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La lutte contre l’impérialisme et contre la guerre

mardi 23 juin 2009, par Robert Paris

Programme de Transition

Léon Trotsky

La lutte contre l’impérialisme et contre la guerre

Toute la situation mondiale et, par conséquent, aussi la vie politique intérieure des divers pays se trouvent sous la menace de la guerre mondiale. La catastrophe imminente pénètre déjà d’angoisse les masses les plus profondes de l’humanité.

La II° Internationale répète sa politique de trahison de 1914 avec d’autant plus d’assurance que l’Internationale "communiste" joue maintenant le rôle du premier violon du chauvinisme. Dès que le danger de guerre a pris un aspect concret, les staliniens, distançant de loin les pacifistes bourgeois et petits-bourgeois sont devenus les champions de la prétendue "défense nationale". Ils ne font d’exception que pour les pays fascistes, c’est-à-dire pour ceux où ils ne jouent eux-mêmes aucun rôle. La lutte révolutionnaire contre la guerre retombe ainsi entièrement sur les épaules de la IV° Internationale.

La politique des bolcheviks-léninistes dans cette question a été formulée dans les thèses programmatiques du Secrétariat international, qui gardent encore maintenant toute leur valeur ("LA QUATRIÈME INTERNATIONALE ET LA GUERRE", 1° mai 1934). Le succès du parti révolutionnaire dans la prochaine période dépendra, avant tout, de sa politique dans la question de la guerre. Une politique correcte comprend deux éléments : une attitude intransigeante envers l’impérialisme et ses guerres, et l’aptitude à s’appuyer sur l’expérience des masses elles-mêmes.

Dans la question de la guerre, plus que dans toute autre question, la bourgeoisie et ses agents trompent le peuple par des abstractions, des formules générales, des phrases pathétiques : "neutralité", "sécurité collective", "armement pour la défense de la paix", "défense nationale", "lutte contre le fascisme", etc. Toutes ces formules se réduisent, en fin de compte, à ce que la question de la guerre, c’est-à-dire du sort des peuples, doit rester dans les mains des impérialistes, de leurs gouvernements, de leur diplomatie, de leurs états-majors, avec toutes leurs intrigues et tous leurs complots contre les peuples.

La IV° Internationale rejette avec indignation toutes les abstractions qui jouent chez les démocrates le même rôle que, chez les fascistes, l’ "honneur", le "sang", la "race". Mais l’indignation ne suffit pas. Il faut aider les masses, à l’aide de critères, de mots d’ordre et de revendications transitoires, propres à leur permettre de vérifier, de distinguer la réalité concrète de ces abstractions frauduleuses. "DÉSARMEMENT" ? Mais toute la question est de savoir qui désarmera et qui sera désarmé. Le seul désarmement qui puisse prévenir ou arrêter la guerre, c’est le désarmement de la bourgeoisie par les ouvriers. Mais, pour désarmer la bourgeoisie, il faut que les ouvriers eux-mêmes soient armés. "NEUTRALITÉ" ? Mais le prolétariat n’est nullement neutre dans une guerre entre le Japon et la Chine, ou entre l’Allemagne et l’URSS. Cela signifie-t-il la défense de la Chine et de l’URSS ? Evidemment, mais pas par l’intermédiaire des impérialistes, qui étrangleront la Chine et l’URSS. "DÉFENSE DE LA PATRIE" ? Mais, par cette abstraction, la bourgeoisie entend la défense de ses profits et de ses pillages. Nous sommes prêts à défendre la patrie contre les capitalistes étrangers, si nous garrotons tout d’abord nos propres capitalistes, et les empêchons de s’attaquer à la patrie d’autrui ; si les ouvriers et les paysans de notre pays deviennent ses véritables maîtres ; si les richesses du pays passent des mains d’une infime minorité dans les mains du peuple ; si l’armée, d’instrument des exploiteurs, devient l’instrument des exploités.

Il faut savoir traduire ces idées fondamentales en idées plus particulières et plus concrètes, selon la marche des événements et l’orientation de l’état d’esprit des masses. Il faut, en outre, distinguer rigoureusement entre le pacifisme du diplomate, du professeur, du journaliste et le pacifisme du charpentier, de l’ouvrier agricole ou de la blanchisseuse. Dans le premier de ces cas, le pacifisme est la couverture de l’impérialisme. Dans le second, l’expression confuse de la défiance envers l’impérialisme.

Quand le petit paysan ou l’ouvrier parlent de la défense de la patrie, ils se représentent la défense de leur maison, de leur famille et de la famille d’autrui contre l’invasion, contre les bombes, contre les gaz asphyxiants. Le capitaliste et son journaliste entendent par défense de la patrie la conquête de colonies et de marchés, l’extension par le pillage de la part "nationale" dans le revenu mondial. Le pacifisme et le patriotisme bourgeois sont des mensonges complets. Dans le pacifisme et même dans le patriotisme des opprimés, il y a un noyau progressiste qu’il faut savoir saisir pour en tirer les conclusions révolutionnaires nécessaires. Il faut savoir dresser l’une contre l’autre ces deux formes de pacifisme et de patriotisme.

Partant de ces considérations, la IV° Internationale appuie toute revendication, même insuffisante, si elle est capable d’entraîner les masses, même à un faible degré, dans la politique active, d’éveiller leur critique et de renforcer leur contrôle sur les machinations de la bourgeoisie.

C’est de ce point de vue que notre section américaine, par exemple, soutient, en la critiquant, la proposition de l’institution d’un référendum sur la question de la déclaration de guerre. Aucune réforme démocratique ne peut, bien entendu, empêcher par elle-même les gouvernants de provoquer la guerre quand ils le voudront. Il faut en donner ouvertement l’avertissement. Mais, quelles que puissent être les illusions des masses quant au référendum, cette revendication reflète la défiance des ouvriers et des paysans envers le gouvernement et le parlement de la bourgeoisie. Sans soutenir ni épargner les illusions, il faut appuyer de toutes ses forces la défiance progressiste des opprimés envers les oppresseurs. Plus croîtra le mouvement pour le référendum, plus tôt les pacifistes bourgeois s’en sépareront, plus profondément se trouveront discrédités les traîtres de l’Internationale "communiste", plus vite deviendra la défiance des travailleurs envers les impérialistes.

C’est du même point de vue qu’il faut mettre en avant le revendication du droit de vote à dix huit ans, pour les hommes et pour les femmes. Celui qui, demain, sera appelé à mourir pour la "patrie", doit avoir le droit de faire entendre sa voix aujourd’hui. La lutte contre la guerre doit avant tout commencer par la MOBILISATION RÉVOLUTIONNAIRE DE LA JEUNESSE.

Il faut faire pleine lumière, sous tous les angles, sur le problème de la guerre, tout en tenant compte de l’aspect qu’il présente aux masses à un moment donné.

La guerre est une gigantesque entreprise commerciale, surtout pour l’industrie de guerre. C’est pourquoi les "200 familles" sont les premiers patriotes et les principaux provocateurs de guerre. Le contrôle ouvrier sur l’industrie de guerre est le premier pas dans la lutte contre les fabricants de guerre.

Au mot d’ordre des réformistes : impôt sur les bénéfices de guerre, nous opposons les mots d’ordre : CONFISCATION DES BÉNÉFICES DE GUERRE et EXPROPRIATION DES ENTREPRISES TRAVAILLANT POUR LA GUERRE. Là où l’industrie de guerre est "nationalisée", comme en France, le mot d’ordre du contrôle ouvrier conserve toute sa valeur : le prolétariat fait aussi peu confiance à l’État de la bourgeoisie qu’au bourgeois individuel.

- Pas un homme, pas un sou pour le gouvernement bourgeois !
- Pas de programme d’armements, mais un programme de travaux d’utilité publique !
- Indépendance complète des organisations ouvrières à l’égard du contrôle militaire et policier !

Il faut arracher, une fois pour toutes, la libre disposition du destin des peuples des mains des cliques impérialistes avides et impitoyables qui agissent derrière le dos des peuples. En accord avec cela, nous revendiquons :

– Abolition complète de la diplomatie secrète ; tous les traités et accords doivent être accessibles à chaque ouvrier et paysan.
- Instruction militaire et armement des ouvriers et des paysans sous le contrôle immédiat des comités ouvriers et paysans.
- Création d’écoles militaires pour la formation d’officiers venus des rangs des travailleurs, choisis par les organisations ouvrières.
- Substitution à l’armée permanente, c’est-à-dire de caserne, d’une milice populaire en liaison indissoluble avec les usines, les mines, les fermes, etc.

La guerre impérialiste est la continuation et l’exacerbation de la politique de pillage de la bourgeoisie ; la lutte du prolétariat contre la guerre est la continuation et l’exacerbation de sa lutte de classe. L’apparition de la guerre change la situation et partiellement les procédés de lutte entre les classes, mais ne change ni les buts ni la direction fondamentale de celle-ci.

La bourgeoisie impérialiste domine le monde. C’est pourquoi la prochaine guerre, par son caractère fondamental, sera une guerre impérialiste. Le contenu fondamental de la politique du prolétariat international sera, par conséquent, la lutte contre l’impérialisme et sa guerre. Le principe fondamental de cette lutte sera :

"L’ennemi principal est dans notre PROPRE PAYS", ou :

"La défaite de notre propre gouvernement (impérialiste) est le moindre mal".

Mais tous les pays du monde ne sont pas des pays impérialistes. Au contraire, la majorité des pays sont les victimes de l’impérialisme. Certains pays coloniaux ou semi-coloniaux tenteront, sans aucun doute, d’utiliser la guerre pour rejeter le joug de l’esclavage. De leur part, la guerre ne sera pas impérialiste, mais émancipatrice. Le devoir du prolétariat international sera d’aider les pays opprimés en guerre contre les oppresseurs. Ce même devoir s’étend aussi à l’URSS ou à tout autre État ouvrier qui peut surgir avant la guerre ou durant la guerre. La défaite de tout gouvernement impérialiste dans la lutte contre un État ouvrier ou un pays colonial est le moindre mal.

Les ouvriers d’un pays impérialiste ne peuvent cependant pas aider un pays anti-impérialiste par l’intermédiaire de leur gouvernement, quelles que soient, à un moment donné, les relations diplomatiques et militaires entre les deux pays. Si les gouvernements se trouvent en alliance temporaire, et au fond incertaine, le prolétariat du pays impérialiste continue à rester en opposition de classe à son gouvernement et apporte un appui à l’ "allié" non impérialiste de celui-ci par ses propres méthodes, c’est-à-dire par les méthodes de la lutte de classe internationale (agitation en faveur de l’État ouvrier et du pays colonial, non seulement contre ses ennemis, mais aussi contre ses alliés perfides : boycott et grève dans certains cas, renoncement au boycott et à la grève dans d’autres, etc.).

Tout en soutenant un pays colonial ou l’URSS dans la guerre, le prolétariat ne se solidarise pas dans la moindre mesure avec le gouvernement bourgeois du pays colonial ni avec la bureaucratie thermidorienne de l’URSS. Au contraire, il maintient sa complète indépendance politique aussi bien envers l’un qu’envers l’autre. En aidant une guerre juste et progressiste, le prolétariat révolutionnaire conquiert les sympathies des travailleurs des colonies et de l’URSS, y affermit ainsi l’autorité et l’influence de la IV° Internationale, et peut aider d’autant mieux au renversement du gouvernement bourgeois dans le pays colonial, de la bureaucratie réactionnaire en URSS.

Au début de la guerre, les sections de la IV° Internationale se sentiront inévitablement isolées : chaque guerre prend les masses populaires à l’improviste et les pousse du côté de l’appareil gouvernemental. Les internationalistes devront nager contre le courant. Cependant, les dévastations et les maux de la nouvelle guerre qui, dès les premiers mois, laisseront loin en arrière les horreurs sanglantes de 1914-1918 auront tôt fait de dégriser les masses. Le mécontentement et la révolte de celles-ci croîtront par bonds. Les sections de la IV° Internationale se trouveront à la tête du flux révolutionnaire. Le programme des revendications transitoires prendra une actualité brûlante. Le problème de la conquête du pouvoir par le prolétariat se dressera de toute sa hauteur.

Avant d’étouffer ou de noyer dans le sang l’humanité, le capitalisme empoisonne l’atmosphère mondiale par les vapeurs délétères de la haine nationale et raciale. L’antisémitisme est aujourd’hui l’une des convulsions les plus malignes de l’agonie du capitalisme.

La dénonciation intransigeante des préjugés de race et de toutes les formes et nuances de l’arrogance et du chauvinisme nationaux, en particulier de l’antisémitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IV° Internationale comme le principal travail d’éducation dans la lutte contre l’impérialisme et la guerre. Notre mot d’ordre fondamental reste :

"PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !"

L. Trotsky Aux jeunes socialistes et communistes qui veulent penser

22 juillet 1935


La question du danger de guerre préoccupe actuellement la jeunesse de la façon la plus profonde. Et à juste titre, car c’est avant tout de sa propre tête qu’il s’agit. La question de la guerre constitue le premier point à l’ordre du jour du congrès des jeunesses socialistes de Copenhague.

Nous, marxistes révolutionnaires, rejetons entièrement les recettes contre la guerre qu’ont données les chefs de la II° et de la III° Internationale. Ils prêchent le désarmement et la « conciliation » par la Société des Nations. Cela signifie qu’ils croient à la possibilité de changer l’essence du capitalisme par des réformes pacifiques, car la lutte armée entre Etats capitalistes appartient aussi bien à l’essence du capitalisme que la concurrence entre les divers capitalistes ou entre leurs trusts. Il y a des gens qui s’intitulent socialistes ou communistes, qui qualifient l’Etat capitaliste d’institution complètement impérialiste et qui croient en même temps à la Société des Nations, c’est‑à‑dire à la Bourse des Etats impérialistes.

Pour le marxiste, la lutte contre la guerre coïncide avec la lutte contre l’impérialisme. Le moyen de cette lutte, ce n’est pas le « désarmement général », mais l’armement du prolétariat en vue de l’anéantissement révolutionnaire de la bourgeoisie et de l’instauration d’un Etat ouvrier. Notre mot d’ordre n’est pas : Société des Nations, mais Etats‑Unis soviétiques d’Europe et du monde entier !

Aujourd’hui nous voyons comment, en France, les réformistes et les prétendus « communistes » (à vrai dire stalinistes) ont conclu avec les radicaux une alliance pour lutter, paraît‑il, contre le fascisme et la guerre. Que sont les radicaux. ? Un parti résolument impérialiste qui monte la garde devant le traité de Versailles et devant l’empire colonial français. Comment peut‑on mener en commun avec un parti impérialiste la lutte contre la guerre impérialiste ?

Evidemment, les radicaux se plaisent à parler de la paix. Hitler s’échine également en faveur de la paix. Car ils sont tous pour la paix : les curés, les banquiers, les généraux. Mais que signifie, en réalité, le pacifisme des gouvernements et des partis bourgeois ? Une infâme hypocrisie. N’importe quel bandit préfère, si c’est possible, prendre la bourse de sa victime « pacifiquement », sans toucher à sa vie. Mussolini aimerait évidemment mieux empocher l’Abyssinie d’une façon « pacifique », c’est‑à‑dire sans les frais et les victimes d’une guerre. L’Angleterre et la France voudraient bien savourer leur butin en « paix ». Mais gare à celui qui les dérange ! C’est en cela que consiste l’amour de la paix des capitalistes.

Le pacifisme petit‑bourgeois est en général sincère, mais d’autant plus aveugle et impuissant. Car, au fond, il n’est pas autre chose que la foi du paysan ou du petit boutiquier dans la possibilité d’améliorer la classe dominante, de désarmer les grands bandits impérialistes et de les décider à coexister pacifiquement l’un avec l’autre. Malgré ses bonnes intentions, le pacifisme petit­-bourgeois devient un prétexte à l’aide duquel l’impérialisme, au moment voulu, s’empare des masses pour en faire de la chair à canon. Nous accusons précisément les chefs de la II° et de la III° Internationale d’aider, par leur politicaillerie pacifiste, le capitalisme à préparer un nouveau carnage des peuples. Dans une nouvelle guerre, les réformistes et les stalinistes seront, dans la plupart des cas, du côté de leur gouvernement, surtout en France, en Tchécoslovaquie, en Belgique. Celui qui veut réellement lutter contre la guerre doit parler clairement au peuple, doit rassembler les militants sous un drapeau révolutionnaire, et ce drapeau est celui de la IV° Internationale.

Entre les deux anciennes « Internationales » qui, en réalité, ont cessé d’en être, et nous, les combattants de la IVe Internationale, il y a plusieurs fractions et groupements intermédiaires que nous appelons centristes.

Ce terme n’est pas, comme le pensent certains naïfs, une injure, mais une conception tout à fait scientifique. Nous appelons centristes ces tendances qui oscillent entre le marxisme (internationalisme) et le réformisme (patriotisme), mais qui, dans leur essence, sont généralement plus près du réformisme. En France, c’est la fraction de la Bataille socialiste qui a un caractère centriste, liant son acceptation de la défense nationale à la glorification du pacifisme (Zyromski) et tolérant à son aile gauche un internationalisme vague (Pivert). De tels courants existent dans une série de pays. Pour la période actuelle, on peut citer comme exemple typique de centrisme le parti ouvrier socialiste allemand (S.A.P.) [1]. Le S.A.P. n’est nullement une organisation de masse. Il possède, cependant, des fonctionnaires de parti et de syndicat assez nombreux, répandus actuellement comme émigrés en différents pays. Ils disposent souvent d’une routine pratique considérable et d’une certaine éducation théorique ; mais leur activité ne dépasse jamais le cadre des opinions centristes. C’est pourquoi ils sont contre la IV° Internationale. C’est pourquoi ils combattent les partis et organisations qui se rassemblent autour du drapeau de la IV° Internationale. C’est pourquoi ils cherchent leurs amis à leur droite. C’est pourquoi leur hostilité se dirige toujours vers la gauche.

De temps en temps, ils affirment qu’ils ne sont pas, au fond, des adversaires de la IV° Internationale en tant que telle, mais qu’ils la trouvent inopportune. Cette assertion, cependant, est sans contenu. Car il ne s’agit pas d’une question mathématique, mais d’une question politique où le facteur temps est décisif. Le socialisme non plus n’est pas « opportun » tant que nous ne sommes pas capables de le réaliser. Mais nous l’avons écrit sur notre drapeau, et ce drapeau, nous le portons, bien ouvertement, devant les masses. Si nous sommes maintenant persuadés que la lutte contre la guerre et pour le socialisme exige un nouveau rassemblement de l’avant‑garde prolétarienne autour d’un programme nouveau, alors nous devons commencer ce travail sans tarder.

Celui qui aujourd’hui, comme le S.A.P., est contre la IV° Internationale, ses défenseurs et ses constructeurs, celui-­là démontre que, consciemment ou inconsciemment, il veut garder ouverte la voie du retour vers les réformistes et les patriotes. Cette affirmation peut apparaître aux naïfs comme une manifestation de « sectarisme » ou même une « calomnie ». La plus récente position du S.A.P. dans la question de la guerre, absolument antimarxiste, a confirmé notre appréciation de manière irréfutable. Celui qui n’a pas lu la fameuse résolution du S. A. P. sur « la lutte pour la paix » devrait le faire immédiatement et même apprendre par cœur certaines phrases. Aucune formule sonore sur la révolution socialiste et la dictature du prolétariat ne peut dissimuler le caractère réel, c’est‑à‑dire pacifiste, de la politique du S.A.P., qui veut rassembler « toutes les forces » pour le désarmement et pour la paix, et créer pour cela un « comité mondial ». Celui qui prêche que les impérialistes peuvent, sous la « pression » des masses, désarmer pacifiquement nie par cela même la nécessité de la révolution prolétarienne. Car quelle révolution peut‑il y avoir contre la bourgeoisie désarmée ? Au pacifisme en politique extérieure correspond inévitablement le pacifisme en politique intérieure. Quelqu’un peut nous jurer solennellement qu’il est matérialiste ; si, pour assurer le salut de son âme, il va à l’église à Pâques, il reste pour nous une triste victime du clergé. Celui qui joint les phrases sur la révolution sociale à des supplications pacifiques en faveur du désarmement, celui‑là n’est pas un révolutionnaire prolétarien, mais une pitoyable victime de la superstition petite‑bourgeoise.

N’y a‑t‑il pas pourtant ‑ nous réplique‑t‑on souvent ‑, dans le S.A.P. et dans les organisations analogues, de bons ouvriers d’esprit révolutionnaire qu’il ne faudrait point heurter de front ? Cet argument aussi manque son but. Il est tout à fait possible et presque certain qu’il y ait dans le S.A.P. et les organisations semblables des ouvriers qui ne sont pas contents de la politique chancelante et évasive de leur direction. Mais la meilleure façon d’aider les éléments susceptibles d’évoluer, c’est de mettre à nu sans pitié la politique fausse de leur direction. Il est vrai qu’au premier moment même les éléments progressifs se sentent heurtés. Néanmoins la critique se grave dans leur conscience. Puis viennent de nouveaux faits qui confirment notre critique. Et, enfin, l’ouvrier révolutionnaire honnête se dira : les léninistes avaient tout de même raison : il faut que je me joigne à eux. C’est toujours ainsi que s’est accompli le développement d’un parti révolutionnaire [2]. C’est ainsi que la chose se passera cette fois‑ci encore.

Jeunes camarades et amis !

Ce n’est pas par une haine « fanatique » et encore moins par hostilité personnelle que nous combattons tout ce qui est équivoque, confus et ambigu. Notre époque, cruelle, ménage très peu la sentimentalité, l’indulgence personnelle et autres beaux sentiments. Ce qu’elle exige, c’est un programme juste et une volonté farouche de vaincre. A l’égard des masses qui ne font que chercher une direction révolutionnaire, nous devons faire preuve de la plus grande attention, de la plus grande patience. Il faut leur exposer cent et mille fois les principes révolutionnaires à la lumière des événements du jour. Mais envers ceux qui se présentent aux masses comme des chefs et déploient un drapeau à eux, nous devons faire preuve de sévères exigences. La première est la clarté.

Ceux qui s’arrêtent à mi‑chemin, les centristes, les pacifistes, peuvent, pendant des années, végéter, publier des journaux, convoquer des conférences, obtenir même momentanément des succès dans le domaine de l’organisation. Mais les grands tournants histo­riques ‑ guerre, révolution ‑ font s’écrouler de tels partis comme châteaux de cartes. Au contraire, les organisations qui, par une âpre lutte intérieure et extérieure, sont arrivées à une clarté révolutionnaire réelle et à une conscience de leur but, aboutissent, précisément dans les circonstances historiques critiques, d’un seul coup, au plus large déploiement de leur puissance. Alors le philistin s’étonne, le philistin de gauche les acclame, sans comprendre pourtant que le « Miracle » n’a été possible que par un travail préparatoire lent de longues années et que la rigueur marxiste a été la meilleure arme de ce travail préparatoire.

Dans toute grande lutte idéologique, il y a des copeaux et des éclats. Les centristes se servent de préférence de ce pitoyable maté­riel pour détourner l’attention de ce qui est important, décisif. Les jeunes ouvriers qui veulent penser doivent apprendre à mé­priser la manière cancanière, philistine, méchante et impuissante des centristes. Vous devez aller au fond des choses ! Les questions les plus importantes pour la formation du révolutionnaire prolétarien sont à présent l’attitude envers la guerre et la position envers la IV° Internationale. Ces questions, vous devez vous les poser dans toute leur envergure. Nous, bolcheviks‑léninistes, nous avons édité, il y a plus d’un an, la brochure La IV° Internationale et la guerre. Prendre sérieusement connaissance de ce document programmatique, c’est là le premier devoir de tout révolutionnaire qui veut se faire une opinion indépendante. Ne perdez donc pas de temps, étudiez, réfléchissez, discutez honnêtement, aspirez inlassablement à la clarté révolutionnaire !

Salut fraternel.


Notes

[1] Au moment où Trotsky écrivait ces lignes, la Bataille socialiste était en train d’éclater, son aile gauche pivertiste s’en détachant pour former avec d’autres éléments la Gauche révolutionnaire. Mais le S.A.P., après avoir été partisan de la construction de la IV° Internationale, devenait le centre des regroupements hostiles.

[2] En fait, le seul exemple probant à l’appui de cette démonstration est celui du parti bolchevique.

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