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Pour le renversement du stalinisme en URSS

mercredi 28 octobre 2009, par Robert Paris

Léon Trotsky

Pour le renversement révolutionnaire de la clique bonapartiste du Kremlin

Après avoir pendant cinq ans léché les bottes des « démocraties », le Kremlin a révélé son cynique mépris pour le prolétariat mondial en concluant une alliance avec Hitler et en l’aidant à étrangler le peuple polonais, il a fait le fanfaron, avec un chauvinisme honteux à la veille de l’invasion de la Finlande et a étalé une incapacité militaire non moins honteuse dans la lutte qui a suivi. Il a bruyamment promis d’ « émanciper » le peuple finnois des capitalistes, puis a capitulé lâchement devant Hitler : telle a été la performance du régime stalinien aux heures critiques de son histoire.

Les procès de Moscou avaient déjà révélé que l’oligarchie totalitaire était devenue un obstacle absolu sur la voie du développement du pays. Le niveau toujours plus élevé des besoins de plus en plus complexes de la vie économique ne peut plus supporter son étranglement par la bureaucratie. La bande des parasites n’est pourtant pas prête à faire des concessions. En luttant pour sa position, elle détruit ce qu’il y a de meilleur dans le pays. Il ne faudrait pas penser que le peuple qui a fait trois révolutions en douze ans est soudain devenu stupide. Il est réprimé et désorienté, mais il observe et il pense. La bureaucratie lui rappelle chaque jour son existence par sa domination arbitraire, son oppression, sa rapacité et sa soif sanglante de vengeance. Les ouvriers et les kolkhoziens mourant à moitié de faim murmurent avec haine au sujet des caprices dispendieux du commissaires cruels. Pour le 60° anniversaire de Staline, les ouvriers de l’Oural ont été obligés de travailler pendant un an et demi à un portrait gigantesque du « père des peuples » détesté, fait de pierres précieuses ‑ une entreprise digne du Perse Xerxès ou de l’Egyptienne Cléopâtre [1] . Un régime capable de se laisser aller à de telles abominations ne peut que provoquer la haine des masses.

La politique étrangère correspond à la politique intérieure. Si le gouvernement du Kremlin avait réellement exprimé les intérêts de l’Etat ouvrier, si l’Internationale communiste avait servi la cause de la révolution, les masses populaires de la petite Finlande auraient inévitablement été attirées par l’U.R.S.S. et l’invasion de l’Armée rouge, ou bien n’aurait pas été nécessaire du tout ou aurait été acceptée d’emblée par le peuple finnois comme un acte révolutionnaire d’émancipation. En réalité toute là politique antérieure du Kremlin éloignait de l’U.R.S.S. les ouvriers et paysans finnois. Alors que Hitler avait pu compter sur l’aide de ce qu’on appelait « la cinquième colonne » dans les pays neutres qu’il envahissait, Staline ne trouva aucun soutien d’aucune sorte en Finlande en dépit de la tradition de l’insurrection de 1918 et de la longue existence du parti communiste finnois [2]. Dans ces conditions, l’invasion de l’Armée rouge assumait le caractère d’une violence militaire directe et ouverte. La responsabilité de cette violence retombe intégralement et sans partage sur l’oligarchie de Moscou.

La guerre est le révélateur d’un régime. Comme conséquence de la première période de la guerre, la position internationale de l’U.R.S.S., en dépit de succès trompe-l’œil a de toute évidence empiré. La politique étrangère du Kremlin a repoussé de l’U.R.S.S. de larges cercles de la classe ouvrière mondiale et des peuples opprimés. Les bases stratégiques de soutien prises par Moscou constitueront un facteur de troisième ordre dans le conflit des forces mondiales. Dans l’intervalle, l’Allemagne a acquis la partie la plus importante et la plus industrialisée de la Pologne et une frontière commune avec l’U.R.S.S., c’est‑à‑dire une porte vers l’Est. A travers la Scandinavie, l’Allemagne domine la mer Baltique, transformant la Baltique en une bouteille fermement scellée. La Finlande ulcérée tombe sous le contrôle direct de Hitler. Au lieu d’Etats neutres faibles, l’U.R.S.S. affronte maintenant une Allemagne puissante, de l’autre côté de sa frontière de Leningrad. La faiblesse de l’Armée rouge décapitée par Staline a été démontrée au monde entier. Les tendances nationalistes centrifuges à l’intérieur de l’U.R.S.S. se sont intensifiées. Le prestige de la direction du Kremlin a décru. L’Allemagne à l’Ouest, le Japon à l’Est sont aujourd’hui infiniment plus confiants qu’auparavant, avant l’aventure finnoise du Kremlin.

Dans son maigre arsenal, Staline ne pouvait trouver qu’une seule et unique réponse à l’avertissement menaçant des événements : il a remplacé Vorochilov par un néant plus vide encore, Timochenko [4]. Comme toujours en pareil cas, le but de la manœuvre est de détourner la colère du peuple et de l’armée du principal responsable criminel de ses malheurs et de mettre à la tête de l’armée un individu dont la fiabilité est garantie par son insignifiance. Le Kremlin s’est une fois de plus manifesté comme le principal repaire du défaitisme. C’est seulement en détruisant ce repaire que la sécurité de l’U.R.S.S. peut être protégée.

La préparation du renversement révolutionnaire de la caste dirigeante de Moscou est l’une des tâches principales de la IV° Internationale. Elle n’est ni simple ni facile. Elle exige de l’héroïsme et des sacrifices. Cependant, l’époque de grandes convulsions dans laquelle est entrée l’humanité portera à l’oligarchie du Kremlin coup sur coup, brisera son appareil totalitaire, suscitera la confiance en elles des masses ouvrières et facilitera ainsi la formation d’une section soviétique de la IV° Internationale. Les événements vont oeuvrer en notre faveur si nous sommes capables de les y aider.

Notes

[1] Allusion au souverain perse Xerxès (Khsaryasha) I° (486‑465 av. J.C.), envahisseur de la Grèce, battu à Salamine, célèbre pour son faste, et à la reine d’Egypte Cleopatra (69‑30) qui vécut avec César puis Marc‑Antoine.

[2] C’est en janvier 1918 qu’avait été proclamé un gouvernement soviétique de Finlande, chassé après une féroce guerre civile par les forces de Mannerheim, aidé par l’Allemagne. Le P.C. finnois avait été créé au cours d’une conférence en U.R.S.S. en août 1918.

[3] Semion K. Timochenko (1895‑1970), cavalier, lié à Staline pendant la guerre civile, lui devait son avancement.

1 Message

  • Pour le renversement du stalinisme en URSS 29 octobre 2009 10:05, par MOSHE

    Léon Trotsky

    Pour le renversement révolutionnaire de la clique bonapartiste du Kremlin

    Après avoir pendant cinq ans léché les bottes des « démocraties », le Kremlin a révélé son cynique mépris pour le prolétariat mondial en concluant une alliance avec Hitler et en l’aidant à étrangler le peuple polonais, il a fait le fanfaron, avec un chauvinisme honteux à la veille de l’invasion de la Finlande et a étalé une incapacité militaire non moins honteuse dans la lutte qui a suivi. Il a bruyamment promis d’ « émanciper » le peuple finnois des capitalistes, puis a capitulé lâchement devant Hitler : telle a été la performance du régime stalinien aux heures critiques de son histoire.

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