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Accueil du site > 04 - Livre Quatre : HISTOIRE CONTEMPORAINE > 35- Vers la troisième guerre mondiale ? > Colonialisme, le retour !

Colonialisme, le retour !

lundi 1er juin 2015, par Robert Paris

A bas la recolonisation du monde par les impérialismes sous prétexte de démocratie et de combat contre le terrorisme !

Ce sont 6 milliards d’euros de crédits supplémentaires que le chef de l’Etat français a décidé d’allouer à l’armée, en vue de nouvelles guerres (intérieures et extérieures) que la France envisage de mener à l’avenir : en Libye, en Syrie, au Yémen et ailleurs… C’est d’autant plus frappant que ce même Etat s’affirme en même temps endetté au-delà de ses capacités à rembourser et obligé, pour se remettre à flot, de renoncer à une partie de ses services publics, de ses aides sociales, de ses fonctionnaires, de son secteur de santé, de sa recherche, de ses universités, de ses transports, de ses finances locales, régionales et nationales, etc.

Bien entendu, ce n’est pas une très grande nouveauté : les pays impérialistes comme la France n’ont jamais cessé d’intervenir militairement aux quatre coins du monde et tout particulièrement dans son ancien territoire colonial africain. Cependant, ce qui est remarquable, c’est que la France n’a pas depuis longtemps eu autant d’interventions militaires extérieures aussi massives et couteuses, de l’Afghanistan à l’Irak, du Centrafrique à la Côte d’Ivoire, du Mali au Niger, en passant par la Libye.

En fait, les ambitions des nouveaux colonisateurs dépassent largement les interventions habituelles. Ainsi, des pays de longue date indépendants comme l’Algérie subissent de nouvelles menaces et la France se positionne pour affirmer ses droits à sauver les peuples de telles ou telles situations : geurres civiles comme au Centrafrique ou en Côte d’Ivoire, attaques extérieures comme au Tchad, attaques « terroristes » et visées indépendantistes comme au Mali, risques d’effondrement des Etats comme en Guinée, crises sanitaires comme dans l’Ouest africain, etc. Ou encore… un tremblement de terre comme en Haïti qui a servi de prétexte à une invasion militaire massive et internationale qui se poursuit bien sûr longtemps après que son prétexte ait disparu.

Les puissances ex-coloniales s’arrogent le droit d’intervenir dans les pays qui leur chantent, que ce soit à la demande de chefs d’Etat, à la demande de leur opposition, à la demande de « la communauté internationale » ou à la demande d’absolument personne que les trusts et les classes dirigeantes du pays ex-colonisateur !

Les puissances occidentales ont été autrefois contraintes de quitter leurs dépendances coloniales par la vague révolutionnaire qui a suivi les deux guerres mondiales mais cela ne signifie pas qu’elles aient regretté leurs comportements colonialistes, qu’elles y aient définitivement renoncé et qu’elles ne souhaitent pas, à la faveur de la crise économique mondiale actuelle qui plombe des économies, des budgets étatiques et des stabilités de pays dépendants économiquement, en profiter pour y revenir en imposant à nouveau des régimes politiques et une exploitation directe des richesses par la métropole occidentale.

On retrouve de plus en plus un parfum colonial aussi bien dans les métropoles que dans leurs dépendances.

Mode ethnique, thé de la Compagnie Coloniale, meubles et casques des colons africains, hommage au colonisateur Jules Ferry par les gouvernants « de gauche », ce parfum entêtant du colonialisme parcourt les rues, parsème les revues, les média et les discours

Dépendants de l’ancienne puissance coloniale pour les achats de matières première agricoles et minières, dépendant d’elle pour les soutiens militaires face aux voisins, face aux révoltes populaires, face aux attaques terroristes, dépendant d’elle pour la formation de ses « élites », de ses forces armées et de police, de ses réseaux commerciaux, pour son armement, pour son crédit financier et auprès des organismes internationaux, pour son image dans la « communauté internationale », pour le crédit accordé à ses élections truquées, pour le développement de ses villes, les anciennes colonies ont de plus en plus tendance, sous la direction de la bourgeoisie compradore du néo-colonialisme, à se remettre directement à la puissance coloniale dès qu’une crise survient.

Et les appétits des puissances ex-coloniales sont d’autant plus aiguisés que la concurrence s’aggrave, notamment avec la Chine en Afrique. De plus en plus de trusts, de bourgeois et petits-bourgeois français notamment recommencent à vivre des rentes coloniales, des anciens subsides auxquels se sont rajoutés le tourisme. Certaines villes ex-coloniales sont même redevenues de véritables dépendances occidentales comme Marrakech.

L’aide au développement n’a même plus besoin de servir de camouflage au pillage direct par les trusts français. Un trust comme Areva justifie à lui seul de multiples interventions comme celles du Centrafrique, du Niger et du Mali. Les bénéfices sont juteux. Il suffit d’arroser les responsables politiques pour payer les matières première très en dessous des tarifs et ceux-ci sont éjectés dès qu’ils font mine de discuter les prix comme cela a été le cas plusieurs fois au Niger et au Centrafrique. C’est ainsi que des chefs d’Etat centrafricains et nigériens qui avaient le soutien de la France ont été plus ou moins violemment remerciés.

L’anti-terrorisme prétendu ou l’anti-dictature affichée ont remplacé avantageusement les prétentions d’aider au développement du pays, de permettre à la population d’accéder au bien-être. On n’a même pas besoin de l’ancien discours colonial sur « le rôle civilisateur » de la France !

Dans ces ex-colonies, les trusts font la fête, les marchands d’armes prospèrent, les cadres militaires apprennent la guerre, les hommes politiques font la preuve de leur dévouement aux intérêts capitalistes français.

Sarkozy avait voulu justifier tout cela en prétendant qu’il fallait réhabiliter l’époque coloniale. Hollande-Valls n’ont même plus besoin d’affirmer cela. Il leur suffit de dire qu’ils font la guerre contre le terrorisme qui frappe à Paris… Même si cela n’a rien à voir avec la vérité !

L’ancien pouvoir colonial n’a même pas besoin d’un accord international pour mettre sur pied d’énormes interventions militaires comme en Côte d’Ivoire, au Niger et au Mali.

Si le nouveau pouvoir colonial occidental trouve parfaitement normal de « projeter son armée hors des frontières » avec ou sans l’accord des dirigeants politiques du pays, le même pouvoir ne trouve absolument pas normal que les populations assassinées, bombardées, leur économie pillée, se trouvent dans l’obligation, pour tenter de survivre, de prendre le chemin de l’émigration vers les pays coloniaux comme la France ou l’Angleterre !

La France et l’Angleterre soutiennent par exemple des prétendues résistances syriennes qui sont tout aussi terroristes et assassins que le pouvoir syrien et n’en sont pas plus gênés de refuser l’accès de leur territoire aux populations syriennes victimes de ces exactions des deux bords, celui des pro-Assad comme celui des anti-Assad.

Si les trusts français peuvent faire la pluie et le beau temps au Niger et au Mali, si l’armée française y fait la loi, cela n’autorise nullement les pauvres du Mali et du Niger à postuler de vivre de leur travail en France !

Les immigrés sont accueillis avec des « arrêtés de reconduite à la frontière », sont traités sauvagement par la « police des frontières », sont considérés comme des bandits alors qu’ils ne sont que les victimes de la politique de l’impérialisme néo-colonial.

On assiste même à la formation d’une véritable armée européenne de guerre contre les migrants !

L’Europe ne s’inquiète pas pour autant du terrorisme qui viole les femmes et les enfants par ses interventions militaires et économiques comme récemment au Centrafrique ou en Côte d’Ivoire.

Elle se préoccupe surtout que cela continue et que cela profite toujours aux mêmes.

Elle n’a même pas beaucoup d’efforts à faire pour convaincre les opinions publiques occidentales vu l’alignement des « gauches » et des directions syndicales sur les intérêts impérialistes. N’oublions pas que même le génocide rwandais organisé depuis l’Elysée a eu leur caution ! Ni les « gauches » ni les syndicats ne prennent position contre les guerres coloniales nouvelles normes.

Avec la déstabilisation du monde capitaliste, ayant atteint ses limites, depuis la crise de 2007-2008, tout ce mouvement vers un retour d’un colonialisme ouvert a pris un caractère beaucoup plus massif, plus violent et plus ouvert.

L’impérialisme a davantage besoin de richesses pour se renflouer. Il peut profiter de la déstabilisation des Etats et des économies de ces pays dominés, du discrédit de leurs classes dirigeantes nationales qui se divisent violemment, qui fomentent des guerres intestines et sont prêtes à se vendre à l’impérialisme pour mieux affaiblir leur adversaire interne. Les classes dirigeantes nationales ont moins que jamais de capacité à jouer un rôle véritablement national. C’est pour cela que les guerres locales se multiplient ainsi que les armées dites terroristes. Et, dès que ces guerres intestines s’enclenchent, l’impérialisme a beau jeu de dire aux classes dirigeantes : si vous rechignez à soutenir nos intérêts, on vous laisse tomber et vos adversaires ne feront qu’une bouchée de vous. Et, effectivement, comme avec Bozizé au Centrafrique, l’impérialisme laisse chuter ses anciens amis dictateurs comme de vieilles chaussettes, quitte à intervenir après l’éclatement d’une guerre civile, quand celle-ci a été bien meurtrière et que l’intervention impérialiste peut passer pour une mission de sauvetage des populations !

La gauche n’est pas moins colonialiste que la droite. Les « gauche de la gauche » et les syndicats, face à cette évolution de plus en plus violente du pillage néo-colonial, avancent leurs « solutions », celles d’un Etat bourgeois impérialiste qui viendrait soi-disant pour sauver les peuples, pour les aider à développer leur économie, à organiser la paix et la liberté. En somme, c’est eux qui diffusent le mieux le mensonge colonial ! Ils se gardent bien de dire aux travailleurs des pays impérialistes combien leur passivité face aux crimes coloniaux les enchaîne ici à leurs maîtres capitalistes qui s’apprêtent à les frapper violemment ici aussi. Ils tiennent le discours selon lequel, dans une jungle capitaliste bien organisée fondée sur le développement durable, le partage des richesses et l’égalité des chances, le tigre devrait respecter la petite gazelle et même lui indiquer le chemin vers sa gentille famille. Comme c’est mignon au moment même où les classes dirigeantes occidentales s’entraînent en Syrie et en Libye, au Yémen comme en Afghanistan et en Irak, pour se préparer à la future boucherie impérialiste mondiale afin d’écraser la menace des classes laborieuses !

Quant à nous, n’oublions pas que la bombe qui peut exploser à la gueule du capitalisme, c’est l’union des peuples opprimés avec le prolétariat révolutionnaire !

Les guerres que l’impérialisme mène contre les peuples est aussi une guerre sociale contre les travailleurs. Les guerres mondiales elles-mêmes ont d’abord été des guerres contre la révolution sociale et qui n’ont pu être arrêtées que par la révolution sociale.

Alors ne comptons surtout sur les Etats impérialistes pour nous sauver des dictatures et du terrorisme : c’est eux qui les sèment !

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