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L’extrême-gauche opportuniste

La Fraction l’Etincelle rejette la tactique de "Front ouvrier unique", deuxième lettre de l’ABC du communisme

vendredi 30 juin 2023, par Alex

Des groupuscules qui dénigrent le marxisme et la classe ouvrière, tout en s’en réclamant

La Fraction est un des groupuscules (au sens donné par Lénine à ce mot, pas au sens stalinien) qui avec Lutte Ouvrière (LO) et Révolution Permanente (RP), se réclame parfois du trotskisme, mais toujours pour conclure que la stratégie et la tactique de Trotsky ne sont "malheureusement" pas applicables aujourd’hui, car nous serions dans une "période" très "différente", et surtout parce que les ouvriers ne sont pas assez combattifs et conscients. C’est à cause des ouvriers que les révolutionnaires seraient empêchés d’avoir une politique révolutionnaire !

Le résultat est que la propagande de ces groupes est un dénigrement déguisé des acquis politiques de la classe ouvrière.

Car ces groupuscules comme la Fraction, RP, LO, le NPA se retrouvent dans cette situation : ils dissertent sur des concepts de la politique bolchévique, du marxisme, alors qu’ils ne construisent pas de parti de type bolchévique. Mais ils se font de la publicité car les jounaux bourgeois les appellent "les trotskistes", un "plus" qui leur permet de justifier leur présence aux élections ou dans les syndicats.

Les travaileurs qui seraient attirés par le marxisme perdront vite un intérêt pour ce courant d’idée s’ils pensent que ce sont ces groupuscules qui en sont aujurd’hui les représentants authentiques. C’est pourquoi les media bourgeois ont intérêt a maintenir ces groupes "centristes" à flot.

D’où de nécessaires mises au point, par exemple sur la question fondamentale du Front ouvrier unique.

L’exemple de la tactique du Front ouvrier unique

Dans l’article Mobilisation, démocratie et front unique : réponse à des camarades anticapitalistes, la Fraction l’étincelle, discutant de la politique du NPA de Poutou, mentionne de façon très vague ce qu’elle entend par Front unique :

Une conception dévoyée du front unique

Nous ne pourrons pas revenir sur la tactique du front unique telle qu’elle a été élaborée en 1921, par l’Internationale communiste pour s’adresser à des organisations, partis, voire internationales regroupant des dizaines voire des centaines de milliers de militants ouvriers… et en influençant plusieurs millions d’autres (bien différents des actuels EELV, PS, PC, LFI, etc.). Ce que peut tenter le NPA [sic : il y a deux NPAs] ou toute autre organisation révolutionnaire dans la période actuelle est donc loin du front unique tel que les dirigeants bolcheviks pouvaient le concevoir.

Un article (très long) est donc consacré par la Fraction à la question du Front Unique (mentionné dans le titre), mais la Fraction n’a pas le temps de préciser au lecteur ce dont elle va discuter, ce qu’elle entend par Front unique ! : Nous ne pourrons pas revenir sur la tactique du front unique telle qu’elle a été élaborée en 1921 par l’Internationale communiste. Par contre la Fraction a le temps de préciser que le NPA est "très loin" de pouvoir appliquer ce que proposaient les bolchéviks. Sous-entendu, le bolchévisme est "dépassé".

Sans disserter sur les thèses de 1921 auxquelles la Fraction fait allusion sans donner la référence, sans doute les Thèses sur le Front ouvrier unique, pourquoi ne pas donner une référence précise du texte et signaler : le Front unique reste la pierre angulaire de la tactique d’un parti bolchevik tel que nous voulons construire, c’est une tactique qui permet à un parti bolchévique de s’adresser à une organisation réformiste afin de démasquer aux yeux des ouvriers le réformisme de ses dirigeants, qui sont des traîtres car au service de la bourgeoisie, de les discréditer, et de gagner les ouvriers à une politique communiste révolutionnaire. Et nous sommes, au moins voulons être, des bolchéviks.

Première question : la Fraction est-elle bolchévique ? Si oui, deuxième question : est-elle favorable à la tactique bochévique du Front unique ? Par un procédé typiquement centriste, pas de réponse claire à aucune de ces deux questions. Les centristes écrivent de très longs articles, mais dont les premiers centimètres rendent sans valeur les kilomètres qui suivent, à cause du vague centriste qui caractérise le titre et les premières phrases.

Duquel des deux NPAs parle la Fraction ?

Par "le NPA", on ne sait pas si la fraction parle de son NPA (que nous appellerons la Fraction), ou du NPA de Poutou et Besancenot, tous les deux produits de la scission de décembre 2022.

Mais ce qui n’est pas vague c’est que ce NPA de Poutou-Besancenot dont la Fraction va discuter la politique, est clairement non-bolchévique, c’est le mérite qu’on doit reconnaitre à Poutou et Besancenot, qui ont rompu avec le communisme au moins officiellement depuis 2009 (fondation du NPA) encore plus clairement en provoquant la scission du NPA en 2022, pour se débarasser entre autres de la Fraction qui fait semblant de l’être, et serait gênante sur les plateaux télé avec Mélenchon, image choisie par la Fraction pour illustrer son article.

Quel sens cela a-t-il donc pour la Fraction de discuter de l’utilisation d’une tactique bolchévique par le NPA de Poutou-Besancenot, alors que ce NPA, honnête, ne se réclame pas du bolchévisme, encore moins de la tactique du Front unique de 1921 ?

Résumons le contexte de l’article de la Fraction : c’est un groupe centriste (qui ne se dit lui-même pas clairement bolchévique ou non-bolchavique), donc qui n’est pas concerné par la tactique du Front unique décrite en 1921 ; et ce groupe critique la manière dont d’autres groupes, qui eux se disent clairement non-bolchéviques, parlent du Front unique, cette tactique bolchévique !

Ceux qui se veulent bolchéviks, comme l’auteur de ces lignes se doivent donc de dénoncer les propos de ces groupuscules, rappeler ce qu’était le Front ouvrier unique pour Lénine et Trotsky, en donnant accès à leurs textes pour tous les militants du mouvement ouvrier désirant discuter sincèrement de cette question.

Nous ne voulons donner de leçon à personne, mais appelons les militants communistes à s’intruire auprès de Lénine et Trotsky, qui eux-mêmes s’étaient instruits auprès des exploités.

Les sources non citées par la Fraction

Le texte de 1921 auquel la Fraction fait référence sans en donner le titre est donc sans doute les Thèses sur le Front ouvrier unique adoptées à l’unanimité par le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste le 18 décembre 1921.

Faute d’une formule claire, quand la Fraction écrit : "Ce que peut tenter le NPA ou toute autre organisation révolutionnaire dans la période actuelle est donc loin du front unique tel que les dirigeants bolcheviks pouvaient le concevoir.", c’est donc bien un rejet de la tactique bolchévique du Front unique, comme du bolchévisme en général, que la Fraction exprime.

A quelle autre tactique de Front unique, exposée à quelle date, par qui, plus susceptible d’être appliquée par le NPA que la tactique bolchévique de 1921, la Fraction fait-elle référence ? Mystère ! La Fraction parle d’un "Front unique" non indentifiable, rejetant mais se référant en même temps à, Lénine et Trotsky. C’est typique du centrisme !

Dans les thèses de 1921 sur le Front ouvrier unique, le CE de l’IC précisait pourtant :

il va de soi qu’il est indispensable de concrétiser la tactique des Partis Communistes en rapport avec les conditions et les circonstances dans chaque pays donné.

.

Donc même avec cette précision, le Front unique ouvrier défini par les bolchéviks en 1921, avec toute latitude laissée pour l’adapter à une situation locale, n’est même plus adaptable en France aujourd’hui. C’est bien à un rejet par la Fraction de ce point du programme bolchévique et de l’Internationale communiste que nous sommes confrontés.

Front unique ou Front ouvrier unique ?

On aura remarqué que quand la Fraction parle de "la tactique du front unique telle qu’elle a été élaborée en 1921, par l’Internationale communiste, la Fraction déforme déjà les termes, car l’IC parle presque sans exception de « Front ouvrier unique », comme dans le titre, et pas seulement de « Front unique ». C’est le cas dans le titre du texte de 1921, mais également dant tout le corps du texte.

Sommes nous maniaques concernant un adjectif ? Non, car la Fraction sait qu’elle peut parler de « Front unique » avec la gauche entière, du NPA à EELV, ils adorent les magouilles enttre organisations, ce à quoi se réduit le Front unique pour eux. Par contre, parler de Front unique ouvrier rendrait la discussion impossible avec la gauche entière, du NPA à EELV, car ces partis parlent toujours en vue des élections, et ne veulent pas de cette marque d’infamie que sont pour les cadres de ces organisatios les termes "ouvriers", "prolétariens". Ils veulent "élargir" le Front unique, aux LGBT etc.

Le front unique vu par le NPA

Dans l’article Faire du mouvement une force politique cité par la Fraction dans son article, Léon Crémieux du NPA donne un exemple de ce qu’est le Front unique pour le NPA : l’exemple de l’intersyndicale dans le récent mouvement contre la réforme des retraites :

On peut dire que l’unité rassemblée autour de l’intersyndicale nationale depuis janvier a permis la construction du mouvement, sa vigueur, notamment dans des petites villes d’habitude moins mobilisées dans des mouvements sociaux. Mais cette intersyndicale, si elle a rassemblé jusqu’à aujourd’hui l’ensemble des syndicats s’est volontairement limitée, pour maintenir son unité, à l’exigence du retrait de la mesure des 64 ans, seule base commune. On pourrait donc dire que dans le pays s’est construit un front unique général, complet, des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier, traduisant et renforçant la force du mouvement.

Quelle clarté du langage, comparée à celle de la Fraction ! Enfin on comprend de quoi on parle ! Ce langage ne plait pas à la Fraction, car il fait retomber le soufflet centriste qu’est son article : vu par le NPA le Front unique est donc tout simplement une alliance entre organisations bourgeoises du mouvement ouvrier (les réformistes, CGT, SUD, CFDT en l’occurrence). Ce n’est pas une politique des révolutionnaires visant à démasquer les réformistes ! Le Front unique est pour le NPA la dernière en date des alliances comme le Cartel de gauche (PS-Radicaux, 1924), les Fronts populaires etc.

La Fraction refuse à Léon Crémieux le droit de définir le Front unique comme il l’a fait :

Contrairement à ce qu’en dit Léon Crémieux, la mobilisation ne nous a donc pas donné à voir « un front unique général, complet, des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier, traduisant et renforçant la force du mouvement ». Et il ne suffirait pas de l’interpeler sur le contenu de ses revendications pour y trouver autre chose qu’un front syndical et politique sur le plus petit dénominateur commun, et malheureusement aussi le plus respectueux de la démocratie capitaliste même quand elle s’impose par la force. Et même si ce front élargissait les revendications, comme le réclame Léon Crémieux, on n’y trouverait rien d’autre qu’un programme électoral que ces organisations institutionnelles ne pourraient honorer que dans les strictes limites qu’impose le pouvoir de la bourgeoisie sur la société.

Pour ces mêmes raisons, le front unique ne peut pas être un front de propagande, avec tracts et affiches communs.

Au lieu de "réformistes, agents de la bourgeoisie", ces réformistes sont appelés : "respectueux de la démocratie capitaliste même quand elle s’impose par la force" par la Fraction ! On voit donc que ce n’est pas la question du réformisme qui sépare la Fraction de L. Crémieux, mais le fait que celui-ci donne un définition claire du Front unique, alors que la Fraction a besoin du flou pour exister.

Le NPA de Poutou rejette comme la Fraction les thèses bolchéviques de 1921, et donne sa propre définition du Front unique. Le NPA a une honêteté très bourgeoise. La base de classe de ce NPA réformiste (la bourgeoisie) est claire et le NPA n’en n’a plus honte, ce qui lui permet d’avoir enfin un langage clair, grâce à la scission de 2022.

La Fraction centriste rejette également les thèses de 1921, mais garde un grand mystère sur ce qu’est pour elle le Front unique : "nous ne pouvons pas en parler ..." Les centristes sont réformistes, mais ne peuvent l’être au grand jour.

Les bolchéviks militaient pour deux Fronts uniques

Cet adjectif "ouvrier" dont l’« oubli » est un symptôme centriste, marque clairement une autre rupture avec le bolchévisme dans un article de propagande, lorsqu’on se souvient que lors du Congès 4 de l’IC (1922), où des Thèses sur l’unité du Front prolétarien complétant celles de 1921 furent présentées, elles le furent parallèlement aux Thèses sur la question d’Orient, concernant un deuxième Front : le Front anti-impérialiste unique :

Dans les pays occidentaux qui traversent une période transitoire caractérisée par une accumulation organisée des forces, a été lancé le mot d’ordre du front prolétarien unique ; dans les colonies orientales, il est indispensable, à l’heure présente, de lancer le mot d’ordre du front anti-impérialiste unique. L’opportunité de ce mot d’ordre est conditionnée par la perspective d’une lutte à longue échéance contre l’impérialisme mondial, lutte exigeant la mobilisation de toutes les forces révolutionnaires. Cette lutte est d’autant plus nécessaire que les classes dirigeantes indigènes sont enclines à des compromis avec le capital étranger et que ces compromis portent atteinte aux intérêts primordiaux des masses populaires. De même que le mot d’ordre du front prolétarien unique a contribué et contribue encore en Occident à démasquer la trahison, par les social-démocrates, des intérêts du prolétariat, de même le mot d’ordre du front anti-impérialiste unique contribuera à démasquer les hésitations et les incertitudes des divers groupes du nationalisme bourgeois. D’autre part, ce mot d’ordre aidera au développement de la volonté révolutionnaire et à la clarification de la conscience de classe des travailleurs en les incitant à lutter au premier rang. non seulement contre l’impérialisme, mais encore contre toute espèce de survivance du féodalisme.

Ces deux tactiques sont les deux pilliers de la tactique à l’échelle du monde. Le monde est divisé en deux types de nations, celles des pays impérialistes (USA, France etc) et celles des pays dominés par l’impérialisme (Mali, les Comorres). Dans les premiers pays c’est le Front unique ouvrier qui est la tactique de base, dans les seconds le Front anti-impérialiste unique.

La question de l’impérialisme s’est posée pendant le mouvement des retraites, lorsque l’intersyndicale a apellé le 6 juin à une manifestation visant à soutenir au Parlement l’initiative du groupe LIOT, groupe au langage "raciste républicain" qui fait l’apologie de la répression aux Comorrres !

Un travailleur qui s’intéresse aux idées révolutionnaires est invité par la Fraction a discuter d’une tactique qui n’est définie précisément nulle part par la Fraction, qui en plus omet la moitié de la question du Front unique telle qu’elle fut posée par les bolchéviks. Comment élever dans ces conditions le niveau théorique des militants ?

Par contre, partir des textes de 1921 et 1922 sur les deux Fronts uniques (ouvrier et anti-impérialiste), tenter de les appliquer à la situation actuelle, en discernant ce qui est applicable et ce qui ne l’est plus, serait la seule façon d’entraîner les militants à faire des "classiques du marxisme" des oeuvres vivantes.

La Fraction efface l’histoire du bolchévisme, dont la tactique du Front Unique

Tout comme les groupuscules Lutte Ouvrière (LO) et Révolution Permamente (RP) , la Fraction a l’art de faire disparaitre l’histoire du bolchévisme.

Car premièrement la théorie du Front unique n’a pas été "élaborée" en 1921 comme l’écrit la Fraction, en vue du 4ème congrès de l’IC. En 1921, elle a été exposée par les bolchéviks à l’intention des nouveaux partis communistes, car la situation de 1922 imposait son utilisation à une large échelle internationale.

Mais la tactique du Front unique a été élaborée et aplliquée de main de maître par exemple en 1917 lorsque les bolcheviks soutinrent Kerensky contre Kornilov, et même au long de toute l’histoire du parti bolchévik, de 1903 à 1923 par Lénine, de 1917 à 1940 par Trotsky.

Les Thèses de 1921 le rappellent :

Le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste estime utile de rappeler à tous les partis frères l’expérience des bolcheviks russes de ce parti, qui seul jusqu’à maintenant à réussi à vaincre la bourgeoisie et à prendre le pouvoir en ses mains. Dans le courant des quinze ans qui se sont écoulés depuis l’époque de la naissance du bolchevisme jusqu’à sa victoire sur la bourgeoisie (1903-1917), le bolchevisme n’a pas cessé de mener une lutte infatigable contre le réformisme ou contre, ce qui est la même chose, le menchevisme. Mais en même temps, au cours de ces quinze ans, les bolcheviks russes ont plus d’une fois conclu aussi des accords avec les mencheviks. La scission formelle avec les mencheviks s’est passée au printemps 1905. Mais sous l’influence du violent mouvement ouvrier, déjà vers la fin de 1903, les bolcheviks créèrent provisoirement le front commun avec les mencheviks. Pour la seconde fois, la scission formelle avec les mencheviks se passa définitivement en janvier 1912. Mais, entre 1905 et 1912, des unifications et des semi-unifications en 1906, 1907 et aussi en 1910, succédèrent à la scission. Et ces unifications et semi-unifications se passaient non seulement en raison des péripéties de la lutte des fractions, mais sous la pression directe des grandes couches des ouvriers qui se réveillaient à la vie politique active et qui, à proprement parler, exigeaient qu’on leur donne la possibilité de vérifier par leur propre expérience si réellement les voies du bolchevisme divergent avec les voies révolutionnaires. Avant la nouvelle insurrection révolutionnaire, après les grèves de la Lena, peu avant la guerre impérialiste, on observait parmi les masses ouvrières de Russie une tendance particulièrement intensive à l’unité que les chefs diplomates du menchevisme russe tentèrent d’utiliser alors dans leurs buts à peu près comme tentent de le faire les chefs des Internationales 2, 2½ et de celle d’Amsterdam. Les bolcheviks russes ne répondirent pas à la tendance d’alors des ouvriers vers l’unité par le renoncement à n’importe quel front unique. Au contraire, en contre-pied du jeu diplomatique des chefs mencheviks, les bolcheviks russes posèrent le mot d’ordre de l’unité par la base, c’est-à-dire de l’unité des masses ouvrières elles-mêmes dans la lutte pratique pour les exigences révolutionnaires des ouvriers contre les capitalistes. La pratique a montré que c’était la seule réponse exacte. Et dans le résultat de cette tactique, qui changeait d’aspect en rapport avec les circonstances de temps et de lieu, la plus grande partie des meilleurs ouvriers mencheviks fut graduellement conquise au communisme.

Voilà pour la période d’avant 1917.

Nous éxagérons en écrivant que la Fraction comme LO "efface" Trotsky de l’histoire comme le firent les staliniens ? Non car Trotsky écrivit beaucoup à propos de la France, et c’est peut-être dans de tels textes qui impliquent le PC, le PS et la CGT tels que nous les connaissons encore aujourd’hui, que les revévolutionnaires peuvent trouver des tactiques transposables aujourd’hui. C’est donc bien volontairement que Fraction enterre ces épisodes. Rappelons-en quelques uns à propos de divers pays d’Europe.

Le Front unique bolchévique appliqué par Trotsky après 1917

Pour Trotsky, la politique du front unique est appicable à tous les pays, il suffit de l’adapter. Il donne les exemples suivants :

  • France, 1922. Dans son discours-sur le Front Unique du 26 février 1922 devant l’exécutif de l’IC, Trotsky, discutant de la situation en France, appelle à y appliquer la tactique Front unique.

Dans son article "Le gouvernement ouvrier en France" (Bulletin communiste n°7), Trotsky parle de ce mot d’ordre comme "couronne de la politique du Front unique". Dans son recueil Le mouvement communiste en France, la note au bas de la page 217 de P. Broué indique comme la Fraction, en rejetant la tactique du Front unique, ne fait que prendre la suite des staliniens :

En fait, le mot d’ordre de "gouvernement ouvrier", couronnement de la stratégie du "Front unique ouvrier" ne devait plus guère faire l’objet, après l’année 1923, d’une campagna systématique de la part des partis communistes, qui abandonnèrent rapidement le "Front unique". A partir du "Front populaire", il ne sera plus question que de "gouvernement démocratique" ou de "gouvernement du peuple".

  • Espagne, mai 1930. Dans Les tâches des communistes en Espagne, Trotsky écrit : " tout en sauvegardant la pleine indépendance de leur organisation et de leur propagande, les communistes appliquent sans réserve la politique de front unique, à quoi la révolution ouvre un large champ.
    Le rôle de l’Opposition de gauche : L’Opposition de gauche engagera l’application de la politique de front unique avec le parti communiste officiel. Il ne faut pas permettre aux bureaucrates de créer cette impression que l’Opposition de gauche voit d’un mauvais œil les ouvriers. qui suivent le parti communiste officiel.
  • Allemagne , août 1931. Dans son texte Au sujet du contrôle ouvrier sur la production, Trotsky écrit : le front unique révolutionnaire de la classe ouvrière est déjà en soi un coup politique mortel porté au fascisme
  • Espagne, avril 1931. Dans son texte Dix commandements du communisme espagnol publié p. 3 dans le numéro 13 de 1936 du journal La Commune, Trotsky propose dans le point 3 : Il est d’autant plus important pour les ouvriers communistes de participer au front unique avec les ouvriers socialistes, syndicalistes et sans parti, et de les entraîner à leur suite.
  • Angleterre, janvier 1932. Dans son texte sur l’ultimatisme bureaucratique Trtotsky écrit : "(...) l’ultimatisme est funeste en toute circonstance. (...) Transportez pour un instant ce problème sur l’arène de l’Angleterre où le Parti communiste (à la suite des erreurs funestes de la bureaucratie stalinienne) n’est toujours qu’une partie infime du prolétariat. (...) on ne peut pas entraîner dans la lutte les masses non communistes, et surtout les masses organisées, autrement que sur la base de la politique du front unique"
  • France, 1934. Dans sa brochue "Où va la France ?", Trotsky consacre un long paragraphe au "Front unique et la lutte pour le pouvoir". On y lit "Nous l’avons déjà dit : le Front unique des partis socialistes et communistes renferme en soi des possibilités grandioses".
  • France, 1935. Trotsky a écrit le texte d’une intevention orale pour un militant dans un congrès national CGT, ititulée "Du plan de la CGT à la conquête du pouvoir".. C’est un exemple d’applcation de la tactique du Front unique par un peit parti trotskiste. Le militant trotskiste, face aux réformistes de la CGT, y déclare : "il nous faut, coûte que côute le Front unique de notre classe.

Si la "tactique de 1921" n’est pas la bonne, aucun cas entre 1903 et 1940, ne se rapproche de la situation que nous connaissons aujourd’hui ?

Le fait que la tactique du Front unique est valable à peu près pour tous les pays et toutes les situations, car c’est la deuxième lettre de l’ABC du communisme (la première étant de créer un pari communiste indépendant et dénonçant les réformistes), était rappelé par Trotsky en 1932 dans son Rappel historique sur la question du front unique

Ce que peut tenter le NPA est loin de ce que proposaient les bolcheviks et Rosmer en 1921

Pourquoi la Fraction se contente-t-elle de conclure sans avoir pris le temps de citer les Thèses de 1921, le NPA ne pouvant rient "tenter" de ce qui y est décrit ? Parce qu’on y trouve par exemple la formule suivante, à propos du Front ouvrier unique en France :

Jouhaux sert en réalité la cause de la bourgeoisie (...)

Rappelons que Jouhaux était le secrétaire général de la CGT, l’équivalent de P. Martinez, ou de son successeur Sophie Binet.
Cette formule était récurrente à partir de 1914 pour les révolutionnaire, une banalité. Or le NPA, commme LO ou RP, sont des groupscules incapables d’écrire cette vérité aujourd’hui dans leurs éditoriaux : "toutes les confédérations syndicales servent en réalité la cause de la bourgeoisie".

La seule lecture ce cet extrait des thèses ferait penser à un travailleur : c’est au problème que nous avons également aujourd’hui que Lénine et Trotsky s’attaquaient ! La situation de 2023 n’est pas si éloignée que cela que celle de 1921 !

L’intersyndicale n’a pas fait ceci, n’a pas fait cela ! Mais aucune caractérisation en termes de classes sociales des directions syndicales. C’est la critique à laquelle se limitent le NPA, LO et RP, d’où les nécessaires cris, coups de poing sur la table pour masquer la critique très limitée des centristes, qui ne veulent pas rompre avec les réformistes, voir J-P Mercier dans toutes ses interventions, ou la passionaria de la Fraction Armelle Pertus

Si l’on ne démasque pas comme des agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier les directions syndicales, on ne donne aucune raison aux travailleurs de créer une direction alternative aux mouvements, des comités de grève, autant aller "redynamiser" les structures intersyndicales, de l’AG locale avec son "comité de mobilisation" à l’UL locale, l’assemblée interprofessionnelle par excellence.

Si l’on cache l’existence d’un iceberg, pourquoi les travailleurs voudraient-ils quitter le Titanic ?

Ces groupuscules sont incapables de dire la deuxième lettre de l’ABC du communisme parce qu’ils ne disent pas la première lettre : se séparer des réformistes, les désigner et dénoncer hauts et forts.

Une base non marxiste de la tactique

Pour les marxistes, la stratégie et la tactique politiques sont basées sur l’état de l’économie. Voici les "considérants" des thèses de 1921 sur le Front ouvrier :

La crise économique mondiale s’exacerbe. Le chômage augmente. Le capital international est passé dans presque tous les pays à l’offensive systématique contre les ouvriers, s’exprimant avant tout par la tendance franchement cynique de faire baisser les salaires et tout le « Standard of life » des ouvriers. La faillite de la paix de Versailles apparaît de plus en plus nettement aux couches les plus étendues des travailleurs. L’inéluctabilité d’une nouvelle guerre impérialiste ou même de plusieurs guerres pareilles, si le prolétariat international ne renverse pas le régime bourgeois, est évidente.

Donc peu importe, en premier lieu, que les partis soient petits ou grands, objectivement l’impérialisme est l’ère des guerres et des révolutions, c’est ce premier constat qui guide toute la politique. D’où la nécessité d’une tactique de Front unique. La crise de 2008 marque le début d’une marche à la guerre, la Fraction comme LO ou RP esquive l’analyse de cette crise.

On évalue seulement ensuite le "niveau de conscience du prolétariat" pour évaluer le "rapport de force". Mais Les groupuscules centristes omettent de décrire cette base économique de la révolution, ils se concentrent et se lamentent sur le "bas niveau de conscience de la classe ouvrière".

Au nom de détails tactiques ils renoncent à une stratégie, se fondant sur le caractère général de la période actuelle : comme en 1921, la marche à une guerre mondiale !

Messages

  • En 1919, F. Loriot constatait, à propos du Parti socialiste, comme la Fraction à propos du NPA, que son parti était encore "loin" de pouvoir faire ce que préconisait le parti communiste russe, de dire la deuxième lettre de l’ABC du communisme.

    Mais il en tirait la conséquence (inverse de celle de la Fraction, qui veut se rabibocher avec le NPA réformiste de de Poutou-Besancenot) : il faut d’abord dire la première lettre, se constituer en parti communiste, basé sur la théorie de Marx et la pratique de Lénine :

    Nous somme divisés sur ce qui constitue le fondement même du socialisme et c’est ce qui rend notre antagonisme irréductible. Les uns pensent, et je suis de ceux-là, que lé événements ont justifié de façon éclatante les postulats théoriques de Marx et Engels, complétant l’oeuvre de Fourier et de Saint-Simon, qui, tout en faisant une critique exacte de la société capitaliste, ont laissé à la providence le soin de trouver le remède aux servitudes ouvrières qui en sont issues, ont montré avec une géniale clarté, non seulement que le capitalisme aboutirait à la désorganisation sociale et à l’asservissement toujours plus grand des masses et que le salut était dans le prolétariat, mais qu’il n’y avait d’autre moyen que la révolution et la dictature prolétarienne pour passer du régime capitaliste au régime communiste. Les autres s’efforcent de remettre en question ces postulats. Il considèrent que la démocratie existe, que la révolution n’est pas nécessaire ; qu’à la lutte des classes il convient de substituer l’entente des classes, qu’il suffit au socialisme, suivant l’expression de Renaudel, de "frapper à la porte" de l’édifice capitaliste pour être écouté.

    Entre ces deux conceptions radicalement divergentes et qui divisent non seulement le socialisme français mais le socialisme mondial, aucun accord n’est possible. L’unité ne peut se faire en France, où ces conception s’affrontent dans un parti unique, que sur le triomphe définitif de l’une d’elle, triomphe qui obligera les éléments non convaincus et décidés à continuer la lutte à envisager l’hypothèse de la porter ailleurs.

    (...) Ce que le parti doit dire avec force préalablement à tout établissement d’un programme d’action qui restera sans cela oeuvre vaine, c’est s’il est pour ou contre le bolchévisme, qui n’est que le marxisme en action, c’est-à-dire s’il est pour ou contre la révolution et la prise totale du pouvoir par le prolétariat, pour ou contre la dictature ouvrière, pour ou contre la troisième internationale.

    F. Loriot. Notre Crise. L’Internationale communiste - organe du CE de l’IC. N°5 septembre 1919 p. 681

    La Fraction se place bien à droite, effaçant même leurs noms de l’Histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire, de ceux qui comme Loriot, on agit en faveur de la construction d’un parti de type bolchévique en France, qui se sépare clairement des Renaudel.

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