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Les débuts du mouvement noir aux USA - The beginnings of the black movement in U.S.A.

jeudi 26 juillet 2012, par Robert Paris

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The beginnings of the black movement in U.S.A.

Le combat des Noirs américains

Extraits de « Où va le peuple américain » de Daniel Guérin :

L’idée du « retour en Afrique » a connu une grande popularité lorsqu’elle fut lancée, au lendemain de la première guerre mondiale, par un agitateur mi-prophète mi-charlatan, Marcus Garvey. D’origine antillaise, pur noir non mâtiné de sang blanc, Garvey exalta la couleur noire, source de force et de beauté, et non d’infériorité. Il prêcha la pureté de la race et condamna l’amalgamation. Il alla jusqu’à affirmer que Dieu et le Christ étaient noirs, de manière à épargner aux Noirs l’humiliation d’avoir à emprunter aux Blancs leurs images religieuses. (…) Garvey inspira aux Noirs américains la fierté de leur ascendance africaine. Evoquant les fastes de l’ancienne Egypte, de l’Ethiopie et de Tombouctou, il leur révéla que, tandis que l’Europe était encore habitée par une race de sauvages et de païens, d’admirables civilisations noires fleurissaient en Afrique. Et il les invita à fuir le continent où ils étaient opprimés pour retourner dans leur pays d’origine et contribuer à y fonder une nation africaine. Les Noirs n’avaient, selon lui, rien à attendre des Blancs d’Amérique. Ceux-ci prétendaient faire la guerre pour la cause de la démocratie, mais ils continuaient, chez eux, à la refuser aux Noirs. C’était perdre son temps que de faire appel à leur sens de la justice. Les hommes de couleur ne pouvaient prouver leur volonté de survie qu’en fondant leur propre empire. Et Garvey, ayant créé une Universal Negro Improvement Association, se nomma, en 1921, président provisoire de l’Empire d’Afrique, dota cet empire d’un drapeau noir-rouge-vert (« noir pour la race, rouge pour son sang, vert pour ses espérances »), créa une noblesse des chevaliers du Nil et de ducs du Niger, et leva une armée (avec officiers et uniformes) pour la reconquête de l’Afrique. Il tint d’énormes meetings à New-York, fit parader ses troupes et ses infirmières de la « Croix-Noire » dans les rues de Harlem et, pour les transporter à travers l’Atlantique, il acquit des navires, fonda une compagnie de navigation, baptisée Black Star Line. Et, pour préparer les Noirs à prendre en mains leurs destinées, il institua aux Etats-Unis mêmes des coopératives noires : épiceries, blanchisseries, restaurants, hôtels, imprimeries.

Son succès fut énorme. Le mouvement qu’il anima fut le seul mouvement noir de masses ayant jamais existé en Amérique. Tandis que l’ « intelligentsia » noire combattait à boulets rouges (et qu’il lui rendait la pareille, l’accusant de se vendre aux Blancs), le peuple accourait vers lui. A son apogée, en 1920-1921, son Association compta plusieurs millions d’adhérents et recueillit des capitaux très importants. Du Bois lui-même, qui fut son plus implacable adversaire, reconnaît sa sincérité, sa popularité, ses dons de propagandiste et le retentissement de ce « mouvement de masses » : « En quelques années, écrit-il, les nouvelles de son mouvement, de ses promesses et de ses plans, atteignirent l’Europe et l’Asie, et pénétrèrent jusque dans les coins les plus reculés d’Afrique . »

Mais le triomphe de Garvey ne dura que l’espace d’un matin. Ses entreprises commerciales, qu’il administra d’une façon frisant l’illégalité, ne tardèrent pas à péricliter. Et ce fut la débâcle. Condamné à cinq ans de prison par les tribunaux fédéraux pour agissements « délictueux », il fut finalement déporté, après avoir purgé deux années de sa peine, et mourut à Londres, en 1940, pauvre et oublié. (…)

La petite bourgeoisie noire s’est forgé un instrument de lutte : la National Association for the Advancement of Colored People, NAACP. L’Association a été créée au début du siècle, en réaction contre la papauté exercée sur la communauté noire par un grand éducateur, Booker T. Washington. Ce dernier avait conseillé aux Noirs de demeurer dans le sud, de se résigner à la ségrégation, de se soumettre aux volontés de la majorité blanche et de s’attirer, peu à peu, par cette attitude servile, sa sympathie. Travaillez dur, leur disait-il, apprenez un métier qualifié, préférez l’enseignement technique à l’enseignement supérieur, gagnez de l’argent, devenez propriétaires, abstenez-vous de faire de la politique, et vous vous ferez ainsi accepter par la société américaine. (…) La faillite de la stratégie préconisée par Booker T. Washington était si patente que les jeunes intellectuels noirs de l’époque, Du Bois en tête, aspirèrent à secouer le joug étouffant et malfaisant de leur Pape. Ils le conspuèrent au cours d’une réunion où il avait pris la parole et se réunirent, aux chutes du Niagara, le 9 juillet 1905, pour lancer un nouveau mouvement. Dans un remarquable manifeste, dû à la plume de Du Bois, ils dénoncèrent l’aggravation incessante de la ségrégation. (…) En 1909, le Niagara Movement devint le NAACP. L’Association engagea une lutte ouverte contre les diverses manifestations du préjugé racial. Elle entreprit une croisade contre le lynchage. Elle défendit les droits politiques des Noirs devant la Cour Suprême : de 1915 à 1948, elle obtint gain de cause dans 24 des 27 cas présentés. (…) Ses effectifs passèrent de 85.000 en 1940 à 530.000 en 1946. Mais la NAACP n’en reste pas moins affligée des traits qui caractérisent la petite bourgeoisie noire. Elle n’est pas une véritable organisation de masses. Elle est dominée par une « intelligentsia » isolée des masses noires. (…) Le fondateur de la NAACP, W. E. Burghardt Du Bois, fut le premier à s’apercevoir de son erreur et à regarder avec inquiétude l’enfant qu’il avait nourri dans son sein. « Je me rendis compte, écrit-il, que l’Association avait attiré par trop, au cours des dernières années, le groupe des gens de couleur ayant les revenus les plus élevés, qui la considéraient comme une arme pour attaquer la sorte de discrimination sociale qui les lésait spécialement, plutôt que comme une organisation pour améliorer le statut et le pouvoir de la communauté noire dans son ensemble. »

En même temps, Du Bois comprit que la perpétuation (et même l’aggravation) de la ségrégation avait d’autres causes que les dispositions mentales des Blancs. « Ma théorie de base avait été que le préjugé racial était principalement dû à l’ignorance de la masse humaine…, que, lorsque la vérité était présentée de façon appropriée, le fléau monstrueux de la haine raciale devait fondre, et fondre rapidement, devant elle. » (….) Du Bois, ayant enfin découvert – sans doute à la faveur de la Grande Dépression – le lien existant entre le préjugé racial et les puissances d’argent, préconisa, à partir de 1930, que l’attention se portât sur le système économique. Mais ses collègues de la NAACP eurent un haut-le-corps. Il leur suffisait « de continuer à attaquer le lynchage, à porter davantage de cas devant les tribunaux et à revendiquer nos droits de pleine citoyenneté ». Ces petits bourgeois « étaient profondément Américains ». (…) « La plupart d’entre eux continuaient à être convaincus de la rectitude fondamentale du système économique tel qu’il est organisé présentement » et « ils répugnaient à tout changement dans l’organisation de l’industrie ». (…)

En 1934, Du Bois, tirant les conséquences de ce désaccord, rompit avec la NAACP. Mais, après avoir fait ce pas en avant, il s’arrêta à mi-chemin. Il convient lui-même qu’il se trouva seul au carrefour de deux routes dont l’une conduisait au communisme. (…)

Philip Randolph fut le porte-parole de la génération suivante. (…) En 1925, il fonda une organisation ouvrière, la Brotherhood of Sleeping-car Porters. Celle-ci, après une longue et dramatique lutte contre le magnat Pullman, obtint finalement droit de cité et devint un des plus beau fleurons du syndicalisme noir. (…) Il transposa les techniques du syndicalisme sur le plan de la lutte raciale. (…) Il créa en 1936 le National Negro Congress. (…) En 1941, ayant abandonné celui-ci aux mains des staliniens, il lança une initiative mémorable. Le réarmement des Etats-Unis battait alors son plein. Mais les Noirs, malgré les besoins aigus de main-d’œuvre, continuaient de se voir refuser l’entrée des usines. (…) Randolph invita les Noirs à organiser une marche sur Washington le 1er juillet. (…) « Que dix mille Américains noirs marchent sur Washington ! Qu’ils accourent de chaque hameau, de chaque village et de chaque ville… Qu’ils viennent en automobile, en autobus, en train, en camion et à pied. Qu’ils viennent si le vent souffle et si la pluie leur fouette la figure… Si les Noirs ne saisissent pas cette occasion d’obtenir du travail et de conquérir la liberté… elle peut ne jamais se reproduire. Les masses noires ont la parole ! »

Des comités furent fondés dans de nombreuses villes pour préparer la Marche, des sommes importantes recueillies. Quand Randolph lança son premier appel, en janvier 1941, il ne comptait que sur 10.000 manifestants. Mais, au bout de trois mois, il était déjà assuré du concours de 50.000 marcheurs et, à la fin de juin, il en avait derrière lui 100.000. Pour la première fois, depuis l’aventure de Marcus Garvey, un mouvement de masse était lancé parmi les Noirs. (…) La petite bourgeoisie noire, se voyant débordée, prit peur et, dans son organe, le Pittsburgh Courier, condamna le mouvement. Mais l’alarme fut bien plus vive encore au sein des classes dominantes blanches. (…) Finalement, le Président Roosevelt signa, le 25 juin, l’ordre exécutif 8802 qui (…) condamnait la discrimination dans les industries de défense nationale. (…) Au grand soulagement et à la reconnaissance de la bourgeoisie américaine, Randolph vint dire à la Radio que l’ordre présidentiel était une « seconde proclamation d’Emancipation » et qu’il décommandait la Marche sur Washington. En même temps, il invita ses troupes à demeurer dans leurs comités locaux et à consolider ceux-ci. Mais sa décision hâtive fut sévèrement jugée par les Noirs, dont beaucoup désertèrent l’organisation. (…) En 1948, Randolph prit une nouvelle initiative. (…) S’attaquant cette fois à la ségrégation dans les forces armées il se rendit auprès du Président Truman, à la tête d’une délégation et lui déclara, tout de go, que « les Noirs ne sont pas d’humeur à mettre encore une fois un fusil sur l’épaule pour la cause de la démocratie à l’extérieur tant que la démocratie leur est refusée à eux. En particulier, ils sont hostiles à l’idée de se battre ou d’être enrôlés dans une armée où règne la ségrégation. » (…) Randolph déclara qu’il s’engageait à conseiller ouvertement à tous les jeunes, blancs et noirs, de boycotter tout service militaire comportant la ségrégation raciale. Il annonça son intention d’aider et d’assister les réfractaires, et d’organiser à travers tout le pays un vaste mouvement de « désobéissance civile » sur le modèle de Gandhi. (…) Tout comme Roosevelt avait signé l’ordre exécutif de juin 1941 pour prévenir la Marche sur Washington, Truman signa, le 26 juillet 1948, un ordre exécutif par lequel il annonçait son intention de mettre fin « aussitôt que possible » à la ségrégation dans les forces armées. Mais ce fut Randolph qui, après avoir marqué ce point, capitula sans conditions. (…)

Le Parti Communiste a pénétré dans la communauté noire à la faveur de la grande dépression. Une action d’éclat lui conquit d’emblée la faveur des Noirs. En 1931, six jeunes noirs de Scottsboro (Alabama) furent condamnés à mort pour un prétendu « viol » de femmes blanches. Le PC prit en mains leur défense, fit un effort considérable pour alerter l’opinion publique, collecta des sommes énormes, réussit à soulever l’indignation du monde entier. (…) Le Parti communiste a toujours lutté pour l’égalité sociale complète des Noirs, et, dan son sein, l’a mise en pratique. C’est ainsi qu’il a présenté un Noir comme candidat à la vice-présidence des Etats-Unis. Ses hommes dans le syndicat CIO ont contribué, pour une large part, à faire prendre à l’organisation nouvelle une attitude de combat contre le préjugé racial. Il a constamment préconisé l’union des exploités blancs et noirs contre leur ennemi commun. Il a enseigné le premier aux Noirs, surtout dans le Nord, les techniques d’action directe et d’action de masses, qui rompaient avec les méthodes légalistes de la NAACP. A Chicago notamment, une de leurs bastions, les communistes noirs engagèrent d’admirables luttes contre les expulsions de locataires et contre la discrimination dans l’emploi. Parfois même, la base noire du Parti, emportée par son extraordinaire combativité, rua dans les brancards, voulu former des groupes de combat et mettre en œuvre des tactiques militaires que la direction (au fond plus réformiste que révolutionnaire) désapprouva. Si l’on veut mesurer les potentialités révolutionnaires du Noir américain, il faut puiser dans l’histoire des communistes noirs du rang. (…) Le préjugé favorable dont bénéficièrent les staliniens auprès des masses noires et d’une fraction de l’ « intelligentsia » explique la facilité avec laquelle ils ont réussi à s’assurer le contrôle d’une organisation de masses comme le National Negro Congress. Ce résultat ne fut pas seulement obtenu par une technique artificielle de « noyautage ». De même, les jeunes intellectuels influencés par les staliniens ont entretenu à l’intérieur du NAACP, depuis les années 1930, une opposition qui, à certains moments, causa de sérieux embarras à la direction. (…) Malgré le succès qu’ils ont remporté auprès des Noirs, les communistes américains ont été entravés par un certain nombre de handicaps et ils ont commis un certain nombre d’erreurs. (…) Le fait que le Parti soit dirigé par des Blancs a éveillé la méfiance raciste de beaucoup de Noirs. Certains ont soupçonné le PC de vouloir se servir des Noirs. (…) Enfin, plus d’un Noir a hésité à ajouter, selon l’expression de A. Randolph, au handicap d’être noir celui d’être rouge. (…) Une de leurs principales erreurs a été le mot d’ordre ultra-nationaliste de la « République nègre indépendante » dans le Sud qui n’a jamais revêtu pour les Noirs de signification concrète. Pendant la « Troisième période » ultra-gauchiste de l’Internationale communiste de 1929 à 1934, les staliniens américains se firent en effet les champions du nationalisme noir le plus outrancier, lançant le mot d’ordre du « 49 ème Etat » dans la « ceinture noire ». (…) En réalité, l’exode incessant des Noirs vers les grandes villes du Sud et du Nord dépeuple, de façon continue, la « Black Belt » de sa population noire. (…) Les noirs ont deviné, d’instinct, que ce mot d’ordre avait été fabriqué à Moscou et la dépendance du Parti Communiste vis-à-vis de l’Etat russe leur a inspiré de l’antipathie. Celle-ci s’est accrue à chaque fois que le Parti a pris des tournants qui suivaient mécaniquement les fluctuations de la politique extérieure soviétique. (…) Après 1934, quand la « troisième période », celle où ils considéraient que la Révolution était imminente, fut abandonnée et remplacée par la tactique des « fronts populaires », quand les staliniens américains se mirent à soutenir Roosevelt, le mot d’ordre de la « République indépendante » fut arrondi aux angles. (…) C’est à la suite du plus mémorable et du plus raide de ces virages – la conclusion du pacte germano-soviétique de 1939, suivie d’une orientation « défaitiste » et anti-rooseveltienne du PC américain – qu’un homme comme A. Philip Randolph cessa de collaborer avec les staliniens dans la National Negro Congress et dénonça véhémentement leur soumission à Moscou.

« Du fait, écrivit-il, que le Parti communiste américain dérive de la Russie communiste, sa politique et son programme, ses tactiques et sa stratégie sont aussi capricieux, changeants et imprévisibles que la politique extérieure de Moscou… Les Noirs ne rejettent pas le Parti Communiste parce qu’il est révolutionnaire, ou radical, ou du fait de son prétendu extrémisme. Ils le rejettent parce qu’il est contrôlé et dominé par un Etat étranger dont la politique peut être ou ne pas être dans l’intérêt du peuple américain et du peuple noir. »

Déjà, une première fois, en 1933, les Noirs stupéfaits virent les staliniens faire, à leurs dépens, une brusque volte-face. Les cinéastes soviétiques projetaient alors la production d’un grand film pro-Noirs, qui devait montrer la façon dont l’Amérique traite sa population de couleur. Cette entreprise avait été annoncée au monde à grand renfort de publicité. Mais soudain, Staline la décommanda sans cérémonie. L’administration Roosevelt était sur le point de reconnaître la Russie Soviétique et celle-ci de s’engager à « s’abstenir de toute propagande contre la politique et l’ordre social des Etats-Unis. » Il fallait ménager, notamment, les « Bourbons » du Sud dont l’appui était indispensable à la ratification du projet gouvernemental. Les Noirs furent sacrifiés à cette manœuvre.

En 1941, le stalinisme alla beaucoup plus loin encore. Il n’hésita pas à abandonner la cause des Noirs. Pendant la période qui suivit la conclusion du Pacte germano-soviétique d’août 1939, les staliniens américains avaient dénoncé la guerre comme « impérialiste » et exigé que l’agitation en faveur des Noirs fut liée à la « lutte contre la guerre impérialiste ». Jusqu’à la fin de juin 1941, ils accablèrent de leurs critiques A. Philip Randolph et les dirigeants de la « Marche sur Washington ». Le programme de ce mouvement était, selon eux, trop modéré et ne s’opposait pas assez nettement à la guerre. Mais dès que les armées hitlériennes furent entrées en URSS, tout changea. (…) Tout, selon les staliniens, devait être subordonné à la croisade contre l’hitlérisme. Il fallait remettre la lutte pour l’affranchissement des Noirs à des temps meilleurs. Un des leaders noirs du Parti communiste James W. Ford, écrivit en février 1942 : « Quatre cent ans d’esclavage nègre ne sont rien à côté des persécutions par les nazis des Juifs et des peuples des pays occupés. »(…) Dans le recueil collectif « What the Negro wants », paru en 1944, un écrivain stalinien noir, Doxey A. Wilkerson, se chargea de définir la position stalinienne : « Les Noirs doivent accorder à cette guerre un soutien inconditionnel… Ils doivent consacrer le maximum de leurs énergies à gagner la guerre… Il y a des leaders noirs qui dénoncent le gouvernement et les Blancs pour des injustices raciales toujours existantes, et qui organisent des luttes de masses de la population noire… Ils suivent une voie qui affaiblit le programme de victoire de la nation. » (…) Au cours de l’émeute raciale de Harlem, en 1943, les staliniens prirent fait et cause pour les autorités de la ville et de l’Etat de New-York contre les masses populaires noires.

Cette attitude déçut profondément les hommes de couleur et fit perdre aux staliniens, dans la communauté noire, des appuis qu’ils n’ont pas réussi à retrouver depuis. (…) Au cours des dernières années (ouvrage écrit en 1951), les Noirs ont donné de multiples preuves de leur humeur belliqueuse. L’émeute de 1943, à Harlem, ne fut pas, comme les précédentes, une rixe inter-raciale, mais une rébellion de la communauté noire. Tout récemment, à Winston-Salem (Caroline du Nord), des Noirs attaquèrent et menacèrent de lyncher un Blanc qui avait tiré sur une jeune noire, la blessant gravement. De jeunes étudiants noirs du collège de Talladega (Alabama) m’ont raconté que, depuis que le Ku-Klux-Klan planta, par surprise, une croix de feu au milieu de l’établissement, ils dormaient avec des pistolets chargés sous leurs oreillers, prêts à s’ « en servir à la première occasion. (…)

Les Noirs et le mouvement ouvrier (…) L’AFL, Fédération américaine du travail reflète les préjugés de ses syndicats de métier, ferme les yeux sur leurs pratiques discriminatoires et accepte les syndicats dont les statuts excluent ouvertement les Noirs. Ce n’est qu’après 1900 que l’AFL se résigna à organiser les Noirs. Mais, ce faisant, elle introduisit la ségrégation dans son sein. Les Noirs furent versés dans des sections syndicales séparées, ou, si les syndicats de métier s’opposaient même à cet expédient, ils étaient parqués dans des syndicats fédéraux, sections syndicales non rattachées à un syndicat de métier et placés directement sous la tutelle de la centrale syndicale. Mais, dans ces organisations auxiliaires ou mineures, les Noirs ont tous les devoirs d’un syndiqué sans avoir aucun des droits. (…) A partir de 1934, la lutte contre la discrimination syndicale fut menée, à l’intérieur même de la Fédération, par A. Philip Randolph, le fougueux président de la Brotherhood of Sleeping Car Porters (fraternité des porteurs des wagons-lits), qui, comme on le sait, est une organisation entièrement composée de Noirs. Randolph, passant outre aux critiques de l’intelligentsia noire, comprit que son syndicat se devait de rejoindre le mouvement ouvrier organisé, malgré les préjugés anti-Noirs de ce dernier. (…) Randolph continue, sans se décourager, à exhorter les Noirs à rejoindre le mouvement ouvrier, même là où se perpétue le préjugé racial, et à combattre celui-ci au sein de l’AFL. (…)

Le Syndicat des Mineurs UMW fut une des rares organisations de l’AFL qui adopta, dès l’origine, une attitude libérale à l’égard des travailleurs noirs. Les Knights of Labor, dont il sortit et qui le marquèrent de son empreinte, lui avaient enseigné la fraternité de la famille humaine. En outre, il fut constitué sur la base de l’industrie et l’exclusivisme des syndicats de métier ne l’entacha jamais. Ses statuts spécifient qu’il se propose « de réunir en une seule organisation, sans considération de croyance, de couleur ou de nationalité, tous les travailleurs employés dans les mines de charbon et alentour. » D’autres clauses assurent aux mineurs noirs et blancs une égalité de traitement. (…) La communauté noire a apprécié cette attitude et s’est toujours montrée favorable au syndicat UMW. (…) En Alabama, un des fiefs de la contre-révolution sudiste, le Syndicat eut quelque peine à prendre pied. Au cours de la grève de 1908, un prétendu « comité de citoyens » inspiré par les employeurs informa le Syndicat que « le peuple d’Alabama ne tolérerait jamais l’organisation des nègres et leur participation à la grève aux côtés de blancs. » 76% des grévistes de 1920-1921 furent noirs, ce qui porta à son paroxysme la colère des sous-ordres de l’US Steel. Mais le Syndicat, sous l’impulsion à la fois énergique et généreuse de William Mitch, finit tout de même par s’implanter dans cette région maudite. (…)

L’exemple du Syndicat des Mineurs inspira le CIO, dont la direction, à l’origine, provenait en grande partie de cette organisation. Dès sa création, le CIO adopta une politique raciale à l’opposé de celle des syndicats de métier de la vieille Fédération. Il ouvrit ses portes aux Noirs. Il leur procura des salaires égaux à ceux des Blancs. Il les associa à la direction de ses organisations à tous les échelons. (…) Il fit une incessante campagne en faveur du Programme de Droits Civils pour les Noirs. (…) Comme l’écrivent Howe et Widick, « la nature même du syndicalisme industriel rendait impossible les divisions raciales qui avaient prévalu dans l’AFL… Les nouvelles unions industrielles n’auraient pas pu consolider leur pouvoir sans gagner le soutien des travailleurs noirs. » Quand le Comité d’organisation de l’Acier entreprit, en 1936-1937, sa campagne de recrutement, il bénéficia du concours actif du National Negro Congress.

Quand le Parti Communiste Américain, optant sous l’égide de Staline pour l’alliance avec de l’impérialisme américain, lâchait le combat des noirs comme il lâchait le combat des travailleurs

1966-1968 : le Pouvoir Noir ou quand l’insurrection des Noirs montait aux USA vers la révolution sociale....

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