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1966-1968 : le Pouvoir Noir ou quand l’insurrection des Noirs montait aux USA vers la révolution sociale....

dimanche 21 mars 2010, par Robert Paris

Stokely Carmichael à la tribune

Le mouvement noir aux USA

Un témoignage prouvant que, même avec Obama au pouvoir, la question des Noirs n’est toujours pas réglée...

et le mouvement noir existe toujours et combat l’impérialisme US comme il a commencé à le faire en 1966-1968...

Foule raciste protestant contre l’intégration de quelques élèves noirs à Little Rock (Arkansas) en 1957.

Les forces de l’ordre patrouillent dans le ghetto noir après les émeutes de Watts de 1965

James Meredith blessé lors de la Marche contre la peur en 1966.

Le SNCC en 1966

Panorama des organisations

Black Power : « Pouvoir noir », expression empruntée à l’ouvrage de Richard Wright, Black Power écrit en 1945. Mouvement lancé par Stokely Carmichaël (à la tête du SNCC en 1967). Le Black Power est un mouvement radical, qui vise à abattre le pouvoir des Blancs pour affirmer le pouvoir des Noirs.

Black Panther Party : Fondé en octobre 1966 à Oakland (Californie) par Huey Newton et Bobby Seale, sous le nom de Black Panther Party for Self-Defense. Il adopte une orientation révolutionnaire et se réclame du marxisme.

Nation of islam : Organisation politique fondée par Wallace Fard en 1931. Elle prône le séparatisme, met l’accent sur l’« africanisme » des Noirs américains et l’islam comme unificateur des Noirs. Sous l’influence de Malcom X, le parti rassemble près de 40 000 « Black Muslims » (musulmans noirs) en 1964.

Southern Christian Leadership Conference (SCLC) : « Conférence des dirigeants des chrétiens du Sud ». Organisation politique dont Luther King est le président, crée par les élites noires du Sud, en 1957, suite au succès de la campagne de boycott des bus à Montgomery (Alabama). Ce parti se bat pour les droits civiques par la non-violence.

Student Nonviolent Coordinating Comittee (SNCC) : « Comité de coordination des étudiants non-violents ». Créé en avril 1960 à Atlanta (Georgie) par des étudiantes et étudiants favorables à la politique des sit-in. Ce parti apparaît comme le principal défenseur des droits civiques. Fin 1968, il abandonne ses principes non-violents et change la signification de son « N » pour défendre le nationalisme noir : « Student National Coordinating Committee ».

Le contexte socio-politique du mouvement pour le pouvoir noir

Deux événements eurent lieu au cours de l’été 1966, qui devaient exercer une grande influence sur le développement du mouvement noir ; à première vue, ils semblent n’avoir rien de commun, mais en fait, ils étaient l’un et l’autre des réponses à l’état d’oppression des Noirs, et dans la dialectique profonde de l’histoire, ils étaient effectivement liés. Le premier eut lieu lors d’un jour d’été très chaud, en juin, au Mississipi : James Meredith, le premeir noir à avoir été diplômé de l’Université du Mississipi, accomplissait sa fameuse "marche contre la peur" à travers son état natal. La marche était suivie par des agents du FBI, des journalistes, des photographes, des sympathisants et Stokely Carmichael.

Ce dernier venait d’être élu président du Comité de coordination des étudiants non violents (SNCC) et il connaissait le Mississipi, symbole particulièrement odieux de l’oppression noire. Il avait une connaissance directe de l’état de misère matérielle et de servitude politique qui, en dépit des lois sur les soi-disant droits civiques, restait la caractéristique dominante de la vie des résidents noirs de cet état. Il savait aussi ce qu’il en était de la violence blanche dans ce même état - violence dont Meredith fut victime peu après le début de sa marche audacieuse. Carmichael savait aussi que les défilés et les marches n’avaient pas changé et ne pouvaient pas changer profondément ces conditions d’existence. Lui-même et d’autres dirigeants du SNCC étaient depuis quelque temps en quête de moyens plus efficaces et plus directs pour mener l’assaut contre cette structure d’exploitation monolithique qui paraissait imprenable et insensible à tout argument moral. Ils pensaient avoir trouvé une solution dans l’idée d’un pouvoir politique noir. Willie Ricks, autre dirigeant du SNCC présent lors de la marche de Meredith, ramena l’expression à deux mots : Pouvoir Noir. Ils étaient vigoureusement expressifs et pouvaient devenir une formule vivante, Carmichael et Ricks allaient bientôt en donner la preuve.

Les moyens d’information s’emparèrent du nouveau slogan, le traitèrent comme une information sensationnelle et le portèrent dans tout le pays aux oreilles d’une opinion américaine affolée. (...)

Le second événement, bien que d’égale importance, fit beaucoup moins de bruit, et ne donna pas lieu à des discussions hystériques ; sauf pour les spécialistes, il s’agissait de quelque chose de banal. De fait, c’était une allocution de McGeorge Bundy, président de la richissime Fondation Ford, au banquet annuel de la Ligue urbaine nationale à Philadelphie, et il n’y avait pas matière à gros titres. Bundy déclara que la Fondation Ford avait décidé de contribuer à la réalisation de la "pleine égalité de tous les Noirs américains". Ses auditeurs ne furent pas surpris car depuis un certain temps la Fondation s’était occupée de l’amélioration de l’enseignement supérieur pour les Noirs et avait contribué à la réalisation de certains projets de la Ligue dans le domaine du logement. (...) ce qu’ignoraient cependant les délégués de la Ligue urbaine, tout comme le grand public américain, c’est qu’au-delà, la Fondation Ford, qui jouait déjà un rôle d’avant-garde dans la pénétration néo-colonialiste du tiers-monde, s’apprêtait à opérer une pénétration analogue dans le mouvement noir militant. (...)

La situation du mouvement noir à l’été 1966 était dominée par trois facteurs principaux : a) le mouvement des droits civiques aboutissait à un point mort et, dans sa lancée, lui succédaient des révoltes urbaines provoquées par l’état de stagnation des ghettos ; b) les nouveaux dirigeants, comme Robert Williams et Malcolm X, qui avaient été les pionniers d’un mouvement nationaliste encore embryonnaire, avaient été brisés, l’un par un exil forcé, l’autre par l’assassinat avant d’avoir pu mettre sur pied des organisations politiques de masse ; c) la guerre du Vietnam et d’autres événements du tiers monde donnaient de plus en plus à penser aux militants noirs des USA.

Quant au premier facteur, le mouvement pour les droits civiques, non violent et centré sur le Sud, avait débouché dans une impasse. Dans d’innombrables villes, des militants et des dizaines de milliers de Noirs s’étaient engagés pleins d’espoir dans de nombreuses manifestations et défilés, s’étaient laissé brutaliser, battre, emprisonner, tuer même, et avaient suivi les appels de dirigeants moralistes qui les avaient invités à "aimer l’ennemi" et à "tendre l’autre joue" parce que toutes ces souffrances devaient un jour aboutir à la liberté.

Après plusieurs années de luttes intenses jalonnées de plusieurs morts, il apparaissait à l’été 1963 qu’un nouvel effort devait être fait pour rapprocher ce jour de liberté tant attendu. Les militants de la abse parlèrent de marcher sur Washington et de bloquer la ville jusqu’à ce que les Noirs aient obtenu la pleine égalité. mais cet élan fut rapidement neutralisé par l’administration Kennedy et la coalition des libéraux et syndicalistes du parti démocrate qui tenait l’électorat noir pour sa propriété. C’est ainsi que la marche sur Washington avec ses 250.000 participants devint un pique-nique estival en l’honneur de John Kennedy et de sa loi sur les droits civiques ; on invitait les Noirs à y trouver la réponse à leur prières.

(…) Quant au projet de loi, il fut définitivement voté en 1964. Sur le papier, il mettait fin à la discrimination raciale en ce qui concerne la procédure électorale, certains lieux publics, certains emplois, et dans le système scolaire. Mais le problème, avec cette loi aussi bien qu’avec celle de 1965 sur le droit de vote, c’était l’application. Les Noirs qui estimaient que leurs droits civiques avaient été bafoués devaient engager une procédure longue et compliquée pour obtenir réparation. (…) Bref, ces délais, cette lenteur apprirent au peuple noir et à ses dirigeants que la loi ne signifie rien si elle n’est pas effectivement appliquée. (…) Le gouvernement fédéral avait le pouvoir, mais il avait besoin du soutien des réactionnaires du sud, qui détenaient plusieurs présidences de commissions au Sénat et à la Chambre des représentants. Dès lors, les lois sur les droits civiques devinrent simplement de nouvelles preuves de cette vérité connue, que la démocratie américaine est soumise aux intérêts économiques et politiques des détenteurs réels du pouvoir.

En 1964, l’expérience du parti démocratique du Mississipi pour la Liberté (MFDP) en apportait une autre confirmation. (...) Dans le Mississsipi où la section du parti démocrate était raciste, les militants du SNCC avaient cru pouvoir la défier et la battre en créant une structure politique parallèle, de manière à l’emporter à la Convention nationale d’Atlantic City. En proclamant leur loyauté à l’égard de la direction nationale, ce que ne faisait pas la délégation "régulière", les dissidents du MFDP croyaient pouvoir faire exclure la délégation raciste et remporter un succès dans la lutte démocratique pour une évolution. Mais le parti, qui avait besoin d’appui dans le Sud, en revint au racisme et repoussa les dissidents. Nouvelle et amère leçon pour le mouvement noir. Le mouvement noir pour les droits civiques n’échoua pas seulement à cause de ces coups d’arrêts, (…) mais à cause du caractère bourgeois du mouvement. (…) A preuve, il n’a rien fait pour améliorer les conditions d’existence des couches les plus pauvres de la population noire. (…)

L’explosion commença en 1964 avec la révolte d’Harlem et d’autres révoltes dans 14 villes, et elle continua dans tout le pays avec les « étés chauds » des années soixante. Ces révoltes étaient spontanées et inorganisées, mais elles obéissaient à une logique interne. Attaques et pillages étaient pour l’essentiel dirigés contre les propriétés des commerçants blancs qui exploitaient la communauté noire : ainsi à Harlem, plus tard à Watts. Les Noirs récupéraient en somme les produits qui leur avaient été volés sous la forme de travail sous-payé et de prix prohibitifs.

Par ce genre d’action, ces émeutiers, qui étaient bien loin d’être une infime minorité, rejetaient les dirigeants du mouvement pour les droits civiques et démontraient qu’il fallait de nouveaux dirigeants capables de mener la lutte contre l’oppression, la misère et la sujétion et qui puissent vraiment parler au nom de la majorité des masses noires. Mais l’émergence d’une nouvelle direction de ce type aurait constitué une menace frontale contre l’ordre établi et l’on pouvait s’attendre à ce que les autorités entreprennent de la briser par n’importe quel moyen. Les manifestations non-violentes, défi moral à l’injustice, n’étaient pas une menace pour l’ordre établi, pour le pouvoir en place. Mais si les Noirs se mettaient à s’armer, fût-ce dans un but d’autodéfense, alors tout changeait. Un système social injuste doit garder le monopole des forces de répression. Si l’on peut briser ce monopole, on n’est pas loin de pouvoir briser le système.

C’est pourquoi un dirigeant comme Robert Williams qui, à la fin des années 50, organisait une section noire de l’Association nationale de tir à Monroe (Caroline du Nord), ne pouvait pas être traité comme un adversaire négligeable. (…) Williams fut aussitôt attaqué par la presse, et les libéraux blancs qui appuyaient le mouvement non violent des droits civiques lui tournèrent le dos. (…) Williams se réfugia d’abord à Cuba où il est resté trois ans, puis en Chine. (…)

Malcolm, à qui revient la paternité idéologique du mouvement pour le Pouvoir Noir, et en qui les masses exaspérées d’Harlem voyaient le nouveau dirigeant qu’elles attendaient, fut assassiné juste cinquante semaines après avoir officiellement rompu avec les Musulmans noirs. (…) C’était un militant, et ce trait fut à l’origine de sa rupture avec Muhammad (dirigeant des Musulmans noirs). Dans les années 60, les militants noirs accusaient de plus en plus fréquemment les Musulmans noirs de parler haut et de ne rien faire. Le mouvement noir se développait, il ne suffisait plus de dénoncer bruyamment les « diables blancs ». Or, les Musulmans noirs restaient à l’écart de toute forme d’action politique et sociale ; Malcolm, lui, commençait à avoir des doutes sur la sagesse d’une telle ligne. Dans son « Autobiographie », il reconnaît que dans ce temps-là, il pensait que la « la nation de l’Islam aurait pu être encore plus utile aux Noirs américains si elle passait enfin aux actes. » Mais cette conception-là se heurtait aux objectifs de Muhammad et de ses lieutenants. Malcolm fut suspendu en décembre 1963, officiellement à cause de son commentaire, qui avait fait du bruit, sur l’assassinat de John Kennedy : « Les poulets qui reviennent se faire rôtir » (autrement dit : la haine fait boomerang). Mais il apparut vite que la suspension était sine die, et que Malcolm n’était plus persona grata chez les Musulmans noirs. En mars 1964, il annonçait lui-même sa rupture définitive avec eux. Il déclara qu’il était prêt à s’engager à fond dans la campagne nationale pour les droits civiques, parce que chaque lutte locale « ne peut qu’élever le niveau de conscience des Noirs ». Dès lors, c’est toute son idéologie qu’il se mit à rebâtir. Il voyait la nécessité de l’unité des Noirs pour que leur combat soit efficace. Il se proclamait lui-même un adepte du nationalisme noir qu’il définissait comme un mouvement autonome des Noirs pour leur liberté, leur droit à la justice et à l’égalité. L’idée centrale était que les Noirs devaient contrôler eux-mêmes les institutions économiques, politiques et sociales de leurs propres communautés et il s’identifiait avec la notion d’autodétermination. Après la rupture, Malcolm rejeta les utopies séparatistes, celles du retour en Afrique, ou celle de la création d’un Etat noir en Amérique. Mais il refusait en même temps l’intégrationnisme, formule vide ou tentative d’intégration des Noirs dans une société blanche en déclin. A la différence des Musulmans noirs qui attribuaient l’oppression des Noirs à la nature méchante de la race blanche, Malcolm comprenait que c’était la structure sociale qui avait été la cause non seulement de la misère des Noirs, mais du racisme des Blancs. Dans une discours de 1964, il déclara : « Le système de ce pays ne peut donner la liberté aux Afro-Américains. C’est impossible à ce système, ce système économique, ce système politique, ce système social, en un mot à ce système. Ce système dans son état actuel est incapable de donner la liberté immédiate aux Noirs de ce pays. » (…)

Tout en revendiquant l’autodétermination pour les Noirs, il avait conscience que cet objectif ne pourrait pas être atteint dans le cadre du capitalisme. A la différence de certains nationalistes noirs, il comprenait qu’il était de l’intérêt des militants noirs de lutter pour une transformation radicale de la société américaine dans son ensemble, condition d’une autodétermination effective. Sinon, le contrôle par les Noirs des communautés noires ne signifierait aucunement la libération puisqu’elles resteraient elles-mêmes une partie subordonnée d’une société fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme. (…)

Dans un discours prononcé à New York le 8 avril 1964, il indiqua les grandes lignes de ce processus tel qu’il le voyait se développer :

« Ainsi, lorsque les noirs se mettent aujourd’hui en quête de ce que l’Amérique reconnaît être leurs droits, et qu’ils sont victimes de la brutalité de ceux qui les leur refusent, ils sont en droit de faire tout ce qui est nécessaire pour assurer leur propre protection. C’est ce qu’ils ont fait la nuit dernière à Cleveland : à la police qui avait braqué sur eux les lances à incendie et les bombardait de gaz lacrymogènes, ils ont répondu par une grêle de pierres et de briques. Il y a deux semaines, à Jacksonville, en Floride, un noir qui n’avait pas vingt ans leur a lancé des cocktails Molotov.

Eh bien, il y a dix ans, les noirs ne faisaient pas cela. La leçon qu’il faut en tirer, c’est qu’aujourd’hui ils s’éveillent. Ils y allaient à coups de pierres hier, à coups de cocktails Molotov aujourd’hui, et après-demain, tout ce qui leur tombera sous la main… Vingt-deux millions d’Afro-Américains sont prêts à se battre dès à présent pour leur indépendance… Je ne pense pas à une lutte non violente ni à une lutte où l’on tend l’autre joue. Ces temps sont révolus. Ils appartiennent à l’histoire ancienne. »

Et comme pour s’assurer que son auditoire, en majorité blanc, ne pourrait pas s’abandonner à un malentendu, Malcolm ajoutait que la révolte noire était en train de se transformer en « une authentique révolution noire ».

« La lutte révolutionnaire ne se mène jamais en tendant l’autre joue. La révolution n’est jamais fondée sur l’amour des ennemis et le pardon des offenses. La lutte révolutionnaire n’est jamais menée sur l’air de « We shall overcome ». La révolution, c’est l’effusion de sang. » (…)

Il ne vécut pas assez longtemps pour voir les résultats de son action. Le 13 février 1965 au matin, sa maison était incendiée à coups de cocktails Molotov, mais lui-même et sa famille parvenaient à s’échapper sains et saufs. Sur le moment, il attribua l’attentat aux Musulmans noirs, mais très vite, il en vint à soupçonner d’autres éléments. Il connaissait les possibilités réelles et les limites des Musulmans noirs. Le dimanche suivant, ces « autres éléments » parvenaient à leurs fins et l’assassinaient au cours d’un meeting à New York. (…)

Les idées de Malcolm X n’avaient pas pu être assassinées comme il l’avait été. Celle du lien nécessaire entre la lutte des Noirs américains et l’ensemble du combat du tiers monde en particulier n’allait pas s’évanouir. (…) Le 6 janvier 1966, le SNCC publiait une déclaration par laquelle il prenait publiquement position contre la guerre du Vietnam et donnait son appui à la campagne de résistance à la conscription. (…) Or, le 4 janvier 1966, un militant du SNCC, Sammy Younge Jr, était assassiné à Tuskegee (Alamaba) pour avoir voulu utiliser les toilettes réservées aux Blancs dans une station d’essence. L’épisode précipita la publication de la déclaration déjà rédigée (du SNCC). « Samuel Younge a été tué parce que les lois américaines ne sont pas appliquées ; de même, les Vietnamiens sont massacrés parce que les Etats-Unis dans leur politique d’agression refusent d’appliquer la loi internationale. (…) Nous sommes en plein accord avec tous ceux qui dans ce pays refusent de répondre à un appel sous les drapeaux qui les contraindrait à donner leur vie en faveur d’une agression américaine effectuée au nom de cette liberté qui n’est que tromperie dans notre pays ; nous donnerons notre appui à tous ceux qui refusent d’aller combattre au Vietnam. »

Enfin, la déclaration indiquait que « la création de structures démocratiques dans tout le pays » était une alternative valable, bien que non légale, à la conscription ; quelques mois plus tard, le SNCC s’engageait à fond dans la résistance au recrutement sur la base d’un plan d’action étendu à tout le pays.

Tel était le contexte politique de l’été 1966, le contexte des initiatives de Stokely Carmichael. Il s’efforçait de recueillir l’héritage idéologique de Malcolm X, et de l’appliquer dans ces conditions-là. Mais il hésitait encore sur sa voie, partagé entre le réformisme et la révolution, ne sachant si il serait un révolté ou un révolutionnaire noir. Conflit d’ailleurs caractéristique de tout le mouvement noir, et annonce du conflit qui allait bientôt éclater entre ces deux genres de militants noirs. (…)

En tout cas, dans un article retentissant publié dans le « New York Review of Books » du 22 septembre 1966, Carmichael abordait de front le problème du pouvoir : comment attaquer et affaiblir le pouvoir blanc oppresseur et créer contre lui la force libératrice du pouvoir noir ? (…) Le langage était encore prudent, mais la potentialité révolutionnaire évidente. Depuis 1966, il est devenu clair que la révolte serait nécessairement violente, parce que les défenseurs et propagandistes de la mythologie du droit à la propriété ne permettront pas de changements pacifiques. (…)

En 1966, à son congrès de Baltimore, le CORE (Congress of racial equality) reprenait à son compte le mot d’ordre du Pouvoir Noir. La résolution adoptée à l’unanimité déclarait :

« Le Pouvoir Noir est le contrôle effectif et l’autodétermination exercée par les Noirs dans leurs propres secteurs.

Pouvoir signifie contrôle complet de la vie économique, politique, sociale, scolaire, de notre communauté, du sommet à la base.

L’exercice du pouvoir au niveau local n’est rien d’autre que ce que d’autres groupes de la société américaine ont fait pour acquérir une part d’initiative dans la vie de la société américaine. »

Cet été 1966 était pour le CORE un tournant aussi décisif que pour le SNCC. Jusque-là, le CORE avait été un mouvement intégrationniste qui faisait confiance à la non-violence pour atteindre ses buts. (…) Le CORE subit une éclipse pendant la période où se développait le Congrès pour les droits civiques présidé par William L. Patterson, jusqu’en 1951, puis pendant celle des campagnes de Martin Luther King, et encore au début des sit-in étudiants vers 1960. Mais en 1961, après avoir organisé les marches de la liberté en Alabama et au Mississipi, il attirait de nouveau l’attention de tout le pays et sa composition se modifiait ; en 1963, pour la première fois, il comptait une majorité absolue de membres noirs. C’est qu’il attirait à lui nombre de militants déçus par la NAACP. (…)

A son congrès de 1965, dont le thème central était le géant qui s’éveille, les ghettos noirs, le CORE abrogea l’article de ses statuts qui interdisait toute activité politique directe. (…) La motion sur le Pouvoir Noir votée par le CORE au congrès de 1966 abandonnait apparemment l’objectif de l’intégration qui avait été celui du mouvement (…)

Alors que SNCC et CORE lançaient le mot d’ordre du Pouvoir Noir, les maîtres du pouvoir blanc avaient déjà commencé à élaborer les grandes lignes de leur contre-attaque. Ce n’est pas tellement le mot d’ordre lui-même qui les avait mis en éveil, mais précisément la situation intérieure qui avait déjà provoqué la radicalisation du mouvement noir, situation caractérisée par l’incapacité du mouvement pour les droits civiques d’empêcher l’appauvrissement continuel des Noirs, et par les révoltes urbaines qui avaient suivi. (…) La nouvelle réponse commençait à apparaître dans ce discours du président de la Fondation Ford McGeorge Bundy, discours prononcé le 2 août 1966 au banquet de la Ligue Urbaine Nationale à Philadelphie : « Nous pensons que la pleine égalité de tous les Noirs américains est aujourd’hui le problème intérieur le plus urgent, et nous pensons que la Fondation Ford doit jouer tout son rôle dans ce domaine (…) C’est ainsi que la Ligue Urbaine s’apprêtait à devenir la plus puissante organisation, bien que celle dont on parle le moins, à s’occuper de « manipuler » le mouvement noir avancé. De son immeuble ultra-moderne de la 43ème Rue Est à New York, la Fondation se mêle de financer et d’influencer nombre d’organisations plus ou moins contestataires, telles que le CORE, le SCLC, la Ligue Nationale Urbaine et la NAACP ; Agissant directement ou indirectement à travers ces organisations et quelques autres, elle espère canaliser le mouvement de libération noir, et prévenir les révoltes urbaines. (…) C’est sous la direction de Bundy, auparavant conseiller spécial du président pour la sécurité nationale, et qui, en cette qualité, avait été un des principaux promoteurs de l’intervention au Vietnam, que la Fondation avait décidé en 1966 d’étendre ses activités au mouvement noir. (…) En 1950, la Fondation, dans laquelle avaient été investis des bénéfices de guerre, prit de l’extension et son champ d’action s’étendit à l’ensemble des Etats-Unis et à 80 pays étrangers. (…) En 1962, Dyke Brown, alors vice-président chargé du secteur des affaires publiques, pouvait écrire que la Fondation « était passée du domaine de l’administration publique à celui de la vie politique ». Ses programmes, ajoutait-il, « tendaient de plus en plus à être des programmes d’action, et non plus seulement de recherches », ce qui impliquait qu’il fallait prendre certains « risques politiques ». (…)

Et c’est pourquoi, un an après le discours de Bundy déjà cité, elle accordait un prêt important au CORE, prêt destiné à des « efforts pacifiques et constructifs » dans le district de Hough, à Cleveland, qui avait été le théâtre de violentes révoltes. C’est pourquoi enfin elle a annoncé, en septembre 1968, qu’elle comptait investir 10 millions de dollars pour aider à la formation d’un capitalisme noir.

Bref, elle s’est transformée en un des instruments les plus subtils et les plus raffinés du néo-colonialisme américain, y compris celui qui s’exerce dans la colonie de l’intérieur.

Bundy, quand il en a pris la direction à l’issue de son séjour dans les parages de la Maison Blanche, était l’homme idéal pour une telle politique. (…) Il avait en même temps été le partisan de la politique d’intervention militaire au Vietnam de Kennedy et de Johnson et de la politique de contacts maintenus avec l’URSS. Il était donc fort bien préparé pour travailler avec les organisations noires, y compris celles qui défendaient le mot d’ordre du Pouvoir Noir (…)

A l’automne de 1966, se produisirent deux événements capitaux pour le mouvement noir. En septembre, c’était la première tentative – pas entièrement consciente – de mettre en œuvre la doctrine du Pouvoir Noir dans une situation concrète. Il s’agissait de l’enseignement qui à New York était en pleine crise. Les parents de Harlem demandaient à avoir le contrôle effectif d’un établissement scolaire, l’école I.S. 201. L’autre événement eut lieu à l’autre bout du pays et fit peu de bruit, la fondation du Parti de la Panthère Noire à Oakland (Californie). »

suite à venir ...

En janvier 1965, Malcolm X a dit « je crois qu’il y aura finalement un conflit entre les opprimés et ceux qui font l’oppression. Je crois qu’il y aura un conflit entre ceux qui réclament la liberté, la justice, et l’égalité pour chacun et ceux qui veulent continuer le système d’exploitation… Il est incorrect de qualifier la révolte du nègre simplement comme un conflit racial du noir contre le blanc, ou comme un problème purement américain. En revanche, nous voyons aujourd’hui une rébellion globale de l’opprimé contre l’oppresseur, de l’exploité contre l’exploiteur. »

Comme pour répondre à tous ceux qui ont cru ou voulu croire en un Obama, Malcolm X répondait déjà : Malcolm : « vous avez mis en avant les Démocrates et les Démocrates vous ont mis en arrière. »

Un char ... contre la révolte des Noirs en 1967 !

Malcolm X

Repères chronologiques

1946 Décision de la Cour suprême interdisant la ségrégation dans les transports en commun.

1947 Premières Freedom rides, manifestations dont le but est d’obtenir l’application de la décision de la Cour suprême de 1946.

1er décembre 1955 Rosa Parks, à Montgomery (Alabama) refuse de céder sa place à un Blanc, conformément à la loi. Début d’un scandale et d’une lutte fondatrice.

Février 1960 Sit-in de Greensboro (Caroline du Nord), contre la ségrégation dans une cafétéria, point de départ du mouvement pour les droits civiques.

28 août 1963 Marche sur Washington de plus de 200 000 personnes. Discours de Martin Luther King « I have a dream » dans lequel il aspire à une Amérique unie, sans ségrégation.

4 juillet 1964 Adoption par l’administration Johnson du Civil Rights Act : désormais, la justice peut intervenir pour mettre un terme à la ségrégation raciale dans les lieux publics.

21 février 1965 Assassinat de Malcom X, en plein meeting.

11 août 1965 Emeutes de Watts, Los Angeles, qui durent une semaine (34 morts, 1071 blessés, 400 arrestations).

Juin 1966 Lancement du Black Power par Stokely Carmichaël.

Octobre 1966 Fondation du Black Panther Party for Self-Defense (BPP).

4 décembre 1967 Luther King lance la Poor People’s Campaign.

12 février 1968 Début de la grève des éboueurs de Memphis (Tennessee).

18 mars 1968 Luther King prend la parole devant les éboueurs en grève à Memphis.

28 mars 1968 Luther King conduit à Memphis une manifestation dispersée avec violence.

4 avril 1968 Assassinat de Martin Luther King au Lorraine motel, à Memphis. Martin Luther King disait : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, (...) recherchez la réconciliation, la justice, et non la victoire. ». Sa mort déclencha une vague d’émeutes dans plus de 125 villes. Le gouvernement déploya 75 000 soldats et gardes nationaux, tandis que 50 000 soldats étaient en alerte dans les bases militaires. La répression des manifestations fit 46 morts, 3 500 blessés et entraîna 20 000 arrestations. Le Washington Post remarqua que, dans la capitale même des États-Unis, l’émeute avait mobilisé 20 000 personnes, pour les trois quarts des travailleurs noirs. La masse des Noirs pauvres perdait patience. Elle ne supportait plus le chômage, les discriminations à l’embauche, à l’école ou dans le logement, l’insalubrité des ghettos, les brutalités policières, ni de savoir que nombre d’entre eux mouraient chaque jour au Viêt-nam, dans une guerre pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs.

Une partie des Noirs américains se radicalisaient. La mort du non-violent Martin Luther King sous les balles d’un tireur blanc donnait raison à ceux qui, au sein du mouvement noir, concluaient que rien ne pourrait être conquis sans des luttes, y compris violentes, contre un système qui régnait par la violence.

Des organisations nationalistes noirs radicales comme le Black Power (Pouvoir Noir) ou les Black Panthers (Panthères Noires) allaient connaître un essor. Ce radicalisme d’une partie des Noirs exprimait leur détermination à en finir avec la soumission.

Aux jeux olympiques...

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Attica prison

Les émeutes de la prison d’Attica sont des soulèvements de prisonniers du centre correctionnel d’Attica à Attica, aux États-Unis, qui ont eu lieu entre le 9 et le 13 septembre 1971.

Les détenus avaient demandé de meilleures conditions de vie, des douches, des moyens pour étudier et moins de censure sur les courriers et les visites. Ils avaient droit à cette époque à une douche par semaine et un rouleau de papier hygiénique par mois par personne[1]. Une de leurs plus simples revendications était de pouvoir disposer de papier hygiénique à volonté.

Une première requête avait été adressée par lettre avant toute action physique. Puis, en réponse à des rumeurs de torture de deux prisonniers, les détenus se révoltèrent prenant quarante-deux gardiens et civils en otage. Les prisonniers négocièrent avec une équipe de médiateurs qui avait été réquisitionnée et qui comprenait Tom Vicker, un rédacteur du New York Times, James Ingram du Michigan Chronicle, le représentant de l’État Arthur Eve et d’autres élus. Un garde blessé lors de l’émeute mourut le samedi 11 septembre à l’hôpital.

28 des demandes des prisonniers furent acceptées mais la revendication d’amnistie pour les prisonniers impliqués dans la mort du gardien fût refusée et tout prisonnier impliqué serait passible de la chaise électrique (aucune condamnation à mort n’eut finalement lieu). Les négociateurs des deux parties réclamèrent la présence du gouverneur Nelson Rockefeller qui refusa de venir, pensant que sa présence n’aiderait en rien à sortir du conflit.

Après 4 jours de révolte, 211 officiers de la police de l’État de New York ont pris le centre correctionnel d’assaut. Le bilan final fut de 10 gardiens tués (dont 9 lors de l’assaut, tués par les armes de la police) et de 29 prisonniers (4 prisonniers ont été tués par leurs co-détenus, les 25 autres par la police).

Les médias ont rapporté que les prisonniers avaient égorgé plusieurs des otages (un journal avait par exemple titré « J’ai vu des gorges ouvertes ») mais cela fut contredit par les expertises médicales.

Les émeutes d’Attica ont attiré l’attention des médias sur l’état des prisons aux États-Unis pendant les années 1960 et 1970. Elles ont aussi mis en évidence le fonctionnement raciste du système pénitentiaire américain et le fanatisme des gardiens. 27 ans après l’émeute, l’État de New York a bénéficié d’un non-lieu dans un procès avec les familles des détenus tués et à l’automne 2004, 12 millions de dollars d’indemnisation ont finalement été attribués par ce même État de New-York aux familles des gardiens de prison décédés.

Plus de trente longues années se sont écoulées depuis ce matin bruineux du 13 septembre 1971 où les troupes fédérales prirent d’assaut la prison d’Attica dans l’Etat de New York. Notre collaborateur Dénètem propose une analyse cultivée, riche et critique de cette révolte, une des plus signifiantes des populations carcérales américaines, porteuse d’une contestation profonde du système de légitimation US. Après avoir saisi les prisons américaines dans leur triple dimension de zoo, d’usine et de camp de concentration, il décrypte la dimension révolutionnaire qu’a pu incarner une insoumission de taulards qui étaient en passe de produire une contre-culture, un centre formation pour une jeunesse rejetée qui aspirait à un autre monde.

« Search and destroy »

On ne peut comprendre la révolte d’Attica et sa portée politique sans se référer au contexte de quasi guerre civile dans lequel elle se produisit. « On peut décrire le fonctionnement du système judiciaire américain comme une « mission de localisation et de destruction » (« search and destroy ») de la jeunesse noire » (Les prisons de la misère, Wacquant). Le harcèlement policier voire militaire (en 1965, à Los Angeles : violence de la répression du soulèvement noir du ghetto de Watts) de la jeunesse noire américaine débuta vraiment dans les années 60, au moment de la montée des mouvements d’émancipation noirs. Les assassinats politiques du pasteur Martin Luther King et de Malcolm X ne doivent pas faire oublier le fait que ce furent les membres du Black Panthers Party qui furent la cible privilégiée de la répression policière. Le cas de Mumia Abu-Jamal, ancienne panthère noire toujours coincée dans le couloir de la mort, témoigne de cet acharnement. Face à la brutalité policière et aux violences racistes, les Panthères Noires se considéraient comme des résistants : leur veste en cuir noire et leur béret faisaient clairement référence à la résistance française. Au niveau de leurs références idéologiques, ils puisaient autant dans le livre rouge de Mao que dans l’existentialisme de Sartre ou Les damnés de la Terre de Frantz Fanon. Dans la pratique, ils mirent en place non seulement des groupes d’autodéfense armée (contre les violences policières) mais aussi toute une politique sociale et culturelle : des « programmes de survie communautaire » et des services gratuits comme les dispensaires, les écoles, les transports vers les prisons etc. Et surtout, ce parti se distinguait des autres organisations noires (parfois très nationalistes et sexistes comme Nation of Islam) par sa volonté d’agir en association avec d’autres groupes progressistes comme les pacifistes (contre la guerre du Vietnam), les mouvements gay et féministes (voir les écrits de la panthère Angela Davis) etc. Devant le danger de l’émergence d’une vaste coalition de mouvements de gauche radicaux, en 1969, Edgar Hoover, le directeur du FBI, décréta le Black Panthers Party ennemi public numéro un et mit au point une opération de contre-espionnage, baptisée COINTELPRO qui dura dix ans : des dizaines de Panthères furent tuées lors de fusillades provoquées par la police, des centaines de membres et de sympathisants furent emprisonnés. Par la force des choses, les Black Panthers furent donc en première ligne dans les luttes carcérales. « La lutte dans les prisons est devenue un front nouveau de la révolution » (cité par Michelle Perrot in Les ombres de l’histoire) affirmait George Jackson, l’un des leaders des Panthers. Le cas de Jackson est emblématique, condamné à vie en 1961 pour un vol de 70 dollars dans une station d’essence, il se forma en prison, à la lecture de Karl Marx, d’Adam Smith, de Frantz Fanon et d’autres penseurs. Les jeunes qui comme lui n’avaient pu accéder ni à l’éducation ni à l’emploi, ceux qui avaient été forcés à s’auto-éduquer en prison, il les appelait, dans ses écrits, les « intellectuels du lumpenprolétariat » (chômeurs, délinquants, marginaux…). Les prisons étaient devenues en effet pour les jeunes noirs américains de véritables centres de formation politique. Des livres comme le Manifeste communiste ou le Livre rouge de Mao étaient réécrits à la main dans un langage simplifié et utilisés dans des groupes d’alphabétisation de base. Des journaux, toute une littérature de prison étaient produits par les détenus, on faisait parvenir clandestinement les manuscrits à des éditeurs extérieurs. Le livre même de Jackson, Les Frères de Soledad (Folio, intro de Jean Genet), circulait de main en main dans les prisons américaines où on se l’arrachait. La libération des esprits devait devenir une arme contre l’oppresseur, Jackson mettait toute son énergie à faire en sorte que la mentalité des jeunes paumés noirs se transforme en mentalité de révolutionnaires noirs, en conscience politique. « J’étais révolté. J’étais en prison et je regardais autour de moi pour découvrir quelque chose qui pourrait vraiment faire enrager les matons. J’ai découvert que rien ne les faisait autant enrager que la philosophie ». Le 21 août 1971, prétextant une tentative d’évasion, les « matons » de la prison californienne de Saint Quentin abattirent froidement Georges Jackson. Il était temps de bâillonner ce foyer de dissidence…

« Entendre le grondement de la bataille » (in Surveiller et punir)

La mort de George Jackson suscita dans l’ensemble des prisons américaines un grand vide, une vive émotion, un sentiment de révolte. Alors que cette mort était survenue en Californie, de l’autre côté des Etats-Unis, elle déclencha presque aussitôt une grève de la faim spontanée, suivie par un grand nombre de détenus, dans la prison new-yorkaise d’Attica. Le 9 septembre 1971, les 1500 détenus du block cellulaire D décidèrent d’aller plus loin en organisant une mutinerie : ils prirent en otage 40 surveillants et s’assurèrent rapidement le contrôle général des bâtiments. La situation dans le pénitencier fédéral d’Attica était depuis longtemps explosive. Attica, c’était le dernier cercle de l’enfer carcéral américain : surpeuplement, régime ultra-disciplinaire et punitif, conditions d’hygiène atroces, soins médicaux inexistants etc. La mort de Jackson joua donc le rôle de l’étincelle qui met le feu aux poudres. Ce qui révèle le caractère déterminé, réfléchi et, d’une certaine manière, légitime de la rébellion des détenus de cette prison, c’est bien le ton et le contenu de la déclaration que fit le Comité de Libération d’Attica : « Nous, prisonniers d’Attica, cherchons à mettre fin à l’injustice dont souffrent tous les prisonniers, quelle que soit leur race, leur confession, leur couleur. La préparation et le contenu de ce document ont été établis grâce aux efforts unifiés de toutes les races et de toutes les catégories sociales de cette prison. Il est établi, et de notoriété publique, que l’administration pénitentiaire de New York a transformé des institutions initialement prévues pour corriger socialement des individus en ces camps de concentration que l’on trouve dans l’Amérique actuelle. Compte tenu du fait que la prison d’Attica est l’une des institutions les plus classiques de cruauté organisée exercée sur les hommes, la liste de revendications qui suit a été adoptée. Nous, les prisonniers d’Attica, nous vous disons à vous les bien-pensants de la société : le système carcéral que vos tribunaux ratifient est la grimace terrifiante du tigre en papier, du pleutre au pouvoir. Manifeste respectueusement présenté à la société à titre de protestation contre les marchands d’esclaves, abjects et corrompus : le gouverneur de l’État de New York, le département pénitentiaire de l’État de New York, l’assemblée législative de l’État de New York, les tribunaux de l’État de New York, les tribunaux des États-Unis, le département des libérations conditionnelles de l’État de New York. Et ceux qui soutiennent ce système d’injustice. Cette liste de revendications va vous être présentée. Nous essayons d’agir selon la voie démocratique. Nous avons le sentiment qu’il n’est pas nécessaire de dramatiser ces demandes. » (extrait de Au pied du mur, éd. L’Insomniaque) Suivent 26 revendications concernant : le droit à l’éducation, la journée de travail de 8 heures, les droits syndicaux, la possibilité de se doucher régulièrement, une nourriture digne de ce nom, l’accès aux soins…

Un mouvement de soutien populaire s’organisa à l’extérieur. Le Comité de Solidarité avec les Prisonniers, un groupe fondé l’année précédente par les Youth Against War And Fascism (Jeunes Contre la Guerre et le Fascisme), rassembla de l’argent et loua des cars pour que les familles de détenus puissent se rendre à Attica. Le Comité de Solidarité fit en sorte également que les détenus puissent bénéficier d’une aide juridique en faisant appel à des avocats et juristes. Des membres du mouvement des droits civiques, des Black Panthers et d’autres groupes contestataires se rassemblèrent autour de la prison pour mener diverses actions : manifestations de soutien aux rebelles, sensibilisation de l’opinion publique, interpellations des hommes politiques etc. Les négociations devaient débuter le 13 septembre. Mais le jour J l’Etat envoya près de mille hommes, des fédéraux, des gardes nationaux, des sections d’assaut, qui par une opération coup de poing d’une extrême violence (armes automatiques, lance-grenade, hélico…) réussirent à reprendre la prison en moins d’une heure. L’assaut fit 43 morts, dont dix otages, et 200 blessés. Les autorités pénitentiaires prétendirent que les détenus avaient égorgé les dix otages. Mais les autopsies des médecins légistes révélèrent que les otages n’étaient pas morts la gorge tranchée mais des suites des blessures infligées par les tirs des forces de l’ordre ; ce qui fut confirmé par la commission d’enquête McKay de l’Etat de New York…

Deux téléfilms américains retraçant l’émeute ont été produits :

* en 1980 : Attica, de Marvin J. Chomsky, avec George Grizzard, * en 1994 : La Révolte d’Attica (Against the Wall), de John Frankenheimer, avec Samuel L. Jackson.

Par ailleurs un documentaire intitulé Attica, également américain, a été réalisé en 1974 par Cinda Firestone.

Mississipi burning

En 1964, trois hommes disparaissent à Jessup County dans l’État du Mississippi, sans laisser aucune trace. Ce sont des militants pour les droits civiques. Rupert Anderson et Alan Ward, des agents du FBI (Federal Bureau of Investigation) sont chargés d’éclaircir cette affaire. Le premier est un homme d’expérience, agissant avec diplomatie et détermination. Le second, plus jeune et impatient d’obtenir des résultats, se comporte de manière plus rustre, et fait appel à d’importants moyens en hommes qui occupent la ville. Il questionne publiquement un noir, nommé Hollis, qui est sauvagement tabassé quelques heures plus tard. La ville est la proie d’un accès de violence : des églises et des maisons brûlent.

Anderson poursuit l’enquête selon des méthodes plus subtiles. Ses soupçons se portent sur le shérif Stuckey et son adjoint Pell ; ce dernier est couvert par son épouse. Les incendiaires sont arrêtés, mais le jury composé de blancs les condamne à des peines dérisoires.

L’ambiance est délétère et explosive : un homme est lynché, alors que Townley, le leader du Ku Klux Klan, attise les haines et la violence. Mrs Pell, la femme de l’adjoint du sherif, écœurée par ces évènements se résout à parler et révèle à Anderson l’endroit où se trouvent les corps des trois disparus. Tilman, le maire, commence à prendre peur et donne des indications au FBI qui débouchent sur l’arrestation des coupables : Swilley, Cowens, Bailey, Stuckey et Pell.

Le film est la démonstration de l’impossibilité de combattre le fascisme par des moyens étatiques et légaux... et autrement que par une mobilisation sociale radicale.

The symbol of the unconquered / Oscar Micheaux Années 20. Oscar Micheaux, dramaturge, directeur de théâtre, contestataire par l’image et les mots, le premier noir Américain a dénoncé la situation de ces frères, et notamment l’apartheid, courant actif et plus que toléré en ces temps. Les noirs à l’époque étaient passés du statut d’esclaves à celui de serviteurs, et toute la production hollywoodienne était imprégnée de ces idéaux. Ainsi pour contrer le célèbre « Birth of a Nation » de D. W. Griffith, apologie de la nation blanche et du Ku Klux Klan, Micheaux tourne « Within our Gates » (classé en 1992 au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour son importance historique). Dans la même trame démonstrative, il réalise quelques années plus tard une fiction « The symbol of the unconquered », qui met en avant la difficulté de s’accepter en tant qu’homme noir dans un pays où l’on vous tue pour votre couleur de peau. Tout reste alors encore à conquérir. Film majeur.

The bus / Haskell Wexler. 1963 : Marche sur washington : les blancs s’engagent enfin au côté des noirs, dans une marche symbolique pour la liberté et l’abolition de la ségrégation. Un documentaire on the road, aux cadrages vifs, aux teintes blanches, à l’odeur douce amère des idéaux confrontés à la réalité, où l’on découvre que les blancs engagés gardent encore une certaine idée naive et dominatrice sur leur noirs, où l’on comprend enfin pourquoi les chinois, un temps fraternels, se sont détournés de leurs anciens amis de couleur, et l’on apprend que la différence entre africains et nègres n’est qu’une question de nation, mais une question cependant fondamentale. Des semaines décisives pour l’avancement des idées et la compréhension des mouvements futurs.

Black Natchez /Edward Pinkus, David Neuman. Alors que la loi sur les droits civiques a été votée (1964), certaines régions voient le Ku Klux Klan battre des records de popularité, et leurs crimes impunis. Les noirs souffrent. Etouffent. Rassemblés dans des ghettos au Mississipi ou ailleurs, ils restent encore isolés dans leurs revendications. Le NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), créé dès 1909, est remis en cause dans les années 60. La population noire de Natchez est en ébullition, la tension monte. Les représentants, Charles Ever en tête, semblent trop éloignés des réalités, trop proches des blancs…l’insurrection n’est pas loin mais sera évitée, avec un constant dépité, et une rage qui gronde en chacun, la fin d’une illusion avec celle de l’association.

Harlem Story / Shirley Clarke. 1963 : La rage qui s’amplifie dans les provinces est déjà là, dans le cœur de chaque gosse de Harlem qui livre des guerres de gang fratricide aux autres gamins démunis. « Les blancs nous ont donnés leur Dieu mais pas leurs mains ». Cette phrase, amplifiée par la revendication du noir comme seule couleur dominante, donne le ton du film : Un film en noir, avec quelques volutes de fumées blanches, celles de la drogue, celle de l’espoir qui s’envole. Un film sombre, ou le gun (« the piece ») devient le seul moyen de devenir, et de subsister. Jazz story aux limites de la vie.

Black Panthers / Agnès Varda. Avec l’échec plus ou moins reconnu des organisations pacifiques, le recours à une action plus offensive semble s’imposer chez certains. Bobby Seale, jeune activiste un temps proche du NAACP, crée avec Huey P. Newton (proche lui des idéaux de Malcom X) le mouvement des Black Panthers en 1966. Deux ans plus tard, une large part de la population noire américaine est séduite par ces nouveaux militants, qui les protège des pigs (policiers blancs), et leur permet d’accéder à des services dont ils étaient jusqu’alors privés (éducation, clinique, transports etc).

1968 : Huey P. Newton est en procès, Agnès Varda est a Oackland. Avec sa petite voix chantante et engagée, elle nous propose un regard neuf et instructif sur le mouvement le plus contestataire (et contesté) de l’époque. Les gens qui prennent la paroles ne sont plus des hommes d’un certain âge en costume, mais des trentenaires musclés et armés, blousons en cuir et sunglasses, mains dans les poches mais pensées bien structurées, une nouvelle vision de la lutte, plus radicale, dans l’action concrète aussi. Constat : les femmes sont désormais à égalité avec les hommes, et s’imposent dans les congrès.Le style funk est né…

5 Messages de forum

  • On nous gave du cinquantenaire du discours de MLK, mais de quoi rêvait-il ?

    dans son discours, il précise : je fais le rêve que nous serons enfermés en prison (« in jail together ») ensemble : noirs et blancs.

    Moi, je ne veux pas aller en prison, et je fais le rêve que nous abolirons les prisons.

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    • Les Etats-Unis célèbrent les 50 ans du « rêve » de Martin Luther King mais sa démarche, pacifiste vis-à-vis des classes dirigeantes et anti lutte de classes, a porté ses fruits : elle a permis de conserver l’essentiel !

      S’ils les manifestants s’imaginent que le rêve est encore d’actualité, c’est surtout qu’il est très loin de s’être transformé en réalité…

      Les noirs sont toujours bien plus nombreux au chômage ou en prison que les autres et bien moins nombreux dans les classes aisées ;

      La misère et la violence les frappe d’abord.

      les arrestations et jugements arbitraires aussi.

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  • La Situation reste dramatique pour les hommes noirs américains
    Il y a plus d’hommes noirs en prison qu’à l’université aux Etats-Unis

    Plusieurs études récentes, dont une qui figurait en première page du New York Times ("plight deepens for black men, studies warn") confirment qu’une large partie des hommes noirs aux Etats-Unis, surtout ceux qui n’ont pas d’éducation universitaire et qui sont pauvres, sont tenus à l’écart de la prospérité et du bien-être économiques que connaît le pays.

    Les études menées par des universitaires de Columbia, Princeton, Harvard et autres montrent que comparé aux hispaniques et aux Blancs issus de mêmes milieux défavorisés, le nombre d’hommes noirs américains vivant en marge de la société est plus élevé etaugmente plus rapidement.

    Dans les centres villes, (où habitent les populations les plus défavorisés NDLR), terminer le lycée est l’exception, aller en prison fait figure de banalité (les taux d’incarcération augmentent pour les Noirs malgré la diminution des crimes urbains). Selon les études, 50 % des jeunes noirs américains qui habitent en centre ville ne terminent pas le lycée.

    "Il y a quelque chose de différent qui arrive aux jeunes hommes noirs américains et c’est une chose que nous ne pouvons ignorer plus longtemps" a déclaré Ronald Mincy, cité par le New York Times. Cet universitaire professeur de sciences sociales à Columbia est l’auteur du livre "Black men left behind".

    Selon les études, une majorité des 5 millions d’hommes noirs américains dont l’âge est compris entre 20 et 39 ans sont au chômage, sous-employés ou non-employables à cause de leur casier judiciaire.

    En 2000, 65 % des jeunes noirs âgés de 20 à 29 ans et qui n’avaient pas terminé leurs études au lycée se retrouvaient sans emploi. En 2004, le nombre était de 72 % comparé à 34 % pour les blancs dans le même cas et 19 % pour les hispaniques selon Bruce Western, sociologue à Princeton et auteur d’un livre à paraître, "Punishment and inequality in America". Et même en incluant ceux titulaires de l’équivalent du bac, le pourcentage restait tout de même élevé (46 % en 2000 !).

    Les taux d’incarcération au sein de la population noire américaine masculine sont également dramatiques : En 1995, 16 % des Noirs dans la tranche d’âge de 20 à 29 ans qui n’étaient pas allés à l’université étaient en prison. En 2004, le taux s’élevait à 21 %. Lorsqu’ils atteignent la mi-trentaine, 6 noirs sur 10 parmi ceux qui n’ont pas d’éducation scolaire ont effectué au moins un séjour en prison.

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  • Comme le président John Kennedy, l’autre grande figure mythique de l’Amérique des années soixante, Martin Luther King, un pasteur Baptiste, était un prédateur sexuel compulsif aux mœurs scabreuses. Le côté sombre du personnage est un sujet tabou aux États-Unis.

    King, qui suit les traces de son père, également pasteur baptiste, est un personnage ignoble. Son premier discours à l’Église Batiste Ebenezer, en 1947, est le plagiat intégral d’un discours d’un autre pasteur noir, Harry Emerson Fosdick. Le Wall Street Journal découvrira plus tard que King a aussi plagié au moins 50 phrases complètes dans sa thèse de doctorat en théologie à l’Université de Boston. La commission constituée pour enquêter là-dessus conclut qu’il a plagié 45% de la première partie de sa thèse et 21% de la seconde. Même si le plagiat est flagrant, l’université ne lui enlève pas sont titre de docteur. On craint la réaction des Afro-américains. Un groupe d’universitaires, chargé par sa famille de réunir ses œuvres pour publication, découvre que son fameux discours « I have a dream » est en partie plagié d’un discours prononcé 11 ans plus tôt par le pasteur noir Archibald Carey.

    Mais surtout, le pasteur King est un obsédé sexuel avec un besoin insatiable de copulation. Les informations sur les mœurs dissolues de King ne viennent pas de ses ennemis racistes, mais de proches collaborateurs, d’universitaires et de journalistes noirs troublés par son hypocrisie sans borne.

    Dans sa biographie de 1989 And the Walls Came Tumbling Down, le compagnon de lutte, confident et meilleur ami de King, le pasteur Ralph Abernathy, qui était avec lui la nuit où il a été assassiné, raconte ses dernières heures. Après avoir prononcé un discours en fin d’après-midi, King accompagne une femme chez elle où il reste jusqu’à une heure du matin. En rentrant au motel où il loge, il ramasse une prostituée. Comme elle ne veut pas baiser avec lui dans la chambre qu’il partage avec Abernathy, il loue une seconde chambre où il l’amène. Une troisième femme, à qui il avait donné rendez-vous, se présente entre-temps à la chambre où dort Abernarthy. Lorsqu’il y revient, après une relation sexuelle avec sa prostituée, une violente dispute éclate avec la femme qui l’attend. Il la frappe si fort au visage qu’elle est projetée de l’autre côté du lit, rapporte Abernathy. Ces révélations ont soulevé la colère et l’indignation de la communauté noire américaine qui a ostracisé le pauvre Abernathy jusqu’à sa mort.

    Abernathy avait averti King qu’il était imprudent d’avoir une vie sexuelle aussi dévergondée alors que le FBI l’avait dans sa mire. Le 6 janvier 1964, Martin Luther est installé à l’hôtel Willard de Washington. Sa suite est « sonorisée » par le FBI. Les magnétophones de la police fédérale américaine vont enregistrer l’intégralité de l’orgie de plus de 12 heures qu’il préside. Dans son livre, Abernathy révèle que le FBI a non seulement enregistré l’orgie du Willard, mais l’a également filmée.

    L’historien des droits civiques Taylor Branch, qui a eu accès au matériel du FBI, rapporte dans son Pillar of Fire : America in the King Years que King, tout à coup durant l’orgie, lance le blasphème « I’m fucking for God ! » alors qu’il monte une prostituée blanche.

    Comme les autres femmes trahies et humiliées de la politique américaine, Jackie Kennedy et Hillary Clinton, Coretta King accepta son sort avec résignation et protégea toujours la mémoire de son mari. Le 31 janvier 1977, elle obtint une ordonnance judiciaire plaçant sous scellé 845 pages de documents du FBI concernant son mari jusqu’en 2027, parce que ces documents pourraient détruire sa réputation.

    La vérité est souvent cruelle. Lorsqu’elle contredit la légende entourant un héros national, les peuples aiment beaucoup mieux s’en tenir à la légende.

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  • Se voulant une avant-garde révolutionnaire, anti-capitaliste, les Black Panthers ne cherchaient pas seulement à libérer les Noirs de leur environnement répressif : « Pour nous, il s’agit d’une lutte de classes entre la classe ouvrière prolétarienne, qui regroupe les masses, et la minuscule minorité qu’est la classe dirigeante. Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s’unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite. (...) Nous croyons que nous menons une lutte de classe, pas un combat racial. » La ligne la plus importante au sein du BPP – celle de Newton et de Seale – est celle de l’unité en une seule classe des travailleurs blancs et de couleur, même si des voix dissonantes accordaient le primat de la lutte aux minorités "colorées" et refusaient de s’associer avec des Blancs.

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