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Les Etats-Unis appuient, financent et arment Al Qaïda en Syrie !

samedi 20 août 2016, par Robert Paris

Les USA avaient, une première fois en Afghanistan, créé et soutenu Al Qaïda, au motif de leur lutte contre l’URSS. Ils recommencent au motif de leur guerre (indirecte pour le moment) contre la Russie.

Trump n’est pas le seul à l’affirmer. Tous les rapports le prouvent !

Washington intensifie son soutien secret aux miliciens d’Al-Qaïda à Alep

Selon les médias occidentaux, des milices soutenues par les États-Unis, luttant contre le gouvernement syrien de Bachar al-Assad, ont rompu l’encerclement de leurs positions par les gouvernements russe et syrien dans la ville d’Alep, ravagée par la guerre.

Au cours de violents combats durant le week-end, la coalition de milices sous direction islamiste connue sous le nom de « Jaysh al Fateh » et soutenue par les États-Unis s’est emparée de bases militaires dans le sud-ouest d’Alep et s’est assuré le contrôle d’une route d’accès reliant la ville au reste du pays. Des avions de guerre russes et des forces syriennes et iraniennes au sol ont monté une contre-offensive dimanche ciblant les forces anti-Assad par des bombardements aériens et d’artillerie.

Selon le chef de l’opposition syrienne Anas al-Abdah, l’offensive islamiste a « presque » réalisé « un miracle », mettant les forces anti-Assad en position de « briser le siège et de passer à un stade où nous parlons sérieusement de libérer la ville. » L’offensive a ouvert un étroit couloir reliant Alep à des zones tenues par les rebelles, soulevant la possibilité d’opérations de ravitaillement des forces assiégées en mauvaise posture, soutenues par les Occidentaux.

L’encerclement des groupes extrémistes soutenus par Washington à Alep, réduits à une poche de plus en plus réduite dans les secteurs nord et ouest de la ville face à une offensive syrienne redoublée, soutenue par l’aviation russe et des forces terrestres iraniennes, était vécu comme un renversement humiliant par l’impérialisme américain. Washington a orchestré une guerre civile sans relâche en Syrie depuis 2011, tuant des centaines de milliers de Syriens, sans atteindre l’objectif de renverser le régime de Damas et d’installer un gouvernement néocolonial fantoche.

Pendant la phase d’ouverture de cette guerre orchestrée par les États-Unis et l’OTAN, les milices anti-Assad avaient pris le contrôle de vastes pans de la ville qu’ils cherchaient à utiliser comme base d’opérations et comme objet de pillage. Avant la guerre, Alep comptait entre 1 et 2,5 millions d’habitants , selon diverses estimations. On estime aujourd’hui à quelque 50.000 civils ceux qui vivotent au milieu des décombres. L’ensemble de la ville est restée sans électricité ni eau courante pendant plus d’un an, et des quartiers entiers ont été complètement rasés.

Le gouvernement turc du président Recep Tayyip Erdogan a retiré son soutien aux rebelles ces dernières semaines en représailles de l’implication de Washington dans la tentative ratée de coup d’État militaire du mois de juillet, et les milices soutenues par les Américains risquaient une défaite imminente.

Que le féroce assaut soutenu par les États-Unis se soit déroulé la veille du voyage du président turc à Saint-Pétersbourg pour des entretiens avec son homologue russe Vladimir Poutine n’est pas un hasard. Les cercles dirigeants américains craignent non sans raison qu’Erdogan ne parvienne à un vaste accord avec Poutine, qui fermerait toutes les voies d’approvisionnement restantes nécessaires au soutien de la guerre contre Damas.

La cause de l’inversion soudaine de la fortune des forces antigouvernementales qui, à en croire les informations des médias américains, ont pris l’initiative alors qu’elles faisaient face à une défaite totale, a été discrètement admise dans des articles du New York Times samedi et lundi, intitulés « Le succès militaire en Syrie donne la main à Poutine dans la guerre américaine par procuration » et « L’offensive rebelle en Syrie remet en cause le siège gouvernemental d’Alep. »

Comme le faisait remarquer l’article du Times de samedi, la Central Intelligence Agency (CIA) a fourni aux milices d’Al-Qaïda des quantités pratiquement illimitées de missiles antichars sophistiqués et d’autres armes.

La coalition rebelle soutenue par les États-Unis, dominée par le Front Al Nosra, « recevrait de nouvelles livraisons d’armes antichars, dès que les missiles auront été utilisés », selon les commentaires d’un commandant rebelle faits en 2015, et cités par le Times, samedi.

« Nous demandons des munitions et des missiles et nous obtenons plus que nous ne demandons », a déclaré ce commandant anti-Assad.

Les livraisons de systèmes de missiles avancés Stinger, capables de détruire, entre autres, des avions commerciaux au décollage et à l’atterrissage, ainsi que des hélicoptères militaires, continuent jusqu’à ce jour.

Contrairement aux affirmations de l’Administration Obama que les livraisons avaient été réduites et acheminées exclusivement aux « forces modérées », la CIA a en réalité augmenté son soutien aux milices anti-Assad encerclées dans Alep, au premier rang desquelles il y a les combattants d’Al Nosra.

Comme un nouvel article du Times l’a franchement reconnu lundi : « Un facteur essentiel de l’avancée des rebelles pendant le week-end a été la coopération entre les groupes rebelles traditionnels, dont certains ont secrètement reçu des armes américaines en soutien et l’organisation djihadiste anciennement connue sous le nom de Front Nosra, qui était affilié à Al-Qaïda. »

Le mensonge et l’hypocrisie infinies du Times et de la politique impériale américaine qu’il défend pouvaient difficilement être exprimées plus nettement.

Le journal présente le changement de nom d’Al Nosra et sa désaffiliation d’Al Qaïda comme une chose lointaine. En fait elle a été annoncée à peine une semaine et demie auparavant. Le Times, comme la plupart des médias occidentaux, acclame maintenant le succès supposé sur le champ de bataille de soi-disant « rebelles » qui fin juillet, juraient encore allégeance à un Al-Qaïda censé être la principale cible de la « guerre » de Washington « contre le terrorisme » depuis quinze ans.

De plus, ces dernières semaines, pendant que le renseignement américain équipait les « rebelles » d’Al-Qaïda dans la préparation d’une nouvelle et sanglante offensive, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, vantait lui, des mesures en vue d’un accord de coopération militaire américano-russe en Syrie dont la pièce maîtresse était censée être des attaques conjointes contre Al Nosra. Alors que Kerry s’engageait à la coopération militaire avec Moscou, avec des opérations « antiterroristes » conjointes, la CIA fournissait une masse d’armes aux forces affiliées à Al-Qaïda, attisant un conflit américano-russe par procuration qui couve et qui a le potentiel d’entraîner de larges zones du Moyen-Orient et de l’Europe dans une guerre.

La destruction d’un hélicoptère russe de transport Mi-8 dans la province syrienne d’Idlib lundi, qui a causé le plus grand nombre de morts pour une seule attaque contre les forces russes opérant en Syrie depuis que Moscou a lancé son intervention l’an dernier, est une illustration sinistre de la dynamique létale déclenchée par l’impérialisme américain de façon toujours plus irresponsable dans la poursuite de l’hégémonie incontestée sur cette nation stratégique du Levant.

La célébration de la victoire des « rebelles » par les médias américains ne peut être prise pour argent comptant et doit être pesée contre les informations du côté du gouvernement syrien, qui ont présenté l’ampleur de la contre-offensive rebelle en termes plus modestes. Quelle que soit l’ampleur réelle de l’avance rebelle sur le terrain, il est déjà clair que les combats intensifiés serviront de base politique à une escalade militaire majeure par Washington.

Dans une interview avec Fox News ce week-end, la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, a menacé la Russie, déclarant que « les faits soulèvent des questions sérieuses au sujet de l’ingérence russe dans nos élections, dans notre démocratie. » Clinton a clairement indiqué son intention de poursuivre une escalade massive de la guerre syrienne et de la marche à la guerre contre la Russie si elle entrait à la Maison-Blanche. Elle avait dit l’an dernier : « Nous devons résister à son intimidation [Poutine] et en particulier en Syrie. »

Si l’administration Obama préfère retarder une escalade majeure jusqu’après les élections, la faiblesse de la position américaine sur le terrain l’oblige à envisager des frappes directes contre Damas. Un ancien conseiller de l’administration, Dennis Ross, a suggéré la semaine dernière que la Maison-Blanche devait « commencer à parler une langue que M. Assad et M. Poutine peuvent comprendre, » et d’employer des frappes directes de missiles de croisière et de drones contre l’infrastructure militaire d’Assad.

Au cas où le gouvernement écraserait l’attaque rebelle, on peut escompter que de puissantes factions de l’establishment américain appuieront les mesures les plus agressives contre Assad, qui seront lancées au nom de la sauvegarde des forces mandatées par les Américains, construites à hauteur de milliards de dollars en espèces et en armes et fournis par la CIA.

Même si les forces d’Al-Qaïda complétaient leur offensive et reprenaient le contrôle d’Alep et de la région avoisinante, cela ne ferait que préparer le terrain à une contre-attaque massive du gouvernement et que fournir un prétexte politique adapté à une nouvelle escalade de la part de Washington. Dans le brouillard de la guerre en Syrie, la seule certitude est la tendance sans cesse croissante d’un affrontement américano-russe, qui pose pour l’humanité les dangers les plus graves.

Par Thomas Gaist

L’alliance entre les Etats-Unis et Al Qaïda en Syrie et l’imposture de la guerre contre le terrorisme

Par deux fois cette semaine durant son audience devant les commissions chargées d’examiner la demande par le gouvernement Obama d’une Résolution autorisant l’usage de la force militaire en soutien à l’agression américaine contre la Syrie, le ministre des affaires étrangères John Kerry a écarté les questions sur le rôle prédominant joué par Al Qaïda et ses affiliés dans la guerre civile lancée à l’instigation des Etats-Unis en Syrie ; il a insisté sur l’idée que « l’opposition est de plus en plus caractérisée par sa modération. »

Pour la deuxième fois en dix ans, l’impérialisme américain se prépare à lancer une guerre en s’appuyant sur des mensonges sur les armes de destruction massive et sur Al Qaïda. En 2003, Washington a envahi l’Irak pour faire tomber Saddam Hussein en s’appuyant sur l’affirmation qu’il possédait des armes de destruction massives et qu’il se préparait à les livrer à Al Qaïda. Aucune arme de ce genre n’existait et le régime Irakien était un ennemi d’Al Qaïda.

Maintenant, dix ans et demi plus tard, le gouvernement Obama prépare une guerre contre la Syrie en s’appuyant sur des rapports des services de renseignements fabriqués de toutes pièces qui attribuent une attaque à l’arme chimique le 21 août autour de Damas au gouvernement du président Bashar el-Assad, tout en affirmant à tort que les soi-disant « rebelles » sont contrôlés par des « démocrates modérés, » où les éléments liés à Al Qaïda ne représenteraient qu’une infime minorité. Encore une fois, ces deux affirmations sont des mensonges.

Il y a toutes les raisons de croire que l’attaque du 21 août – menée le jour même où les inspecteurs de l’ONU invités en Syrie par Assad ont commencés leur travail – a été menée par les rebelles eux-mêmes pour fournir un prétexte à une attaque américaine. Ils étaient sur le point d’être battus par les forces gouvernementales et avaient tout à gagner d’un événement de ce genre, alors que le régime d’Assad avait tout à y perdre.

Quant à l’affirmation de Kerry sur les forces anti-Assad, l’agence de presse Reuters s’est sentie obligée de contredire le ministre des affaires étrangères américain, en faisant savoir le 5 septembre que ses « déclarations publiques selon lesquelles des groupes modérés de l’opposition syrienne gagnent en influence semble être en contradiction avec les estimations faites par les sources des services de renseignements américains et européens ainsi que par les experts indépendants, qui disent que les extrémistes islamistes restent de loin les éléments les plus actifs et les mieux organisés de la rébellion. »

Pendant que Kerry vantait les vertus démocratiques des « rebelles » mercredi, les milices jihadistes faisaient le siège du village chrétien de Maalula, au Nord de Damas, s’emparant des hauteurs et bombardant des quartiers civils sans défense ainsi que des églises et menaçant de déclencher un bain de sang sectaire.

Ce n’est que la dernière des innombrables atrocités menées par les milices islamistes soutenues par les Etats-Unis qui ont été introduites en Syrie avec des armes et du financement de Washington et de ses alliés dans le but de faire tomber le régime Assad et de changer la carte politique du Moyen-Orient. La principale raison de cette course à une intervention directe des Etats-Unis est la désintégration de cet effort, entrainée par des défaites sur le champ de bataille ainsi que par l’hostilité et le rejet de plus en plus nets que ressent la population syrienne à leur égard.

Des vidéos récentes mises en ligne montrent les crimes des combattants islamistes. Nous mettons nos lecteurs en garde : vous y verrez le sale boulot d’une organisation dépravée qui sert d’allié au gouvernement américain, lequel œuvre pour les mettre au pouvoir.

Ces actes comprennent l’exécution au bord d’une route de trois camionneurs pour le « crime » d’appartenir à la minorité alaouite. (L’un d’entre eux dit à ses meurtriers, « on essaye juste de gagner notre vie. »)

Il y a aussi la décapitation d’un prêtre catholique. Une autre vidéo qui a récemment été diffusée hors de Syrie par un déserteur du camp rebelle écœuré montre une exécution massive de soldats syriens sans défense qui avaient été fait prisonniers.

Ces atrocités sont largement passées sous silence dans les médias contrôlés par le grand patronat ; ceux-ci consacrent leurs efforts (avec de moins en moins de succès) à modeler l’opinion publique en soutien de la guerre. Confrontés aux atrocités confirmées de ces rebelles, Kerry et les autres partisans de la guerre insistent sur l’idée que seul un bombardement américain pourrait empêcher une « radicalisation ».

Les politiciens et les faiseurs d’opinion dans les médias qui défendent une attaque « humanitaire » contre la Syrie invoquent tous les 100 000 victimes estimées de la guerre civile dans ce pays comme justification au bombardement américain. Aucun d’entre eux n’admet que cette guerre a été imposée à la Syrie par les Etats-Unis et les autres puissances occidentales. Ils cachent le fait que leurs intermédiaires dans cette lutte pour obtenir un changement de régime, les milices islamistes, sont responsables de l’essentiel du carnage.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un groupe anti-Assad, 40 pour cent de ces victimes sont des soldats syriens et des miliciens pro-gouvernementaux. Combien de civils ces escadrons de la mort fascistes ont tués reste inconnu, mais ils sont engagés dans des attaques continuelles contre les alaouites, les chrétiens, les kurdes et d’autres minorités, ainsi que contre les musulmans sunnites qui respectent la laïcité.

Pourquoi Kerry est-il obligé de mentir sur les crimes de ces éléments ? Pourquoi prétend-t-il qu’une « opposition modérée » inexistante et la coquille vide qu’est « l’Armée libre syrienne » sont les véritables forces qui luttent contre Assad ?

Ces mensonges visent à cacher la réalité qui est que les Etats-Unis et leurs agences de renseignement travaillent en étroite relation avec Al Qaïda et ses affiliées. Cela n’a rien de nouveau. Washington a traditionnellement employé des groupes islamistes de droite contre les nationalistes de gauche et les mouvements socialistes au Moyen-Orient et ailleurs. Il s’est servi de ce genre de forces lors du renversement orchestré par la CIA du gouvernement Mossadegh en Iran en 1953 et lors du coup soutenu par la CIA et des massacres qui ont suivi en Indonésie en 1965.

Al Qaïda, qui est la plus connue de ces forces, a été créée par la CIA et les services de renseignement pakistanais, aidés et financés par la monarchie saoudienne, durant la guerre civile déclenchée par la les Etats-Unis contre le régime prosoviétique en Afghanistan dans les années 1980.

La poursuite de ces liens – mise en évidence par la collaboration actuelle en Syrie – explique beaucoup de choses. Pourquoi, par exemple, les membres d’Al Qaïda qui étaient bien connus des services de renseignement américains ont été en mesure d’entrer librement et d’opérer aux Etats-Unis durant la période qui a précédé leur participation aux attentats du 11 septembre 2001 ? Pourquoi, également, Washington a fait preuve d’un manque de zèle aussi évident dans la chasse à Oussama Ben Laden jusqu’à ce que ce dernier leur soit devenu inutile ?

L’agression à venir des Etats-Unis contre la Syrie souligne l’imposture monumentale que constitue la guerre contre le terrorisme de Washington qui reçoit le soutien de médias serviles qui retiennent délibérément les informations allant dans le sens opposé à la propagande de guerre américaine. La principale réussite de cette « guerre » qui dure depuis 12 ans, a été la chute des régimes séculiers arabes – l’Irak, la Lybie et maintenant la Syrie – qui étaient hostiles à Al Qaïda, et le renforcement des mouvements islamistes fascistes et terroristes, qui servent maintenant de mercenaires à l’impérialisme américain.

En Libye, comme en Syrie aujourd’hui, l’impérialsme américain et ses alliés se sont servi de ces forces pour réaliser un changement de régime, en armant, entrainant et fournissant un appui aérien à Al Qaïda au Maghreb islamique et d’autres groupes de ce genre. Cette intervention, qu’ils justifiaient comme aujourd’hui en Syrie par des arguments « humanitaires », a tué des milliers de gens et laissé le pays en ruines.

La manière dont ces terroristes sont utilisés comme instrument de la politique étrangère impérialiste trouve son expression la plus crue dans une récente rencontre entre le président Russe Vladimir Poutine, et le prince Bandar Bin-Sultan, chef des renseignements saoudiens et principal lien entre Washington et Ryad. D’après une fuite de la transcription de cette rencontre, en échange de l’admission par la Russie du changement de régime en Syrie, Bandar a proposé non seulement des accords sur le pétrole et le gaz, mais « une garantie de protéger les Jeux olympiques d’hiver » qui auront lieu l’année prochaine à Sotchi en Russie, contre les attentats des islamistes tchétchènes. Bandar a assuré à Poutine que ces groupes sont « contrôlés par nous » et qu’ils peuvent être activés ou désactivés suivant les intérêts des saoudiens et des Etats-Unis.

L’intervention criminelle des Etats-Unis en Syrie, en utilisant Al Qaïda, et maintenant le passage à un assaut militaire direct sans avoir été provoqué qui menace de déclencher une guerre régionale voire mondiale, ont révélé la descente de la politique étrangère américaine dans les bas-fonds de la criminalité sous la présidence de Barack Obama.

Par Bill Van Auken

Les États-Unis et leurs alliés menacent d’intensifier la guerre en Syrie

Les ministres des Affaires étrangères des grandes puissances, dont Washington et Moscou, ont terminé une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) à Vienne sans qu’une date soit proposée pour la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement syrien et l’ensemble des milices islamistes soutenues par l’Occident qui constitue l’« opposition armée ».

Les soi-disant rebelles avaient quitté la précédente série de pourparlers à Genève, accusant les forces gouvernementales de continuer à attaquer leurs positions en violation de l’accord du 27 février sur la cessation des hostilités négociée par les États-Unis et la Russie.

Le gouvernement du président Bachar Al-Assad et ses alliés, la Russie et l’Iran, ont insisté sur le fait que la poursuite des opérations ont été menées contre l’État islamique d’Irak et de la Syrie (EI) et le Front Al-Nosra, la filiale syrienne d’Al-Qaïda, qui sont tous les deux désignés comme des groupes terroristes par le Conseil de sécurité des Nations Unies et restent exclus du fragile cessez-le-feu.

Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion de Vienne, les États membres du GISS ont averti que si la cessation des hostilités n’était pas pleinement mise en œuvre, cela « pourrait signifier le retour de la guerre totale ».

Même si le communiqué a averti tous les participants des conséquences d’une violation de l’accord, y compris « l’exclusion de ces participants des dispositions de la cessation et la protection qu’il leur accorde », il n’a donné aucune indication des mesures concrètes qui en découleraient.

Ce qui est bien évident, cependant, est que les violations alléguées par les forces loyales au gouvernement Assad pourraient provoquer des représailles des États-Unis, dont les avions de combat sont déjà engagés dans des frappes contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Au moins 250 soldats des forces spéciales ont également été déployés sur le terrain, sans l’autorisation de Damas et en violation du droit international.

Une frappe aérienne américaine contre la ville d’Al-Bukamal dans la province de Dayr Al-Zawr près de la frontière syrienne avec l’Irak aurait tué trois enfants et une femme lundi.

Les violations par les soi-disant rebelles, par contre, sont ignorées par leurs patrons occidentaux et ne seraient punies que par le gouvernement et son allié, la Russie.

Ceci est clairement une formule pour une intensification d’un conflit qui a déjà coûté la vie à plus de 250.000 personnes et qui a forcé quelque 11 millions de Syriens à fuir leur foyer. Elle crée également les conditions pour l’élargissement du conflit syrien en une guerre plus large opposant les États-Unis à la Russie.

Washington n’a pris part au « processus de paix » syrien qu’afin de gagner du temps dans des conditions où l’intervention russe au côté du gouvernement Assad avait renversé le cours de la bataille contre les milices islamistes soutenues par l’Occident et avait semé le désordre dans la guerre pour le changement de régime à Damas orchestrée par les États-Unis.

Dès le début, le gouvernement Obama a menacé de recourir à un « plan B » si les négociations à Vienne et Genève ne parvenaient pas à atteindre l’objectif initial de Washington en attisant la guerre sanglante en Syrie : le renversement du gouvernement d’Assad et l’imposition d’un régime fantoche occidental plus malléable. Le mois dernier, de hauts fonctionnaires anonymes américains ont fait savoir que le « Plan B » comprendrait la fourniture d’armes plus sophistiquées aux « rebelles », y compris des MANPADS, des missiles portables tirés depuis l’épaule qui pourraient abattre des avions russes.

Le secrétaire d’État John Kerry, parlant aux médias aux côtés du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et l’envoyé spécial de l’ ONU Steffan de Mistura à la clôture de la conférence de Vienne, a menacé directement Assad en déclarant : « Il ne devrait pas se méprendre sur la détermination du président Obama à faire ce qu’il faut à tout moment quand il le juge nécessaire. »

Pour sa part, M. Lavrov a accusé les alliés régionaux clés de Washington, y compris la Turquie, de livrer des armes en masse en Syrie pour alimenter le conflit. Dernièrement, a-t-il dit, il y a eu livraison de chars aux « rebelles ».

La « principale ligne de ravitaillement pour les extrémistes », a dit le ministre russe des Affaires étrangères, est un tronçon de 90 kilomètres de la frontière turco-syrienne contrôlé d’un côté par l’armée turque et de l’autre, par l’État islamique. Il a soutenu qu’il existait « un vaste réseau créé par la Turquie de son côté de la frontière pour continuer à effectuer ces ravitaillements en secret ».

Kerry a passé le week-end précédant les négociations de Vienne à Riyad, réuni à huis clos avec des représentants de la monarchie saoudienne, un allié régional clé des États-Unis et le principal soutien des forces islamistes en Syrie. Le régime saoudien était l’organisateur du soi-disant Haut Comité des Négociations, qui a été formé pour représenter ces milices djihadistes salafistes aux pourparlers avec le gouvernement syrien.

Prenant la parole lors de la conférence à Vienne, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel Al-Jubeir a préconisé une escalade rapide de la guerre pour le changement de régime en Syrie.

« Nous croyons que nous aurions dû mettre en œuvre un “plan B” il y a longtemps », a déclaré Adel Al-Jubeir aux journalistes. « La décision de passer à un autre plan, d’intensifier le soutien militaire [à l’opposition] repose entièrement sur le régime de Bachar... Il sera chassé, soit par le biais d’un processus politique, soit par la force militaire. »

Pendant ce temps, la Turquie, membre de l’OTAN et alliée de Washington et aussi un soutien clé des « rebelles », a menacé mardi de procéder à une intervention militaire unilatérale en Syrie.

Le président Tayyip Erdogan a déclaré lors d’une réunion à Istanbul que l’armée turque agirait seule, prétendument pour faire face aux attaques de missiles de l’État islamique en provenance de la frontière syrienne qui touchent la ville de Kilis.

« Nous allons résoudre ce problème nous-mêmes si nous ne recevons pas d’aide pour empêcher ces missiles d’atteindre Kilis », a-t-il dit. « Nous avons frappé à toutes les portes pour obtenir une zone de sécurité à notre frontière sud. Mais personne n’est d’accord avec cette mesure. »

La déclaration d’Erdogan a fait écho à celle faite par le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, plus tôt ce mois-ci : « Si nécessaire, la Turquie pourrait lancer d’elle-même une opération militaire terrestre en Syrie. »

Les remarques d’Erdogan ont indiqué clairement que sa préoccupation n’est pas l’État islamique, qu’Ankara arme et ravitaille, mais plutôt la puissance croissante des forces kurdes syriennes près de la frontière turque. Dans une critique à peine voilée du soutien américain pour ces forces, il a déclaré : « Les États qui exercent un contrôle sur l’industrie de l’armement du monde donnent leurs armes aux terroristes. Je les mets au défi de le nier. »

Le gouvernement turc est partie prenante dans la guerre pour le changement de régime en Syrie et a démontré, après avoir abattu un avion de combat russe en novembre dernier, sa volonté de pousser ce conflit vers un affrontement armé avec Moscou.

Il fait peu de doute que les régimes saoudien et turc plaident ouvertement pour une politique qui a l’appui de puissantes sections de l’establishment américain et de l’appareil militaire et de renseignement.

Une escalade du bain de sang syrien a également le soutien des principaux candidats des partis démocrate et républicain, mais il est presque certain que celle-ci sera reportée après novembre afin d’éviter que le sujet de la guerre ne soit soulevé lors de l’élection présidentielle américaine.

Par Bill Van Auken

Les États-Unis vont fournir armes et appui aérien aux milices islamistes en Syrie

Le gouvernement Obama a annoncé vendredi une « pause opérationnelle » du désastreux programme du Pentagone qui n’a pu armer et former des « rebelles sélectionnés » en Turquie pour les renvoyer en Syrie.

Au lieu de cela, les responsables du Pentagone et de la Maison Blanche ont indiqué qu’ils mettraient désormais l’accent sur le cimentage de liens avec les dirigeants des milices « rebelles » existantes, constituées majoritairement de forces islamistes sunnites liées à Al-Qaïda. Le soutien américain à ces groupes inclura apparemment tant les armes et les munitions que l’appui aérien rapproché à partir d’avions de guerre déployés par les États-Unis et leur soi-disant coalition.

Ce changement de politique suit la révélation le mois dernier par le général Lloyd Austin, chef du Commandement central américain, que seulement « quatre ou cinq » combattants formés par les États-Unis opéraient actuellement en Syrie, et qu’à peine plus d’une centaine était en cours de formation. Et ce, après l’attribution de $500 millions pour que le Pentagone forme plus de 5.000 de ces combattants dès la première année.

Dans les semaines qui ont suivi la révélation d’Austin, le Pentagone s’est vu forcé de rétracter son démenti initial d’informations vérifiées qu’un groupe de combattants formé par les Etats-Unis et envoyé en Syrie avait immédiatement livré armes et véhicules au Front al-Nosra, filiale syrienne d’Al-Qaïda.

Le changement de stratégie suit aussi la première semaine des frappes aériennes russes contre les forces islamistes en Syrie, dont certaines avaient reçu avant des livraisons d’armes organisées par la CIA. L’agence américaine d’espionnage avait, à partir de 2011, mis en place en Turquie une station clandestine et organisé l’acheminement vers la Syrie d’armes venant des stocks libyens après le renversement et l’assassinat de Mouammar Kadhafi dans la guerre de changement de régime des États-Unis et de l’OTAN contre celui-ci.

Washington et Moscou prétendent mener leurs campagnes militaires respectives en Syrie avec l’objectif de détruire l’Etat islamique (EI), une émanation d’Al-Qaïda et le produit direct du carnage et de la destruction déchaînés contre l’Irak, la Libye et la Syrie par l’armée américaine et la CIA.

Mais en réalité les gouvernements américain et russe se battent pour des objectifs opposés : Washington, pour renverser le gouvernement du président Bachar al-Assad et installer un régime fantoche américain et Moscou pour soutenir le gouvernement Assad, son seul allié au Moyen-Orient.

Le gouvernement Obama s’est vu la cible de critiques croissantes d’adversaires républicains et de sections du complexe militaire et du renseignement américain pour sa supposée « inaction » face à l’offensive russe en Syrie. Cela s’est exprimé vendredi dans un article intitulé « Contrer Poutine », publié conjointement par l’ancien secrétaire à la Défense d’Obama, Robert Gates, et l’ancienne conseillère à la sécurité nationale du gouvernement Bush, Condoleezza Rice.

L’article appelle à des actions pour « créer un meilleur équilibre des forces militaires sur le terrain », dont la création de « zones d’exclusion aérienne », ainsi qu’un « solide soutien » à diverses forces anti-régime. Il appelle à un effort pour « solidifier notre relation avec la Turquie », principal sponsor des milices islamistes à l’intérieur de la Syrie.

L’annonce du gouvernement Obama vient également après l’envoi d’une lettre à la Maison Blanche, au Pentagone et à la CIA par un groupe bipartisan du Sénat de législateurs critiques de la politique du gouvernement en Syrie et qui demandent la fin du programme de formation de « rebelles ».

« Le programme Train and Equip Syria [Former et Equiper la Syrie] va au-delà d’une utilisation, inefficace, de l’argent du contribuable. Comme beaucoup d’entre nous en avaient averti au début, ce programme apporte maintenant de l’aide aux forces mêmes que nous visions à écraser », déclare la lettre, signée par les sénateurs démocrates Tom Udall (Nouveau-Mexique), Joe Manchin (Virginie-Occidentale) et Chris Murphy (Connecticut) et par le républicain Mike Lee (Utah).

Le changement de politique annoncé vendredi ne modifiera pas cet aspect du programme, mais va seulement retirer le cache-sexe de forces syriennes « modérées », les armes étant remises directement aux islamistes qui sont la force dominante parmi les « rebelles anti-Assad ».

Le Pentagone a reconnu qu’un des principaux obstacles à son programme de formation avait été le processus de sélection censé exclure ceux dont les vues étaient proches d’Al-Qaïda, et l’exigence qu’ils combattent l’Etat islamique comme l’ennemi principal, plutôt que le gouvernement d’Assad. Il a été incapable de trouver ces recrues en nombre même approchant ce qui avait été projeté.

Le président Barack Obama a reconnu lors d’une conférence de presse la semaine dernière que le programme de Formation-Equipement du Pentagone « n’a pas fonctionné comme il était censé le faire ». Il a ajouté, « Et la raison en partie est, franchement, le fait que nous avons essayé de les encourager à se concentrer seulement sur l’EI ».

Il semblerait que la réponse du gouvernement à cet échec est d’abandonner les restrictions précédentes, fournissant ainsi directement l’aide militaire américaine aux forces qui luttent pour le renversement du gouvernement syrien, donc les islamistes qui auraient été exclus du programme de formation du Pentagone.

Dans la première annonce du nouveau programme, le secrétaire à la Défense Ash Carter, parlant à Londres après une rencontre avec son homologue britannique, Michael Fallon, a dit que ce serait calqué sur « le travail que nous avons fait avec les Kurdes dans le nord de la Syrie .. . Voilà exactement le genre d’exemple que nous aimerions poursuivre avec d’autres groupes dans d’autres parties de la Syrie à l’avenir. Cela sera la base du projet du Président ».

La coordination des États-Unis avec les Kurdes, en particulier pendant le siège par l’EI de la ville syrienne de Kobane, à la frontière turque, impliquait que les Kurdes fournissent des forces terrestres tout en identifiant des cibles pour des frappes aériennes par l’aviation américaine.

Dans le cadre du nouveau programme, les responsables du Pentagone ont déclaré que l’armée américaine formerait des « facilitateurs », des dirigeants de diverses milices, qui seraient formés à la coordination avec les avions de guerre américains dans le ciblage et la frappe de forces au sol.

L’« exemple » kurde fut problématique du fait de l’alliance de Washington avec la Turquie qui avait permis que les frappes aériennes américaines se fassent à partir de la base aérienne d’Incirlik et d’autres bases turques en échange de l’approbation tacite par Washington des bombardements turcs contre les Kurdes.

L’identité « d’autres groupes » avec qui Washington veut reproduire cette stratégie est loin d’être claire. Certaines informations des médias ont cité la « Coalition arabe syrienne » comme bénéficiaire probable des armes et du soutien aérien rapproché américains. Avant l’annonce de vendredi, cependant, personne n’avait jamais entendu parler de cette coalition, qui semble être quelque chose que le Pentagone espère concocter à partir des groupes « rebelles » existants.

Les forces dominantes qui combattent le gouvernement Assad se composent de l’EI, que Washington prétend vouloir détruire, le Front al-Nosra, qui est sur ​​la liste du Département d’Etat des organisations terroristes étrangères et Ahrar al-Sham, autre groupe islamiste dont les fondateurs sont issus d’Al-Qaïda. D’autres factions plus petites se battent largement en alliance avec ces forces.

Dans la mesure où l’armée américaine fournit un appui aérien à ces milices, il se pourrait bien qu’elle entre en conflit direct avec les avions de guerre russes qui eux, les bombardent.

Loin d’être une retraite tactique, il apparaît que la suspension du programme de Formation-Equipement du Pentagone ne fait que préparer le terrain à une guerre bien plus sanglante en Syrie, tout en intensifiant le danger réel d’affrontement militaire entre les deux plus grandes puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Russie.

Par Bill Van Auken

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