à sucre nécessite de grandes propriétés et une abondante main-d’œuvre.

    En 1649 Charles Houel, profitant des difficultés financières de la Compagnie française des îles de l’Amérique, achète à vil prix la Guadeloupe et ses dépendances pour son propre compte, avec le projet de la rentabiliser en imitant l’exemple donné à la Barbade et la Jamaïque par les Anglais qui se sont lancés dans la culture de la canne de manière très agressive. Sous l’autorité de Houël, l’arrivée des esclaves déportés d’Afrique s’intensifie à partir de 1650.

    En 1654, 900 juifs hollandais, expulsés du Brésil par les Portugais, s’installent, grâce à Houël, à la Guadeloupe avec leur savoir faire, leurs esclaves et leurs économies. Parmi eux, les Bologne, originaires de Rotterdam, ancêtres du chevalier de Saint-George (l’entreprise Bologne, probablement la plus ancienne d’Amérique, existe toujours à la Guadeloupe et continue, pour distiller du rhum, à cultiver de la canne sur les terres acquises en 1654).

    C’est leur arrivée qui va accélérer le développement aux Antilles françaises de l’industrie sucrière. Les « Hollandais » rachètent les terres jusque là consacrées au tabac par les petits planteurs.

    Une propriété sucrière, pour être rentable, est en moyenne 4 fois plus grande qu’une propriété destinée à la culture du tabac ou tout simplement vivrière : pas moins d’une cinquantaine de « carreaux » (unité de l’époque représentant 1,29 ha) et pas moins d’un esclave par « carreau ».

    Dès 1656, il y a 3000 esclaves d’origine africaine à la Guadeloupe, pour une population de 15000 habitants.

    Pendant ce temps, en Afrique, la Compagnie normande est rachetée, en 1658, par la Compagnie du Cap-vert et du Sénégal. Mazarin lui accorde le monopole de la traite.

    En 1664, est créée la Compagnie des Indes occidentales sous l’autorité du jeune roi Louis XIV qui charge du dossier son ministre Colbert. Fondée à Ndar (rebaptisée Saint-Louis) mais basée au Havre, elle dispose d’un capital de 6 millions de livres. Elle est déclarée propriétaire, pendant 40 ans, des territoires que la France s’est appropriée sur les côtes d’Afrique. Elle a le monopole du commerce avec l’Amérique.

    La Compagnie des Indes occidentales obtient le monopole de la traite (jusque là détenue par la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal) dont elle va en fait peu se servir, car elle mise encore sur le tabac, provoquant de ce fait la colère des colons des Antilles qui importent des esclaves en contrebande – et à prix élevé – en se fournissant chez les Hollandais.

    La même année 1664, Louis XIV, prenant le parti des planteurs, dissout la Compagnie des îles d’Amérique. Évinçant Houël, il fait racheter la Guadeloupe et ses dépendances par la Compagnie des Indes occidentales qu’il vient de créer. Il impose aux planteurs le régime de l’Exclusif qui les oblige a commercer exclusivement avec la métropole, pour le plus grand profit des ports atlantiques.

    Très curieusement, c’est à la fin de cette année 1664 que la Reine accouche publiquement au Louvre d’une fille dont plusieurs témoins ont affirmé qu’elle était « un peu moresque ». Une fille officiellement décédée au bout de quelques jours mais qui réapparaîtra dans la croyance populaire comme Mauresse de Moret. Il s’agirait bien plutôt d’une fille du roi, tout comme le Masque de fer pourrait être l’un de ses fils. Le fait d’être esclavagiste n’est nullement incompatible avec le fantasme de la femme noire.

    Enfin, c’est en 1664 que Louis XIV lance les travaux pharaoniques du château de Versailles (100 millions de livres) avec le projet d’y installer autour de lui une cour qui puisse lui rendre un culte comme s’il était un dieu vivant, ce qu’il imposera en 1682. Il est remarquable de constater à quel point les historiens se font discrets sur la manière dont ces travaux seront financés.

    Voulant développer le commerce du sucre et l’esclavage, Louis XIV décide de passer à la vitesse supérieure. Il supprime en 1671 le monopole de la traite, ce qui donne aux armateurs des grands ports la possibilité d’envoyer des bateaux en Afrique et d’amorcer ainsi ce qu’on appellera le commerce triangulaire. Départ de bateaux depuis Bordeaux, Nantes et la Rochelle, chargés de marchandises de qualité médiocres (fusils « de traite », munitions, alcool, verroterie) destinées à payer les intermédiaires préposés à la fourniture d’esclaves et à l’approvisionnement du bateau pour poursuivre le voyage. Embarquement d’esclaves razziés par des sous-traitants locaux (travaillant pour le compte, sous la protection et sous l’autorité d’Européens), débarquement aux Antilles des esclaves échangés contre des barils de sucre de canne et du ravitaillement pour le retour. Retour au port d’attache et vente du produit final avec, parfois, 300 % de bénéfice net, une fois l’équipage rémunéré et les les équipements spéciaux de l’expédition payés (les chaînes, dont la Suède s’était fait une spécialité).

    Dès 1673, la législation se durcit et devient franchement raciale, les enfants d’une mère esclave et d’un colon subissant désormais le sort de la mère.

    Elle aboutira au Code noir en 1685. Non seulement c’est le texte juridique le plus monstrueux qui soit, comme l’a souligné le philosophe Louis Sala-Molins, mais c’est surtout le plus cynique. Ainsi, par exemple, sous prétexte d’obliger les colons à prendre soin de leurs vieux esclaves devenus improductifs et de soigner les malades, le code noir incite en fait à faire mourir les déportés en cinq ans et à économiser sur leur nourriture pour en tirer un profit maximal permettant de racheter cinq ans plus tard un esclave tout neuf. Cette consommation rapide de l’esclave accélérant évidemment le rythme de la traite, tout le monde y trouvait son compte. Sauf les Africains.

    En un siècle et demi, la France allait déporter 1 200 000 hommes, femmes et enfants. Les opérations de capture et de transport occasionnèrent un nombre de morts qu’on peut estimer, rien que pour la France, à 6 millions.

    Louis XIV accorde des titres de noblesse aux colons pour les encourager à préserver la « pureté du sang » en s’alliant avec des familles nobles de France.

    Pendant tout le XVIIIe siècle et jusqu’en 1791, l’esclavage va se développer de manière exponentielle. le nombre d’esclaves atteindra le chiffre prodigieux de 500 000 à Saint-Domingue, qui, conformément aux vues de Louis XIV, deviendra la plus grande colonie du monde. Le rapport de 10 esclaves pour un Européen ne pouvait qu’aboutir au grand soulèvement de 1791.

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  • Acte d’accusation du roi Louis XIV 22 septembre 2017 06:54

    Typique, ce roi Louis XIV marqué par une révolution (la fronde) qui incarne sans discontinuer la contre-révolution !

    Jamais il ne devait perdre le souvenir de la Fronde et c’est pourquoi il s’établit à Versailles, où il était à l’abri des révolutions de Paris. Le souvenir amer qu’il en avait gardé fut fixé dans son esprit par les commentaires de Mazarin qui, découvrant les effets et les causes, lui démontra la nécessité de donner à la France un gouvernement fort. Louis, qui avait naturellement le goût de l’autorité, comprit la leçon et ne l’oublia jamais. S’il éleva, comme il fit, aussi haut la personne royale, c’est pour qu’elle ne risquât plus d’être menacée ni atteinte, ayant acquis assez de prestige et de force pour ôter à qui que ce fût jusqu’à l’idée d’entrer en rébellion contre elle.

    La contre-révolution, c’est aussi la haine du protestantisme…

    La révocation de l’édit de Nantes (octobre 1685) "fut précisément l’exil de l’industrie française", déplorait l’historien Jules Michelet. Avant lui, Saint-Simon s’était insurgé contre ce "complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce". Un quart du royaume, ce serait 5 millions de Français. Aujourd’hui, les historiens estiment entre 100 000 et 200 000 le nombre de huguenots partis vers l’Angleterre, la Hollande, la Suisse, le Brandebourg, les "pays du Refuge". Ils sont souvent armateurs, manufacturiers... : des forces vives. Cependant, si l’économie stagne, ce n’est pas dû à la persécution religieuse, mais du fait d’un contexte défavorable, de la persistance de la guerre et d’épisodes climatiques catastrophiques.

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  • Louis XIV avait choisi comme devise : "Nec potior, nec par" (Nul ne le dépasse, nul ne le vaut) ... Rien que ça ! Mais, pour réaliser ses rêves de grandeur, il a sacrifié des milliers d’ouvriers et de soldats, qu’il s’agisse de l’hécatombe des hommes s’étant échinés à acheminer l’eau de l’Eure pour les "Grandes Eaux" du Château de Versailles ...et surtout des nombreuses guerres contre les autres pays d’Europe (guerre de Hollande, guerre de la Ligue d’Augsbourg, guerre de succession d’Espagne...), sans parvenir à des avancées territoriales et en commettant même des horreurs (dévastation du Palatinat) ...D’autre part, il a fait preuve d’une intolérance que n’avait pas manifesté son ancêtre Henri IV, en révoquant en 1685 son Edit de Nantes qui avait accordé des garanties aux Protestants, contraignant ainsi 200.000 d’entre eux qui ne voulaient pas se convertir au catholicisme à s’exiler, ce qui contribua, avec des calamités naturelles (sécheresse), à appauvrir fortement la France ...Finalement, au terme de 72 ans de règne, le plus long de l’histoire de la monarchie française (1643-1715 : régence de sa mère Anne d’Autriche et règne personnel), il laissa la France dans une situation difficile que son successeur Louis XV, assez indifférent et résigné ne pourra redresser ("Après moi, le déluge") ... Enfin, sur un plan personnel, si on peut ironiser sur la succession des "favorites" (les plus connues étant Louise de La Vallière, Athénaïs de Montespan et Françoise de Maintenon), on ne peut que réprouver la condamnation et l’exil de Nicolas Fouquet, dont il avait jalousé le luxe au château de Vaux-le-vicomte, ainsi que l’exil moins célèbre de Bassy-Rabutin qui avait osé brocarder les vices de la Cour dans une "Histoire amoureuse des Gaules" ...Et on n’en finirait d’évoquer les répressions (celle de la révolte des esclaves aux Antilles, celle des Camisards par des "dragonnades" dans le Languedoc...), et les emprisonnements sans jugement sur simple "lettre de cachet", notamment à La Bastille qui acquiert alors une réputation détestable comme symbole de la tyrannie ...Car Louis XIV,, en véritable tyran, voulait que tous ses sujets lui obéissent au doigt et à l’oeil, et même sa "Cour"était réglée par une "étiquette" implacable, allant jusqu’à préciser le nombre des révérences et l’ordre des repas ...Ainsi a-t-il incarné la monarchie "absolue" ... (extrait d’Aumont)

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  • lire aussi un récit de 1769 sur le règne de Louis XIV :

    Lire ici

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  • C’est Louis XIV qui encouragea la mise en esclavage des Africains au profit de la France et c’est sous son règne que se développèrent les théories racistes.

    Lire la suite

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  • Jules Michelet, dans « Histoire de France. Tome douzième : Louis XIV et la révocation
    de l’Édit de Nantes. »

    « La Révocation (de l’édit de Nantes) n’est nullement une affaire de parole. C’est une lourde réalité, matériellement immense (effroyable moralement)….
    La Terreur de la Dragonnade frappa au cœur et dans l’honneur ; on craignit pour les siens. Les plus vaillants ne s’attendaient pas à cela, et défaillirent. C’est la plus grave atteinte aux religions de la Famille qui ait été osée jamais. Elle eut l’aspect, étrange et inouï, d’une jacquerie militaire ordonnée par l’autorité, d’une guerre en pleine paix contre les femmes et les enfants.
    Les suites en furent choquantes. Le niveau général de la moralité publique sembla baisser. Le contrôle mutuel des deux partis n’existant plus, l’hypocrisie ne fut plus nécessaire ; le dessous des mœurs apparut. Cette succession immense d’hommes vivants, qui s’ouvrit, tout à coup, fut une proie. Le roi jeta par les fenêtres ; on se battit pour ramasser. Scène ignoble. Ce qui resta, dura pour tout un siècle ; c’est l’existence d’un peuple d’ilotes (guère moins d’un million d’hommes) vivant sous la Terreur, sous la Loi des suspects.
    Le déplorable dénouement du règne de Louis XIV ne peut cependant nous faire oublier ce que la société, la civilisation d’alors, avaient eu de beau et de grand.
    Il faut le reconnaître. Dans la fantasmagorie de ce règne, la plus imposante qui ait surpris l’Europe depuis la solide grandeur de l’empire romain, tout n’était pas illusion. Nul doute qu’il n’y ait eu là une harmonie qui ne s’est guère vue avant ou après. Elle fit l’ascendant singulier de cette puissance qui ne fut pas seulement redoutée, mais autorisée, imitée. Rare hommage que n’ont obtenu nullement les grandes tyrannies militaires….
    Ce qui donne une idée bien forte de l’ascendant de terreur qu’exerçait ce dieu en Europe (Louis XIV), c’est la multitude de faits qu’on n’ose écrire pendant longtemps même hors de France, et qui ne se révèlent que fort tard, vers la fin du règne. Les souvenirs de la Fronde, qui l’avait fait fuir de Paris, lui rendaient la presse odieuse. Il la ménagea peu. Les faiseurs de brochures furent poursuivis à mort. En l694, l’imprimeur d’un pamphlet est pendu, sans procès, sur un simple ordre du lieutenant de police, et le relieur même est pendu. Nombre de personnes, pour la même affaire, sont mises à la question et meurent à la Bastille.
    On savait que le roi avait les bras longs hors de France, et faisait enlever en pays neutres les gens qui parlaient mal ou qui agissaient contre lui. L’enlèvement de Marcilly en Suisse effraya tout le monde. Celui du patriarche arménien Avedyk n’eut pas un moindre effet. On se contait tout bas, portes fermées, le mystère du Masque de fer. La fameuse cage du Mont-Saint-Michel, où Louis XI enferma La Balue, fut occupée sous Louis XIV par l’auteur d’un pamphlet contre l’archevêque de Reims.
    Non moins grande était la terreur à la cour et tout près du roi. J’ai dit l’anxiété où fut Madame (Henriette) pour certaines choses imprudentes qui lui étaient échappées, et comment on abusa de sa peur. Cette timidité générale rend l’histoire de la cour obscure. La grande Mademoiselle, et Madame, mère du Régent, ont seules leur franc parler. Saint-Simon vient très tard ; on a tort de le citer pour les commencements…

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  • La suite de Michelet :

    L’Édit de Nantes couvrait les hérétiques. On ne brûlait plus guère, sauf des sorciers… Le clergé de France, assemblé en mai à Versailles, et se sentant si fort, si près d’arriver à son but, tint un langage modéré, demanda peu contre les Protestants, mais remercia le roi d’avoir, sans violence, fait quitter l’hérésie à toute personne raisonnable.
    Tout d’abord, dans chaque village, les soldats menèrent le peuple à l’église. Mille outrages dans les maisons. Les femmes fuient aux montagnes ; cinq ou six, serrées de trop près, aimèrent mieux périr, se précipitèrent, furent noyées, brisées par les gaves. La Révocation, si longtemps préparée, eut pourtant tous les effets d’une surprise. Les protestants s’efforçaient de douter. Ils avaient trouvé mille raisons pour se tromper eux-mêmes. L’émigration était très difficile ; mais son plus grand obstacle était dans l’âme même de ceux qui avaient à franchir ce pas. Il leur semblait trop fort de se déraciner d’ici, de rompre tant de fibres vivantes, de quitter amis et parents, toutes leurs vieilles habitudes, leur toit d’enfance, leur foyer de famille, les cimetières où reposaient les leurs. Cette France cruelle, qui si souvent s’arrache sa propre chair, on ne peut cependant s’en séparer sans grand effort et sans mortel regret. Nos protestants, le peuple laborieux de Colbert, étaient les meilleurs Français de France. C’étaient généralement des gens de travail, commerçants, fabricants à bon marché qui habillaient le peuple, agriculteurs surtout, et les premiers jardiniers de l’Europe. Ces braves gens tenaient excessivement à leurs maisons. Ils ne demandaient rien qu’à travailler là, tranquilles, y vivre et y mourir. La seule idée du départ, des voyages lointains, c’était un effroi, un supplice. On ne voyageait pas alors comme aujourd’hui. Plusieurs, après avoir duré contre toutes les persécutions, quand on les traîna dans les ports pour les jeter en Amérique, désespérèrent, moururent, ne pouvant quitter la patrie.
    On ignorait cela, et on prit toute précaution pour les tromper, les retenir, les empêcher d’emporter leur argent. En 1684 avaient eu lieu les grandes exécutions militaires dans tout le Midi… On mit partout des troupes, on ferma la frontière (le dénonciateur de l’émigrant a moitié de ses biens). Mais, en même temps, pour leur donner espoir, on adoucit les gênes qui entravaient le mariage protestant. Cette faveur (du 15 septembre) les rassure quelque peu, de sorte que l’immense coup de la Révocation un mois après (18 octobre), les trouve au gîte immobiles, hésitants, ne sachant ce qu’ils ont à faire.
    Et l’Édit même de la Révocation est encore équivoque. Il supprime le culte, chasse les ministres, veut que les enfants deviennent catholiques. Sur les parents, il ne s’explique pas ; il semble s’arrêter au seuil de la conscience, réserver l’intérieur et respecter la foi muette.
    La police à Paris donna le commentaire. Le 10 octobre, on dit brutalement aux gens de métier, aux pauvres, qu’il fallait se convertir sur-le-champ. Ils furent terrifiés, n’objectèrent rien. Le roi crut tout fini. Le 20, il autorise les bourgeois protestants à s’assembler pour faire d’ensemble une déclaration de conversion.
    Pour le Midi, Noailles demanda explication à Louvois, qui répondit dans ces termes obscurs : « Le roi veut que vous vous expliquiez durement avec les derniers qui s’obstineront à lui déplaire. » Noailles enfin comprit, et s’expliqua par ses dragons.
    Ce mot dragon veut dire ici soldat. Il y en avait de tous les corps. C’était l’armée entière qui était rentrée à la paix. En guerre, nourrie chez l’habitant, Louis voulait encore l’entretenir ici de même, et il la jeta sur la France. Elle sentit cruellement les maux dont elle avait, accablé l’étranger.
    On avait dragonné la Hollande, la Westphalie, le Rhin. On a vu les tolérances de Turenne pour son misérable soldat. Au défaut de vivres et de solde, on lui donnait les libertés de la guerre, une joyeuse royauté de gueux chez ceux qui le logeaient. Les Hollandais assurent que l’élève, l’ami de Condé, Luxembourg, disait bonnement : « Amusez vous, enfants ! pillez et violez. » Qu’il l’ait dit, c’est peu sûr ; mais l’horreur du pays d’Utrecht prouve assez qu’il agit ainsi.
    En France, les gaietés du soldat avaient été devancées par le peuple. La canaille de La Rochelle avait fait une farce de la destruction du temple. Elle avait descendu la cloche, l’avait dragonnée et fouaillée pour avoir servi les huguenots. On l’enterra et on la fit renaître. Une dame servit de sage-femme, une autre de nourrice. Réconciliée et baptisée, la cloche jura qu’elle ne sonnerait plus le prêche, et fut honorablement remontée au clocher d’une paroisse.
    Ces facéties, racontées à Versailles, durent aider à tromper le roi, à lui faire prendre légèrement les amusements de ses dragons, les tours d’écoliers qu’ils jouaient à ces orgueilleux endurcis. L’usage de berner se retrouvait partout dans notre vieille joyeuse France. Aux prisons, on bernait (parfois à mort), on sautait sur la couverture celui qui ne payait pas la bienvenue (Voy. Marteilhe). Aux collèges, on bernait, on bafouait le mauvais camarade, trop fier, triste, morose. Exemple, ce neveu de Mazarin qui, au collège de Clermont, retomba hors de la couverture sur le pavé, et se tua.
    Tel l’écolier, tel le dragon. C’était le soldat le plus gai, le soldat à la mode, dont on contait les tours, comme ceux du zouave aujourd’hui. Mais le zouave est fantassin, est peuple. M. le dragon, au contraire, de quelque trou de paysan qu’il vînt, une fois suffisamment dressé, brossé à coups de canne, était un gentilhomme, un marquis, à l’instar de son colonel général, Lauzun, roi de l’impertinence. Il avait du seigneur, il avait du laquais. Rossé par l’officier, il le rendait au paysan. Vrai singe, il aimait à mal faire, et plus mal que les autres ; c’était son amour-propre. Il était ravi d’être craint, criait, cassait, battait, tenait à ce qu’on dît : Le dragon, c’est le diable à quatre.
    Il s’apprivoisait cependant, s’il trouvait des gens de sa sorte, à rire boire avec lui. Quand il entrait en logement chez le bourgeois aisé, il ne pensait d’abord qu’à faire ripaille, à user largement de cette abondance inaccoutumée. Il aurait volontiers mangé avec ses hôtes. Mais ceux-ci, les huguenots, étaient son antipode. Il tombait là dans une famille triste et sobre, consternée d’ailleurs, qui obéissait, le servait, mais était à cent lieues de s’entendre avec lui. Les enfants avaient peur, fuyaient. Le mari restait sombre. La dame, les demoiselles, effarouchées du bruit et des chansons obscènes, étouffées du tabac dont l’odieuse fumée remplissait la maison, avaient grand’peine à cacher leur dégoût.
    Cela seul eût gâté les choses. « Nous sommes les maîtres après tout. Tout est à nous ici. » Ils ne se gênaient pas, donnaient carrière à leur malice, gâtaient, brisaient, détruisaient pour détruire. Ne criant assez fort, ils se mettaient parfois à battre à la fois de quatre tambours. Pour crever le cœur à la dame, ils forçaient son armoire, gâtaient, pillaient son linge, orgueil de la femme économe, en prenaient le plus fin, des draps de toile de Hollande pour en faire litière aux chevaux.
    La femme protestante, bien plus que son mari, plus nettement, plus obstinément, montrait son horreur du papisme. Noailles dit (1684) qu’en Languedoc les gentilshommes sont déjà convertis, qu’ils s’efforcent de convertir leurs femmes, et n’y réussissent pas. On voit, en 1685 et 1686, qu’à Paris les femmes obstinément s’assemblent pour prier (Corresp. adm., IV, 351). Le roi croit que la persévérance de certains maris ne tient qu’à celle de leurs femmes ; qu’elles cèdent, ils céderont (IV, 349). Donc, le procureur général les séparera, enfermera les femmes aux couvents des Nouvelles-Catholiques (368)… L’enlèvement des enfants commença vingt-cinq ans avant la Révocation : — donc, la terreur des mères. Leur vie était tremblante, leur cœur toujours serré. Le mari gentilhomme, s’il n’avait plus la cour, avait la chasse, allait, venait.Le mari commerçant, bien plus distrait encore, avait les intérêts, l’application de la fabrique, le mouvement du commerce. Elle, rien que ses enfants et Dieu. Sédentaire, solitaire, elle les tenait bien près sous elle. Il eût suffi que le dimanche l’enfant mené au temple passât devant l’église, vit les cierges et les fleurs, dit : « Que c’est beau ! » il était catholique, enlevé et perdu… En décembre 1685, parut l’édit terrible pour enlever les enfants de cinq ans. Qu’on juge de l’arrachement ! Un coup si violent supprima la peur même. Des cris terribles en jaillirent, des serments intrépides de ne changer jamais.
    Chaque maison devint le théâtre d’une lutte acharnée entre la faiblesse héroïque et les furies de la force brutale. Les soldats, ces esclaves de la vie militaire, formés par le bâton, voyaient pour la première fois les résistances courageuses de la libre conscience. Ils n’y comprenaient rien, étaient étonnés, indignés. Tout ce que l’homme peut souffrir sans mourir, ils l’infligèrent au protestant. Pincé, piqué, lardé, chauffé, brûlé, suffoqué presque à la bouche d’un four, il souffrit tout. Tel eut les ongles arrachés. Le supplice qui agissait le plus à la longue, était la privation de sommeil. Ce moyen des dompteurs de lions est terrible aussi contre l’homme. La femme résista mieux aux veilles. Bien souvent, il était rendu qu’elle ne l’était pas et lui reprochait sa faiblesse, le ranimait. On chassait alors le bonhomme, on l’envoyait aux vivres, on le tenait loin de chez lui (Voy. le ms. de Metz).
    Donc, le duel restait entre la dame et vingt soldats (on en mit jusqu’à cent dans une maison de Nîmes). Elle devait les servir seule, sans domestiques (défense d’en avoir de catholiques, et le petit peuple protestant abjurait). Ceux qui persévéraient étaient surtout les gens aisés. Cela donnait aux dragonnades l’aspect d’une jacquerie. On voit fort bien, à plusieurs traits que ce qui animait aussi les dragons au martyre de la dame, c’est que c’était une dame, une femme délicate, qui, même étant simple bourgeoise, était toujours noble d’éducation et de tenue, déplacée dans cette vie de corps de garde. Elle aurait été paysanne qu’on l’eût tourmentée moins. Contre elle il y avait, au fond, une aigreur niveleuse dont eux-mêmes ne se rendaient pas compte. La renchérie, la précieuse, la prude, la dégoûtée, on prétendait la mettre au pas, la faire devenir bonne enfant. Portes closes. Tenue en chambrée, en camaraderie militaire, ils lui faisaient faire la cuisine, tout leur ménage de soldats. Ils ne la laissaient plus sortir, riant de ses souffrances, de ses prières et de ses larmes. Mais nulle humiliation de nature ne peut dompter l’âme. Elle se relevait par la prière, par la fixité de sa foi. Outrés, ils en venaient aux coups, et, pour l’exécution, chose cruelle, souvent coupaient des gaules vertes, pliantes, qui s’ensanglantaient sans casser. Le sang les enivrait. Ils imaginaient cent supplices. Telle fut lentement, cruellement épilée, telle flambée à la paille, comme un poulet. Telle, l’hiver, reçut sur les reins des seaux d’eau glacée. Parfois ils enflaient la victime, (homme ou femme) avec un soufflet, comme on souffle un bœuf mort, jusqu’à la faire crever. Parfois, ils la tenaient suspendue, presque assise, à nu, sur des charbons ardents. (Claude, Plaintes, p. 74 ; Élie Benoît.)
    « Mais le viol était défendu. » Quelle moquerie ! On ne punit personne, même quand il fut suivi de meurtre (É. Benoît, 850). On eut soin de loger les officiers ailleurs que les soldats, de peur qu’ils ne les gênassent. Du reste, les officiers, encore humains en 1683, en 1686 rouaient de coups les soldats trop humains. Les généraux riaient de voir les huguenotes houspillées que les soldats mettaient nues à la porte et faisaient courir dans la rue. Pourvu que le libertinage n’eût point de résultat, on ne se troublait guère. On savait bien pourtant que les soldats ne copiaient que trop les Villars, les Vendôme. Ce que Madame nous en dit, personne ne l’ignorait, ni le roi, ni la cour. Mais l’infamie sans trace n’était pas l’infamie. « Un petit mal pour un grand bien », ce mot du casuiste fit tout passer. Madame de Maintenon se résigne en disant : « Dieu se sert de tous les moyens. »

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  • fin de l’extrait de Michelet :

    La Terreur de 1793, en pleine guerre, devant l’ennemi, dans la misère et la famine, fut sauvage, mais point hypocrite, et n’eut point les gaietés diaboliques de 1685. Les femmes furent guillotinées, non insultées. Elles montèrent pures à l’échafaud ; madame Roland, honorée. Mademoiselle Corday fut vierge sous le fer. Un valet ivre ayant touché sa tête, il y eut un soulèvement de la foule, et les journaux tonnèrent. La Commune lui fit son procès.
    Du reste, tous les martyres du corps ne font rien sur un esprit libre. Quoi qu’on pût entasser d’outrages et de douleurs, la victime de la dragonnade, souvent navrée, sanglante, était plus affermie. Les démons demandèrent par où on la prendrait, et si, brisant le cœur, on ne pourrait dompter la foi. On lui martyrisait son mari sous ses yeux. On profanait sa fille par des sévices honteux. Autre épreuve : on liait la mère qui allaitait, et on lui tenait à distance son nourrisson qui pleurait, languissait, se mourait. Rien ne fut plus terrible ; toute la nature se soulevait, la douleur, la pléthore du sein qui brûlait d’allaiter, le violent transport au cerveau qui se faisait, c’était trop... La tête échappait. Elle ne se connaissait plus, et disait tout ce qu’on voulait pour être déliée, aller à lui et le nourrir. Mais, dans ce bonheur, quels regrets ! L’enfant, avec le lait, recevait des torrents de larmes.
    Une des scènes les plus affreuses se vit à Montauban. On avait mis trente-huit cavaliers chez M. et madame Pechels. Elle était grosse et très près de son terme. Ils brisèrent, gâtèrent et vendirent ce qu’ils voulurent, ne laissèrent pas un lit. Ils mirent leurs hôtes dans la rue, et, avec cette femme enceinte, ses quatre petits enfants dont l’aîné avait sept ans. Ils ne permirent de rien emporter qu’un berceau. Pour adieu, ils leur jetèrent, au départ, des cruches d’eau froide dont ils restèrent mouillés, glacés. Ils erraient dans la rue, quand un ordre leur vint de l’intendant de rentrer dans leur maison pour recevoir d’autres soldats. Six fusiliers d’abord, et il en venait toujours d’autres. Tous mécontents de ne trouver plus rien, ils se vengèrent par l’insolence et leur firent souffrir mille outrages. Enfin, ils les chassèrent encore. La dame, prise de douleur à ce moment, était sur le pavé sans asile. Défense de recevoir les rebelles.
    Elle ne savait où aller. Son mari et une sage-femme la tenaient sous les bras ; le moment approchait, et elle était près d’accoucher sur le pavé. Heureusement, la maison de sa sœur se trouva libre de soldats pour quelques heures. Elle y entra et accoucha la nuit. Le matin, il vint une bande ; ils firent si grand feu dans sa chambre qu’elle et l’enfant faillirent étouffer. Voilà donc celle femme, sanglante, faible, pâle, encore forcée de se traîner dehors. Elle fait un grand effort, va jusqu’à l’intendant, croyant à la pitié, croyant à la nature. L’affreux commis la fit mettre à la porte. Elle s’assit sur une pierre. Mais là même, cette infortunée ne put être tranquille. Des soldats la suivaient, l’entouraient, l’obsédaient, la martyrisait de risées.
    Comment les dames catholiques enduraient-elles un si navrant spectacle ? Elles étaient émues ; mais plusieurs, par pitié pour l’âme, voulaient qu’on tourmentât le corps, aidaient à la persécution. D’autres auraient volontiers intercédé, et elles n’osaient. Aller, à travers les soldats, trouver un intendant insolent, libertin, pénétrer chez un officier brutal qui se permettait tout, comme dans une ville prise : il y avait de quoi faire reculer une femme. Les seigneurs même firent des indignités. Une dame catholique qui hasarda d’aller trouver ainsi M. de Tessé pour avoir la grâce d’un homme, pleura, se jeta à ses pieds, s’y roula de douleur. Elle étouffait de sanglots. Le drôle trouva cela plaisant, en fit des farces ; il se mit à la copier, se jeta aussi à genoux, bouffonna, hurla et miaula.
    Pour revenir, une voisine catholique de madame Pechels qui la vit de sa fenêtre, n’y tint pas, eut le cœur percé, et, la pitié se changeant en fureur, elle alla accabler l’intendant d’injures, au point qu’il perdit contenance, la laissa faire. Elle abrita l’accouchée, qui peu après rejoignit son mari. Ils ne furent pas longtemps ensemble. Elle fut chassée de Montauban, et on lui ôta ses cinq enfants. Seule, elle errait dans les campagnes, suivie, traquée comme une bête. Les paysans catholiques la cachaient et l’avertissaient. Pechels, pendant ce temps, traîna de prison en prison près de deux ans. Les plus affreux cachots ne parvinrent pas à le tuer, et enfin on l’embarqua pour l’Amérique, d’où il revint plus tard. Ces époux héroïques furent réunis. Mais retrouvèrent-ils leurs, enfants ? »

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  • Sur le code noir des esclaves instauré par Louis XIV :

    lire ici

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  • Louis XIV révoque l’édit de Nantes :

    « Faisons savoir, que Nous, pour ces causes et autres à ce nous mouvant, et de notre certaine science, pleine puissance, et autorité Royale, avons par ce présent édit perpétuel et irrévocable, supprimé et révoqué, supprimons et révoquons, l’édit du Roi notredit aïeul, donné à Nantes au mois d’avril 1598, en toute son étendue, ensemble les articles particuliers arrêtés le deuxième mai en suivant, et les lettres patentes expédiées sur ceux ci, et l’édit donné à Nîmes au mois de juillet 1629, les déclarons nuls et comme non advenus ; ensemble toutes les concessions faites, tant par ceux-ci que par d’autres édits, déclarations et arrêts, aux gens de ladite R.P.R. de quelque nature qu’elles puissent être, lesquelles demeureront pareillement comme non advenues : et en conséquence, voulons et nous plaît, que tous les temples de ceux de ladite R.P.R. situés dans notre royaume, pays, terres et seigneuries de notre obéissance soient incessamment démolis. »

    Lire le reste

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  • L’espérance de vie moyenne en France sous Louis XIV ?

    Vingt-huit ans et neuf mois !!!

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