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Le prolétariat a une force potentielle considérable mais beaucoup trop de faux amis

mardi 24 janvier 2023, par Alex, Waraa

Que faire ? Attendre jusqu’à 64 ans que les réformistes mènent une vraie lutte de classes ? Inutile !

Le prolétariat a une force potentielle considérable mais beaucoup trop de faux amis

Deux communiqués et une manifestation de l’intersyndicale

L’intersyndicale (les cinq organisations "représentatives" CGT, FO, CFDT, CFTC, CGT, ainsi que UNSA, Solidaires et FSU) qui avait appelé dans un communiqué le 10 janvier dernier à une « première journée de mobilisation le 19 janvier », a publié, rejointe par cinq organisations étudiantes et lycéennes, un communiqué triomphaliste à l’issue de cette journée, appelant à un seconde journée le 31 janvier :

« Ce 19 janvier, partout sur le territoire, plus de deux millions de travailleuses et travailleurs, et de jeunes se sont mobilisé-es mis en grève et/ou ont manifesté, dans le public comme dans le privé, contre la réforme des retraites de ce gouvernement.(...) Nous sommes unis et déterminés à faire retirer ce projet de réforme des retraites, c’est pourquoi l’intersyndicale appelle à une nouvelle journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles le 31 janvier. L’intersyndicale se réunira le soir même. »

Le gouvernement au service des capitalistes met bien en oeuvre une attaque contre les intérêts économiques de la classe ouvrière, en repoussant l’âge de départ à la retraite ; mais derrière cette attaque économique, que même des politiciens bourgeois du MODEM proche du gouvernement critiquent, c’est une attaque politique que mène ce gouvernement, et ceci, malgré les apparences, ... en parfait accord avec ces confédérations syndicales qui prétendent nous défendre !

Les révolutionnaires et les ouvriers conscients sont les seuls à vouloir qu’une lutte menée par des travailleurs soit réellement une victoire, ou au moins aille au bout de ses possibilités. C’est avant tout par leur critique révolutionnaire qu’ils peuvent participer à un tel mouvement ; en critiquant non seulement le gouvernement, mais aussi ses agents bourgeois au sein du mouvement ouvrier que sont les dirigeants des organisations de gauche politiques (PS, PC, LFI, EELV) et syndicales (CGT, CFDT, SUD, FO etc) et d’une extrême-gauche (LO, les deux NPAs, Révolution Permanente) qui se met de plus en plus ouvertement au service de ces dernières, en particulier au moment des « mouvements » comme celui des retraites initié par l’intersyndicale arbitrairement le 10 janvier.

Les faux amis de l’intersyndicale

Le premier mensonge auquel sont confrontés les travailleurs (diffusé par les syndicalistes, pseudo-révolutionnaires, comme le trio Arthaud-Kazibe-Poutou des partis LO-RP-NPA) est que ces directions syndicales ne seraient simplement pas assez « combattives », mais qu’elles sont bien dans « le camp des travailleurs ». Il n’est pas nécessaire de les combattre, il suffit de les « pousser » en obéissant à leurs appels. Bref ce seront avant tout les travailleurs qui seront responsables de ce que feront les bureaucrates syndicaux.

C’est donc une extrême-gauche qui ne joue, volontairement, aucun rôle dirigeant dans ce mouvement qui diffuse ce mensonge. La majorité des travailleurs se défient des confédérations syndicales ; cette extrême gauche leur dit : nous sommes aussi méfiants que vous, mais voyez, nous suivons cette intersyndicale, sans illusions, vous pouvez donc nous faire confiance.

Cette extrême gauche n’a aucun rôle dirigeant, mais celui de courroie de transmission des confédérations, car ses troupes (militants, sympathisants, jeunes) sont formées entre autres de milliers de cadres syndicaux moyens appartenant à l’aristocratie ouvrière, des petits-bourgeois déguisés en ouvriers qualifiés, qui martèlent ce message, engagés comme adjudants, lieutenants (étymologiquement : qui tient lieu), volontaires au service des « généraux » de l’intersyndicale pour encadrer la "chair à manif" que sont destinés à être les travailleurs dans ce type de mouvement.

Ainsi N. Arthaud déclarait le 9 janvier, dans : En 2019, Macron avait enrobé son attaque de propositions de la CFDT pour la rallier à sa cause. Cette fois, il a passé un marché avec la droite pour s’assurer d’une majorité à l’Assemblée. Toutes les confédérations syndicales sont forcées de le reconnaître : la réforme est brutale. (...) Les confédérations prétendent vouloir mener la lutte. Mais le simple fait qu’elles attendent mardi soir pour annoncer ce qu’elles comptent faire montre que leurs dirigeants sont de bien piètres généraux. L’essentiel va donc dépendre des travailleurs eux-mêmes. Il faut trouver en nous-mêmes l’énergie et la détermination pour faire reculer Macron.

Ainsi, N. Arthaud présente aux travailleurs les dirigeants des confédérations syndicales comme « leurs généraux » ! Les véritables révolutionnaires disent aux travailleurs : ces guignols qui parlent en votre nom ne sont que « des chiens en laisse de la bourgeoisie » comme le disait Trotsky de la CGT d’après 1914 ; élisez vous mêmes vos représentants dans des assemblées générales souveraines. Ce n’est pas par hasard que seulement le 10 janvier les syndicats appellent à l’action ; car ils ont jusqu’au bout joué la collaboration de classe avec le gouvernement. Les qualifier de "piètres" est sous-estimer leur force, qui dépend non pas de leurs qualités ou défauts personnels, mais de leurs milles liens avec l’appareil d’Etat depuis l’Union sacrée en 1914.

N. Arthaud a peur de ces "piètres généraux" au point de n’oser les nommer, faisons-le pour elle : parmi eux il y a avant tout ceux de la CGT, qui n’ont eu aucun mal à expulser son porte-parole J-P Mercier de son poste de délégué syndical de l’automobile, laissant simplement faire leurs « piètres colonels » de la Fédération Métallurgie. N. Arthaud a maintenant peur de citer SUD, car son porte-parole J-P Mercier vient d’y trouver refuge !

C’est à des serviteurs dévoués, hauts ou moyen fonctionnaires de l’appareil d’Etat au service du patronat, que les travailleurs ont affaire en la personne des dirigeants syndicaux. Les dirigeants des confédérations syndicales sont quasiment des haut-fonctionnaires de l’Etat bourgeois. Appeler à les sous estimer en les qualifiant de piètres (après avoir été battus par eux à plate couture !) comme le fait LO, c’est détourner les travailleurs de leur tâche de destruction de l’Etat bourgeois, qui pourra commencer dans un pays comme la France, aussi surprenant que cela puisse paraitre, par la lutte contre le monopole des appareils syndicaux concernant la représentativité des travailleurs.

De plus c’est au nom de la « démocratie syndicale » que J-P Mercier avait dénoncé les « bureaucrates de Montreuil » (commune du siège de la CGT). J-P Mercier est à présent à SUD. Comment SUD défend-il dans le mouvement des retraites une quelconque démocratie syndicale ? Où sont les initiatives des militants CGT que N. Arthaud mit en avant lors de son meeting au Zénith pendant la campagne des présidentielles ?

Ne comptez pas sur eux ! Les militants syndicaux de toute l’extrême gauche se mettent aux ordres des « piètres généraux ». C’est le message contenu dans la conclusions de N. Arthaud : L’essentiel va donc dépendre des travailleurs eux-mêmes ! Qu’ils ne comptent pas sur tous ces révolutionnaires qui ont des postes de secrétaires de syndicat, délégué du personnel ou dans les Union locales et départementales.

En rang derrière les appels de l’intersyndicale, c’est la politique de ces « piètres révolutionnaires ».

Un projet de loi du gouvernement

Le Communiqué intersyndical Retraites : première journée de mobilisation le 19 janvier se place dans le calendrier parlementaire en se présentant comme une réponse à un projet de loi, rebaptisé "annonce" : « La Première Ministre a annoncé ce 10 janvier 2023 le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans avec une accélération de l’augmentation de la durée de cotisation. »

Premier choix politique : l’intersyndicale fait mine de se placer hors de l’agenda parlementaire en ne mentionnant pas ce qu’un site du gouvernement détaille : « Lors d’une conférence de presse, la Première ministre, les ministres en charge de l’économie, du travail et de la fonction publique ont détaillé le contenu de la réforme des retraites qui va être discutée au Parlement dès le mois de février pour une mise en application à partir du 1er septembre 2023. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificative qui portera la réforme sera présenté au Conseil des ministres du 23 janvier. »

Voilà le calendrier implicite du mouvement de l’intersyndicale.

L’intersyndicale se garde bien de souligner le caractère absurde, du point de vue des institutions bourgeoises, de la future loi Borne : alors que le premier mois de l’année n’est pas achevé, la loi de financement de la sécurité sociale, promulguée le 24 décembre 2022, est déjà considérée comme ayant aboutit à un déséquilibre si grave qu’une loi de financement rectificative, la loi Borne, doive lui être ajoutée ! Cette entourloupe permet au pouvoir exécutif de faire passer sa "réforme" sans aucun risque d’être contredit par le parlement, c’est l’esprit de la monarchie républicaine mise en place par De Gaulle, la « démocratie » vantée par Macron.

Que font donc les députés Nupes dans le « combat » de l’intersyndicale, face à ces absurdités institutionnelles ? Rien, ils laissent poliment, avec l’accord des syndicats, la voie à « la rue », ils s’effacent modestement, après s’être précipité pour prendre la tête de la Commission des Finances. Les députés, ceux de la la Nupes en particulier , ne servent à rien ; la République bourgeoise ne sert à rien lorsque les travailleurs veulent s’exprimer ; ce régime n’a absolument rien de démocratique. Mais la Nupes et les confédérations syndicales ne remettent pas en cause ces institutions, alors que les Gilets jaunes l’ont fait récemment.

Or c’est dans cette critique des institutions qu’est la voie pour une victoire immédiate contre la réforme des retraites de Macron-Borne : il n’y a aucune raison que le budget de la Sécurité Sociale soit géré par l’Etat, fasse l’objet de loi. Les ordonnances de 1945 qui mirent en place ces institutions en laissaient la gestion aux organisations syndicales, salariales et patronales. Accepter la tutelle de l’Etat puis se plaindre que cet Etat l’exerce au service du Capital, c’est l’impasse dans laquelle les réformistes ont enfermé les travailleurs. Les retraites forment une partie du salaire collectivisé des travailleurs. C’est à eux de gérer ce salaire. C’était un des points du programme du Parti ouvrier (PO) de Jules Guesde en 1880 : Suppression de toute immixtion des employeurs dans l’administration des caisses ouvrières de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers.

La seule réforme qui vaille que l’on se batte pour, c’est ce point du programme du PO de 1880. Le programme de l’intersyndicale et de la Nupes, repris par l’extrême-gauche (LO-NPAs) c’est de réclamer une « bonne tutelle » de l’Etat bourgeois sur les salaires des travailleurs.

L’intersyndicale invite donc les salariés et étudiants à peser pacifiquement sur une discussion à l’Assemblée nationale, où le gouvernement obtiendra facilement la majorité ! Allez donc convaincre les députés macronistes de Renaissance et ceux de LR ! C’est ce que Marx appelait le « crétinisme parlementaire », auquel des organisations qui se disent révolutionnaires, voire marxiste, parfois trotskistes, invitent tous les travailleurs à se joindre : Lutte Ouvrière (LO), tous les "Nouveau parti anticapitaliste"-s (NPA), Révolution permanente. Cette ruée des « crétinistes parlementaire » est peut- être le seul acquis que les travailleurs conscients pourront tirer de ce « mouvement intersyndical », même s’il échoue : repérer les faux révolutionnaires, qui courent dès que les bureaucraties syndicales ordonnent de se mobiliser.

La deuxième raison pour laquelle l’intersyndicale ne décrit pas clairement sa stratégie purement parlementariste, c’est qu’elle a appelé à voter Macron, donc pour cette réforme des retraites ! De plus l’intersyndicale était présente depuis le début de ces mascarades de la démocratie bourgeoise en participant au Conseil d’Orientation des retraites (COR), que l’intersyndicale rebaptise « concertation » dans son communiqué du 10 janvier : « les organisations syndicales n’ont eu de cesse pendant la concertation avec le Gouvernement de proposer d’autres solutions de financement, à commencer par l’amélioration de l’emploi des seniors. Jamais le gouvernement, arc-bouté sur son projet, ne les a étudiées sérieusement. »

Ce COR est une institution bidon du point de vue des travailleurs, mais l’intersyndicale ne remet pas en cause sa participation : pendant que des ouvriers travaillent à la chaine, des permanents syndicaux réfléchissent autour d’un bon repas à la retraite de ces exploités en se mettant au service du gouvernement, au lieu d’organiser une campagne nationale de réunions publiques pour s’adresser aux travailleurs.

Car le COR est un service du Premier ministre créé par décret en 2000. Parmi les rédacteurs du dernier rapport publié en septembre 2022, on trouve Éva Sas députée EELV (Nupes) ; Monique Lubin du PS, qui le 11 janvier dernier interpellait le gouvernement à l’Assemblée, déguisée en Zola « Isabelle, travaille dans l’agroalimentaire depuis 40 ans et elle devait prendre sa retraite à 62 ans et elle devra travailler un an et trois mois de plus  ».

Mais le fait que cette député PS ait participé depuis des mois au COR où les « Isabelle » ne sont pas invitées, où l’ont trouve seulement des personnalités « qualifiées », les députés Nupes ainsi que leurs amis de l’intersyndicale essaient de le faire oublier. Un mandat de député donne droit à un supplément retraite de 700 euros, deux mandats à 1400 euros, on comprend pourquoi les députés de gauche n’ont pas à se plaindre côté retraite.

Pourquoi la FSU, la CGT, FO, la CFDT, la CFTC qui ont participé au COR n’ont pas appelé à manifester dès le début du processus qui aboutit au projet le loi Borne ? Ont-il écrit un contre-rapport, une contre-proposition de loi en parallèle au projet de loi du gouvernement, qu’ils appelleraient les travailleurs à soutenir dans ce « mouvement », qui aurait des cahiers de revendications déjà prêtes ?

Des cahiers de doléances rédigés par les « Isabelle » organisées dans des sections telles celles des sans-culottes pendant la révolution française, que des manifestants iraient porter en entrant, si nécessaire de force à l’Assemblée, dont les député Nupes leur auraient ouvert les portes ? La démocratie révolutionnaire inspirée par celle de la Révolution française n’est pas au programme de l’intersyndicale.

Les Gilets jaunes ont organisé une telle manifestation en décembre 2019 après que Macron leur avait lancé le défi : « qu’ils viennent me chercher ». Le tribun de pacotille Mélenchon ne lancera pas un tel appel : allons chercher Borne et Macron ! Faire le lien entre les Gilets jaunes et les travailleurs de la gauche électorale est un risque que justement, cet appel à froid de l’intersyndicale veut court-circuiter. En coupant les salariés de l’héritage du mouvement des Gilets jaunes, l’intersyndicale coupe les ailes du mouvement.

La pyramide syndicale avec à sa base l’extrême-gauche

Mais au fait, que demandait l’intersyndicale le 10 janvier ? Rien ! « Non aux 64 ans, non au 43 ans de cotisation ! Augmentation générale des salaires et des retraites » sont des mots d’ordre élémentaires que l’on ne trouvera pas dans le communiqué du 10 janvier, qui cherche juste à construire un « mouvement » sans objectifs avoués.

Suite aux succès du 19 janvier, l’intersyndicale affirme à cette date dans son communiqué : « le gouvernement doit renoncer à la fois à l’âge de départ à la retraite à 64 ans et à l’accélération de l’augmentation de la durée de cotisation. ».

Mais il faut plus pour entraîner des figurants dans les manifestations de l’intersyndicale, donner des arguments aux médias qui annoncent les « blocages » du pays que la CGT nous prépare. Ce sale travail est réservé aux fédérations ou Unions Départementales qui présentent des revendications plus précises, plus larges, plus radicales. Mais aucune d’elles ne se démarque de l’appel de l’intersyndical, c’est bien pour cette intersyndicale qu’elles recrutent, prêtes à arrêter le mouvement dès que l’intersyndicale le voudra.

Au niveau des syndicats d’entreprise, le radicalisme de façade de l’extrême-gauche peut se déchaîner. Car si certains syndicats se contentent de reformuler le communiqué de l’intersyndicale, d’autres font du zèle pour organiser de fausses AGs. Qu’est-ce qu’une fausse AG ?Une AG qui ne prendra aucune décision, où l’appel aux manifestations des intersyndicales locales est le seul programme, annoncé en général avant même qu’il ne soit voté en AG. Des AGs ne formeront une base pour que la démocratie ouvrière soit le moteur d’un mouvement que si elle se proclament souveraines, envoient des déléguées dans des coordinations locales, régionales, nationales, dénoncent le monopole de l’intersyndicale.

C’est pour étouffer une telle démocratie que l’appel du 10 janvier écarte tout mouvement en affirmant : « Les organisations syndicales appellent les salarié.es à se mobiliser fortement dès cette première journée dans l’ensemble du territoire et à participer aux différentes initiatives organisées en intersyndicale. »

La CGT Fonction Publique qui baptise le « mouvement » : « POUR ENGAGER LA MOBILISATION PROLONGÉE CONTRE LA RETRAITE À 64 ANS ! » donne l’exemple de formulations plus vagues adressées aux travailleurs de base, en masquant sont ralliement à l’intersyndicale ; elle « renouvelle son appel à préparer la mobilisation la plus large, déterminée et unitaire, inscrite dans la durée par la grève et les manifestations, pour empêcher ce gouvernement au service des intérêts du capital d’arriver à ses fins. Elle travaillera en ce sens avec toutes les organisations disponibles pour cela, dans le champ syndical et au-delà. »

Le « au-delà » fait-il référence à des assemblées regroupant syndiqués et non syndiqués, assemblées se proclamant souveraines, décisionnelles, élisant des déléguées qui se regrouperont dans des coordinations inter-entreprises, coordinations de ville, de département, de Région, voire de village ? L’intersyndicale avance en général masquée grâce à ses relais locaux plus « radicaux »

Pour une bataille de Poitiers dans chaque département

A Poitiers des Gilets jaunes ont mis en avant des mots d’ordre politiques et révolutionnaires :

Face à cela, les sommets de l’hypocrisie des faux révolutionnaires sont atteints par l’extrême-gauche opportuniste. Le programme du NPA nouveau est clairement exprimée dans ce même département par le groupe local NPA 87 :

Il faut construire un parti qui défend cette perspective, sans ambiguïté. Mais la question de la rupture révolutionnaire est stratégique : pour prendre le pouvoir il faudra, à un moment, dans la lutte révolutionnaire, engager une rupture avec l’état, avec les institutions, etc. Cela n’est pas une politique défendue par les dirigeant•es de la NUPES. Mais est-ce que cette question stratégique se pose de façon immédiate ? Non.

La révolution, la rupture avec les institutions (comme l’intersyndicale), voire avec la Nupes, est à l’ordre du jour ... mais le moment n’est pas « opportun » : c’est la définition historique que le journaliste militant Rochefort donna de l’opportunisme.

Dans son éditorial, N. Arthaud, pour LO, décrète que la journée choisie par l’intersyndicale, le 19 janvier, est la bonne, qu’il faut répondre à cet appel, en ajoutant : « Pour se développer, la mobilisation doit être propagée et contrôlée par les travailleurs de la base. Le succès de cette première journée doit donc être l’affaire de tous. Si nous, travailleurs, réussissons à mobiliser toutes nos forces, nous forcerons Macron à reculer. » Sous-entendu : si les travailleurs ne répondent pas à la convocation de l’intersyndicale, ils seront responsables de l’échec du mouvent. Comité de grève, coordination nationale, pas besoin, un vague appel à la base (la base de quoi ?) ! Le "moment opportun" de parler de comités de grève n’est pas venu !

Cette extrême gauche se charge de faire croire qu’elle est en opposition avec les directions syndicales qui seraient « trop molles », et que c’est si le mouvement prend de l’ampleur que des « révolutionnaires » auront la possibilité de se substituer à ces organisations syndicales. Mais en attendant, il faut laisser « le mouvement se développer » et combattre toute critique de l’intersyndicale.

Comme si la question du contrôle d’un mouvement par la base ne se posait pas dès avant la première manifestation. Un des signes du caractère bureaucratique de l’encadrement du mouvement, est que les relais de l’intersyndicale ont peur de toute AG qui discuterait le communiqué de cette intersyndicale elle-même. Car mettre un texte au vote, c’est déjà lui imposer un certain contrôle, c’est une habitude dangereuse pour les bureaucrates, c’est donner conscience aux travailleurs en grève qu’ils ne sont pas de simples exécutants.

En 1967, LO avait un tout autre langage et dénonçait clairement la bureaucratie syndicale : « Dire que la bourgeoisie française n’a pu mener sa politique et se maintenir en selle depuis la fin de la guerre sans grands remous sociaux que grâce au PCF et à la CGT, n’est que l’exacte réalité. »

Cette extrême-gauche est minuscule électoralement, c’est pour cette raison qu’elle s’implique dans les syndicats, fournissant une grande proportion des cadres moyens du syndicalisme qui fait du zèle pour faire vivre le mouvement de l’intersyndicale. Ce fait était déjà expliqué par LO à propos du PCF de l’époque, dans son article de 1967 : « l’existence même du PCF dans les entreprises repose sur la CGT. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’expliquer longuement que c’est à l’activité syndicale de ses militants que le PCF doit la majeure partie de son influence dans les entreprises. Le PCF en tant que tel n’y a que très peu d’influence, par l’intermédiaire de la CGT il en a une énorme. »

Si dans chaque département comme à Poitiers, la bataille entre un pôle défendant l’auto-organisation du mouvement, la continuité avec le mouvement des Gilets jaunes, était mis en place face au pôle de l’intersyndicale, la vraie bataille pour la défense des retraites aurait commencé.

Les petits et moyens paysans, les travailleurs indépendants

Les couches petites-bourgeoises sont ignorées par les appels de l’intersyndicale, qui isolent ainsi les travailleurs salariés. Si des noyaux actifs de paysans, d’artisans, commençaient à se joindre au mouvement, c’est la base politique de la bourgeoisie qui s’effondrerait. Pas besoin d’un million d’entre eux, c’est le début d’une telle dynamique qui appellerait les grands bourgeois à faire reculer le gouvernement Macron.

C’est ce type mouvement interclassiste qui caractérisa les Gilets jaunes, dont les bureaucrates syndicaux veulent effacer le souvenir. L’extrême-gauche (NPA-LO) est volontaire pour ce sale travail. Le NPA a changé de nom en 2009 afin d’enterrer ce que la LCR écrivait en 1976 dans sa brochure "Front Unique Ouvrier" : ces couches, de par leur position intermédiaire, souvent propriétaires en même temps que travailleurs, ou d’origine bourgeoise et d’avenir prolétarien, oscillent entre le programme de la bourgeoisie et celui du prolétariat. Les alliances que la classe ouvrière doit nouer avec la petite-bourgeoisie et les couches intermédiaires ne peuvent être opérées d’organisation à organisation. Elles ne peuvent être opérées que sur le terrain de la lutte, sur le programme et la direction de la classe ouvrière, reprenant à son compte toutes les revendications propres de ces alliés historiques quand elles ne sont pas incompatibles avec ses propres objectifs ; et en combattant les organisations pseudo-représentatives

Les syndicats paysans divisés

Parmi ces organisations pseudo-représentatives, la FNSEA donne l’exemple en parlant au nom des paysans pauvres en soutien à la loi Borne : Elisabeth Borne a annoncé ce jour le décalage de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans assorti d’une accélération de la réforme dite Touraine de 2014 fixant le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein pour les assurés nés jusqu’en 1973.

Nous prenons acte de cette annonce conforme aux promesses électorales du Président de la République. La FNSEA est responsable vis-à-vis des générations futures et donc soucieuse de garder des régimes de retraite viables et soutenables pour les jeunes générations. Nous rappelons néanmoins la deuxième partie de la promesse présidentielle qui était d’instaurer un minimum de retraite pour les carrières complètes de l’ordre de 1 200 euros par mois. Pour les « nouveaux retraités » mais aussi « toutes celles et ceux qui sont déjà à la retraite ». Il est important que ce minimum concerne aussi tous les retraités agricoles à carrière complète. C’est capital pour tous les conjoints d’agriculteurs à carrière complète dont le minimum de retraite n’a pas dépassé 741 € malgré le vote de la loi Chassaigne 2.

Le syndicalisme paysans est divisé car la Confédération paysanne appelle par contre à manifester contre la loi Borne : Réunie en Comité national, la Confédération paysanne vient de décider d’appeler tous les paysans et paysannes à rejoindre, partout sur les territoires, la mobilisation de l’intersyndicale contre la réforme des retraites le 19 janvier prochain.

Nous refusons cette réforme qui repousse l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans et accélère l’allongement de la durée de cotisation. Les paysannes, souvent avec des carrières incomplètes, ayant travaillé avec des sous-statuts voire sans être déclarées, seront doublement pénalisées. Et rien n’est dit sur les habitant•es des territoires d’Outre-Mer, dont le niveau de pension est pourtant indigne.

Rappelons que l’annonce d’une retraite « minimum » à 1200 euros est trompeuse et digne d’une escroquerie à grande échelle : elle ne concerne que les carrières complètes à 43 ans de cotisation, contre 42 aujourd’hui, et laisse donc de côté les carrières incomplètes ! Les paysannes et paysans ont déjà vécu ces effets d’annonce suivis de grande déception. Par exemple, avec la loi Chassaigne 1, censée revaloriser les retraites des chef•fes d’exploitation à 85% du Smic, dont les critères excluent de nombreux•euses paysan•nes.

La loi Chassaigne, portée par le PCF, est donc une réforme bidon, le seul type de réforme dont est porteuse la gauche gouvernementale ! Voilà pourquoi les élus et la Nupes n’ont aucune proposition de loi à proposer au mouvement contre la loi Borne. La Confédération Paysanne est cependant dans la même logique de collaboration de classe à travers sa soumission respectueuse au gouvernement, elle qui avait déclaré en 2021 à propos de la loi qu’elle dénonce aujourd’hui : La Confédération paysanne appelle les parlementaires à coordonner leurs initiatives pour qu’elles débouchent rapidement sur des mesures concrètes, bénéficiant aux laissé•e•s pour compte des réformes précédentes. Pour nous en assurer, nous suivrons de près le travail législatif et continuerons nos échanges et travaux avec les parlementaires.

Si elle défend seulement « ses intérêts », la classe ouvrière ne peut vaincre

Ce qui fait la force de la classe ouvrière, ce n’est pas seulement de se battre pour ses propres intérêts. Cette force est d’autant plus limitée que la classe ouvrière ne défend que ses propres intérêts, au lieu de se poser en classe dirigeante entrainant derrière elle tous les exploités du pays. C’est cette force révolutionnaire que l’intersyndicale a pour mission de détruire.

En s’adressant aux paysans, leur proposant : venez revendiquer avec nous une retraite d’au moins 2000 euros, alors que l’Etat, la FNSEA Les Républicains, ne vous proposent que 1200 euros, et souvent moins. Le « rapport de force » changerait immédiatement. En ne s’adressant pas à ces couches de la petite-bourgeoisie, l’intersyndicale consolide l’appui parlementaire du parti Les Républicains à Macron, ouvre un boulevard à l’extrême-droite en laissant des mouvements de type poujadiste rassembler ces couches en les rendant hostiles au prolétariat.

La manifestation appelée par des collectifs de boulanger ce 23 janvier est également révélatrice : des militants d’extrême-droite qui dénoncent le fait que l’intersyndicale n’inclut ni les paysans ni les artisans dans les travailleurs, y appellent.

Certains syndicats de boulangers s’opposent par contre à cette manifestation : « Des collectifs de boulangers appellent à manifester ce lundi 23 janvier 2023. Dominique Anract, président de la confédération nationale de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie française, ne sera en revanche pas dans la rue. Lui se dit satisfait de l’écoute de l’Etat » lisait-on dans Ouest-France.

L’extrême-droite ou l’Etat proposent leur secours aux artisans, comme aux paysans : si le prolétariat ne s’adresse pas à ces couches sociales, il ne fait préparer que la voie à l’extrême-droite.

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