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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu’à la deuxième guerre (...) > Léon Trotsky Une lettre sur la révolution italienne

Léon Trotsky Une lettre sur la révolution italienne

vendredi 10 septembre 2021, par Robert Paris

Léon Trotsky

Une lettre sur la révolution italienne

(mai 1930)

Chers camarades :

J’ai reçu votre lettre du 5 mai. Merci beaucoup pour cette étude du communisme italien en général et de ses diverses tendances en particulier. Il a comblé un grand besoin pour moi et était le bienvenu. Il serait regrettable que votre travail soit laissé sous la forme d’une simple lettre. Avec quelques modifications ou abrégés, la lettre pourrait très bien trouver sa place dans les pages de La Lutte de classes.

Si vous le permettez, je commencerai par une conclusion politique générale : je considère notre collaboration mutuelle à l’avenir comme parfaitement possible et même extrêmement souhaitable. Aucun de nous ne possède ni ne peut posséder de formules politiques préétablies pouvant servir à toutes les éventualités de la vie. Mais je crois que la méthode avec laquelle vous cherchez à déterminer les formules politiques nécessaires est la bonne.

Vous me demandez mon avis sur toute une série de problèmes graves. Mais avant d’essayer de répondre sur certains d’entre eux, je dois formuler une réserve très importante. Je n’ai jamais été intimement lié à la vie politique italienne, car je n’ai passé que très peu de temps en Italie, je lis très mal l’italien, et pendant mon séjour à l’Internationale communiste, je n’ai pas eu l’occasion d’approfondir un examen des affaires italiennes.

Vous devez le savoir assez bien vous-mêmes, car comment expliquer autrement le fait que vous ayez entrepris un travail si minutieux pour me mettre au courant des questions en suspens ?

Il résulte de ce qui précède que mes réponses, dans la plupart des cas, ne doivent avoir qu’une valeur tout à fait hypothétique. En aucun cas je ne peux considérer les réflexions qui suivent comme définitives. Il est tout à fait possible et même probable qu’en examinant tel ou tel autre problème je perde de vue certaines circonstances concrètes de temps et de lieu très importantes. J’attends donc vos objections et informations complémentaires et correctives. Dans la mesure où notre méthode, je l’espère, est commune, c’est ainsi que nous arriverons le mieux à la bonne solution.

Vous me rappelez qu’une fois j’ai critiqué le slogan « Assemblée républicaine sur la base des comités ouvriers et paysans », un slogan autrefois mis en avant par le Parti communiste italien. Vous me dites que ce slogan avait une valeur tout à fait épisodique et qu’à présent il est abandonné. Je voudrais néanmoins vous dire pourquoi je le considère comme erroné ou du moins ambigu comme slogan politique. L’« Assemblée républicaine » constitue bien évidemment une institution de l’État bourgeois. Mais que sont les comités « ouvriers et paysans » ? Il est évident qu’ils sont en quelque sorte l’équivalent des soviets ouvriers et paysans. Alors c’est ce qu’il faut dire. Car les organes de classe des ouvriers et des paysans pauvres, que vous leur donniez le nom de soviets ou de comités, constituent toujours des organisations de lutte contre l’Etat bourgeois, deviennent alors des organes d’insurrection, pour se transformer enfin, après la victoire, en organes de la dictature prolétarienne. Comment, dans ces conditions, une Assemblée républicaine – organe suprême de l’Etat bourgeois – peut-elle avoir pour « base » des organes de l’Etat prolétarien ?

« Assemblée républicaine »

Je voudrais vous rappeler qu’en 1917, avant octobre, Zinoviev et Kamenev, lorsqu’ils se prononcèrent contre une insurrection, prônaient d’attendre la réunion de l’Assemblée constituante pour créer un « État combiné » par une fusion entre le Assemblée constituante et les soviets ouvriers et paysans. En 1919, nous avons vu Hilferding proposer d’inscrire les Soviétiques dans la constitution de Weimar. Comme Zinoviev et Kamenev, Hilferding appelait cela « l’État combiné ». Nouveau type de petit-bourgeois, il a voulu, au moment même du tournant historique le plus abrupt, « combiner » un troisième type d’État en mariant la dictature de la bourgeoisie à la dictature du prolétariat sous le signe de la constitution.

Le mot d’ordre italien exposé ci-dessus me paraît être une variante de cette tendance petite-bourgeoise. A moins que je ne l’aie mal compris. Mais alors elle a déjà le défaut incontestable de se prêter à de dangereux malentendus. J’en profite pour corriger ici une erreur vraiment impardonnable commise par les épigones en 1924 : ils avaient trouvé dans Lénine un passage disant que nous pourrions être amenés à marier la Constituante avec les Soviets. Un passage disant la même chose peut également être découvert dans mes écrits. Mais de quoi s’agissait-il exactement ? Nous posions la question d’une insurrection qui transmettrait le pouvoir au prolétariat sous forme de soviets. A la question de savoir ce que nous ferions alors de l’Assemblée constituante, nous répondîmes : « Nous verrons ; peut-être le combinerons-nous avec les Soviétiques ».On entendait par là le cas où l’Assemblée constituante, convoquée sous le régime soviétique, aurait une majorité soviétique. Comme ce n’était pas le cas, les Soviétiques dispersèrent l’Assemblée constituante. Autrement dit : la question se posait de savoir s’il était possible de transformer l’Assemblée constituante et les soviets en organes d’une seule et même classe, et pas du tout de « combiner » une Assemblée constituante bourgeoise avec les soviets prolétariens. Dans un cas (avec Lénine), il s’agissait de la formation d’un Etat prolétarien, de sa structure, de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.aurait une majorité soviétique. Comme ce n’était pas le cas, les Soviétiques dispersèrent l’Assemblée constituante. Autrement dit : la question se posait de savoir s’il était possible de transformer l’Assemblée constituante et les soviets en organes d’une seule et même classe, et pas du tout de « combiner » une Assemblée constituante bourgeoise avec les soviets prolétariens. Dans un cas (avec Lénine), il s’agissait de la formation d’un Etat prolétarien, de sa structure, de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.aurait une majorité soviétique. Comme ce n’était pas le cas, les Soviétiques dispersèrent l’Assemblée constituante. Autrement dit : la question se posait de savoir s’il était possible de transformer l’Assemblée constituante et les soviets en organes d’une seule et même classe, et pas du tout de « combiner » une Assemblée constituante bourgeoise avec les soviets prolétariens. Dans un cas (avec Lénine), il s’agissait de la formation d’un Etat prolétarien, de sa structure, de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.la question se posait de savoir s’il était possible de transformer l’Assemblée constituante et les soviets en organes d’une seule et même classe, et pas du tout de « combiner » une Assemblée constituante bourgeoise avec les soviets prolétariens. Dans un cas (avec Lénine), il s’agissait de la formation d’un Etat prolétarien, de sa structure, de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.la question se posait de savoir s’il était possible de transformer l’Assemblée constituante et les soviets en organes d’une seule et même classe, et pas du tout de « combiner » une Assemblée constituante bourgeoise avec les soviets prolétariens. Dans un cas (avec Lénine), il s’agissait de la formation d’un Etat prolétarien, de sa structure, de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.de sa technique. Dans l’autre (avec Zinoviev, Kamenev, Hilferding), il s’agissait d’une combinaison constitutionnelle de deux états de classes ennemies en vue d’éviter une insurrection prolétarienne qui aurait pris le pouvoir.

Caractère social de la révolution antifasciste

2. La question que nous venons d’examiner (l’Assemblée républicaine) est intimement liée à une autre que vous analysez dans votre lettre, à savoir, quel caractère social va acquérir la révolution antifasciste ? Vous niez la possibilité d’une révolution bourgeoise en Italie. Vous avez parfaitement raison. L’histoire ne peut pas revenir en arrière sur un nombre considérable de pages, chacune équivalant à une demi-décennie. Le Comité central du Parti communiste italien a déjà tenté une fois d’esquiver la question en proclamant que la révolution ne serait ni bourgeoise ni prolétarienne, mais « populaire ». C’est une simple répétition de ce que les populistes russes disaient au début de ce siècle lorsqu’on leur demandait quel caractère prendrait la révolution contre le tsarisme.Et c’est toujours la même réponse que donne aujourd’hui l’Internationale Communiste à propos de la Chine et de l’Inde. C’est tout simplement une variante pseudo-révolutionnaire de la théorie social-démocrate d’Otto Bauer et d’autres, selon laquelle l’État peut s’élever au-dessus des classes, c’est-à-dire n’être ni bourgeois ni prolétaire. Cette théorie est aussi pernicieuse pour le prolétariat que pour la révolution. En Chine, il a transformé le prolétariat en chair à canon de la contre-révolution bourgeoise.En Chine, il a transformé le prolétariat en chair à canon de la contre-révolution bourgeoise.En Chine, il a transformé le prolétariat en chair à canon de la contre-révolution bourgeoise.

Toute grande révolution s’avère populaire en ce sens qu’elle entraîne dans son sillage le peuple tout entier. La Grande Révolution française et la Révolution d’Octobre étaient toutes deux entièrement populaires. Néanmoins, la première était bourgeoise parce qu’elle instituait la propriété individuelle, tandis que la seconde était prolétarienne parce qu’elle abolissait la propriété individuelle. Seuls quelques révolutionnaires petits-bourgeois désespérément tardifs peuvent encore rêver d’une révolution qui ne serait ni bourgeoise ni prolétarienne, mais « populaire » (c’est-à-dire petite-bourgeoise).

Or, à l’époque impérialiste, la petite bourgeoisie est incapable non seulement de mener une révolution, mais même d’y jouer un rôle indépendant.

Ainsi la formule d’une « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie » constitue désormais un simple paravent pour une conception petite-bourgeoise d’une révolution de transition et d’un État de transition, c’est-à-dire d’une révolution et d’un État qui ne peut avoir lieu. en Italie ou même dans l’Inde arriérée. Un révolutionnaire qui n’a pas pris une position claire et catégorique sur la question d’une dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie est voué à tomber dans l’erreur après l’erreur. Quant au problème de la révolution antifasciste, la question italienne, plus que toute autre, est intimement liée aux problèmes fondamentaux du communisme mondial, c’est-à-dire de la théorie dite de la révolution permanente.

La période de transition en Italie

3. A la suite de ce qui vient d’être dit se pose la question de la période « transitoire » en Italie. Il faut d’emblée établir très clairement : passage de quoi à quoi ? Une période de transition de la révolution bourgeoise (ou « populaire ») à la révolution prolétarienne, voilà une chose. Une période de transition de la dictature fasciste à la dictature prolétarienne, c’est autre chose.

Si la première conception est envisagée, la question de la révolution bourgeoise se pose en premier lieu, et il s’agit alors d’y établir le rôle du prolétariat. Ce n’est qu’après que se posera la question de la période de transition vers une révolution prolétarienne. Si la seconde conception est envisagée, se pose alors la question d’une série de batailles », troubles, changements de situation, virages brusques, constituant dans leur ensemble les différentes étapes de la révolution prolétarienne. Ces étapes peuvent être nombreuses. Mais en aucun cas ils ne peuvent contenir en eux une révolution bourgeoise ou son hybride mystérieux, la révolution « populaire ».

Contre-révolution à visage démocratique

Est-ce à dire que l’Italie ne peut pas, pendant un certain temps, redevenir un État parlementaire ou devenir une « république démocratique » ? Je considère – en parfait accord avec vous, je pense – que cette éventualité n’est pas exclue. Mais alors ce ne sera pas le fruit d’une révolution bourgeoise, mais l’avortement d’une révolution prolétarienne insuffisamment mûre et prématurée. En cas de crise révolutionnaire profonde et de batailles de masse au cours desquelles l’avant-garde prolétarienne n’aura pas été en mesure de prendre le pouvoir, il se peut que la bourgeoisie rétablisse son règne sur des bases « démocratiques ». Peut-on dire, par exemple, que la république allemande actuelle est une conquête de la révolution bourgeoise ? Une telle affirmation serait absurde. Ce qui s’est passé en Allemagne en 1918-1919 était une révolution prolétarienne qui, faute de direction, a été trompée, trahie,et écrasé. Mais la contre-révolution bourgeoise fut néanmoins contrainte de s’adapter aux circonstances résultant de cet écrasement de la révolution prolétarienne et de prendre la forme d’une république parlementaire « démocratique ». La même – ou à peu près la même – est-elle finalement exclue pour l’Italie ? Non, ce n’est pas exclu. L’intronisation du fascisme résulte du fait que la révolution prolétarienne de 1920 n’a pas été menée à son terme. Seule une nouvelle révolution prolétarienne peut renverser le capitalisme. S’il n’était pas voué à triompher cette fois non plus (à cause de la faiblesse du Parti communiste, des manœuvres et des trahisons des sociaux-démocrates, des francs-maçons, des catholiques),l’État « de transition » que la contre-révolution bourgeoise serait alors obligée d’ériger sur les ruines de la forme fasciste de son gouvernement ne serait rien d’autre qu’un État parlementaire et démocratique.

Qu’est-ce à long terme que la concentration antifasciste ? Prévoyant la chute de l’Etat fasciste par un soulèvement du prolétariat et en général de toutes les masses opprimées, la Concentration s’apprête à arrêter ce mouvement, à le paralyser, et à le contrecarrer pour faire passer la victoire du comptoir rénové. -révolution comme une victoire supposée d’une révolution bourgeoise démocratique. Si cette dialectique des forces sociales vivantes est un seul instant perdue de vue, le risque est de s’emmêler inextricablement et de s’écarter du droit chemin. Je crois qu’il ne peut y avoir le moindre malentendu entre nous sur ce point.

Slogans démocratiques et transitionnels

4. Mais cela signifie-t-il que nous, communistes, rejetons par avance tous les slogans démocratiques, tous les slogans transitoires ou préparatoires, en nous limitant strictement à la dictature prolétarienne ? Ce serait une démonstration de sectarisme stérile et doctrinaire. Nous ne croyons pas un instant qu’un seul saut révolutionnaire suffise pour franchir ce qui sépare le régime fasciste de la dictature prolétarienne. En aucun cas, nous nions une période de transition avec ses exigences transitoires incluant des exigences démocratiques. Mais c’est précisément à l’aide de ces mots d’ordre de transition, qui sont toujours le point de départ sur la route de la dictature prolétarienne, que l’avant-garde communiste devra gagner toute la classe ouvrière et que cette dernière devra unir autour d’elle tous les masses opprimées de la nation.Et je n’exclus même pas la possibilité de l’Assemblée Constituante qui, dans certaines circonstances, pourrait être imposée par le cours des événements ou, plus précisément, par le processus de réveil révolutionnaire des masses opprimées. Certes, à la grande échelle historique, c’est-à-dire du point de vue de plusieurs années, le sort de l’Italie se réduit sans doute à l’alternative suivante : fascisme ou communisme. Mais prétendre que cette alternative a déjà pénétré la conscience des classes opprimées de la nation, c’est s’engager dans un vœu pieux et considérer comme résolue la tâche colossale qui attend encore pleinement le faible Parti communiste. Si la crise révolutionnaire devait éclater, par exemple, au cours des prochains mois (sous l’influence de la crise économique d’une part,et sous l’influence révolutionnaire venue d’Espagne, d’autre part), les masses ouvrières, ouvrières comme paysannes, donneraient certainement à leurs revendications économiques des slogans démocratiques (tels que liberté de réunion, de presse, d’organisation syndicale, représentation démocratique au parlement et dans les communes). Cela signifie-t-il que le Parti communiste doit rejeter ces demandes ? Au contraire. Il devra les investir du caractère le plus audacieux et le plus résolu possible. Car la dictature du prolétariat ne peut être imposée aux masses populaires. Elle ne peut être réalisée qu’en menant un combat – un combat total – pour toutes les revendications, exigences et besoins transitoires des masses, et à la tête des masses.donnerait certainement à leurs revendications économiques des slogans démocratiques (tels que liberté de réunion, de presse, d’organisation syndicale, représentation démocratique au parlement et dans les municipalités). Cela signifie-t-il que le Parti communiste doit rejeter ces demandes ? Au contraire. Il devra les investir du caractère le plus audacieux et le plus résolu possible. Car la dictature du prolétariat ne peut être imposée aux masses populaires. Elle ne peut être réalisée qu’en menant un combat – un combat total – pour toutes les revendications, exigences et besoins transitoires des masses, et à la tête des masses.donnerait certainement à leurs revendications économiques des slogans démocratiques (tels que liberté de réunion, de presse, d’organisation syndicale, représentation démocratique au parlement et dans les municipalités). Cela signifie-t-il que le Parti communiste doit rejeter ces demandes ? Au contraire. Il devra les investir du caractère le plus audacieux et le plus résolu possible. Car la dictature du prolétariat ne peut être imposée aux masses populaires. Elle ne peut être réalisée qu’en menant un combat – un combat total – pour toutes les revendications, exigences et besoins transitoires des masses, et à la tête des masses.Cela signifie-t-il que le Parti communiste doit rejeter ces demandes ? Au contraire. Il devra les investir du caractère le plus audacieux et le plus résolu possible. Car la dictature du prolétariat ne peut être imposée aux masses populaires. Elle ne peut être réalisée qu’en menant un combat – un combat total – pour toutes les revendications, exigences et besoins transitoires des masses, et à la tête des masses.Cela signifie-t-il que le Parti communiste doit rejeter ces demandes ? Au contraire. Il devra les investir du caractère le plus audacieux et le plus résolu possible. Car la dictature du prolétariat ne peut être imposée aux masses populaires. Elle ne peut être réalisée qu’en menant un combat – un combat total – pour toutes les revendications, exigences et besoins transitoires des masses, et à la tête des masses.

Il faut rappeler ici que le bolchevisme n’est nullement arrivé au pouvoir sous le mot d’ordre abstrait de la dictature du prolétariat. Nous nous sommes battus pour l’Assemblée constituante beaucoup plus hardiment que tous les autres partis. Nous avons dit aux paysans : « Vous demandez une répartition égale de la terre ? Notre programme agraire va beaucoup plus loin. Mais personne d’autre que nous ne vous aidera à obtenir une utilisation égale de la terre. Pour cela, vous devez soutenir les travailleurs ». A propos de la guerre, nous avons dit aux masses populaires : « Notre tâche communiste est de faire la guerre à tous les oppresseurs. Mais vous n’êtes pas prêt à aller si loin. Vous vous efforcez d’échapper à la guerre impérialiste. Personne d’autre que les bolcheviks ne vous aidera à y parvenir ». Je n’aborde pas la question de savoir quels devraient être exactement les mots d’ordre centraux de la période de transition en Italie en ce moment, en l’an 1930. Pour les esquisser,et pour effectuer des changements corrects et opportuns, il est nécessaire d’être beaucoup mieux au courant de la vie intérieure de l’Italie et en contact beaucoup plus étroit avec ses masses laborieuses qu’il ne m’est possible de l’être. Car, outre une méthode correcte, il faut aussi écouter les masses. Je veux simplement indiquer la place générale des revendications transitoires dans la lutte du communisme contre le fascisme et, en général, contre la société bourgeoise.contre la société bourgeoise.contre la société bourgeoise.

Charlatanisme démocratique

5. Cependant, en avançant tel ou tel slogan démocratique, nous devons lutter de manière irréconciliable contre toutes les formes de charlatanisme démocratique. La « République Démocratique des Travailleurs », slogan de la social-démocratie italienne, est un exemple de ce petit charlatanisme. Une république des travailleurs ne peut être qu’un Etat de classe prolétarien. La république démocratique n’est qu’une forme masquée d’État bourgeois. La combinaison des deux n’est qu’une illusion petite-bourgeoise de la base social-démocrate (ouvriers, paysans) et un mensonge effronté des dirigeants sociaux-démocrates (tous les Turatis, Modigliani et consorts).Permettez-moi encore une fois de remarquer en passant que j’étais et reste opposé au mot d’ordre d’une « Assemblée républicaine sur la base des comités ouvriers et paysans » précisément parce que cette formule se rapproche du mot d’ordre social-démocrate de la « République démocratique des travailleurs ». et, par conséquent, peut rendre la lutte contre la social-démocratie extrêmement difficile.

Fascisme et social-démocratie

6. L’affirmation faite par la direction officielle (du Parti communiste) que la social-démocratie n’existerait plus politiquement en Italie n’est qu’une théorie consolante d’optimistes bureaucratiques qui souhaitent voir des solutions toutes faites là où il reste encore de grandes tâches à accomplir. . Le fascisme n’a pas liquidé la social-démocratie mais l’a au contraire préservée. Aux yeux des masses, les sociaux-démocrates ne portent pas la responsabilité du régime dont ils sont en partie les victimes. Cela leur gagne une nouvelle sympathie et renforce l’ancienne. Et un moment viendra où la social-démocratie forgera une monnaie politique avec le sang de Matteotti comme la Rome antique l’a fait avec le sang du Christ.

Il n’est donc pas exclu que dans la période initiale de la crise révolutionnaire, la direction puisse être concentrée principalement entre les mains de la social-démocratie. Si un grand nombre de masses sont immédiatement entraînées dans le mouvement et si le Parti communiste mène une politique correcte, il se peut fort bien que dans un court laps de temps la social-démocratie soit réduite à zéro. Mais ce serait une tâche à accomplir, pas encore un accomplissement. Il est impossible de sauter par-dessus ce problème ; il doit être résolu.

Permettez-moi de rappeler à ce stade que Zinoviev, et plus tard les Manuilsky et Kuusinen, ont annoncé à deux ou trois reprises que la social-démocratie allemande, elle aussi, n’existait pratiquement plus. En 1925, le Komintern, dans sa déclaration au parti français écrite de la main légère de Lozovsky, décréta également que le Parti socialiste français avait définitivement quitté la scène. L’opposition de gauche s’est toujours prononcée énergiquement contre ce jugement fugitif. Seuls de purs imbéciles ou traîtres voudraient inculquer à l’avant-garde prolétarienne italienne que la social-démocratie italienne ne peut plus jouer le rôle que la social-démocratie allemande a joué dans la révolution de 1918.

On peut objecter que la social-démocratie ne peut pas réussir à nouveau à trahir le prolétariat italien comme elle l’a fait en 1920. C’est une illusion et une auto-illusion ! Le prolétariat a été trompé trop de fois au cours de son histoire, d’abord par le libéralisme et ensuite par la social-démocratie.

De plus, nous ne pouvons oublier que depuis 1920 dix années pleines se sont écoulées, et depuis l’avènement du fascisme huit années. Les enfants qui avaient dix et douze ans en 1920-1922, et qui ont été témoins des activités des fascistes, constituent aujourd’hui la nouvelle génération d’ouvriers et de paysans qui se battra héroïquement contre le fascisme, mais qui manquent d’expérience politique. Les communistes n’entreront en contact avec l’ensemble du mouvement de masse que pendant la révolution elle-même et, dans les circonstances les plus favorables, il leur faudra des mois avant de pouvoir exposer et démolir la social-démocratie qui, je le répète, le fascisme n’a pas liquidé mais au contraire a conservé.

Pour conclure, quelques mots sur une importante question de fait, sur laquelle il ne peut y avoir deux opinions différentes dans notre cercle. Les opposants de gauche doivent-ils ou peuvent-ils délibérément démissionner du parti ? Il ne peut y avoir aucune question à ce sujet. À de rares exceptions près, et c’étaient des erreurs, aucun de nous n’a jamais fait ça. Mais je n’ai pas une idée claire de ce qui est demandé à un camarade italien pour conserver tel ou tel poste à l’intérieur du parti dans les circonstances actuelles. Je ne peux rien dire de concret sur ce point, sauf qu’aucun de nous ne peut permettre à un camarade de s’accommoder d’une position politique fausse ou équivoque devant le parti ou les masses afin d’éviter l’expulsion.

Je te serre la main.

14 mai 1930 Bien à vous,

Léon Trotsky

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