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Les tâches de la classe ouvrière mondiale dans la révolution sociale dans la Péninsule arabique

mercredi 30 novembre 2022, par Alex, Waraa

Les tâches de la classe ouvrière mondiale dans la révolution sociale dans la Péninsule arabique

 

Alors que le Qatar est au centre de l’attention médiatique avec la Coupe du monde, aucune organisation ouvrière en France ne met en avant ce qui est le plus important pour nous : la probable prochaine vague révolutionnaire, avec une participation de la classe ouvrière comme actuellement en Iran, dans toute la péninsule Arabique, dont le Qatar est un des épicentres potentiels. 

Les pays du Golfe et le printemps arabe 

Si aucune des organisations se réclamant des travailleurs ne souligne le rôle central des pays du Golfe dans les futures vagues révolutionnaires, donnons la parole à un ancien ministre du pétrole du Qatar, qui semble, lui, en avoir bien plus conscience.

 Dans son livre « Le Printemps arabe et les Etats du Golfe », M. Althani, ancien ministre Qatari du pétrole, constate : « 2011 a apporté au monde arabe un changement inimaginable : quatre leaders Arabes sont renversés en l’espace de 12 mois : Ben Ali en Tunisie, Mubarak en Egypte, Kaddafi en Egypte, Saleh au Yémen. » Il souligne que déjà ce Printemps arabe a eu des causes économiques dans la péninsule arabique, en contrecoup de la crise de 2008 : « Le Printemps Arabe est le résultat du fait que les Etats arabes sont incapables de s’occuper de leur jeunesse. Des pays comme le Maroc, l’Egypte, la Tunisie, le Liban et la Syrie envoient de nombreux travailleurs en Europe et dans le Golfe et vivent des transferts d’argent par ces expatriés. A cause de la crise financière, les travailleurs expatriés ont envoyé moins d’argent ou ont été licenciés. Des analystes suggèrent que le nombre de travailleurs Arabes émigrés dans les monarchies du Golfe a diminué d’un tiers en 2009. » Il constate que les Etats du Golfe restent des rentiers sans aucun réel développement industriel national, l’« après pétrole » n’étant que la substitution d’une rente à une autre. Les universités de la péninsule sont des filiales d’universités occidentales, mais qui font peur aux dirigeants du Qatar et des Emirats arabes unis : la concentration d’étudiants pourrait avoir un impact sur la population locale, les campus sont donc construits isolés dans désert. Ce ne sont pas seulement les étudiants qui nous font peur, reconnait cet ancien ministre : « 1,4 millions d’ Egyptiens travaillent dans le Golfe, et ils font fonctionner la plupart des universités ». Derrière cette petite bourgeoisie, ce sont des millions de travailleurs misérables venus de pays arabes ou d’Asie qui font fonctionner l’économie. L’écart insupportable entre la richesse d’une caste dirigeante militaro-bureaucratique et la misère de la jeunesse et des travailleurs a provoqué l’explosion du Printemps arabe. Une partie de ces travailleurs trouve une échappatoire dans le Golfe, mais les inégalités sociales y sont pires, et le ciment national inexistant.

Le ministre du Qatar conclut à un changement inévitable même pour les monarchies du Golfe : « l’histoire se souviendra de l’année 2011 comme un changement incroyable pour le monde Arabe. Le statu quo a été définitivement détruit. La société Arabe doit devenir plus libre. Pour que le Printemps arabe réussisse, les dirigeants Arabes doivent s’unir. » Une révolution par en haut, c’est le programme de ce notable Qatari, afin d’éviter qu’elle ne vienne d’en bas car l’« ère des populations dociles est terminée ». Cette masse de travailleurs pauvres qui font fonctionner les monarchies du Golfe, c’est une poudrière qui n’a pas encore rejoint le printemps Arabe, mais pour combien de temps ?

Les gisements d’hydrocarbure ne sont donc qu’un des piliers de la richesse des monarchies du Golfe. Les deux autres sont leur position stratégique (routes maritimes des hydrocarbures et du commerce de la Chine), et une classe ouvrière à bas salaire. La misère des masses des pays d’Afrique et d’Asie est une source d’immigration intarissable. L’Inde, le Pakistan, toutes les anciennes colonies britanniques y envoient des travailleurs qui transmettent à leurs familles une partie de leur salaire. Suite à la crise de 2008, à la veille du Printemps arabe, près d’un tiers des contrats n’avaient pas été renouvelés. C’est un plan de licenciement massif qui a été une attaque économique massive contre les travailleurs venus des pays arabes.

Les classes moyennes et pauvres de tous les pays du monde sont représentées dans ces pays, dans les services. Tous les jours, des milliers de travailleurs des monarchies du Golfe (dont des Français) passent le temps d’une escale une journée aux alentours de Roissy. 

Quelle agitation syndicale ou politique relaie en France ces milles liens que l’économie mondialisée crée de fait entre les classes ouvrières d’ici et de là-bas ? Des ouvriers sont morts pour construire les stades au Qatar. Le Louvre et la Sorbonne d’Abu Dhabi auraient-ils été construits sans morts ? La CGT des universités et du secteur de la culture (Ferc-sup) n’a pas tenté la moindre agitation sur ce thème alors que la campagne pour les élections professionnelles bat son plein dans la fonction publique ! Cette fédération CGT, de même que SUD-éducation, est pourtant peuplée de militants d’extrême-gauche qui prêchent la révolution. La CGT fédération chimie n’a pas mis en avant les liens de Total avec le Qatar pendant la récente grève ! La CGT Construction a eu la même attitude.

J-P Mercier, leader CGTiste de LO renvoyé par la Fédération de la Métallurgie, se réclame d’un syndicalisme démocratique. Alors que la seule façon dont les révolutionnaire peuvent défendre la démocratie syndicale, c’est de s’adresser aux millions de travailleurs des monarchies du Golfe, du Yémen, d’Iran. Tel ne semble pas être son orientation ni celle de l’organisation politique à laquelle il appartient. 

Le média patronal BFM s’est plu en mars dernier à rendre hommage à un syndicalisme pro-impérialiste bourgeois en donnant la parole à Jean-Pascal François, secrétaire fédéral de la CGT, en visite au Qatar et qui se félicitait des progrès de la situation des travailleurs au Qatar, après s’être auto-congratulé : « La CGT est partout dans le monde, c’est l’internationalisme. Ce ne sont pas les frontières qui empêchent les salariés d’être solidaires. Les conditions légales et les contraintes qui leur ont été imposées se sont améliorées. Le niveau des salaires a augmenté et on espère - puisque nous n’avons pas les données - que les chiffres des accidents mortels ont baissé.

La guerre du Dhofar 

Au lieu de ce soutien à « la solidarité » de la CGT au Qatar, corollaire de son intégration à l’Etat français et aux institutions internationales de l’impérialisme (dont l’OIT, dont B. Thibault est devenu un des porte-parole), ce qui est à l’ordre du jour c’est la compréhension des tâches qui seront celles de la classe ouvrière dans la future révolution en Arabie. Des révolutions contre les monarchies du Golfe ont eu lieu à l’époque de la décolonisation. L’une d’elle eut lieu en Oman : la guerre du Dhofar. Une génération de la jeunesse et des travailleurs s’est engagée dans les années soixante dans des guérillas au Yémen et au Dhofar.

Des « Fronts nationaux », « Fronts populaires » de libération du Yémen, du Dhofar furent créés, regroupant des enseignants, des ouvriers de « retour du Golfe », des employés de la base britannique d’Aden. Une génération d’étudiants rejoignit les rangs de ces combattants anti-coloniaux contre l’impérialisme britannique et ses représentants locaux.

Mais c’est derrière le drapeau du nationalisme Arabe, le Nassérisme, le Guévarisme, le maoïsme, le tout emballé par un islamisme "populaire" que ces luttes eurent lieux, et se soldèrent par des échecs pour les travailleurs, des carrières de dictateurs au service de pouvoirs néo-coloniaux pour certains dirigeants bourgeois de ces Fronts.

Un des meilleurs témoins de cette époque est l’écrivain égyptien S. Ibrahim, qui fut lui-même membre du Parti communiste égyptien, mais le quitta à cause de la ligne stalinienne absurde qui demandait à ses militants, emprisonnés et torturés par Nasser, de crier « Vive Nasser ! » : Je passais mes journées à la recherche d’éléments susceptibles d’être enrôlés dans l’action clandestine, et ceci en les mobilisant pour la défense de la police politique du régime ! Si je trainais les pieds, ce n’était pas par manque de conviction, mais en raison de la difficulté qu’il y avait à expliquer la contradiction entre la situation clandestine du mouvement communiste et sa position politique. 

Cette position politique stalinienne était la conséquence des politiques de Fronts nationaux mis en place pour la décolonisation, héritiers pour les pays colonisés des Fronts populaires de 1936 en Europe : la classe ouvrière devait renoncer à prendre la tête des révolutions, laissant sa place à la petite bourgeoisie nationaliste. Avec en corollaire : allégeance aux "impérialismes démocratiques", à ses armées et au drapeau national. Rappelons que c’est cette même politique des Fronts populaires que Mélenchon veut remettre à l’honneur ! 

S. Ibrahim rapporte ces faits dans son roman « Warda », nom de guerre d’une jeune Omani qui prend les armes contre le sultan d’Oman Said bin Taimour, une des dictatures les plus sanglantes du 20ème siècle de 1932 à 1970. Warda, une femme, se retrouve à la tête d’une brigade composé d’hommes, car les femmes avaient une place égale à celle de l’homme dans dans cette armée, la kalachnikov remplaçant le voile.

Le Manifeste au peuple arabe du « Front de libération du Dhofar » du premier congrès en juin 1965 déclarait : Une avant-garde révolutionnaire issue de vos rangs s’est levée, qui croit en Dieu et en la patrie. Le gouvernement du Sultan félon Saïd a constitué une armée de mercenaires étrangers, mais la volonté libre qui tire sa force de la volonté divine vaincra cette armée scélérate. Des maoïstes athées imposaient la religion (équivalent local du drapeau bourgeois bleu-blanc-rouge) aux travailleurs ! 

Ce mouvement, qui devint en 1968 le « Front de libération du Golfe arabique » occupé, s’adressait à toutes les populations du Golfe : Peuple arabe de Mascate, Nizwa, Sharjah, Dubaï, et de tout le Golfe, le Front de libération du Dhofar t’appelle. La révolution du Dhofar est ta révolution ! Mais les dirigeants de ces fronts, au mieux furent réprimés et disparurent (comme Warda), au pire suivirent les traces du FLN algérien, se ralliant au nouveau régime mis en place par les Anglais en 1970 avec le Sultan Qabous en Oman (la « révolution par en haut » pour contrer celle par en-bas), ou aux Emirats arabes unis et autres, après le départ des Anglais de la région. Le sultan Qabous a régné jusqu’à sa mort en 2020.

Le nationalisme, le militarisme bourgeois de type maoïste, nassériste ou guévariste ont conduit cette révolution anticoloniale des années 60 à un échec pour les travailleurs du Golfe. Or c’est ce même type d’idéologie que la gauche réformiste propose aux révolutions actuelles en Iran, au Soudan, comme pendant tout le Printemps arabe.

Rappelons que c’est contre ces régimes militaires de l’Egypte et du Soudan que se sont soulevés le printemps arabe et la révolte du Soudan.

L’armée au Soudan 

 Sans en avoir conscience, c’est de cette politique (confier les tâches de la révolution démocratique à l’armée, et pas au pouvoir des travailleurs) que Alaa Salah, une des égéries de la révolte soudanaise, se fait la porte-parole. Elle en témoigne dans son livre en français « Le chant de la révolte ». 

La révolution au Soudan a commencé il y a quatre ans comme en Egypte, avec l’occupation d’une place face à l’armée : 6 avril 2019 : Au terme de quatre mois de manifestations antigouvernementales, des milliers de protestataires gagnent la place al-Qiyadah, où se situe le quartier général des forces armées, ce jour marque une étape décisive vers la chute du président Omar el-Béchir. Du côté des civils, les manifestants sont représentés par l’Alliance des forces pour la liberté et le changement. Formée en janvier 2019, cette coalition politique fédère derrière l’association des professionnels soudanais, partis politiques d’opposition, organisations de la société civile et groupes rebelles. Le 11 avril 2019, Omar el-Béchir est démis de ses fonctions par l’Armée. Comme pour le Printemps Arabe, cette chute d’un dictateur est un succès.

Mais la « leader » étudiante Alaa Saleh choisie par la gauche française comme sa porte-parole, est pleine d’illusions : L’armée nous soutient ! A ce moment-là nous changeons nos slogans. Nous ne disons plus "Liberté Paix Justice" mais "l’Armée et le peuple unis". Premièrement cette chute du dictateur n’est pas que le résultat de marches pacifiques, la classe ouvrière est intervenue : Dans la ville ouvrière d’Atbara, foyer historique de la lutte syndicale, l’annonce du triplement du prix du pain, le 19 décembre 2018, met le feu aux poudres. Les manifestants incendient le siège local du parti du Congrès national, le parti du président Omar el-Béchir, et déclenchent un mouvement de contestation qui après quatre mois aboutira à la chute du dictateur. Car très vite la révolte d’Atbara gagne les grandes villes du pays ainsi que Khartoum, suivie par une population prise à la gorge par la situation désastreuse de l’économie soudanaise. Deuxièmement, après la chute du dictateur, l’armée se retourne contre les manifestants : Le traumatisme de l’attaque du 3 juin 2019 est terrible. Les révolutionnaires ont été attaqués à l’arme lourde, par des soldats entrainés qui tiraient comme dan un jeu. Je ne parviens toujours pas à digérer le fait que l’armée nous ait abandonnés. Personne ne s’attendait à ce massacre. Nous préparions l’issue victorieuse de notre révolution : la formation d’un gouvernement civil.

Dissolution des armées permanentes, armement du prolétariat, tels sont les points du programme du mouvement ouvrier d’avant 1914 qu’aucun parti de gauche ou d’extrême gauche ne met plus dans son programme. C’est par la popularisation d’un tel programme que les travailleurs de France pourraient se montrer solidaires des luttes présentes en Iran et au Soudan, comme des luttes futures notamment dans la Péninsule arabique.

Le Printemps arabe 

L’organe stalinien "L’Humanité" écrivait sous la plume de Dominique Baillet : « La Tunisie a montré courageusement la voie des révolutions arabes. Elle a mis fin à cette période « néocoloniale », née aux lendemains des Indépendances dans les années 1950-1960 et inaugure une nouvelle phase de l’histoire, que l’on peut qualifier de période « néodémocratique ». En effet, après un demi-siècle de colonialisme économique et géostratégique, mis en oeuvre par les anciennes puissances coloniales, dont la France, et plus largement par les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, la Tunisie, puis l’Égypte, et sans doute bientôt d’autres pays arabes, comme la Jordanie, le Yémen, l’Algérie, etc. montrent que la révolution arabe démocratique est non seulement faisable mais souhaitable, que l’islam ou la civilisation arabo-musulmane n’est pas antinomique avec l’aspiration démocratique « à l’occidentale », bien au contraire, et enfin que l’islamisme radical ne constitue pas la seule alternative au despotisme militaire laïc. Ces révolutions, actuelles et à venir, gagneront à terme, dans les dix prochaines années, de manière inévitable, l’ensemble des pays arabes du pourtour méditerranéen, et notamment la Palestine occupée, colonisée, dirai-je, par la puissance israélienne. Elles vont constituer un instrument majeur pour résoudre le conflit israélo-palestinien, car elles risquent de dissiper à terme la peur islamiste encore présente dans les pays arabes mais aussi européens, de constituer un moyen de pression légitime et démocratique, comme naguère avait constitué l’Union soviétique, face à Israël et son allié américain, et enfin de permettre la naissance d’un État palestinien laïc et démocratique. Par ces révolutions, encore inachevées, les Tunisiens, puis les Égyptiens, et bientôt, d’autres peuples arabes, ont montré que ce n’est pas lorsque les conditions objectives de la révolution existent que la révolution éclate, mais lorsque le peuple prend conscience que ses conditions de vie objectives sont intolérables. Ils montrent que, si le XXe siècle a été dominé par l’utopie communiste, le XXIe siècle sera dominé plus modestement par la réalisation de l’idéal démocratique, condition indispensable au développement social et économique des peuples, et constituant, si j’ose dire, un smic culturel, pour l’ensemble des habitants de notre planète. Mais ces révolutions ne pourront être véritablement démocratiques sans l’aide et le soutien des Européens, des Occidentaux et des nouvelles puissances émergentes. Il ne s’agit pas d’en appeler à une nouvelle ingérence, ou à espérer un « troisième stade du colonialisme », mais à oeuvrer à la mise en place d’un nouveau partenariat, tout en laissant les peuples arabes propriétaires de leur propre révolution. Voici, me semble-t-il, la voie à suivre. » 

 

En somme une perspective tout à fait bourgeoise et capitaliste....

Rappelons le point de vue développé par Trotsky : même une révolution ne posant que des aspirations théoriquement mises en avant par la bourgeoisie au cours de son histoire, si elle est le fait d’une lutte dont la force marchante est le prolétariat, est objectivement une révolution prolétarienne. Elle peut ne pas être conçue comme telle y compris par le prolétariat lui-même et, dans ce cas, elle échoue complètement...

Il est tout d’abord évident que ces mouvements ne se limitent pas à revendiquer la démocratie et qu’ils ont une racine sociale profonde. La dimension de la revendication sociale est d’autant plus évidente que tous les régimes ont d’abord répondu en distribuant des sommes importantes aux plus démunis sous diverses formes.

A l’opposé, Faouzi Elmir écrit : « À tous égards, le monde arabe vit aujourd’hui un moment historique de son histoire avec l’imprévisible révolte tunisienne qui a pris de court les gouvernements capitalistes occidentaux et leur homme lige obligé de fuir précipitamment avec sa suite devant la fronde populaire après 23 ans de règne. Cette même révolte tunisienne « du pain et de la faim » éclate en même temps dans d’autres pays arabes, en Algérie, en Jordanie, en Egypte, au Soudan. Pour prévenir une révolte à la tunisienne, le régime libyen était obligé de distribuer 2000 dinars aux pauvres et aux besogneux. La propagande politique des pays capitaliste cherche à manipuler l’opinion publique occidentale et arabe en faisant croire que les manifestants et les révoltés tunisiens, algériens, jordaniens, égyptiens battent le pavé et défilent dans les rues parce qu’ils sont assoiffés de démocratie, d’élection, de liberté d’expression, c’est-à-dire du bla bla à l’occidentale. Ce que veulent en réalité les masses arabes, ce n’est pas difficile à deviner, on peut le lire facilement sur leurs banderoles lors des grandes manifestations dans les rues de Tunis, d’Alger, d’Amman, du Caire etc. « nous avons faim », « la faim, c’est mécréant », « nous voulons du travail ». (...) Ce serait une grave erreur d’appréciation d’attribuer la révolte tunisienne et la fuite précipitée de Zine Albdine Ben Ali à la nature et aux caractéristiques d’un régime politique, celui de la Tunisie. En réalité, ce sont la propagande politique capitaliste et ses relais dans le monde arabo-musulman qui cherchent à focaliser l’attention, pour divertir et maquiller la réalité des choses, sur le côté politique, répressif et anti-démocratique du régime de Ben Ali dans le but de gommer les raisons profondes qui sont à l’origine de la révolte de la jeunesse tunisienne. (...) La question qui se pose est de savoir si la révolte de la jeunesse tunisienne est politique ou sociale. Ceux qui cherchent à noyer le poisson en donnant une coloration politique à la révolte tunisienne se trompent, car celle-ci est avant tout une crise sociale. Mais dire que la révolte tunisienne est une crise sociale, cela ne reflète que partiellement la réalité, car pour être dans le vrai, il faudra aussitôt ajouter qu’elle est aussi et avant tout le symptôme pathologique d’une crise globale bien plus profonde dépassant largement les frontières d’un pays, LA crise d’un système planétaire en phase terminale qui est en train de rendre son âme, le système capitaliste dont la Tunisie n’est qu’un simple maillon. Autrement dit, pour être plus clair et plus précis, Mohamed Bouaziz, le jeune qui s’est immolé par le feu et qui a été à l’origine de la révolte n’est pas seulement victime de l’injustice sociale de son pays, la Tunisie et du régime de Ben Ali mais il est aussi victime d’un système planétaire générateur de misère et d’injustice, le capitalisme. (...) Pour la propagande capitaliste, la révolte de la jeunesse égyptienne contre Hosni Moubarak exprime la volonté de tout un peuple de se libérer d’un régime despotique et dictatorial et traduit ses aspirations vers la démocratie et la liberté. Depuis la révolte jadis de la jeunesse tunisienne qui a mis fin à un régime établi depuis 23 ans et la révolte d’aujourd’hui de la jeunesse égyptienne qui est en train d’asséner le coup de grâce au régime de Hosni Moubarak au pouvoir depuis 30 ans, la propagande capitaliste martèle et intoxique les opinions publiques en présentant ces deux événements comme des mouvements de révolte pour la démocratie. (...) Pourquoi chaque révolte, soit dans le monde arabe ou ailleurs dans le monde, est-elle toujours interprétée comme une révolte pour une démocratie à l’occidentale ? Pourquoi n’est-elle pas autre chose qu’une simple aspiration à la démocratie ? Pourquoi le sens de l’histoire doit-il forcément s’orienter dans un seul sens, celui de la démocratie de nos missionnaires bornés ? N’y a-t-il pas un autre sens de l’histoire ? Pourquoi l’histoire ne s’orienterait-elle pas vers un autre système plus ou moins égalitaire, un système « partageux » où les richesses sociales reviennent à tous ceux qui les ont produites et non pas à une poignée de profiteurs et d’exploiteurs capitalistes ? (...) Le vent de révolte qui souffle aujourd’hui au Moyen-Orient et en Afrique du Nord constitue à bien des égards un tournant non seulement dans l’histoire de cette région du monde mais dans l’histoire de l’humanité tout entière. C’est en effet la fin d’un cycle et le début d’un autre, la fin d’un système qui agonise et qui meurt lentement de sa mort naturelle et le début d’une nouvelle période marquée par des incertitudes et des convulsons. » 

La chute de Ben-Ali et de Moubarak loin d’avoir conclu le mouvement social qui les a provoquées, l’a étendu et intensifié dans le prolétariat des deux pays. En Égypte c’est même une nouvelle extension des grèves qui a conduit à la démission définitive de Moubarak. Aucune des aspirations des prolétaires et des plus pauvres à l’origine du mouvement n’a été réalisée, si ce n’est la liberté de parole et d’action qui ont de fait été -pour le moment- imposées dans et par la rue. Les prolétaires des industries et des services sont entrés en lutte massivement, aux quatre coins des deux pays. Leurs revendications sont d’ordre économique aussi bien que politique. Elles concernent autant des questions de salaires et de conditions de travail que des révocations de responsables politiques ou d’entreprises, l’abolition de lois répressives ou le droit d’organisation syndicale. 

Le prolétariat sera confronté à trois combats simultanément : pour imposer le maintien de la liberté de parole et d’action conquises dans la rue ; pour arracher des améliorations de ces conditions de travail et d’existence ; pour ne pas se laisser embrigader, diviser, encadrer puis paralyser par toutes les forces "démocratiques", "patriotiques", politiques et syndicales qui entreprennent leur travail de "normalisateurs". 

Présentée comme une conquête du peuple, la démocratie bourgeoisie est surtout le plus efficace rempart contre les forces qui peuvent menacer l’ordre établi. 

Les aspirations et exigences des prolétaires devront pour se faire un chemin affronter beaucoup de ceux qui aujourd’hui parlent en leur nom. Malheureusement, comme nous le montre l’expérience des nombreuses "démocratisations" qui se se sont déroulées depuis les années 1970, de l’Espagne et du Portugal jusqu’aux deniers pays de l’Est, le combat est rarement gagné. 

L’extrême gauche et l’idéologie du sport 

De façon plus immédiate, l’extrême-gauche en France marque son entrée dans l’union sacrée par son abandon de toute lutte politique contre la propagande patriotique dont le sport est un important vecteur, se contentant d’une dénonciation économique. N. Arthaud de Lutte Ouvrière explique aux ouvriers que la trêve dans la lutte des classes, c’est à dire l’Union sacrée, est de mise, face à à la beauté du sport :

« Le foot, les joueurs et les supporters ne sont pour rien dans toutes ces horreurs. Ce sont les profits de Vinci, de Bouygues, de Thales ou Alstom qui sont rouges du sang des ouvriers morts sur ces chantiers. »

Les insultes homophobes qui fusent dans les matchs de football des petits clubs ne concerneraient donc pas les travailleurs qui sont joueurs ou supporters de ces petits clubs !

Mais le monde du sport est bien une institution para-étatique dont le bas de la pyramide est constitué par des clubs, complété par des cours à l’école. Les « jeunes de banlieue » sont abreuvés de l’idéologie du sport : possibilité de réussite (traduction : s’en mettre plein les poches), de la fraternité. Les travailleurs n’auraient rien à dire ? Rester au garde-à-vous pendant la Marseillaise, les supporter-travailleurs doivent faire comme les autres ? Agiter le drapeau bleu-blanc-rouge que les travailleurs conscient savent depuis Blanqui en 1848 qu’il n’est pas le leur, les travailleurs doivent s’y plier pour le sport ? C’est un signe de la dérive opportuniste de l’extrême gauche, le fait que l’on doive chercher la dénonciation suivante chez le sociologue J-M Brohm, et non pas dans la presse ouvrière de gauche ou d’extrême gauche, syndicale ou politique : Lors du Mundial de 1978, sous la dictature de Videla et de ses gorilles, les « masses populaires », shootées à mort par l’opium football, avaient fait un triomphe à l’équipe nationale argentine victorieuse des Pays-Bas dans un stade hystérique. Les clameurs hystériques « Argentina campeon » avaient été l’occasion pour la junte au pouvoir de conforter l’Union sacrée derrière l’équipe championne et de couvrir les cris des suppliciés à l’Ecole mécanique de marine. Loin de contester la dictature, le football fut à cette occasion un pur moyen de propagande et de répression. En Angleterre, comme en Italie, en Espagne ou en France, le football, loin de contribuer à renforcer la conscience de classe et la solidarité ouvrière, a toujours été au contraire un pur instrument de diversion politique, un dérivatif aux luttes sociales, un misérable sucre d’orge pour compenser la misère de la condition ouvrière. 

De vraies perspectives prolétariennes internationalistes

1°) La révolution sociale n’est pas cantonnée dans des frontières nationales mais vise au renversement de tous les impérialismes et de tout le système capitaliste mondial, y compris quand localement elle a des tâches démocratiques, antiféodales comme dans la Péninsule arabique.

2°) La révolution sociale entraîne de nombreuses couches sociales comme jeunes, femmes, pauvres, chômeurs, paysans, artisans et commerçants méidérabilisés, mais elle doit être dirigée par la classe ouvrière, seule classe ayant comme perspective le pouvoir aux travailleurs et les moyens de l’organiser, les conseils ouvriers, et les moyens de bâtir une société nouvelle débarrassée de l’exploitation de l’homme par le capital.

3°) Les seuls amis des travailleurs sont des partisans du pouvoir aux conseils ouvriers, l’équivalent des soviets de 1917 et de la Commune de Paris de 1871.

4°) Si les petits soldats veulent participer à la révolution, ils doivent aider le peuple travailleur à s’armer et à désarmer les Etats-majors militaires.

5°) Tout le prolétariat international doit militer en faveur de la lutte ouvrière révolutionnaire en dehors de son propre pays et notamment en faveur de celle des travailleurs du monde qui sont exploités dans les pays de la Péninsule arabique.

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